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Le Maître, poème d'Ahmad al-Alawî (commentaire)
Ce qui a été dit sur le Maître - Articles au sujet du Maître
Écrit par Françoise BONARDEL   
Samedi, 15 Décembre 2012 13:17

 

Prié par les membres de la confrérie (tarîqah), dont il était le Maître, de signer l'un de ses poèmes mystiques, le cheikh al-Alawî crut bon de leur rappeler quelle était sa véritable « signature » : « A la tribu d'Alawî j'appartiens par mon sang. Par la présence de Bûzîdî se fait ma filiation spirituelle. » Car le Maître authentique — « mort avant sa mort pour vivre en son Seigneur » — demeure à jamais présent auprès du disciple fervent, qui voit continûment en lui « l'index de Dieu » — son doigt toujours pointé vers le croyant — et le signe de sa suprême miséricorde.

 

Un serment d'allégeance, inconditionnelle et irrévocable, lie en effet dans le soufisme le disciple à son Guide spirituel, qui vient dans ce poème « offrir son aide » au néophyte. Tel s'était présenté celui auprès duquel le cheikh al-Alawî allait passer quinze années de sa vie : « Nous n'allâmes pas à la recherche du cheikh al-Bûzîdî, mais ce fut lui qui vint à nous de façon inattendue. » Capable de jauger la maturité et la motivation spirituelles de son futur disciple, le Maître lui offre ainsi la chance inestimable de le reconnaître pour ce qu'il est : un Guide vénérable et fiable, et non l'un de ces imposteurs haïs de Dieu, car étalant « de vaines promesses en guise de réalités ». Plus rien ne distingue en effet, en la personne du Maître, le dire, le faire et l'être. Mort à lui-même, c'est de l'Unicité divine qu'il est devenu le pur reflet ; aplanissant le chemin, mais ne supprimant pas les épreuves, guidant ses pas encore incertains sur la Voie, mais exigeant du disciple qu'il soit « aussi passif qu'un cadavre entre les mains du laveur des morts». La réputation de rigueur du cheikh al-Alawî était à la mesure de son immense rayonnement spirituel.

 

Parmi les exercices imposés à ses disciples (jeûnes, litanies, retraites) figurait au premier chef l'invocation du Nom divin (Dhikr) dont les Lettres, visualisées par le récitant, s'épanchent sur l'univers qu'elles transfigurent, à mesure que s'ouvre le cœur du croyant. Une telle magnificence n'est pourtant que l'effet manifeste de l'invocation, dévoilant tout aussi progressivement le sens caché d'une telle omniprésence : préparer le disciple à son propre anéantissement (al-fanâ), répondant en miroir à celui des mondes qui « en néant s'évaporent » au contact de l'infinité divine. C'est en libérateur que doit donc être célébré le Maître, garant de l'intégrité spirituelle du disciple suspendu entre mort et renaissance durant cette transmutation : « Eût-il perdu le monde, celui qui connaît Dieu par-là même, déjà, en serait consolé », dit le cheikh dans un autre poème consacré à la « Station suprême ».

 

Maître mot de la spiritualité soufie, la Station (al-maqâm) désigne d'abord la persévérance du chercheur de vérité, voué à découvrir les multiples étapes et facettes du cheminement vers l'Unique, chanté par Niffarî (Xe siècle) dans son Livre des Stations. Mais seule la Station suprême (tamkîn) lui offre une véritable demeure, et le « repos dans le sanctuaire » (Hujwîrî). Tel est le « sommet de toute attitude » ici évoqué, inspirant au cheikh al-Alawî l'image suggestive des cavaliers à l'arrêt sur leurs montures : « Regarde désormais face à face, tu ne trouveras rien qui puisse t'effrayer, car tout est éteint désormais, sauf de la Seigneurie la Face », dit-il ailleurs (« La signature »). À cette plus haute cime de la vision et de l'oraison nul ne saurait prétendre être parvenu sans que le Maître lui ait conféré la barakah. L'influence spirituelle qu'il tient lui-même de sa lignée (silsilah), et qui fait du musulman soumis à Dieu — c'est là le sens premier du mot islam — un disciple à son tour capable de transmettre le désir et les moyens de connaître Dieu : « Car le don généreux, le vrai, est de conférer le secret » (« Le vin »). Aussi bienveillant que clairvoyant, le Maître soufi est bien — qu'il soit mort ou encore en vie — le « cavalier céleste » (Rûmî) qui s'en vient, puis s'éloigne, tandis que « la poussière de son galop demeure » (S. H. Nasr).

 

Pour toi, il aplanira le chemin vers la vérité (1ère qasida page 11, fa in sadafta ada'iyya muhiqan fi za'mihi). Traduit par Abu Bakr Sirajuddin (Martin Lings)

 

Si celui qui appelle vient à offrir son aide, en faisant allusion
A la vérité qu'il a réalisée, à la station suprême,
Garde-toi d'insouciance et considère avec soin ses paroles.
Interroge-le sur l'union et vois s'il la reflète.

***

S'il dit qu'elle est lointaine, il en est lui-même éloigné,
Mais s'il l'affirme proche, tiens-le pour le plus digne d'être suivis :
Pour toi, il aplanira le chemin vers la vérité
Par lequel tu pourras rechercher la face de Dieu.

***

Dès la première rencontre, sur le champs , il s'emparera de toi
Et sur le sentier du seigneur, il placera ton pied.
Fixe dans l'œil de ton âme les lettres du Nom,
Par la grâce du Maître, sur les Horizons du verras resplendir

***

Ces Lettres qui ne sont ailleurs que dans ton cœur,
Et le Nom devenu tien, toute distraction s'évanouira .
Alors, agrandis ces lettres autant que tu le pourras,
Sur toutes choses grandes ou humbles, trace-les.

***

En fixant de œil le Nom, tu t'élèveras par Sa Lumière
Jusqu'au point où les mondes en néant s'évaporent.
Cela à l'ordre du seul cheikh, non au tien toutefois.
Il est l'index de Dieu, aussi fais-lui confiance

***

Pour t'enlever aux liens qui t'emprisonnent.
T'emmenant vers la liberté des libertés, vers le premier
vers Celui qui précède tous les commencements
Dieu seul était et rien d'autre avec Lui
En l'Essence duquel, comme rien, tu vois l'univers tout entier
Moins que rien dans l'infinité du Seigneur

***

Tu t'évanouis dès que l'infini apparaît,
Parce que " tu " n'as jamais été, pas même un seul instant.
Tu subsistes, mais non comme toi-même
il n'est puissance que de Dieu.

***

Après ton extinction, à l'éternité tu dois naître,
A l'éternité de l'éternité.,
Au sommet de toute attitude ; et voici que nos cavaliers s'arrêtent
Face à face avec la vérité.

 
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