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Cheikh sidi Ahmed Ben Aliwa, marabout moderne et francophile
Ce qui a été dit sur le Maître - Articles au sujet du Maître
Écrit par Jean-Henri Probst-Biraben   
Vendredi, 25 Novembre 1927 16:27

Au retour d’un voyage d’études en Algérie, nous devons rendre hommage à un chef religieux, ami du progrès et de la France, le Cheikh Ahmed Ben Aliwa, de Mostaganem. Ce grand mystique prêche l’amour … à ses deux cent et quelques milles adeptes, de Syrie, du Yémen, de l’Égypte, de la Tripolitaine (Libye), de la Tunisie, de l’Algérie et du Maroc. L'appui moral des marabouts musulmans est assez rare pour qu’on le signale et qu’on le glorifie, quand on a la chance de le rencontrer.

 

Le Cheikh Ben Aliwa, d’origine modeste, a étudié de longues années les sciences arabes au Caire, à la Mecque, en Syrie, et de loin de retourner en Algérie nourri d’opinions fanatiques, donne le plus haut exemple de la tolérance. Un simple fait suffit à faire juger sa largeur d’esprit, il étudie avec un prêtre catholique de Géryville les moyens pratiques de mettre en harmonie les volontés chrétiennes et musulmanes. Il est d’ailleurs connu pour son admiration de Jésus et de l’Évangile, ce que lui reprochent les vieux turbans fanatiques.

 

Il ne fait pas de politique et rédige un journal arabe de moralisation populaire et de culture spirituelle, imprimé dans son imprimerie personnelle de Mostaganem : Le progrès Algérien. Son action est surtout vulgarisatrice et s’étends dans les milieux pauvres et ouvriers. Il accepte peut-être quelquefois des dons volontaires, mais, fait extraordinaire pour un marabout, ne demande aucune ziara. Il vit au revenu de ses modestes propriétés et de ses troupeaux, aidé dans ses œuvres religieuses et sociales par deux amis riches. Son existence privée est irréprochable et sans le moindre luxe, presque humble.

 

La zaouïa de Mostaganem est éclairée à l’électricité, on y enseigne en arabe selon les méthodes modernes et au tableau. Elle est sans luxe ni apparat, construite des mains des adeptes de bonne volonté. Loin du faste des autres marabouts, Ben Aliwa a voulu que tout fût utile et simple.

 

Ben Aliwa est le seul Cheikh de confrérie qui ait une zaouïa en France. En effet, il possède une salle de prière et de réunion pour ses Khouan à Paris, 26 boulevard Saint-Germain. Son mokaddem et quelques adeptes dévoués exercent une influence salutaire sur d’assez nombreux ouvriers musulmans de la région parisienne, qu’ils arrachent à l’alcoolisme et à la débauche. En Algérie, les Alaouites ont réussi à moraliser beaucoup de Berbères, de grande Kabylie, du Biban, du Babor, à rendre honnêtes d’anciens voleurs de bestiaux et des hommes réputés dangereux. Les régions où ils sont groupés comptent beaucoup moins de délinquants … qu’autrefois.

 

Enfin, nous savons que les Alaouia gênent considérablement en pays Kabyle la propagande … suspecte de la Rahmaniya, ordre dont la branche de grande Kabylie a plus ou moins été compromise dans les mouvements insurrectionnels contre la France. A ce titre les Khouan de Ben Aliwa doivent être bien vu du Gouvernement Général de l’Algérie. Mais on essaie dans les milieux indigènes, de colporter les insinuations intéressées des Cheikhs des anciennes confréries, toujours jaloux des personnages religieux indépendants de leur autorité spirituelle. Il convient donc de faire connaître aux lecteurs de la Revue Indigène le nom du marabout de Mostaganem et la portée de son œuvre.

 

Évidement la noblesse, celle des Chorfa lui reproche-t-elle de ne point être de la tribu des Koreïch, d’avoir été cordonnier. Mais bien des Sultans ne furent pas Koraïchites et l’histoire de la philosophie de Görlitz : Jacob Böhme. Le mérite d’un marabout d’origine modeste, qui a entrepris des études littéraires, théologiques, scientifiques, après l’âge de 40 ans, pendant près de dix années, n’en est que plus remarquables.

 

Les légendes les plus invraisemblables ont déjà circulé parmi les fanatiques. Comme Halladj, lapidé à Baghdad, il aurait proclamé lui aussi, qu’il était la vérité. Il procurerait des visions à ses adeptes, pratiquerait la magie. Tout cela, renseignements pris auprès d’Européens instruits qui ont vécu dans l’intimité du Cheikh, n’est que fable absurde et fantaisie orientale.

 

Ben Aliwa est un musulman tolérant, un mystique orthodoxe, comme les Chadelya dont il a reçu les enseignements notamment par son maître le Cheikh Hamou, appelé aussi Sidi Mohamed al-Bûzîdî, soufi fameux. Assurément le Cheikh Ben Aliwa est un soufi qui professe la doctrine occulte transmise depuis Ali, gendre du prophète : « Tout vient de Dieu et retourne à Dieu, Lui seul existe vraiment. » Mais c’est l’opinion des docteurs mystiques les plus célèbres de l’Islam, comme Mohiédine Ibn Arabi, une des sources de Dante, ou l’Imam Ghazali.

 

Il enseigne que l’homme est divin par son âme et que son devoir est de purifier cette étincelle divine, trop souvent obscurcie par l’attachement à la matière. Cette métaphysique est celle des chrétiens Jean de la Croix et Sainte-Thérèse, entre autres. Comme tous les instructeurs spirituels, il veut éveiller les cœurs, conduire les âmes dans le sentier étroit. Il enseigne l’unité de Dieu et la fraternité aimante des hommes. Il espère faire partager aux déshérités les enthousiasmes de sa vie intérieure. Loin d’être un ignorant santon, il a écrit des livres pleins d’effusions très élevées en style arabe fort pur, qu’a pu apprécier plusieurs fois la Revue du Monde Musulman.

 

La dernière grande calomnie des muftis et des Algérois rétrogrades fut de l’accuser de préférences communistes, pour le ruiner et recommande l’obéissance aux gouvernements réguliers, le respect des coutumes et des lois, l’abstention de toute violence et la résignation. Le service des affaires indigènes a depuis longtemps fait justice de ces inventions ridicules et voit avec bienveillance le Cheikh réunir une fois par an ses Khouan à Alger, en octobre, dans une sorte de congrès où l’on traite de hautes questions religieuses, philosophiques, morales, en arabe et en français, dont rendent compte les deux presses française et arabe. Tout cela est bien connu des Algériens qui s’occupent de questions indigènes, mais il était nécessaire de le porter à la connaissance du grand public colonial.

 

La fondation, au XX e siècle, d’une nouvelle confrérie, par un marabout moderne, ami du progrès et de la France, susceptible de rendre les plus grands services à la grande cause de l’entente franco musulmane, si nécessaire, capable d’élever le niveau moral de populations encore trop impulsives ou passionnées, est un événement des plus intéressants. Autant les … marabouts comme Si Aziz, chef des insurgés de 1871, sont à flétrir et à combattre, autant l’action des … marabouts, bienfaisants et intelligents comme Ben Aliwa, sont à encourager. Ils peuvent être, si l’on sait utiliser leur prestige, les meilleurs artisans de l’évolution spirituelle de nos sujets et de la paix dans l’Afrique du Nord.


J. H Probst-Biraben (1891-1972) professeur à Constantine et Moqadem de la tarîqa ‘Alawiyya dans les années 20-30. Article publié dans la revue indigène, novembre, décembre 1927.

 

L'Auteur a également publié:

- Les Templiers et les Arabes, 1929.
- Soufisme et Kabballe, 1927.
- Kabbale et Franc-Maçonnerie, 1931.
- Ibn Gabirol fut-il l'élève des Soufis Espagnols ? -, 1932.
- Tradition unique et rites printaniers dans l'Afrique du Nord, 1933.
- Nietzsche et le symbolisme maçonnique, 1935.
- le Djafr, mathématique sacrée des Soufis, 1928.
- Les échos du Soufisme dans la Divine Comédie, 1928.
- La Géomancie et l'Aalem er-Remel des Arabes, 1929.
- Dante et le Symbolisme Maçonnique, 1929.
- Allusions à l'Alchimie et à l'Astrologie dans la Divine Comédie, 1929.
- Rabelais Esotériste et Initié, 1929.
- Le caractère initiatique du Roman de la Rose, 1930.
- Raymond Lulle et la Tradition Unique, 1930.
- Islam ésotérique et Gnosticisme, 1930.
- Scot Erigène philosophe et Initié, 1931.
- Le Coeur-Intelligent dans le Soufisme, 1931.
- Tolb en Nou Rites traditionnels pour obtenir la pluie, 1932.
- La Divine Comédie, complément du Roman de la Rose, 1932.
- Le Serpent et ses vertus dans l'Afrique du Nord, 1932.
- Léonard de Vinci initié, 1933.
- Une gravure maçonnique au XIXème siècle (1), 1934.
- Passants et voyageurs : bohémiens, juifs et compagnons, 1934.
- Une gravure maçonnique au XIXème siècle (2), 1934.
- Note sur le Compagnonnage, Maître Jacques et Jacques de Molay, 1935
- Symbolisme des arts plastiques de l'Occident et du proche Orient, 1935.
- Une confrérie musulmane moderne: (les Alaouiya, en terre d'Islam), 3e trim, 1945.
- Cheikh si Ahmed Ben Alioua revue indigène, novembre, décembre 1927.

 

 

 


 

 
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