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Cheikh al-Alawî - Récits & témoignages
Ce qui a été dit sur le Maître - Articles au sujet du Maître
Écrit par Derwish al-Alawi   
Mardi, 28 Février 2006 14:11

Le Cheikh El Alawi a rayonné et continue de rayonner jusqu'à nos jours sur l'Occident. Pourquoi ? l'intérêt du monde occidental pour la pensée du Cheikh est dû à son ouverture d'esprit, qui est l'une des caractéristiques d'un maître revivificateur. Autant, il critiquait le matérialisme aveugle de l'occident, autant il suivait son développement et ses progrès techniques. Il avait une connaissance et une curiosité pour toutes les religions, loin de tout syncrétisme. Son influence a commencé à travers la fondation des premières zawiyas en Europe, dès les années 1920 (France, Angleterre, Hollande). Louis Massignon et René Guénon en parlent.

Elle a ensuite continué aussi à travers :

-Les orientalistes : notamment Arberry , Lings et Berque.
-Les convertis qui ont été souvent des artistes ou des intellectuels comme par exemple l'interprète E. Taillard ou l'artiste peintre G. Jossot.
-Les chercheurs notamment R. Guénon, F. Schuon, T. Burckhardt ou M. Valsan.
-Les branches arabes de la confrérie Alawiya.

La raison fondamentale de l'influence du Cheikh Alawi en Occident revient principalement à sa fonction christique (esprit de sa tariqa). Cette influence a continué avec ses successeurs le Cheikh Adda, le Cheikh Mahdi et le Cheikh Khaled. Par l'effet de sa seule baraka (influx spirituel), le Cheikh Al Alaoui a largement contribué à l'ouverture de l'Occident à l'islam; il a préparé l'éclosion en Europe d'un islam de connaissance, de sagesse et d'amour. La plupart des conversions en islam qu'enregistre l'Occident depuis maintenant des décennies ne sont pas dues à la diligence des wahhabites, malgré les pétro-dollars dont ils inondent la planète, mais, pour l'essentiel, à la spiritualité universelle que véhicule le soufisme .

M. Eric Geoffroy, Islamologue à l'Université de Strasbourg.

 



La pensée du Cheikh Alawi se caractérise par l'inspiration divine. Son humanisme apparaît clairement à travers ses écrits. On le retrouve dans la "Mounajat", dans sa pensée philosophique et dans ses articles de presse. Pourquoi cet intérêt du Cheikh Alaoui pour l'universalisme de l'islam ? justement parce qu'il avait un rôle éducatif et d'éveil à jouer en tant que maître spirituel. Il pensait notamment que les lois divines n'ont été crées que pour préserver les droits de l'homme et sa liberté. Le genre humain est un, la société humaine est une, même si ses membres sont divers.En conclusion, le Cheikh Alawi a été un modèle par son esprit universel et par l'action qu'il a mené pour le progrès de l'humanité.

M. Awad Behissi, Imam de la mosquée du Cheikh Alawi à Mostaghanem.

 


 

En résumé, le soufisme dans la pensée du Cheikh Alawi est une école de comportement "soulouk" et d'éveil. Ses fondements sont du Coran et du hadith. selon le Cheikh Alawi, la mention du Nom (Ism moufrad) ne constitue pas une transgression. Bien au contraire, la pratique du dhikr est recommandée, rien ne l'interdit.

Docteur Hamidi, Professeur à l'université d'Alger.

 


 

Le Cheikh Alawi est connu pour avoir été un homme de dialogue : dialogue avec la théologie, dialogue avec la philosophie, dialogue avec la biologie. Il a pu dialoguer car il avait une profonde connaissance de ses disciplines. Le cheikh Alawi a étudié la philosophie non pour elle-même mais en tant qu' outil de recherche sur les sujets suivants : l'âme, l'islam, la société. Il aboutit dans ses recherches à aborder la question de l'athéisme et donc traiter de la philosophie. Dans sa réponse à la pensée athée, il arrive à cette double conclusion : l'athéisme est une école philosophique et non une doctrine qui nie Dieu. L'appel à Dieu doit se faire par les moyens de la raison et de la conviction. Le Cheikh Alawi ne rejette pas la philosophie islamique mais simplement un certain courant philosophique qui mène à l'athéisme. Dans ce sens, il a été un précurseur, plus que son maître Al-Ghazalli. La profonde réalité des choses ne peut être perçue qu'à travers la vision "kachef".

Docteur Khmissi, université de Constantine.

 


 

La véritable connaissance concerne la connaissance de Dieu et non celle de la création perceptible. Selon une tradition rapportée dans un hadith qudsi "J'étais un trésor caché, J'ai voulu être connu, J'ai crée la Création dans le but de me faire connaître". La science et l'intellect sont des moyens au service de la connaissance. Selon le Cheikh Alawi, si l'intellect peut être un moyen pour connaître le monde sensible, il est par contre incapable de connaître sa propre essence, on ne peut s'y baser pour percevoir les réalités de l'au-delà. Cette dernière ne peut être perçue que par la méthode du "dhawq" (connaissance intuitive). Pour le Cheikh également, si l'intellect a un rôle important à jouer, celui-ci doit être guidé et encadré par la loi religieuse pour éviter toute déviation.

Docteur Talbi.

 


 

Cette méthodologie du Cheikh El Alawi dans son commentaire du Coran intitulé La mer en ébullition "El Bahr el Masjour"est unique en son genre et le distingue des autres styles de commentaires coraniques. En ce sens on peut dire que le Cheikh n'était pas seulement un réformateur dans la voie soufie mais aussi un rénovateur dans cette discipline particulière qu'est le science du commentaire du Coran.

Hamza Yadouri.

 


 

Le Cheikh Ahmed al-Alawi fut un de ces rares esprits qui avaient atteint les plus hautes cimes de la connaissance spirituelle et de la sagesse, il y parvint par sa volonté et surtout par ses prédispositions naturelles, Tous les témoignages, émanant de surcroît, de personnalités indépendantes de la confrérie, s'accordent pour affirmer que le Cheikh n'était pas un imposteur, que son existence privée était irréprochable, sans le moindre luxe, presque humble, que son esprit large et sa tolérance surprenaient tous les visiteurs étrangers, il prêchait l'oubli des injures, la nécessité du pardon, l'amour entre musulmans, entre toute les races, que son "effusion confondait, dans un élan d'amour, l'homme, l'animal, le brin d'herbe", qu'il était parvenu à professer et surtout à pratiquer un amour cosmique universel. Esprit vif, capable de jongler avec les subtilités les plus inaccessibles, sensible à la souffrance universelle, il faisait figure d'un véritable détenteur d'une étincelle de prophétie destinée à souder les brèches manifestées dans les murs de l'édifice cosmique. Nous n'exagérons certainement pas en affirmant que le Cheikh Ahmed al-‘Alawi fut l'un des plus grands hommes que le Xxe siècle ait connu, par son impact sur la société, par son influence durable sur les esprits qui l'approchèrent, par ses enseignements pacifistes, par l'universalités de ses enseignements, il était l'un des plus grands apôtres de la paix entre toutes les créatures, de la fraternité agissante entre les êtres dont il percevait les souffrances les plus intimes qu'il s'ingénia, sa vie durant, à résorber, en appelant les hommes vers la voie de Dieu, vers Dieu, l'Ultime refuge. Bref, à une époque ou le triomphe aveugle du matérialisme conduisait inéluctablement vers la destruction des espèces, le flambeau du savoir, de la connaissance, de la lumière était "ranimé et tenu d'une main ferme par...Cheikh Ahmed al-Alawi".

Salah Khelifa, Doctorat d'état en études Arabes et Islamiques.

 


 

Le Cheikh al-Alawi, considéré à juste titre comme Un grand maître de l’illumination du XXe siècle, a consacré sa vie entière à revivifier l'islam en lui faisant retrouver sa vigueur spirituelle et intellectuelle. Son oeuvre gigantesque se situe essentiellement dans le cadre d'un Islam authentique, compris dans son triple secret de loi (Charia), de voie (Tarika), et de réalisation de la vérité (Haquiqua). Ayant accompli Sa mission universelle, le Cheikh al-Alawi quittait ce monde pour l'éternel le 14 juillet 1934, laissant derrière lui un enseignement simple, mais sûr une voie brève pour la réalisation de la vérité.

Nekrouf Charef, journaliste.

 


 

On peut affirmer que le Cheikh al-Alawi fut. Sans doute possible, l'un de ces hommes universels qui à chaque époque témoignent avec clarté et avec force, et dans la paix, par leur sagesse et leur enseignement, par leur exemple surtout, de ce " Tawhid " (Unicité), de ce principe transcendant et immanent à la fois qui est la trame sous-jacente et réelle de toutes les traditions révélées.

Bruno Solt (Témoins spirituels).

 


 

Au début, je pensais que le Cheikh al-Alawi était semblable aux maîtres de notre époque…mais à peine avais-je écouté son prêche spirituel (tadkîr), goûté aux délices de son élocution, à la force de son verbe et à la puissance de son intelligence que je m’étais dis : ces paroles ont la fraîche senteur (des temps proches) du Maître des Mondes (hâdal kalâm qarîb al ‘ahd min rabil ‘âlamîn)…alors, je me tins devant lui, après l’avoir humblement salué…je pris le serment d’allégeance, et il m’inculqua les litanies générales propres au chapelet de sa confrérie. J'ai eu la chance de me joindre au soufi universel et au connaissant par Allah arrivé au stade de l'union théopatique, le Cheikh Ahmed al-Alawi qui m'avait initié au wird de la confrérie Chadhuliya, Darqawiya, Alawiya. Ainsi je dus changer de cap, puisque je n'allais plus courir derrière les diplômes, en vue de devenir fonctionnaire. Par contre, je fus habité par le désir brûlant de parvenir à la station de la connaissance suprême pour la présence du miséricordieux, et à celle de l'extinction de tous les univers. Au contact du Cheikh al-Alawi, je pus acquérir ce qu'Allah m'avait déstiné de toute éternité, au point que mon Cheikh m'autorisa à initier les communs des croyants au wird de la confrérie et l'élite au Nom Suprême. A l'époque j'étudiais (al-Jawhar al-Maknûn fil Balâgha) et Cheikh al-Alawi assistait aux leçons que je donnais, lorsque j'arrivais à expliquer l'éloquence d'un verset avec les matériaux "exotérique" (âla) c'est à dire avec les bases linguistiques, Cheikh al-Alawi me dit : ô Mohammed al-Madani, celui qui veut comprendre le Qoran avec les matériaux "exotériques" c'est comme celui qui veut manger du miel avec une aiguille. Quand le Cheikh al-Alawi m'a autorisé à répandre la Voie, je lui ai dit que tu m'as autorisé et la Tunisie est pleine de savants sur ce qu'ils sont et ce qu'ils ont, mon prosélytisme sera-t-il répandu parmi eux ? alors le Cheikh al-Alawi m'a répondu : ô Mohammed al-Madani, celui qu'on lui dit qu'il est petit est petit, même s'il était grand, et celui qu'on lui dit qu'il est grand est grand, même s'il était petit.

Cheikh Mohammed al-Madani, disciple du Cheikh al-Alawi.

 


 

Je désirais vivre en Dieu, je ne voulais pas seulement aimer Dieu, je voulais aussi Le connaître, et le christianisme de notre époque n’enseigne que l’amour de Dieu, et en aucune manière la connaissance. J’appris bien vite que Dieu allait me charger d’une mission. Et je trouvais cette connaissance sacrée, cette connaissance de Dieu que je cherchais – parce que c’est un besoin de ma nature, et que Dieu veut être adoré par chaque homme selon la nature qu’Il lui a donnée – grâce à un saint homme du peuple arabe, dont le nom était Ahmed al-Alawî. C’était un Maître spirituel et il avait de nombreux disciples. « Vêtu d’une djellaba brune et coiffé d’un turban blanc – avec sa barbe argentée, ses yeux de visionnaire et ses longues mains dont les gestes semblaient alourdis par le flux de sa barakah, il exhalait quelque chose de l’ambiance archaïque et pure des temps de Sidna Ibrahim el Khalil (Abraham). Il parlait d’une voie affaiblie, douce, une voix de cristal fêlé, laissant tomber ses paroles goutte à goutte. Ses yeux, deux lampes sépulcrales, ne paraissaient voir, sans s’arrêter à rien, qu’une seule et même réalité, celle de l’infini à travers les objets – ou peut-être un seul et même néant dans l’écorce des choses : regard très droit, presque dur par son énigmatique immobilité, et pourtant plein de bonté. » Je trouvai là ce que je cherchais : la connaissance de Dieu, et les moyens de réaliser Dieu.

'Isa Nûr-ed-Dîn Ahmed (Frithjof Schuon) disciple du Cheikh al-Alawi.

 


 

Le Cheikh Ahmed Ben Aliwa de Mostaganem, souvent mieux connu sous le nom d’al-Alawi, mystique contemplatif et grand maître soufi, qui représentait un soufisme authentique et non maraboutique ou dégénéré, fut effectivement l’une des personnalités les plus exceptionnelles et les plus éminentes de l’islam algérien. Personnifiant la pure tradition soufique transmise par l’ordre Chadhili Darqawi, apparut à certains comme un homme « dont la sainteté rappelait l’âge d’or mystique médiévaux ». Le privilège inestimable qu’avait été pour l’Algérie la présence rayonnante de ce maître spirituel incomparable qui avait attiré des disciples bien au-delà des frontières du pays et dont l’enseignement a été largement suivi et diffusé. Mais en Algérie même il est trop négligé, (…) d’ailleurs une incertitude entoure sa succession. Peu avant sa mort, en 1934, on avait demandé au Cheikh s’il ne jugeait pas opportun de désigner un successeur, mais il fit cette réponse, qui est la même que prononça Cheikh Mohammed al-Bûzîdî, son maître spirituel : « lorsqu’un locataire s’apprête à quitter la demeure où il a vécu, ce n’est pas au prochain locataire qu’il en remet la clé, mais au propriétaire ! » Cependant la volonté de celui-ci n’a pas paru évidente à chacun et la succession du cheikh a suscité problèmes et contestations que certains estiment toujours non résolus. Il n’empêche que la tarîqa (…) continue d’exister et poursuit une certaine activité, mais sans rien qui puisse se mesurer avec le temps, dont se souviennent quelques vieux disciples, où, malgré sa frêle apparence, presque immatérielle, la présence du maître faisait sentir à chacun de ses visiteurs celle de l’esprit.

Roger du Pasquier, l'Islam entre tradition et révolution, 1987.

 


 

Dans la seconde moitié du 20ème siècle, deux évènements à la mesure du déséquilibre, vont témoigner de l'ouverture du soufisme à l'Europe. Et chacun de ces évènements va tenir compte des conditions sociologiques et culturelles.

D'abord, des occidentaux sensibilisés à la gravité de la situation, vont contribuer à diffuser la voie shadhilite en Europe, à partir de Mostaganem, dans une Algérie alors rattachée à la France. Là, rayonnait jusqu'en 1934, le shaykh Ahmad al-Alawî (popularisé par son biographe anglais Martin Lings). Celui-ci avait l'empreinte des saints « christiques » (isawî), confirmée à la fois par l'expression même de son visage, mais aussi par toute une série de visions et de dévoilements spirituels. On ne peut s'empêcher de faire le lien entre ce type de sainteté, particulièrement adapté au contexte occidental, et l'attraction puissante qu'il exerça en France et en Europe. lire l'article en entier.

Frédéric Tessier.

 


 

Le Cheikh al-Alawî peut être considéré à juste titre comme l'une des plus grandes figures de l'Islam, et comme son revivificateur au XX` siècle. Cinquante ans après sa mort, son œuvre magistrale commence à resurgir avec toute sa charge de lumière, de sagesse et d'amour. Son héritage n'a rien perdu de sa percutante actualité ; il concerne l'homme: aussi bien l'homme dans ses rapports avec les hommes, la société, l'univers, que l'homme dans son rapport intime avec l'Absolu. II contient l'amorce et la promesse d'une résurgence unitaire de l'Islam authentique, dans son triple aspect de Loi, de Voie, et de Réalisation du Vrai. Son Universalité enfin ouvre la porte à un dialogue généreux et véridique avec tous les hommes de bonne volonté, quelle que soif leur race ou leur religion.

Johan Cartigny; Cheikh al alawi: documents et témoignages.

 


 

Un savant exotérique fit la connaissance du Cheikh al-Alawi et ne tarda pas à devenir son disciple ; il vint à la grande zawiya pour y acquérir la connaissance soufique. Le Cheikh le mit en retraite spirituelle soixante jours et soixante nuits, en vain, aucune lueur, aussi faible fût-elle, ne vint l’illuminer.

Devant la fenêtre intérieure qui de la chambre de retraite donnait dans la mosquée, un disciple illettré, le berger de la zawiya, passa, il l’interrompit dans ces termes :

- Toujours rien de nouveau mon frère ?

- Rien encore, répondit le savant.

- Tu n’auras pas la connaissance spirituelle tant que tu n’auras pas jeté ta propre science, toute ta philosophie, dit le berger, en s’éloignant.

-Comment ? Il faut que je jette tout mon savoir ? Se dit le savant musulman ; mais enfin, j’ai déjà perdu deux mois, je peux bien tenter de tout perdre pour gagner Dieu.

Avec foi, partie par partie, il se mit à jeter tout ce qui était en lui. Dans l’après midi de ce jour, il eut l’illumination, après soixante jours et soixante jours et nuits de sciences, la lumière en quelques heures l’éclaira.

Al morchid Nov 1949, n°31 p12.

 


 

 

Le Cheikh al-Alawi entendit un de ses disciples dire dans une prière surérogatoire :

- A Toi la louange, ô ! Allah ! Par ce que Tu ne m’as pas riche, a Toi la louange par ce que Tu ne m’as pas fait naître noble, que tu ne m’as pas auréolé du titre de savant !

- Pourquoi prie-tu ainsi ? demanda le Cheikh.

- Je remercie dieu du fond de mon cœur, par ce que s’Il m’avait donné la richesse, je ne t’aurais pas connu ; s’Il m’avait donné la noblesse, je n’aurais jamais pu me soumettre à Lui ; s’Il m’avait fait savant, je n’aurais jamais accepté la science du cœur. Je ne t’aurais jamais connu, toi, qui m’a aidé à aller à Lui.

Al morchid Nov 1949 n°31 p17.

 


 

Un jour le Cheikh al-Alawi fut interrompu dans sa Modhakara par le bruit insolite que faisait un fakir (disciple) en comptant les verres à thé:

- Cessez ! Pourquoi autant de bruit ? demande le Cheikh.

- Sidi, je compte les verres et ils ne veulent pas se laisser compter.

- Comment ils ne veulent pas se laisser compter?

- Non, Cheikh, voila je commence et je dis: un, donc ça va, ensuite, je dis: deux, c'est là que le bruit commence, car le verre me dit: je ne suis pas deux, je suis UN...Je ne m'arrête pas à lui, et je dis à un autre: trois, ah non, s'exclame le troisième: je ne suis pas trois, je suis UN...Je le saute encore, et je passe au quatrième qui me fait la même réflexion...Eh Cheikh! je ne peux pas compter, ils hurlent tous: je suis UN. Voilà pourquoi tout ce bruit et je ne sais pas combien il y a de verres.

- Mon frère, dit le Cheikh al-Alawi, si tu me l'avais dit, je serais venu écouter ta Modhakara, elle est plus profonde que la mienne.

Al morchid Nov 1949 n°31 p23.

 


 

Un père Jésuite rendit visite au Cheikh al-Alawi, il voulait entrer en contact avec un chef spirituel musulman et discuter avec lui. Dès qu'il fut en sa présence, il demeura interdit, incapable de proférer la moindre parole, il resta un quart d'heure à l'observer dans un mutisme total. Incapable de soutenir d'avantage sa présence, il recula et prit la fuite, oubliant ses souliers dans son irrésistible précipitation. Néanmoins, il fut rejoint par quelques fuqaras à qui il avoua: "j'ai l'impression que c'est le Christ qui est assis là, je n'ai pas pu soutenir le regard qui me scrutait."

CF. Pro Humanitate, mai 1952.

 


 

Le Cheikh Abd al-Rahman al-Shaghouri a pris la voie Shadhiliya du Cheikh Muhammad al-Hashimi, le représentant à Damas du Cheikh Ahmed al-Alawi de Mostaganem en Algérie. Il se rappelait de sa réunion avec le Cheikh al-Alawi en 1930 lors de sa visite à Damas après le hajj.Le Cheikh al-Alawi s'était reposé dans la mosquée de Shamiyya après le coucher du soleil pour donner une mudhâkara et le jeune Abd al-Rahman a regardé obliquement les chaussettes du Cheikh, qui étaient françaises, pas de la fabrication locale plat tournée. Le Cheikh Abd al-Rahman a entendu une des personne présente dans la mosquée dire : regarde ses chaussettes, cet homme est censé être un Cheikh? Alors le Cheikh a commencé à parler de l'aphorisme de Ibn ‘Atâ Allah : N'abandonne pas le rappel de Dieu (dhikr) parce que tu n'y es pas présent. Car la négligence du dhikr est pire qu'une négligence dans le dhikr. Il se peut que Dieu t'élève d'un dhikr fait avec négligence, à un autre fait avec vigilance. Et de celui-ci, à un autre où tu Lui deviens présent. Et de celui-ci encore, à un autre où tu deviens absent à tout ce qui n'est pas l'objet de ton dhikr - et cela n'est nullement difficile pour Allah [Qoran 1 4:20] -, son commentaire c’était autre chose. Quand il eut fini et la prière de tombée de la nuit (`isha) est venue, la même personne dit alors à Abd Al-Rahman : que ce Cheikh peut porter n'importe quel genre de chaussettes qu’il aimerait.

Lumière sur lumière à Damas par Nuh Ha Mim KELLER

 


 

Le Cheikh al-Alawi se mettait toujours au dernier rang lors des prières journalières. Au terme de la prière les fuqaras se tournent vers lui pour écouter quelques rappels puis le Cheikh s’éclipse pour vaquer à toutes les obligations qu’il devait faire. Un jour, comme d’habitude les fuqaras se préparaient à écouter les paroles du Cheikh qui a commencé son exhortation, après avoir loué Allah, dans ces termes :

- "Je ne suis qu’un transmetteur. Je ne suis que ce facteur à qui on a dit de remettre à chacun son courrier. Je n’ai pas le droit de garder les objets des autres. Celui qui croit que son courrier est en ma possession mais que je ne veut pas le lui remettre ne peut douter que de lui-même. Il ne doit accuser que son ego. Celui qui m’a chargé de cette tâche, Il ne l’a fait qu’après avoir pris sur moi l’engagement de ne rien garder de ce que je reçois. Je ne donne pas les biens des uns aux autres. Je ne donne rien et je ne retiens rien. Celui qui reçoit quelque chose ça ne peut être que son bien qu’il remercie Allah ( exalté soit-Il) de ses bienfaits, l’autre je ne lui dois rien et s’il persiste dans cet état , il risque de se mettre en danger".

Puis le Cheikh se lève et quitte l’assemblée. Les fuqaras sont restés perplexes, ils ne comprenaient pas le sens des paroles du Cheikh mais étaient très conscient de leur gravité. Qui accusa le Cheikh de rétention ? Peut de temps après, les fuqaras ont su qu’un des fuqaras les plus anciens dans la zawiya avait posé une question plus au moins accusatrice. Ce faqir s ’est demandé pourquoi le Cheikh avait-il donné al-idhn (l’autorisation de former et d’inculquer le rappel et l’invocation par le nom suprême) à beaucoup de fuqaras moins expérimentés que lui et qu’il ne le chargea point alors qu’il est l'un des fondateurs de la zawiya ?

Lisez à juste titre le poème du Cheikh:

Je ne divulgue rien et je ne cache rien, moyennant une voie médiane j’apporte la sagesse et je ne suis point cupide envers celui qu’il la mérite.

Mohammed as-Sayah (discilple du Cheikh al-Alawi), rapporté par son fils Ali.

 


 

Lorsque le Cheikh al-Alawi était malade, les fuqaras lui ont suggéré de l'amener à Chéria (une région montagneuse en Algérie au sud-est de Tébessa) pour se reposer. Le Cheikh ne voulait pas au début mais sur l'insistance des fuqaras qui voulaient en même temps faire aussi une "siyâha", avait finalement accepté d'aller avec eux. Une fois à Chéria, la nuit tombait et au moment de se coucher, le Cheikh comme les fuqaras se sont aperçus que le lieu de leur résidence était infesté des tiques et de puces...le Cheikh (radhiya lahou 'anhou) comme les fuqaras avaient passé une nuit, le moins qu'on puise dire, pas très confortable. Vers l'aube, le Cheikh s'est retourné vers les fuqaras en disant sur un ton plaisantin : " J'étais dans la Haqiqa (la vérité) , vous m'avez amené à la chari'a (la loi Divine, faisant référence au nom du lieu, chéri'a), vous avez tous vu ce qu'elle m'a fait subir"

Mohammed as-Sayah (discilple du Cheikh al-Alawi), rapporté par son fils Ali.

 


 

La cause principale qui a poussé le Cheikh Ahmed al-Alawi de composer sa qassida (poème) dite: al-lotfiya et recommanda ensuite aux fuqaras de la réciter parmi le wird de la tarîqa est la suivante:

Un dénommé Youssef al-Wakil, qui était fonctionnaire à Alger, est venu très tard dans la nuit, de peur que les autorités françaises ne prennent connaissance de sa démarche, pour annoncer une nouvelle au Cheikh al-Alawi, pour le moins, très inquiétante. Cet homme natif de Mazouna n’est pas un homme banal, il est un mélange de Abd ar-Rahmane al-Majdoub et Omar al-Khayyâm, également un intellectuel du style Malek ben Nabi. Il a écrit, entre autres, son livre sur l’histoire de Mazouna, sa ville natale, ainsi que de nombreux poèmes très raffinés... Du côté de Abd ar-Rahmane Al-Majdoub, on peut évoquer ces quelques anecdotes : Alors qu’il marchait dans un souk, une femme d’origine française lui marcha sur le pied, sans faire attention, et s’empresse à lui demander le pardon ; Sur quoi, al-Wakil Youssef, lui répond sereinement : je vous ai pardonné, madame, depuis 1830 ! . Une autre situation de ce genre se déroula lorsqu’il marchait en ville, tenant par la main un enfant algérien, de couleur noir ; un colon s’adressant à lui, d’un ton moqueur et lui dit : Oh ! Monsieur al-Wakil, combien vous à t-il coûté ce petit ? . C'est alors et comme à son habitude, al-Wakil Youssef lui répliqua, spontanément : C’est un musulman, monsieur, il n’a donc pas de prix mais une grande valeur .

Après ce petit détour afin de donner un aperçu de l’homme en face du Cheikh Ahmed al-Alawi, donc vers trois heures du matin, Al-Wakil youssef frappa à la porte du Cheikh Al-Alawi, le Cheikh connaissant l’homme n’était pas surpris de sa venue mais savait que le moment était grave. Dès qu’ils entrèrent dans la maison, al-Wakil Youssef lui porta ces paroles : Cheikh Ahmed al-Alawi, je n’ai pas beaucoup de temps devant moi, j’arrive spécialement d’Alger pour te faire part d’une très mauvaise nouvelle et je dois y retourner aussitôt. Sidi, lorsque cette information m’est parvenue, je me suis dis que personne d’autre ne peut m’aider en dehors du Cheikh al-Alawi... La France, Sidi, est en train d’élaborer un projet machiavélique pour détourner les enfants Algériens de l’apprentissage du Qoran (al-Karim). Ils ont dit, Sidi, que tant que les arabes ne délaissent pas ce livre, ils ne seront jamais tranquilles dans ce pays et qu’ils n’obtiendront rien d’eux. Ils sont déterminés Sidi, d’éradiquer des cœurs des musulmans de ce pays, leur seul bien et le plus précieux : al-Qoran… Oh Cheikh, Faites quelque chose l’instant est grave! .

Dès qu'Al-Wakil Youssef quitta le Cheikh Ahmed Al-Alawi ( Radiya Llâhu ‘anhou), sans s’attarder l'Homme de Dieu fait recours en premier lieu à son Seigneur et composa cette Qassida, qui une invocation (mounajâte), demandant à Allah de protéger le Qoran et la Oumma : Aya Rabi bi lotfika ya Mortaja…Altof bina wa hayi lana faraja... Ensuite, il recommanda à tous les fuqaras de la réciter matin et soir pour renforcer cette demande…

Mohammed as-Sayah (discilple du Cheikh al-Alawi), rapporté par son fils Ali.

 


 

Parmi les stratagèmes du gouvernement coloniale en Algérie , la traque des éléments fondateurs de l’identité arabo-islamique de la société Algérienne . Comme ils avaient comploté pour déraciner le peuple Algérien de sa première référence qui est le Qoran, ils ont tenté aussi de toucher un des piliers de cette société : la fille Algérienne et du même coup la femme musulmane. Au niveau de la ville de Mostaganem les autorités coloniales avaient prévu d’organiser un festival de chant et de danse pas loin de la plage de al-Majdoub. L’objectif inavoué de ce festival était de ramener des filles arabes pour y assister parmi des filles et des hommes européens. L’objectif de cette rencontre était d’infiltrer la société musulmane par le biais de la femme.

Le jour "J" s’approcha mais les fuqaras Alawis avaient auparavant rapporté la nouvelle de cette combine et, ce qui se trame, aux oreilles du Cheikh Ahmed al-Alawi (qu’Allah soit satisfait de lui) qui était d’une intelligence rare mais aussi un homme qui connaissait les habitants de sa ville comme l’un de nous connaît ses enfants. Chacun d’eux était son fils ou sa fille soient-ils bons ou mauvais.

Lorsque le Cheikh al-Alawi prend connaissances des ces agissements au sein même de sa ville, il n’était pas plus aisé pour lui d’y faire face. Il demande aux fuqaras d’aller lui ramener un homme connu par tous comme un brigand et un scélérat. Devant cette injonction du Cheikh, les fuqaras manifestent leurs stupeurs et interpellent le Cheikh al-Alawi en lui disant : ! Cet homme est un brigand, un scélérat et un vaurien, aux meurs les plus perfides, aucun de nous ne peut lui parler au risque qu’il ne lui arrive malheur ! . Ahmed leur répond simplement : cherchez-le moi et dès que vous le voyaient, dites lui : le Cheikh Ahmed Benaliwa te réclame et veut te voir le plutôt possible .

Les fuqaras n’ayant plus choix, s’activent et le retrouvent. Lorsqu’ils lui font part du message du Cheikh, cet homme les menace mais, en leur tenant un langage plein d’humilité et de soumission en même temps, alors qu’il faisait peur à tout le monde : Le Cheikh veut me voir moi ? Le Cheikh accepte de voir quelqu'un comme moi ! Je me demande si Benaliwa (c’est le nom que donnaient les habitants de Mostaganem au Cheikh al-Alawi) a connaissance ne serait-il que de mon existence, aller jusqu’à me dire qu’il cherche à me voir ne peut être qu’une ruse de votre part... S’il s’avère juste ce que je crois, vous savez qui je suis, par Allah, s’il s’agit que d’une plaisanterie, je vous le ferait payer très chère .…

L’homme se presse d’aller voir le Cheikh qui lui porta ce discours : Je sais qui tu es et je sais aussi ce que tu fais dans la vie mais rien de ça ne m’importe pour l’instant. Je serais ton témoin et ton garant devant Allah (‘Azza wa jjal) malgré ce que tu as fait dans ton passé, si tu fais ce que je vais te charger d’accomplir , je suis à ton service Sidi, que dois-je faire ? , lui répliqua notre homme. (Mohammed as-Sayah m’avait fait part de son nom mais je l’ai oublié). Le Cheikh al-Alawi le chargea alors de ceci : Tel jour il y aura une fête que les français organisent pour porter atteinte à nos jeunes filles et aux musulmans de cette ville de manière globale. Ils ont malicieusement invité des jeunes filles musulmanes (par la collaboration de certaines familles) à venir danser et écouter la musique avec des garçon français alors qu’ils refusent au jeunes algériens d’y assister. Ton rôle serait d’empêcher cette mascarade. Prends avec toi des jeunes de la ville et présentez vous à ce rendez-vous. Il faut que tu arrives à bloquer l’entrée de façon qu’aucune jeune fille arabe ne puisse y entrer. Toi et tes acolytes, vous devez réclamer le droit de participer à la fête comme les hommes d’origine européenne, autrement, aucune fille arabe ne doit, elle aussi, avoir accès à cette fête. C’est tout ce que je te demande d'accomplir pour tes sœurs et pour l' Islam. Tu dois empêcher que nos filles y participent. Si tu réussis dans cette tâche, sache que tu es mon fils, comme ceux qui sont devant toi, et qu’un père n’abandonne jamais son fils .

Mohammed as-Sayah m’a témoigné que ce brave homme avait fait ce qu’il fallait et qu'aucune fille n’avait pris part dans cette fête qui, était à la base, organisée pour elles. Mieux encore, la fête à été ajournée. Il rajoute aussi : Observe mon fils comment le Cheikh a su tirer du bien de cet homme et est arrivé à utiliser ses talons d’homme de la rue et de la vie dure pour une cause noble. Un acte méritoire et salutaire car le Cheikh al-Alawi s ’est porté garant pour cet homme alors que des centaines d’hommes qui ont vécu près de lui n’avait jamais reçu ce mérite. (C’est la grâce de ton Seigneur, Il la réservé à qui IL veut).

Enfin, je sais que la question qu’on se la pose au terme de ce récit : quel est devenu cet homme après ça ? Je ne sais pas et Mohammed as-Sayah non plus mais il est simple de comprendre quel sera le devenir d’un homme devenu le fils du Cheikh al-Alawi et son protégé.

Mohammed as-Sayah (discilple du Cheikh al-Alawi), rapporté par son fils Ali.

 


 

Alors que les fuqaras qui étaient en retraite dans la zawiya du Cheikh Ahmed al-Alawi (radhiya Laho ‘anhou), avaient l’habitude d’aller au bord d’un ruisseau pour laver leur linge, ils ont rencontré un « clochard », un homme sans domicile et alcoolique que les gens de la médina connaissaient bien. Cet homme s’est mis en amont de l’endroit où les fouqaras avaient pris place et commença à laver ses habits. Constatant toute la crasse qui coulait de ses habits, les fouqaras se sont concertés entre eux pour lui demander de descendre un peu plus bas qu’eux pour laver ses vêtements car ils étaient là avant lui, ce qui sous entend qu’ils avaient horreur de toutes les saletés qui arrivaient jusqu’à eux par sa faute. Le monsieur ne l’entendait pas de cette oreille et continua de laver son linge. Les fouqaras ne pouvant rien faire, décidèrent de ramasser leur linge et repartir à la zawiya. A cet instant l’homme se tourna vers eux et les apostropha par ces mots : « vous croyez que vous êtes les enfants valeureux du Cheikh al-Alawi mais vous avez oublié que malgré mon état je suis aussi son fils et qu’un père n’abandonne jamais son fils soit-il un sot. Je suis le fils sot du Cheikh al-Alawi!». Ecoutant cet homme, les fouqaras avaient senti la noblesse de ses paroles et peut être aussi une certaine gravité qu’ils décidèrent de rapporter ses dires au Cheikh al-Alawi, qui leur dit : il a raison, c’est mon fils et un père n’abandonne jamais son fils soit-il un sot alors soyez vous aussi de bons frères pour lui

Mohammed as-Sayah (discilple du Cheikh al-Alawi), rapporté par son fils Ali.

 


 

J’ai voyagé avec le Cheikh Ahmed al-Alawi au (Maroc) et fut accueilli par les Ulémas d’Oujda par un accueil plus que digne. Il leur fait plus d’un rappel sur les sujets de science exotérique et sur les vérités de l’unicité du point de vue du Tassawouf. Parmi ces rappels ; lorsque nous étions les invités d’un des habitants de cette ville et nous étions en compagnie de tous ses Ulémas, nous ne sûmes pas qui était la personne qui nous accueilli en sa demeure. Après que les tables furent dressées et que toutes sortes de plats furent posés, le Cheikh al-Alawi dit alors :

- « La nourriture, avec toute sa diversité nous est étalée et nous sommes certains qu’elle provient du maître de cette demeure car nous sommes chez lui, mais serait-il convenable de sortir de cette demeure sans connaître son propriétaire ? Et celui-ci serait-il satisfait si on ne demande pas après lui et le connaître vraiment ? »

Toute l’assemblée répondit par : « Non ! » Iil dit alors :

- « Ainsi est-il que, et à Dieu appartient l’exemple suprême, nous sommes dans cette demeure qu’est ce bas-monde et la générosité de Dieu et ses bienfaits sont infinis et nous sommes certains que cela provient de Lui et nous Le fait indiquer, mais ceci est seulement une connaissance de foi ou disons plutôt une connaissance par la preuve et l’argument, mais les cœurs ne se reposeront pas et les esprits et les raisons ne s’apaiseront pas jusqu’à ce qu’on connaîtra Dieu, une connaissance de certitude ou disons plutôt une connaissance de contemplation et Dieu ne nous acceptera pas si on ne gravi pas les degrés de la perfection (al-ihssan). »

L’assemblée fut énormément éprise par l’émotion provoquée par ce rappel qui s’emparât des cœurs grâce à son exemple concordant sur la connaissance du Très Haut.

Cheikh Mohammed al-Madani, disciple du Cheikh al-Alawi, (Bourhan ad-Dakirin).

 


 

je me rappelais l’histoire racontée par mon Cheikh Benaouda Benmamcha (radiya allahû anhû) à propos de son Cheikh Qaddour ben-Achour, lorsque souvent, Cheikh al-Alawi lui rendait visite à Tlemcen, (Radiya allahû anhûm wa qaddassa sirrahûm wa nafa’ana allahû bi baraqatihim.) Il nous racontait qu’un jour d’hiver Ils étaient assis blottis l’un à coté de l’autre, mon Maître, (Benaouda Benmamcha) était encore disciple et jeune garçon- immédiat. Il venait leur laver les pieds dans un bac d’eau, lorsqu’il termina leur ablution, au lieu d’aller jeter cette eau usée, il l’a bue. Sur le fait il prononça ces paroles « min chiddati qûrbihi minka ihtajab biqua ‘anka » je traduis : « Il (Dieu) est tellement proche de toi qu’il s’est voilé de toi par toi ». Le Cheikh al-Alawi, entendit ce warid, lui demanda de le répéter trois fois, se tourna vers le Cheikh Qaddour ben-Achour et dit : Il adviendra de ce petit Mourid un ordre divin immense (amrûn ‘adim). Aussi, Je me rappelais que mon maître Benaouda me disait « Lorsque le Cheikh Qaddour ben-Achour Allait rendre visite au Cheikh al-Alawi à Mostaganem, celui-ci (que Dieu soit satisfait de lui) était gêné par ses discussions (mudakarats) sur la Hadra, il lui disait : « tu risques de dérouter mes Fuqaras, il ne peuvent comprendre ce maqam : al-Fardaniya. ».

Cheikh abu Zakariya at-Tilimssani

 


 

Un homme de la tribu des M’jahir (pays des Tawahriyya près de Mostaganem) était un grand cultivateur et fut victime d’une grande disette et fit faillite. Cet homme commença par demander à ses proches, ses connaissances, les grandes personnalités de sa région de lui venir en aide mais vains étaient ses efforts. Aucun d’eux ne voulait ou ne pouvait venir à son secours. Une personne lui indiqua le Cheikh Ahmed al-Alawi : « il n’y a qu’une personne pour t’aider, le Cheikh Ahmed al-Alawi ». Très endetté et ne trouvant pas les fonds nécessaires pour cultiver ses terres, le Mjahri se décide d’aller voir le Cheikh al-Alawi dans sa zawiya. Il se présenta et demanda à rencontrer le Cheikh. Aussitôt fait, il lui fait part de son problème. Le Cheikh al-Alawi appelle al-Hajj Adda, qui était responsable de l’intendance, et lui réclame une somme d’argent que le Mjahri aurait besoin. Al-Hajj Adda l’apostropha en ces mots :

- Comme tu le sais bien, la zawiya n’a pratiquement aucune ressource, et tout ce que nous possédons ne peut satisfaire aux besoins des fuqaras de la zawiya. La zawiya a autant besoin que cet homme à qui peut nous venir en aide…les fuqaras sidi, les fuqaras, sont dans le besoin ?!

Après ce constat légitime et raisonnable de Hajj Adda, le Cheikh al-Alawi lui rétorqua :

- Adda : d’où détiens-tu cet argent ?

- Sidi, c’est l’argent des croyants.

- Et crois-tu que les croyants accepteront qu’on le retienne par cupidité au lieu de le distribuer à celui qui en a le plus besoin ?

- Non, sidi, mais…

- Est-ce que cet argent est le bien d’Allah ou celui de sil-Hajj Adda ?

- C’est l’argent d’Allah, sidi.

- Celui qui nous donne ne nous nous laissera pas sans rien. Donne le bien des pauvres aux pauvres !

Al-Hajj Adda répond à la requête du Cheikh sur le champ (une somme de 70 F, ce qui équivaut à 7000€ de notre époque). L’homme prit l’argent et rentra chez lui.

Deux années après, il revint à la zawiya et demanda de nouveau à rencontrer le Cheikh. Le M’jahri fait des louanges à Allah et remercie le Cheikh avant de lui remettre la somme de 70 F en ajoutant :

- Ceci est le remboursement de ce que je te dois, sidi, et accepte de moi ces 20 cm comme sadaqa (aumône).

Le Cheikh al-Alawi lui demande s’il avait besoin de lui pour quelque chose d’autre mais l’homme n’exprima aucun besoin (il n’avait pas compris la nature des paroles du Cheikh). Cheikh al-Alawi lui demanda une fois de plus s’il avait besoin d’un quelconque service du Cheikh lui-même, hélas, l’homme était loin de l’appel du Maître. Devant ce refus, le Cheikh al-Alawi lui dit : « sidi, gardez votre argent, pour prêter il faut posséder, or moi je ne possède rien, donc je ne peux rien prêter. Si tu veux laisser ton aumône de 20 cm pour la face de Dieu, qu’Allah te récompense de ces biens faits, en ce qui nous concerne, si tu veux venir nous rendre visite dans l’amour de Dieu, tu seras le bien venu. »

Mohammed as-Sayah (discilple du Cheikh al-Alawi), rapporté par son fils Ali.

 


 

Parmi les villes d’Algérie très chères au Cheikh Ahmed al-Alawi (que Dieu sanctifie son secret) : Mostaganem bien sûr, Tlemcen, Alger mais aussi la petite ville de Relizane. Cette ville avait une place particulière dans le cœur du Cheikh. Il tenait à organiser chaque année en son sein une assemblée spirituelle. Au cours de l’une de ces rencontres, le lendemain un faqir se présenta devant le Cheikh al-Alawi qui lui demande comment a-t-il passé la rencontre et s’il en avait bien profité pour revivifier sa foi mais ce faqir lui a fait savoir qu’il n’était pas présent et qu’il venait juste d’arriver. Le Cheikh al-Alawi lui dit en exprimant ses regrets : « je ne peux rien faire pour toi mon fils, tu as laissé passer une très belle occasion cette année. Tu as laissé passer ‘Arafat, tu as laissé passer ‘Arafat !» En termes arabes : « fatatka ‘arafa, fatatka ‘arafat ».

Mohammed as-Sayah (discilple du Cheikh al-Alawi), rapporté par son fils Ali.

 


 

Al-Hajj Qouider Badr de Relizane était d’une très grande spiritualité et parmi les proches du Cheikh al-Alawi…

Il dit un jour au Cheikh al-Alawi :

- Sidi, pendant que j’étais sur le bateau, pour le hadj, il commença à tanguer dans tous les sens à cause de l’extrême agitation de la mer jusqu’à rendre tout le monde malade. Alors je suis sorti sur le bateau et je me suis adressé à la mer par ces mots.

 

Le Cheikh al-Alawi lui souri en couvrant sa bouche de sa main (al hadj Qouider le faisait souvent sourire par ses paraboles) et lui dit :

- Dis-nous sidi, qu’est ce que tu as dis à la mer ?

- Je lui ai dis : si tu ne retrouve pas ton calme je ferai une prière à mon Seigneur contre toi, laquelle, personne n’en a jamais fait avant et personne n’en fera jamais!

- C’est quoi cette prière ? Lui rétorqua le Cheikh al-Alawi, le sourire toujours sur lèvres

- Je lui ai dis : si tu te calme pas je demanderais à Allah pour que tu ne sois plus la route des pèlerins à tel point que tu ne pourras voir naviguer sur tes vagues, plus jamais, aucun hadj jusqu’à la fin des temps!

- Et quelle était la réponse à cette requête?

- Elle n’avait plus le choix, sidi, elle s ’est calmée et nous avons pu continuer notre voyage dans de bonnes conditions.

Le Cheikh al-Alawi lui murmura :

- C’est parce qu’elle a vu que tu étais un faqir (un pauvre en Dieu), elle a eu pitié de ton état.

 

Le Cheikh al-Alawi faisait allusion à la hadra sanctifiée (al hadra al-illahiya) symbolisée par la mer.

Mohammed as-Sayah (discilple du Cheikh al-Alawi), rapporté par son fils Ali.

 


 

Alors que le cheikh Ahmed al-Alawi s’apprêtait à effectuer une siyaha (tournée spirituelle), il chargea un des ses moqaddams de la zawiya de le remplacer à la tête de la zawiya jusqu’à son retour…Il s’est avéré qu’une petite altercation éclata entre certains fuqaras pendant ce temps…A son retour, le Cheikh al-Alawi demanda à ce faqir qu’elles étaient les nouvelles et celui-ci lui répondit : « tout est pour le mieux, ». Peu de temps après Ahmed prend connaissance de l’événement en question, auquel, le faqir avait dissimulé au Cheikh l’existence. La réaction du Cheikh était pour le moins très étrange pour un néophyte. Il dit à ce faqir:

-Tu sais, sidi, à quoi tu ressembles par ton comportement ?

-Non sidi, je ne le sais pas.

-Tu es à l’image du récipient (ina) que les croyants utilisent pour se purifier de leur souillures.

Mohammed as-Sayah dit en dépliant cette phrase du Cheikh, que ce faqir avait rapporté cette anecdote plusieurs fois devant lui et à chaque fois il éclatait en sanglot et faisait pleurer toute l’assemblée…Il n’est certes pas facile à comprendre cette parabole que par les plus affirmé dans la voie. Ce que ce faqir avait compris justement des paroles du Cheikh est édifiant. Le rapprochement entre l’attitude du faqir et le récipient des ablutions est pourtant parfait. Cet homme avait couvert les imperfections de ses frères et n’a pas voulu divulguer leurs secrets. C’est exactement l’état du récipient à qui tout croyant fait confiance en lui montrant son intimité…Aussi ce récipient porte l’eau purificatrice qui donne à l’homme le moyen de répondre à l’appel de son Seigneur. C’est comme telle qu'était l’action de ce faqir envers son Cheikh et envers ses frères et, quelle belle posture !

Mohammed as-Sayah (discilple du Cheikh al-Alawi), rapporté par son fils Ali.

 


 

On interrogea un jour le Cheikh al-Alawi de la sorte:
- Cheikh, pourquoi lorsque ce marchand emmène sa chèvre au marché, il est obligé de tirer avec effort pour qu'elle le suive, alors que cet autre marchand est suivi sans peine par un troupeau docile d'une cinquantaine de chèvres?

Le Cheikh al-Alawi sourit et dit:

- C'est simple, le second marchand a apprivoisé une petite chèvre qui a appris à le suivre docilement; celle-ci est juste derrière lui et mène le troupeau derrière elle. Ainsi, le troupeau suit sans effort le maître du troupeau. Le premier marchand, lui, tente de contraindre la chèvre à le suivre, ce qui lui demande beaucoup d'efforts.

 


 

le Cheikh al-Alawi se reposait dans sa Zawiya et avait toujours devant lui un plateau avec une grande bouilloire remplie de thé et plusieurs verres, ainsi il pourrait servir du thé aux nombreux visiteurs qui viendraient et s'assiéraient avec lui tout au long de la journée. Un jour il s'asseyait avec les fuqaras et a rempli un des verres de thé jusqu'au bord, il a ensuite demandé aux fuqaras:
- « est-il possible pour que ce verre soit rempli d'avantage ? »
- « Naturellement pas! », lui ont-ils répondu « Il est plein. »

Le cheikh a alors pris une simple pétale rose et l'a étendu sur le thé, le liquide ne s'est pas renversé et le verre a été rempli d'avantage.

- « Ainsi le disciple des sciences extérieures, qui pourrait sembler avoir tout maîtrisé, il a encore à apprendre en allant plus loin en se ornant par la science du Tasawwuf et illuminant sa connaissance avec la lumière de la connaissance d'Allah.»

Khalid Williams disciple du Cheikh Būzīdī Bujrāfī, Maroc.

 


 

Le Shaykh algérien Ahmad al-Alawî (1869-1934) fut l'un des principaux représentants du soufisme nord-africain au XXe siècle. Maître spirituel pour ses disciples, il eut également, au sein de la société algérienne, un rôle plus large de défense du soufisme et de l'Islam traditionnel, face à leurs adversaires internes et externes. C'est dans le cadre des polémiques opposant soufis et milieux réformistes qu'il eut l'occasion d'écrire en 1921 l'épître dont nous présentons la traduction. Servi par une rhétorique efficace et un style incisif, il y réfute une par une les critiques des adversaires du soufisme, et cite la multitude de sources scripturaires (Coran et hadîth) sur lesquelles s'appuie le tasawwuf. Il rapporte également le témoignage favorable au soufisme de nombreuses personnalités historiques de l'Islam. Mais d'une façon plus générale, il œuvre à rétablir le sens de concepts islamiques essentiels qui ont, parfois, été déformés par l'évolution politico-sociale des sociétés musulmanes. Un peu moins d'un siècle plus tard, les attaques des milieux anti-soufis n'ont rien perdu de leur virulence. Voilà pourquoi cette lettre ouverte du Shaykh al-Alawî constitue, pour la pensée musulmane, une véritable œuvre de salubrité publique.

M. Chabri : Lettre Ouverte À Celui Qui Critique Le Soufisme.

 


 

Cheikh al-Alawî recommandait à ses disciples de maintenir fermement les enseignements de la voie en suivant l'exemple des anciens, tout en veillant à respecter les règles de la religion dans son intégralité (Shari’a). Il insistait aussi sur la seule pratique (de ce qui est le plus proche) du Prophète (Sunna), que Dieu lui adresse Ses prières et Sa paix. Par conséquent, il a ordonné à tous ses disciples à prier en joignant leurs mains dans la prière et ne pas les mettre sur les côtés. Il a également appelé ses disciples à lire à haute voix après les cinq prières «La ilaha illa Allah» trois fois, puis «Sayyiduna Muhammad Rassoul Allah». Cela est devenu particulièrement connu que parmi ses fuqarâs et les ordres rameaux de sa Tarîqa.

 

Idris, faqîr Alawî, disciple du Cheikh Būzīdī Bujrāfī, Maroc.

 


 

Cheikh al-Alawî recommandait à ses disciples de bien s'habiller et être tout le temps propre (en préservant ses ablutions), et insistait beaucoup sur la tenue vestimentaire islamique, et sur la barbe (qui sont une coutume prophétique), et aussi sur le port du chapelet autour du cou. Une fois il est allé en visite à Tlemcen pour voir ses fuqarâs. Il fut un temps où beaucoup de jeunes de cette ville avaient adhéré à son ordre. Lorsqu'il est arrivé, ses jeunes adeptes se sont rassemblés autour de lui pour écouter ses enseignements. Toutefois, il manifesta un mécontentement sur leur tenue vestimentaire, il était déçu de les voir vêtus de vêtements occidentaux. Il leur a ordonné d'imiter les Soufis dans leur tenue vestimentaire et de porter ce que portent les vertueux. Ils ont répondu rapidement à ses ordonnances, de sorte que lorsqu'il est revenu une autre fois, ils étaient tous habillés tout en blanc, et portaient des turbans, et avaient laissé croître leur barbe, avec leur chapelet accroché autour de leurs cous. Instantanément, il fut d'une grande joie, si bien que lorsqu'il retourna à sa zawiya, il contempla et médita sur leur sublime condition spirituelle, et écrivit un poème, dont voici un petit extrait :

O mes chers frères, les bien-aimés
Votre seule satisfaction me suffit

Mon désir pour vous à d'avantage d'élan
Votre amour m'a pris en sa possession

Mes amis, votre sens caché m'a mis en déroute
Et mon cœur refuse d'oublier votre rencontre

Vous avez arraché mon cœur
Et cela est désormais votre rançon !

Vous avez laissé l'insomnie m'habiter
Ce qui prouve l'amour pour vous que j'ai

Idris, faqîr Alawî, disciple du Cheikh Būzīdī Bujrāfī, Maroc.

Note : En tant que guide spirituel, et par conséquent en suprême psychologue, il savait que les vêtements, qui forment l'ambiance immédiate de l'âme humaine, ont un pouvoir incalculable de purification ou de corruption. Ce n'est pas sans raison, par exemple, que dans la chrétienté et le bouddhisme, les ordres religieux ont conservé, à travers les siècles, un costume qui avait été tracé et institué par une autorité spirituelle soucieuse de choisir une tenus compatible avec la vocation de celui qui la porte. En dehors de ces exemples, on peut d'ailleurs dire, d'une façon générale, que toutes les civilisations théocratiques, c'est-à-dire dans toutes les civilisations à l’exception de la civilisation moderne, le vêtement a été plus ou moins inspiré par la conscience que l'homme et le représentant de Dieu sur la terre, et ce n'est nulle part plus vrai que dans la civilisation islamique. En particulier, le vêtement arabe de l'Afrique du Nord-Ouest, turban, burnous et djellaba, qui n'a pas changé depuis des siècles, est une combinaison parfaite de simplicité, de sobriété et de dignité, et il conserve ces qualités jusque dans les haillons.


 

Le Cheikh al-Alawî recommandait à ses disciples de se conformer toujours aux meilleurs comportements et de mentionner le Nom de Dieu, et rester toujours à proximité des autres frères. Ses allocutions, qui touchaient les cœurs, laissaient beaucoup de larmes se déverser sur les joues des auditeurs. Même des cris étaient entendus de ceux qui étaient présents par leur amour pour Dieu Tout-Puissant. Dans les réunions, et lorsqu'ils passaient à l'étape de la Hadra, celle-ci pouvait durer des heures, ils ne se lassaient jamais, même les plus paresseux participaient avec acharnement. On pouvait le voir, lors des cercles de la Hadra, au milieu des chanteurs (musami'în), et avait une voix tellement puissante qu'elle hissait l'auditoire au plus haut, et dirigeait le Dhikr avec le Nom de la poitrine «Ism al-Sadr». Si quelqu'un des fuqarâs baissait sa tête, il augmentait de sa voix, et si quelqu'un d'autre, ses yeux croisait ceux du Cheikh, celui-ci les lui fermait. Lorsque quelqu'un soulevait ses pieds au-dessus du sol, il le maintenait de sorte qu'il les garde sur le sol, et s'il y avait une grande distance entre deux fuqarâs qui se tenaient la main, il tirait l'un afin de le coller à l'autre. Il mettait les forts avec les forts et les faibles avec les faibles, les grands de taille avec leurs semblables, et les courts de taille avec leurs semblables également, de sorte que la Hadra se faisait dans les meilleures conditions possibles. Tout cela, il le faisait avec de la douceur, de la compassion et avec les meilleures manières qu'ils soient.

Idris, faqîr Alawî, disciple du Cheikh Būzīdī Bujrāfī, Maroc.

 


 

La Zawiya du Cheikh al-Alawî était divisée en différentes sections, chacune avait un objectif. Il y avait un espace pour les enfants qui apprenaient à lire et à écrire et à mémoriser le Qorân, et il y avait un autre espace pour les fuqarâs qui apprenaient les bases de la religion et mémorisaient des petites parties du Qorân. Il avait nommé un Imam, qui était salarié, pour diriger la prière dans la Zawiya et un muezzin qui faisait l'appel à la prière, salarié aussi.

Idris, faqîr Alawî, disciple du Cheikh Būzīdī Bujrāfī, Maroc.

 


 

Le Cheikh al-Alawî organisait un rassemblement annuel pour tous les fuqarâs, soit à Mostaganem, soit à Alger. Le but de ce rassemblement était de renforcer les relations entre les fuqarâs qui ne pouvaient se voir le reste de l'année, en raison de leurs tâches quotidiennes et leur préoccupations. Des milliers (environ 6 000 personnes comme en témoigne Cheikh Alî al-Bûdlîmî) assistaient aux rassemblements, et ils se comportaient comme s'ils étaient un seul corps uni. Les collectivités locales et des responsables gouvernementaux ainsi que des universitaires (Thalabas) étaient invités à participer afin qu'ils aient une idée de ce qu'est l'ordre Alawî. L'ambiance générale des rassemblements dégageait la passion ardente et l'amour. Les fuqarâs pleuraient lorsque le Cheikh al-Alawî était en leur présence, et la Hadra, ils la faisaient après la prière de l'Ishâ jusqu'aux premières heures du matin. Ces occasions duraient trois jours entiers. Le dernier jour, après la prière du Dohr, certains lisaient des discours qu'ils avaient préparés. Cheikh Alî al-Bûdlîmî était celui qui présentait les noms des intervenants au Cheikh qui les examinait. Les discours allaient jusqu'au salat de l'Asr. Ensuite, le Cheikh al-Alawî menait la prière lui-même ou chargeait l'un des Ulémas à la mener, et à la fin de la prière, il priait en invoquant Dieu pour l'ensemble de l'assistance, hommes et femmes, âgés et jeunes, pour les universitaires (Thalabas), pour la communauté musulmane, et pour les dirigeants musulmans.

 

Le statut du Rassemblement

• Le Cheikh al-Alawî invitait tous les fuqarâs, sans distinction. Il invitait également des universitaires, des responsables gouvernementaux locaux et les adeptes d'autres ordres s'ils souhaitent participer, cependant sous conditions, ils devraient respecter les statuts de l'ordre Alawî, et ne pas essayer de prendre le contrôle du rassemblement. Ils ne devraient pas réciter des poèmes ou d'accomplir un acte jusqu'à ce qu'ils aient demandé la permission de l'hôte lui-même.

• La célébration ne devait en aucun cas, et par n'importe quel moyen, entrer en conflit avec la loi divine (Sharî'a). Les frères étaient tous priés à s'asseoir ensemble et à se rappeler Dieu et enseigner aux autres l'approche de Dieu.

• Les intervenants ne devraient pas prolonger leurs discours pour que le public ne se soit pas fatigué ou lassé.

• L'organisateur de l'événement doit être un maître de la voie autorisé par un précédent maître. Il devrait également avoir les connaissances requises sur la manière d'organiser l'événement de la meilleure façon possible. Il ne devrait pas être influencé par des suggestions venant de personnes qui n'ont pas de connaissance sur la voie, ce qui pourrait mettre tout l'événement en échec.

• Tous les participants doivent venir avec l'intention d'invoquer Dieu Seul. Ils ne doivent porter que de l'amour pour leurs autres frères. Ils doivent représenter l'ordre et le respecter. Ils ne doivent pas se raser et ne doivent pas porter autre chose que la tenue vestimentaire islamique, comme une «Djellaba» blanche avec leurs chapelets accrochés autour de leurs cous, afin que les personnes présentes voient la beauté de l'ordre, et surtout la nécessité de se faire distinguer des autres, en étant les hommes de Dieu.

• Les meilleurs chanteurs doivent être choisis, et ils doivent chanter les recueils de poèmes du Cheikh al-Alawî ou de certains de ses disciples, pour que les gens écoutent ce que l'ordre a d'enseignements.

• Les fuqarâs doivent éviter de laisser assister n'importe qui, pour que l'événement ne soit pas gâché par les mauvaises conduites et le mauvais comportement de certains.

• Les participants doivent respecter les pratiques de nos pieux prédécesseurs qui nous ont apporté cet ordre. Quand ils viennent à la Zawiya ou chez l'un des fuqarâs, ils doivent entrer en disant à haute voix le témoignage de la foi. Ils ne doivent pas regarder en bas [1] ou parler d'autres sujets lors des pratiques, tels que la Hadra ou en récitant les invocations à haute voix à l'unisson, car cela pourra les nuire et gêner les autres frères.

• Il ne faut en aucun cas intercaler entre les deux sexes, tout au long de l'événement. Il doit y avoir une barrière entre eux qui empêche tout contact afin que les cœurs restent sains et pures. [2]

 

Notes :

[1] Sens de la phrase incompréhensible, si ce n'est, ne pas baisser la tête !?

[2] A l'époque du Cheikh al-Alawî il n'y avait pas de plaques indiquant les emplacements (hommes / femmes). Il y avait, certes, un espace spécialement pour les femmes afin d'invoquer Dieu Tout-Puissant, toute fois, il était impensable qu'on laisserait une jeune fille apparaître en compagnie d'hommes, et de même, un jeune garçon apparaître en la compagnie des femmes.

 

Idris, faqîr Alawî, disciple du Cheikh Būzīdī Bujrāfī, Maroc.

 


 

Une fois, le Cheikh al-Alawî demanda à certains de ses disciples, qui sont venus lui rendre visite de loin : «êtes-vous venus ensemble ?» Leur réponse était : «non !». Il s'exclama alors : «Et puis quoi encore ? Vous n'avez pas encore saisi (le sens de) la voie ? Venir ensemble est nécessaire, même si ce n'est juste une fois par semaine !» Comme dit le prophète, que Dieu lui adresse Ses prières et Sa paix : «prend un compagnon avant de prendre la route !»

Idris, faqîr Alawî, disciple du Cheikh Būzīdī Bujrāfī, Maroc.

 


 

Une fois, le Cheikh al-Alawî était assis avec ses disciples et demanda à l'un d'eux : «Si tu trouve les portes du paradis ouvertes devant toi d'un coté, et les fuqarâs en outre, leurs portes ouvertes de l'autre coté et invoquent Dieu, que choisis-tu ? T’asseoir avec les fuqarâs ou entrer dans le Paradis ?» Le faqîr dit : «je choisirai le paradis!» «Non !» répondit le Cheikh, «je choisirais de m'asseoir avec les fuqarâs ; car leur entreprise, est les jardins du Paradis !» Comme mentionné dans le Hadith, où le prophète, que Dieu lui adresse Ses prières et Sa paix, dit : «lorsque vous passez par les jardins du paradis, pressez-vous (à les rejoindre)!» On lui demanda : «qu'est-ce les jardins du paradis ?» Il répondit : «ceux et celles qui invoquent Dieu.»

Idris, faqîr Alawî, disciple du Cheikh Būzīdī Bujrāfī, Maroc.

 


 

Une fois, le Cheikh al-Alawî était assis dans ses quartiers privés et n'entendait plus ses fuqarâs invoquer Dieu dans la Zawiya, il demanda pourquoi il en fut ainsi. On lui répondit qu' «un savant (Thaleb) donne une leçon aux fuqarâs.» Le Cheikh sorti de sa chambre et alla vers la Zawiya voir ce savant. Il se mit à côté de l'homme et remarqua qu'il était rasé et portait des vêtements à l'occidentale. «Que leur dites-vous ?» lui demanda le Cheikh. «O sidi Cheikh, je vous prie de m'excuser, je suis juste entrain de dire quelques mots à ces frères.» Le Cheikh lui répondit : «Votre connaissance est sèche ; elle n'est ni acceptée ni digérée !» Puis il applaudit de ses mains et les fuqarâs commencèrent une Hadra. Quand ils eurent terminé, le Cheikh leur dit: «Mes frères, l'aspect de quelqu'un suffit de devoir demander plus à son sujet. Si vous voyez de nouveau un universitaire (Thaleb) comme celui-ci, rasé et vêtu de vêtements occidentaux, lui et sa connaissance sont à jeter dans les vagues de la mer!»

Idris, faqîr Alawî, disciple du Cheikh Būzīdī Bujrāfī, Maroc.

 


 

Un jeune adulte vint voir le Cheikh al-Alawî et lui demanda de l'autoriser à pratiquer la retraite (spirituelle), afin d'invoquer le Nom de Dieu, mais le Cheikh lui répondit : «pars, tu es encore jeune !» Le lendemain, le jeune homme revint voir le Cheikh et insista pour sa requête, le Cheikh eut la même réponse. Mais cette fois-ci le jeune homme resta sur sa position, et dit au Cheikh : «Seigneur, ceux qui dorment dans les cimetières (les morts), sont-ils tous des adultes ?» Et là, le Cheikh accueilli à bras ouvert son jeune disciple, et qui son amour pour Dieu était plus grand que son âge. Il est devenu telles les personnes que Cheikh al-Alawî dit dans un de ses poèmes :

À part ceux qui ont une croyance accrue
Et visités par la sainte inspiration.

Muhammad, faqîr Alawî marocain, contemporain du Cheikh al-Alawî, rapporté par son petit fils Muhammad.

 


 

Un jour, un faqîr envahi par la tristesse et versait des larmes, vint voir le Cheikh al-Alawî. Interrogé par le Cheikh sur la raison de son triste état, il eu cette réponse : «Seigneur, je vous ai vu mourir dans un rêve.» Ce à quoi Cheikh al-Alawî lui dit: le maître qui meurt, pourquoi le prends-tu comme guide ?

Muhammad, faqîr Alawî marocain, contemporain du Cheikh al-Alawî, rapporté par son petit fils Muhammad.

 


 

À l'époque coloniale française de l'Algérie, un monument était placé sur une place d'Alger, représentant le duc d'Orléans à cheval brandissant une épée, raison pour laquelle l'on disait, et reste à vérifier bien sûr, le Cheikh Ahmed al-Alawî s'y opposa, se justifiant par le fait qu'un tél symbole rouvre les blessures, allant jusqu'à boycotter les festivités marquantes du fameux centenaire de la colonisation 1830-1930 (il préféra faire son pèlerinage à la terre sainte.) Pour lui, il était mieux d'ériger une statue représentant un (arabe indigène) algérien et un européen se touchant la main, plutôt que la statue de ce soldat.

 


 

Un jour, Cheikh al-Alawî se trouvait dans la zawiya d'Alger, tout à coup, au milieu des fuqarâs, un déchu de l'Islam fit son entrée; il était ivre mort; il insistait pour voir le Cheikh al-Alawî. Les disciples ne voulaient pas le laisser passer de crainte qu'il insultât ou frappa le maître.

- Allons, allons, laissez-le passer! S'exclama le maître.
- Sidi! Demandez à Dieu qu'Il me pardonne, implora l'homme.
- Je le ferai, et pourquoi ne deviendrai-tu pas un adepte de notre confrérie?
- Comment?... Vous acceptez un ivrogne comme moi pour disciple?
- Oui, je t'accepte et avec tout mon cœur; est-ce que toi-même tu m'acceptes?

Et le Cheikh donna la main au dévoyé; puis il demanda de remplir un sceau d'eau…

(Al-Murshid, février 1951, N° 46, page 9)

 


 

Les caractéristiques générales de sa méthode spirituelle, de sa voie (tarîqa), sont celles du soufisme classique, qui insiste sur le respect des obligations générales de l’islam, un degré variable de renoncement, l’excellence du caractère, le bon comportement à l’égard de tous, la fréquentation et la visite du maître spirituel et des frères, la récitation régulière des litanies et la participation aux réunions périodiques, et enfin la concentration dans le cadre de l’invocation de formules coraniques ou de noms divins.

Tout orienté sur l’intériorité, qui est le message que martèle inlassablement al-Arabî al-Darqâwî, soufi marocain de la fin du XVIIIe siècle qui est l’un des principaux maîtres de la chaîne spirituelle (silsila) qui relie de façon ininterrompue Ahmad al-‘Alawî au prophète, cet enseignement conduit à un recentrage sur lui-même de l’aspirant et un retour à Dieu (tawba) qui exclut tout activisme extérieur.

La conscience de son propre néant (faqr), le polissage du caractère, dans un sens qui n’est a priori pas d’ordre moral, et l’amour des condisciples sont trois thèmes particulièrement saillants de la voie shâdhilî.

Enfin, l’une des spécificités de sa méthode consiste à faire pratiquer à ses disciples une retraite complète pendant laquelle ils ne doivent s’adonner qu’à l’invocation du nom « singulier » de Dieu (ism al-mufrad) dans une solitude totale. Cette méthode n’était pas en soi fondamentalement nouvelle - c’est même une constante de la Shâdhiliyya -, mais il est vrai que la façon assez systématique de la mettre en œuvre, bien significative d’un certain côté « contemporain » d’Ahmad al-‘Alawî, a fortement marqué les esprits de son temps.

Qu’il s’agisse des milieux qui l'ont reçu, comme à Fès où les plus hautes autorités religieuses l’ont accueilli, ou des gens qui lui ont rendu visite, parmi lesquels de nombreux soufis et savants déjà « initiés », il semble bien que ce soit cette méthode radicale et son efficacité qui lui ait valu une telle notoriété dans les milieux soufis maghrébins.

 


 

Un jour que le Cheikh El Alawi lisait paisiblement, voilà qu'un de ses adeptes vint lui rapporter qu'un frère venait de commettre une faute grave...mais le Cheikh continua à lire comme si de rien n'était, l'adepte insista : "Sidi, un tel a fauté!", le Cheikh continua à lire, mais le disciple s'obstina à le mettre au courant de l'agissement répréhensible du fauteur, alors, brusquement, Ahmed al-Alawi posa le livre sur ses genoux, quitta ses lunettes et regardant son disciple, il l'interrogea : "lorsque, sur le bord du chemin, ton frère s'est endormi, que le vent soulève sa chemise jusqu'à le mettre à nu, est-ce que tu rabaisses la chemise ou bien tu la soulève ?", "sidi, je la rabaisse" répondit l'adepte honteux. "Eh bien alors couvre! couvre ton frère! couvre le!".

Salah Khelifa, Doctorat d'état en études Arabes et Islamiques.



Outre ses écrits pour la défense du soufisme, on trouve dans Al-Balâgh des attaques du cheikh contre les prétendus « réformateurs » pour leur constante complaisance à l'égard de l'époque moderne, aux dépens de la religion. En même temps, il exhorte les chefs des zawâyâ mettre en pratique ce qu'ils enseignent. En ce qui concerne le monde en général, il prend position contre tous les mouvements antireligieux et en particulier contre le communisme. Pour les musulmans, il insiste sur l'importance qu'il y a à élever le niveau général de connaissance de l'arabe classique et dénonce la pratique de se faire naturaliser français. Il met inlassablement en évidence les dangers de l'occidentalisation ou adoption des habitudes européennes de pensées et de vie et, en particulier, il condamne ces musulmans qui portent des vêtements européens modernes.

En tant que guide spirituel, et par conséquent en suprême psychologue, il savait que les vêtements, qui forment l'ambiance immédiate de l'âme humaine, ont un pouvoir incalculable de purification ou de corruption. Ce n'est pas sans raison, par exemple, que dans la chrétienté et le bouddhisme, les ordres religieux ont conservé, à travers les siècles, un costume qui avait été tracé et institué par une autorité spirituelle soucieuse de choisir une tenus compatible avec la vocation de celui qui la porte. En dehors de ces exemples, on peut d'ailleurs dire, d'une façon générale, que toutes les civilisations théocratiques, c'est-à-dire dans toutes les civilisations à l’exception de la civilisation moderne, le vêtement a été plus ou moins inspiré par la conscience que l'homme et le représentant de Dieu sur la terre, et ce n'est nulle part plus vrai que dans la civilisation islamique. En particulier, le vêtement arabe de l'Afrique du Nord-Ouest, turban, burnous et djellaba, qui n'a pas changé depuis des siècles, est une combinaison parfaite de simplicité, de sobriété et de dignité, et il conserve ces qualités jusque dans les haillons.

Un saint soufi du XXe siècle : Le Cheikh Ahmad Al-Alawî de Martin Lings

 
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