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Ibn 'Âshir - Spiritualité musulmane
Soufisme/Tasawwuf - Explications
Écrit par Derwish al-Alawi   

Vers d'Ibn 'âshir à ce sujet dans son matn (Livre des Débuts de la Voie Spirituelle et Ce qui Guide à la Connaissance d'Allah) :

291 Le repentir de tous les péchés qui ont été commis | est wâjib(obligatoire) immédiatement et sans délai, et est connu comme étant le sentiment de regret (pour ce qu'on a fait).

292 (Le repentir) a comme conditions de cesser l'acte de désobéissance et de ne pas avoir l’intention d’y persister ou d’y revenir et une condition de perfection (kamâl): de faire autant de demande de pardon(Istighfâr) que possible. (Mais lorsque la transgression implique un autre humain, les conditions du repentir sont au nombre de trois : les deux conditions précédentes auxquelles s’ajoute le devoir (si possible) de rendre ses droits à la personne lésée. S’il s’agit d’argent ou de quelque bien, qu’il le retourne à son propriétaire. Si ce droit touche à sa réputation, alors il doit se soumettre à lui ou lui demander pardon, et s’il s’agit de médisance qu’il lui demande de lui pardonner.)


293 Le résultat de la crainte révérencielle (la piété) est le fait d'éviter (les interdits) et de suivre (les commandements de Dieu) | il s’agit de la conformité extérieure et intérieure à la loi divine.

294 Ainsi, les actions nécessaires dans la voie sont au nombre de quatre | et elles sont pour le disciple le chemin qui mène au succès:

295 Il doit abaisser son regard loin de l'illicite. | Il doit tenir ses oreilles loin des méfaits verbaux,

296 Comme la médisance, les calomnies, le faux témoignage, et le mensonge. | Et il est plus approprié encore qu'il retienne sa propre langue de s'engager dans ces actes ou ce qui les cause.

297 Il doit préserver son estomac d'ingérer l'illicite. | Il doit délaisser ce qui est douteux.

298 Il doit préserver ses parties intimes (duharâm) et craindre le Témoin toujours présent (c.-à-d. Allah) | et ne doit pas utiliser ses mains ou ses pieds dans (pour atteindre) l’illicite.

299 Il doit éviter de s'engager dans des affaires jusqu'à ce qu'il sache | ce qu’Allah a légiféré à leur sujet.

300 Il doit purifier son coeur de l’ostentation, | de l’envie, de l’irritation, de la vanité, et de toutes les (autres) maladies (du cœur).

301 Saches que la racine de toutes les calamités du coeur | est le fait de désirer le pouvoir et oublier la Vie Future (l’au-delà).

302 le sommet de tous les péchés est l’amour du monde d’ici bas. | Il n'y a aucun (vrai) traitement (pour ces maladies) excepté d’implorer Allah tout en se sentant extrêmement dans le besoin (de Lui).

303 Il doit chercher la compagnie d'un Shaykh, un connaissant de Dieu. | Le Shaykh le préservera des dangers dans le chemin (vers Dieu).

304 Ce maître lui rappellera Dieu quand il le verra (le rencontrera), et le fera parvenir à son Seigneur.

305 Il doit scruter et demander des comptes à son âme charnelle à chaque souffle (examen de conscience). | Il doit peser ses pensées avec rigueur.

306 Il doit veiller à bien accomplir les actes wâjib (de la religion) qui lui servent de capital de base. | Les actes mandûb sont son bénéfice et il doit les accomplir après les actes obligatoires selon son possible.

307 Il doit invoquer Dieu (dhikr) de façon abondante et avec un esprit clair (présent) | et l'aide pour accomplir toute cela provient de son Seigneur.

308 Il doit lutter contre son ego (contre les penchants de son âme charnelle) pour Le Seigneur des Mondes. | Il doit s'embellir avec les stations de la certitude :

309 La crainte, l’espoir, la gratitude, la patience, le repentir, | le renoncement, la remise confiante (en Allah), le contentement, et l’amour.

310 Il doit être sincère envers Celui qui le voit dans chacune de ses actions (Dieu). | Il doit se satisfaire de ce que Dieu l’Unique décrète pour lui.

311 Il deviendra avec ceci un connaissant d'Allah | libre et tout autre qu'Allah quittera son cœur :(il aura un cœur pur et sans attaches aux choses de ce bas monde)

312 Ainsi, Dieu l’Unique l'aimera et le choisira | pour Sa présence sanctifiée et le placera parmi les élus.

(Voir les vers en version originale en format PDF) matn_ibn_ashir_spiritualite_musulmane.pdf Matn Ibn Ashir spiritualité musulmane.pdf (87.26 Ko) .

Introduction

La pureté de l’intention pour Dieu (Niyyat wa ikhlâs) vient en amont de tout acte[1]. D’après Abû Hurayra, l’Envoyé d’Allâh — paix et bénédictions sur lui — a dit : « Allâh — gloire à Lui — dit : ’Je suis l’Associé qui se passe de toute association. Quiconque accomplit une œuvre pour Moi ainsi que pour quelqu’un d’autre, recevra mon désaveu, et son œuvre sera considérée faite uniquement à l’intention de l’autre associé.’ »[2]

Dans le chapitre du soufisme[3] ou du grand Djihâd[4] qui couronne son recueil : Ibn ‘âshir commence par aborder la nécessité du repentir (retour) à Dieu pour le croyant sincère. Le repentir est obligatoire pour chaque individu pour tous péchés commis, le repentir doit être immédiat, si la personne le retarde: il lui faudra un repentir aussi pour cela. Le repentir est définit comme le regret et il implique de cesser l'acte de désobéissance, la résolution ferme de ne plus le commettre, la non persistance et de se rendre si possible aux victimes ou à leurs représentants pour que justice soit faite puis la demande de pardon à Dieu (Istighfâr) (qui est une condition de perfection (kamâl) et non de validité du repentir).

Le repentir a comme conditions de validité donc de cesser l'acte de désobéissance et de ne pas avoir l’intention d’y persister ou d’y revenir et une condition de perfection(kamâl): de faire autant de demande de pardon (Istighfâr) que possible. (Mais lorsque la transgression implique un autre humain, les conditions du repentir sont au nombre de trois : les deux conditions précédentes auxquelles s’ajoute le devoir (si possible) de rendre ses droits à la personne lésée. S’il s’agit d’argent ou de quelque bien, qu’il le retourne à son propriétaire. Si ce droit touche à sa réputation, alors il doit se soumettre à lui ou lui demander pardon, et s’il s’agit de médisance qu’il lui demande de lui pardonner.)

Il est utile de signaler que l’intention est essentielle (c'est la base de tout) : si une personne qui buvait du vin, cesse cela seulement par peur pour sa santé, cela n’est pas considéré comme un repentir. Il faut cesser le péché parce que c’est une désobéissance à Dieu…

La station du repentir est la porte royale vers la présence divine et vers la station de l’excellence (soufisme).

Puis il aborde la piété (ou la crainte révérencielle) (At-taqwâ)[5] en la définissant comme une obéissance au Seigneur (par les membres et par le coeur) et un éloignement des vices et péchés tant intérieurs[6] (les vices cachés : comme la haine, la jalousie, l’ego, l’avarice, l’ostentation…) qu’extérieurs.

Il conseille aussi de s’éloigner des choses douteuses (mâ shubbîha) et de s'abstenir de faire les choses jusqu'à connaître leur statut légal, afin de préserver la foi et la pureté du cœur.

Ibn ‘Âshir explicite ensuite la perméabilité des membres et facultés du corps de l’être humain au mal comme au bien.

L’obéissance de l’oreille et sa gratitude vis-à-vis de Son seigneur passe par le fait de n’écouter que le bien et d’éviter d’écouter les médisances et ce qui ne la regarde pas.

L’obéissance de l’œil et sa gratitude passe par le fait de ne pas regarder (s’occuper des) les défauts des autres, d'abaisser son regard loin de l'illicite et de l’utiliser pour lire le Coran ou pour la science utile …

L’obéissance de la langue passe par le fait de l’utiliser pour invoquer Dieu ou dire du bien et non pas dans les mensonges et les calomnies…

L’obéissance de la main est de ne saisir avec que le licite et de porter secours à ceux qui en ont besoin….

Celle du pied est de marcher pour les actes d’obéissance et le retenir quand il s’agit de la désobéissance…

Il insiste sur les dangers du sexe, et qu’il faut s’interdire de suivre la passion qui mène au Harâm (les péchés et les relations extraconjugales).

Ibn ‘âshir définit le cœur comme le roi des membres (qui contrôle et dirige tous les autres membres) et aussi le lieu du regard divin : donc il convient au croyant de veiller à sa pureté et qu’il ne contienne pas d’attaches mondaines qui le souillent et lui voilent[7] la vue de la réalité (haqîqa) des choses par la lumière divine (source de la conscience et de l’éveil spirituel)[8]. Abû ‘Abdullah an Nu‘mân le fils de Bashîr (qu’Allah les agrée tous deux) rapporte qu’il a entendu l’Envoyé de Dieu (qu’Allah prie sur lui et le salue) dire : « …Eh bien ! Il y a dans le corps un morceau de chair qui, s’il est sain, rend tout le corps sain ; mais s’il est corrompu, tout le corps devient corrompu. Eh bien ! Il s’agit du cœur.»[9]

L’Envoyé de Dieu (qu’Allah prie sur lui et le salue) dit aussi : « Allah ne regarde ni vos corps ni votre aspect extérieur, mais Il regarde vos cœurs. »[10]

Le moyen privilégié pour polir le cœur et le garder vivant est l’invocation de Dieu :
Ibn ‘Âshir conseille donc au croyant sincère d’invoquer abondamment Dieu, pour le débarrasser des vices cachés[11] comme l’ostentation[12], la haine[13], l’égoïsme, la jalousie, La vanité('Ujb)[14]…

[1] Le Prophète (paix et salut sur lui) dit : « les actes ne valent que par les intentions et à chacun selon son intention… ». Les soufis disent : « les actes sont des formes mortes dont l’esprit est la pureté de l’intention qui est en eux » : Ibn ‘Atâ Allah d’Alexandrie (paroles de sagesses)

[2] Hadîth rapporté par Ibn Mâjah — cet énoncé est le sien, par Ibn Khuzaymah dans son Sahîh et par Al-Bayhaqî ; les rapporteurs d’Ibn Mâjah sont fiables.

[3] « Le jour où ni les biens, ni les enfants ne seront d’aucune utilité, sauf celui qui vient à Allah avec un cœur sain » (Coran Sourate 26 ; verset : 88,89) : c’est à partir de ce verset qu’on peut définir le soufisme comme étant la science du cœur. Dans le Hadîth du prophète (paix et salut sur lui), dit hadîth de Gabriel : où Gabriel pose les questions relatives à l’Islam, la foi et à l’Excellence, le prophète nous informe à propos de l’Excellence (Ihsân): « l’Excellence consiste à adorer Dieu comme tu si Le vois, car si tu ne Le vois pas, certes, Lui te vois… ». Les spécialistes du soufisme ont l’habitude de définir le soufisme à la lumière de ce hadîth comme étant le plus haut degré de l’Islam : « l’Excellence : Ihsân » et être avec Dieu sans attache en tout moment.

Les gens du banc (Ahlou Assouffa) qu’on peut considérer historiquement comme les premiers soufis ayant pratiqués les assemblées d’invocations, ont reçu la bénédiction de la révélation :

« Fais preuve de patience (en restant) avec ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir, désirant Sa Face. Et que tes yeux ne se détachent point d’eux , en cherchant (le faux) brillant de la vie sur terre. Et n’obéis pas à celui dont Nous avons rendu le cœur inattentif à Notre Rappel(à l’invocation de Dieu), qui poursuit sa passion et dont le comportement est outrancier » Coran : Al-Khahf (la caverne), verset 28.

Ainsi, le Prophète a reçu l’ordre divin de s’allier à ce groupe de compagnons mécquois et d’invoquer Dieu avec eux. Les gens du banc (Ahlo Assouffa) (qui d’après certains historiens musulmans sont à l’origine du mot Soufi ) étaient une formation de compagnons d’origine étrangère (à l’Arabie) (Bilale Alhabachi, Salmane de Perse, Sohaib Al-Roumi …) pauvres et souffrants des injustices et malmenage de la classe noble des Koraïchites. C’est de leur qualification et de leur aspiration spirituelle que le mot « faqir » : « pauvre à Dieu », et le mot « mourid » -(celui qui veut atteindre la Connaissance de Dieu : terme coranique dans le verset précédemment cité : « Youridoune Wajhahou » : verbe : Youridou, nom : mourid, ce qui veut dire celui qui espère ou veut voir Son Visage ou Sa Face selon les traductions) - tirent les origines et l’authenticité.

Le qadi Shaykh al Islam Zakariya Al Ansari a dit : « le soufisme est la science par laquelle on connaît les états de la purification des âmes, et la pureté des caractères (qualités), et par laquelle s’enrichissent l’extérieur et l’intérieur pour parvenir à la béatitude (félicité) éternelle ».
Le Shaykh Zarrûq a dit : « le soufisme est la science qui vise la pureté des cœurs (c’est à dire à rendre les cœurs sains) et le fait de les dépouiller de tout ce qui n’est pas Dieu. Le Fiqh est la réforme des actes et la préservation de l’ordre (droiture) et l’expression de la sagesse des principes de la loi (al-ahkâm). Les Usûl sont la science de l’unicité divine par la réalisation effective des preuves, et par l’ornementation (la parure) de la foi par la conviction comme la médecine préserve la santé du corps, ou la grammaire préserve la langue etc.. »

 

L’imâm des deux groupes Al-Junayd a dit : « Le soufisme est la mise en pratique (en acte) de toutes les qualités nobles »
Et encore : « Le soufisme est entièrement caractères nobles (divins). Celui qui te dépasse en bons caractères te dépasse en soufisme. »
Abû Al-Hasan Ash-Shâdhilî a dit : « Le soufisme c’est exercer l’âme à accomplir les actes de la servitude, et la faire revenir (la soumettre) aux statuts de la Seigneurie. »

Ibn ‘Ajîba a dit : « Le soufisme est la science qui enseigne la manière de cheminer (marche initiatique) vers la présence du Roi des rois, la purification de la souillure, et la parure (revêtement) de toutes sortes de qualités vertueuses ; en premier lieu il est science, ensuite bonnes actions et en dernier lieu c’est un don.»
« C’est la science par laquelle on connaît de quelle manière les gens parfaits se sont élevés des aspects (natures) humains vers les degrés de félicité divine.»
Et il a ajouté : « La science du tasawwuff n’est connu que de celui qui est éveillé dans la vérité, et celui qui n’en est pas témoin ne peut la connaître ; et comment un aveugle peut-il témoigner de la lumière du soleil ! »
Dans ses qawa‘id at-tasawwuf, le Shaykh Zarrûq a dit : Les définitions explicatives du soufisme sont nombreuses ; mais toutes reviennent à une seule : la véracité (la sincérité) de l’orientation vers Allah. »
Quand aux piliers du soufisme, c’est la purification du cœur de ses attaches matérielles et l’affermissement du lien de l’homme avec son Créateur. Car le soufi est celui qui purifie son cœur pour Allah, et purifie ses relations avec Allah, de sorte que les dons de grâce qu’il reçoit d’Allah sont purs. »
Pour montrer que cette science subtile qui est le soufisme n’est pas à la portée de tout le monde on cite ce qu’a rapporté Abû Hurayra qui dit: « j’ai pris du Prophète (paix et salut sur lui) deux récipients (deux genres de sciences), j’ai transmis la première science, quant à l’autre, si je l’avais transmise, on m’aurait coupé la gorge ! » : Rapporté par Al-Bukhârî, Hadîth 100 (p 51) le livre de la science « le sommaire du sahih al-bukhârî » par L’Imam Zein Ed-Dine Ahmed ibn Abdul-Latif A-Zoubaidi (Tome I).

[4] En faisant allusion au hadîth : « nous sommes revenus du petit djihâd au grand djihâd… », le grand djihâd est donc l’effort permanent pour purifier le cœur et vaincre les deux ennemis redoutables et invisibles de chacun : Satan (le diable) et l’âme charnelle et ses penchants (terrestres).
[5] Le prophète (paix et salut sur lui) dit : « la piété est là, en désignant trois fois sa poitrine », ‘Ali Ibn Abî Tâlib (que Dieu l’agrée) dit : « la piété se définit par : la crainte du Tout Puissant, la conformité à la révélation, le contentement du peu (que Dieu nous a donné) et la préparation pour la mort (ou pour la rencontre du seigneur) »

[6] « Et laissez le dehors et le dedans du péché », Coran : sourate 6, verset 120. « Et n'approchez pas des turpitudes - tant de ce qui en paraît que de ce qui s'en cache. », Coran : sourate 6, versets 151.

[7] Les soufis distinguent : les voiles lumineux et les voiles ténébreux : quant aux voiles lumineux : il s’agit du fait de mettre en avant sa science et ses actes d’adorations et oublier à qui ses actes sont destinés (Dieu) : le maître spirituel Sidi Hamza Al-qâdirî dit à ce propos : « Chacun s’attache aux qualités qui lui sont propres : le savant se croît supérieur à tout le monde par son savoir, l’homme riche tire sa gloire de sa richesse et ils demeurent ainsi avec leur maladie. Seule l’éducation spirituelle peut les aider à s’en libérer », il dit aussi : « Il ne faut pas donner d'importance aux œuvres que l'on accomplit, il faut en revanche prêter attention à Celui à Qui on les offre », donc il convient de croire fermement que nos actes sont une grâce de Dieu.
Quant aux voiles ténébreux se sont les péchés qui souillent le cœur, tuent la conscience et provoquent l’insouciance : ils sont moins difficiles à déceler et à combattre que les voiles lumineux.

[8] Cette vue et cet intellect conscient (basîra) par la lumière de Dieu aide précieusement à fuire le mal et faire le bien dans toutes les situations.

[9] Hadîth rapporté par Al Bukhârî et Muslim.

[10] Rapporté par Muslim : le hadîth complet est le suivant : Selon Abû Hurayra (que Dieu lui accorde Sa satisfaction), le Messager de Dieu (paix et salut sur lui) a dit: "Méfiez-vous de la présomption car la présomption est le parlerleplus mensonger. N'employez pas vos cinq sens à la recherche des défauts des autres et ne vous espionnez pas. Bannissez entre vous toute concurrence déloyale, toute envie et toute haine. Ne vous tournez pas le dos les uns aux autres et soyez frères, ô esclaves de Dieu! Le Musulman est le frère du Musulman: il ne lui fait pas d'injustice, ne lui refuse pas son soutien et ne le méprise pas. La piété est ici (désignant sa poitrine). Il suffit à l'homme pour être mauvais de mépriser son frère musulman. Tout le Musulman est interdit au Musulman: son sang, son honneur et ses biens. Dieu ne regarde pas vos corps, ni vos images, ni vos actions, mais Il regarde vos cœurs."
(Rapporté par Muslim et Al Bukhârî) Chapitre 127, Page 444, Numéro 1568.

[11] « Et laissez le dehors et le dedans du péché », Coran : sourate 6, verset 120. « Et n'approchez pas des turpitudes - tant de ce qui en paraît que de ce qui s'en cache», Coran : sourate 6, versets 151.

[12] « Au jour du jugement un savant, un généreux et un martyr viendront demander la récompense d’Allah. Allah après les avoir interrogé leur dira : « vous aviez fait ce que vous aviez fait dans le bas monde pour faire plaisir à un tel et un tel, allez demander votre récompense alors chez eux et Il les jeta en Enfer » rapporté par Muslim.
D’après Mahmûd Ibn Labîd, l’Envoyé de Dieu — paix et bénédictions sur lui — dit : « Pour vous, c’est la petite association que je redoute le plus !» — "O Envoyé d’Allâh, demanda-t-on, et qu’est-ce que la petite association ?" — « L’ostentation, dit-il. Allâh — gloire à Lui — dira au moment de rétribuer les gens de leurs œuvres : ’Allez retrouver ceux auprès desquels vous vous faisiez bien voir, et regardez s’ils ont de quoi vous rétribuer !’ » Rapporté par Ahmad, Ibn Abî Ad-Dunyâ et Al-Bayhaqî dans "l’Ascétisme" et par d’autres.

[13] Abû Hurayra rapporte que le prophète (paix et salut sur lui) dit : « Les portes du Paradis s’ouvrent chaque lundi et jeudi », Ma‘ammar dit : les actions de chacun sont exposées chaque lundi et jeudi et Allah pardonne à tous ceux qui n’associent à Dieu aucun idole, sauf aux deux personnes qui ont une rancune entre eux, Allah dit à leur propos à Ses anges : « laissez les jusqu’à ce qu’ils se réconcilient » : Rapporté par l’Imam Ahmad dans son Musnad : Hadîth n° 7318.
« Dis à Mes esclaves de tenir le langage le plus doux car le Diable plante les aiguillons de la haine entre eux. Le Diable sera toujours pour l’Homme un ennemi évident ». Coran : sourate 17, verset : 53.

[14] Il s’agit du ‘Ujb: la fatuité, la vanité, l’orgueil :
Il consiste à s’enorgueillir de son adoration et la regarder avec admiration : parfois, le dévot s’enorgueillit de sa dévotion et le savant par sa science ; cela est illicite.
Il convient au croyant sincère d’abord d’avoir l’intention pure (Ikhlâs) puis de croire que tout ce qu’il fait est par la Grâce de Dieu et non pas par son effort personnel : c’est une reconnaissance de notre faiblesse : l'Imâm An-nawawî a dit : «... celui qui s’enorgueillit(se plait) de ses actes, ses actes ne seront pas agréés par Dieu (deviennent vaines: habita 'amaluhu) » .
Le Dhikr et les actes d’adoration ne doivent pas nourrir l’ego mais plutôt le détruire.

L’importance de l’invocation de Dieu

Le Dhikr a été cité quatre vingt trois fois dans le Coran : il comprend la lecture régulière du Coran, la prière sur le Prophète[1] (paix et salut sur lui) et le tasbîh(l’invocation par les différentes formules)[2].

En ce qui concerne l’invocation par les différentes formules dont la plus importante est « Lâ Ilâha illa Allah » on peut citer les versets suivants qui incitent le croyant à invoquer Dieu abondamment :
« Ceux qui ont cru, et dont les cœurs se tranquillisent (s’apaisent) à l’invocation d’Allah, n’est-ce point par l’invocation d’Allah que se tranquillisent (s’apaisent) les cœurs »[3].
«O, vous qui croyez ! Invoquez Allah d’une façon abondante »[4].
« La prière éloigne l’homme de la turpitude et des actions blâmables, mais l’invocation du nom de Dieu est ce qu’il y a de plus grand »[5].

L’invocation de Dieu (Lâ Ilâha illa Allah) a une importance capitale pour l'aspirant vers Dieu qui souhaite purifier son cœur et atteindre par là le degré d'excellence (Ihsân) : l’invocation aide le croyant à mieux accomplir les actes d’obligation comme la prière rituelle ou le jeûne car il permet d’acquérir une présence avec Dieu et d’atteindre un éveil de la conscience qui éloigne des péchés et des mauvaises pensées : le Dhikr agit en effet sur le cœur en le polissant et en le purifiant.

Le parole (Lâ Ilâha ila Allah) était le premier message passé par le prophète Sidna Muhammad (paix et salut sur lui) à sa communauté, il n’y avait pas de prescriptions autre que le Dhikr au début de la communication de l’Islam, car c’est par le biais de l’invocation abondante du Seigneur qu’on L’aime et qu’on obéit par conséquent sans peine à toutes Ses prescriptions. ‘Abdullah Ibn Busr –que Dieu l’agrée- a dit : un homme s’interrogea : « O Messager de Dieu ! Je trouve que les lois divines sont trop nombreuses, indique-moi une à laquelle je m’attache le plus ». Le prophète (paix et salut sur lui) lui répondit : « C’est, que ta langue ne cesse de mentionner Dieu »[6].
Par la mention abondante de Dieu on finira par L’aimer et L’adorer comme Il Se doit, et inversement si on L’aime, on se lassera jamais de Le mentionner.

Pour montrer que l’invocation de Dieu « le Dhikr » est meilleure que tout autre acte de piété et de dévotion, on cite le Hadîth suivant rapporté par Abû ad-Dardâ’ selon lequel le Prophète (paix et salut sur lui) a dit : « Voulez-vous que je vous annonce quelles sont les meilleures de vos actions, les plus pures auprès de votre Seigneur, celles qui vous élèvent le plus en degré, et meilleures pour vous que de dépenser or et argent en aumône, et meilleurs pour vous que de rencontrer vos ennemis lors d’une bataille pour les tuer ou pour qu’ils vous tuent ? Ils répondirent : Oui. Certes. Il reprit : Eh bien c’est l’invocation de Dieu le Très-Haut. » Un homme demanda : l’invocation est elle meilleur que le Djihâd (la guerre sainte) ? Le prophète répond alors : « même si le mudjâhid (le combattant) frappe avec son épée jusqu’à ce qu’elle se brise et se remplie de sang l’invocateur restera toujours meilleur que lui. »[7]
Et Mu`âd Ibn Jabal a dit suite à ce Hadîth : « Il n’y a pas de chose qui éloigne du châtiment de Dieu autant que l’invocation de Dieu. ».[8]

La mention de Dieu est essentiellement la vie des cœurs :
Abû Mûsâ Al-Ash‘arî -que Dieu l’agrée- a dit : le prophète (paix et salut sur lui) a dit : « Celui qui invoque Dieu et celui qui ne L’invoque pas, sont comparables au vivant et au mort ».[9]

Abû Mûsâ Al-Ash‘arî -que Dieu l’agrée- a dit : le prophète (paix et salut sur lui) a dit : « La maison où on invoque Allah, et la maison où on n’invoque pas Allah, sont comparables au vivant et au mort »[10].

Un autre Hadîth montre l’importance et la valeur inestimable que Dieu accorde à son serviteur qui l’invoque. C’est un Hadîth rapporté par Abû Hurayra qui rapporte que le Prophète (paix et salut sur lui) a dit : « Dieu exalté dit : Je suis tel que Mon serviteur M’estime, et je suis avec lui s’il M’invoque. S’il m’invoque en lui-même, je l’invoque en moi-même, et s’il m’invoque dans une assemblée, je l’invoque dans une assemblée bien meilleure encore...» [11]

D’un autre côté, l’importance de l’invocation de Dieu est telle que l’abandonner a des conséquences néfastes.

Dieu dit dans le Coran : « Et celui qui abandonne l’invocation de son Seigneur, On lui attribue un mauvais esprit qui ne le quitte pas. »[12]

Le manque de Dhikr peut conduire le musulman à devenir un hypocrite (munâfiq), ce qui est grave. A ce sujet, Dieu dit dans le Coran, en parlant des hypocrites (al munâfiqîn) : « Certes les hypocrites trompent Dieu, mais c’est Lui qui les trompe… » Jusqu’à ce qu’Il dise « …Et ils n’invoquent le Seigneur que peu »[13].

Nous comprenons donc de ce verset, par simple logique que, pour ne pas être un hypocrite, il ne faut pas invoquer le Seigneur peu mais l’invoquer beaucoup.

Le Dhikr se fait très souvent aussi en assemblée : « Et arrête-toi en compagnie de ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir, qui cherchent son visage. Et que tes yeux n’aillent point au delà d’eux »[14] .

Abû Hurayra et Abû Sa‘îd Al-khudarî –que Dieu les agrée tous les deux- rapportent que le Messager de Dieu (paix et salut sur lui) a dit : « Il n’y a pas de gens qui se réunissent pour invoquer Dieu glorifié et honoré, sans que les anges ne les entourent (de leurs ailes), la miséricorde ne les enveloppe, la sérénité ne descende sur eux et Dieu ne les mentionne chez ceux qui se trouvent auprès de Lui »[15]

Abû Wâqid Al-laythî –que Dieu l’agrée- a dit : « Le Messager de Dieu (paix et salut sur lui) était assis, un jour dans la mosquée en compagnie des musulmans, trois hommes entrèrent. L’un deux partit, alors que les deux autres avancèrent et se mirent à, contempler le Messager de Dieu (paix et salut sur lui). L’un deux trouva une place vacante dans le cercle (du Dhikr) et s’assit, tandis que l’autre pris place derrière les gens. Quand au troisième, il s’éloignit en tournant le dos. Quand le Messager de Dieu (paix et salut sur lui) termina, il dit : « Voulez vous que je vous instruise au sujet de ces trois hommes ? Le premier a cherché refuge auprès de Dieu et Dieu le lui donna. Le deuxième a été empêché par sa pudeur de déranger les autres et Dieu a ressenti de la pudeur à son égard, quant au troisième, il s’est détourné de Dieu et Dieu s’est détourné de lui »[16]

Abû Hurayra rapporte : le prophète paix et salut sur lui dit : « Il y a des anges de Dieu qui font le tour des voies et des chemins sur terre pour chercher les assemblées de Dhikr. Dés qu’ils trouvent une assemblée de Dhikr, ils s’appellent et enveloppent de leurs ailes cette assemblée jusqu’au ciel inférieur. Ils montent ensuite vers le seigneur qui les interroge (alors qu’Il sait parfaitement ce qu’il en est) : « Que disent mes adorateurs ? », les anges répondent : « Ils Te glorifient, chantent Tes louanges, et invoquent par « lâ ilâ ha illa Allah » (yuhallilûna) », Dieu exalté dit alors : « Qu’est ce qu’ils espèrent (demandent) de Moi?», les anges répondent : « Ton Paradis », Dieu dit : « est ce qu’ils l’ont vu ? », « non », répondit l’assemblée des anges. « Qu’est ce qu’il en sera, s’ils avaient vu mon Paradis ? » leur dit Dieu. Les anges répondirent alors : « Leur adoration serait plus vive, leur imploration plus intense, leur louange plus nombreuse et leur glorification plus grande », « Qu’est ce qu’ils redoutent en m’implorant ? » leur demande Dieu, « Ton Enfer » répliquent les anges. Dieu dit : « est ce qu’ils l’ont vu ? », « non », répondirent les anges. « Qu’est ce qu’il en sera, s’ils avaient vu l’Enfer ? » leur dit Dieu. Les anges répondirent alors : « Ils se hâteraient de le fuir et le redouteraient plus ». Dieu dit alors : « soyez témoins, mes anges, que Je leur pardonne ! ». Un ange dit : « il y a telle personne qui n’est pas des leur, mais qui est venu pour une raison terrestre (une affaire quelconque) ». Dieu dit : « Je lui pardonne aussi, ne sera guère malheureux celui qui se réunit avec cette assemblée (Ils sont les compagnons, si quelqu’un prend part à leur réunion, il ne sera jamais malheureux) »[17]

‘Abd Allah Ibn ‘Abbâs dit « l’interprète du Coran »[18] [que Dieu l’agrée] dit : « Chaque fois que Dieu impose à son serviteur une Obligation, il donne à celle-ci une limite définie et il a excusé les personnes qui n'ont pas accompli cette obligation dans les cas de difficulté ou d'inaptitude, sauf pour le Dhikr, pour lequel Dieu n'a imposé aucune limite et pour lequel il n'a excusé personne s'il ne l'accomplit pas sauf s'il n'a pas ses facultés intellectuelles lui permettant d'être responsable de ses actes. Dieu a ordonné son invocation dans toutes les situations, c'est ce qui est dit dans le verset « ceux qui invoquent Dieu debout assis et couchés[19] », Dieu a dit aussi " Ô croyants, invoquer Dieu abondamment » (c'est-à-dire :) nuit et jour en terre et en mer, en voyage ou chez vous, dans la richesse et la pauvreté, quand on est en bonne santé ou malade, secrètement ou ouvertement et dans toutes les situations. »

L’invocation de Dieu peut se faire avec le chapelet[20] ou avec la main, à tout moment, en tout état et en tout lieu : (sauf, bien sûr, dans lieux impropres, comme les toilettes ou la salle de bain).

Al-Imâm ’Abd Al Karîm Al qushayrî [que dieu l’agrée] a dit : « L'invocation de Dieu est la garantie de la sainteté, et la lumière du chemin qui mène vers la rencontre de Dieu, c'est le moyen de réaliser ses vœux, le signe du bon début sur le chemin vers Dieu, le signe annonciateur d'une fin heureuse sur le chemin vers Dieu, Il n'y a rien avant le Dhikr ( c'est le début de tout) et toutes les qualités nobles reviennent au Dhikr et prennent leur racine dans le Dhikr. »

Sidi Hamza Al-Qâdirî Al-Butshîshî maître vivant de la Tariqa Qâdiriyya Butshîshiyya dit à propos de l’invocation de Dieu : « Le Dhikr pratiqué régulièrement fait disparaître progressivement les désirs et les pensées impures. De la même manière, si des chasseurs se rendent chaque matin dans la forêt et tirent des coups de fusil, alors tous les animaux apeurés s’enfuient en entendant les coups de feu, puis reviennent un peu plus tard dans la journée. Mais comme les chasseurs reviennent tous les jours, les animaux finissent par changer d’endroit. »


Pour insister sur la difficulté de déceler puis d’extraire les vices de l’âme par nos seuls moyens, on cite le hadîth suivant rapporté par Al-Hakîm At-Tirmidhî: « L’association (la petite association : l’ostentation) au sein de ma communauté est plus cachée que la marche de la fourmis dans la nuit obscure dans la pierre plate… » [21].

وقال شداد بن أوس رأيت النبي صلى الله عليه وسلم يبكي فقلت ما يبكيك يا رسول الله قال إني تخوفت على أمتي الشرك أما إنهم لا يعبدون صنما ولا شمسا ولا قمرا ولا حجرا ولكنهم يراءون بأعمالهم
قال رسول الله صلي الله عليه وسلم
الشرك فيكم أخفى من دبيب النمل، وسأدلك على شيء إذا فعلته أذهب عنك صغار الشرك وكباره، تقول‏:‏ ‏"‏اللهم إني أعوذ بك أن أشرك بك وأنا أعلم، وأستغفرك لما لا أعلم‏"‏‏.‏ تقولها ثلاث مرات‏.‏
‏[‏قال الحكيم ‏(‏الترمذي‏)‏‏:‏ صغار الشرك كقوله ‏"‏ما شاء الله وشئت‏"‏، وكباره كالرياء‏.‏ ‏(‏فليتنبه‏)‏‏]‏ـ
- الحكيم عن أبي بكر
الشرك أخفى في أمتي من دبيب النمل على الصفا في الليلة الظلماء، وأدناه أن تحب على شيء من الجور، أو تبغض على شيء من العدل‏.‏ وهل الدين إلا الحب في الله والبغض في الله‏؟‏ قال الله تعالى‏:‏ ‏"‏قل إن كنتم تحبون الله فاتبعوني يحببكم الله‏"‏
‏[‏‏(‏‏"‏الصفا‏"‏‏:‏ الصخرة والحجر الأملس‏.‏‏)‏‏]‏ـ
- الحكيم عن عائشة

Ibn ‘Âshir continue :
« Sache que l’origine de tous les vices et de la perte réside dans deux choses : la première, c’est l’amour du pouvoir (le fait de désirer être au dessus des autres, faire le chef, aimer avoir raison, et vouloir être écouté et obéis !) (Hubbu ar-riyâsat[22]), la deuxième est le fait d’oublier l’autre monde (et par là, ne pas se préparer à la rencontre de Dieu) ».

Et il donne le remède :
« Accompagne un guide qui connaît tous les secrets du chemin, il te protégera des périls dans ta voie, il te rappellera Dieu quand tu oublies, et te fera parvenir à ton seigneur »

[1] Nul ne peut prétendre aimer le Prophète sans prier sur lui abondamment (car si on aime quelqu’un on ne cesse de l’évoquer) :
« Dieu et Ses Anges bénissent le Prophète. O vous qui avez cru ! Invoquez pour lui (priez sur lui) sans cesse la bénédiction et le salut de Dieu » Sourate al-Ahzâb, 33, verset 56
Ce verset est la preuve irréfutable que la prière sur la Prophète est la clé du bonheur dans ce monde et dans l'autre, quelque soit la formule utilisée.
La prière sur le Prophète n’est pas spécifique. Les formules de prière sont innombrables et sa pratique n’est pas confinée à un lieu ou un moment précis.
Selon ‘Umar – que Dieu l’agrée –, le Prophète - que la Bénédiction et la Paix soient sur lui - a dit : « Chaque supplication est conservée dans le Paradis, et lorsque l’on prie sur moi, la supplication est envoyé [vers Dieu]. »
(Tradition rapportée par At-tirmidhî)
Et dans le Hadîth Sahîh de Al-Bukhârî, il est rapporté : « A chaque fois que quelqu'un prie sur moi, Dieu me rend mon âme pour que je lui rende son salut. »
Et il est rapporté aussi :
« A chaque fois que quelqu'un prie sur moi une fois, Dieu prie pour lui 10 fois. »(Tradition rapportée par Al-Bayhaqî)
Dans une Tradition rapportée par Ahmad et At-tirmidhî, Ubayy Ibn Ka'b demanda au Prophète - que la Bénédiction et la Paix soient sur lui - :
« "Ô Messager d’Allah, je fais beaucoup de prières. Quelle proportion [de supplications] dois-je faire pour toi ?"
Le Prophète - que la Bénédiction et la Paix soient sur lui - répondit:
"Ce que tu veux."
Ubayy dit alors: "Le quart ?"
Le Prophète - que la Bénédiction et la Paix soient sur lui - lui dit : "Ce que tu veux. Si tu fais plus, ce sera mieux pour toi."
Ubayy dit alors: "La moitié ?"
Le Prophète - que la Bénédiction et la Paix soient sur lui - répondit :
"Ce que tu veux. Si tu fais plus ce sera mieux pour toi."
Ubayy dit alors :" Alors toute ma prière sera alors pour toi."
Le Prophète - que la Bénédiction et la Paix soient sur lui - lui dit :
"Si tu fais cela, alors tous tes tracas disparaîtront et tes péchés seront pardonnés." »

[2] Le Faqîr (disciple d’une voie spirituelle) organise sa journée pour concilier entre son travail et les invocations : outre les prières obligatoires et les piliers de l’Islam, le Faqîr lit régulièrement le Coran (deux hizb par jour pour ceux qui peuvent), prie sur le Prophète (paix et salut sur lui) et invoque abondamment Dieu en respectant les convenances du Dhikr (s’assoire en direction de la Qibla en étant en état d’ablution…) : ceci grâce à la compagnie et aux directives de son maître spirituel.

[3] Coran : Sourate 13, verset : 28.

[4] Coran : Sourate 33, verset : 41.

[5] Coran : Sourate 29, verset : 45.

[6] Rapporté par At-tirmidhî : le Dhikr rend les actes d’adoration plus aisés à accomplir et permet plus de présence avec Dieu dans ces actes.

[7] Hadîth Sahîh, rapporté par Ibn Mâja et At-tirmithî.

[8] Ce bas monde ainsi que tous ce qu’il contient est maudit, sauf l’invocation, ce qui s’y rattache et la science utile (pour celui qui l’apprend et celui qui l’enseigne), nous informe notre bien aimé Prophète (paix et salut sur lui) : Sunan At-tirmithî, le livre du Zuhd.

[9] Tradition rapportée par Al-Bukhârî, Hadîth 2089 (p 872) : le livre des invocations (73): « le sommaire du sahih al-bukhârî » par L’Imam Zein Ed-Dine Ahmed ibn Abdul-Latif A-Zoubaidi (Tome II).

[10] Hadîth rapporté par Al-Bukhûrî et Muslim selon Abû Mûsâ Al-ash‘arî.

[11] Rapporté par Al-Bukhârî, Hadîth 2224 (p 931) le livre de l’Unité de Dieu et de la réponse adressée aux Jahmiyyas et aux autres : « le sommaire du sahih al-bukhârî » par L’Imam Zein Ed-Dine Ahmed ibn Abdul-Latif A-Zoubaidi (Tome II). Dans une autre version : Le prophète (paix et salut sur lui) dit, Dieu dit : « Je suis avec mon serviteur tant qu’il M’invoque, et que ses lèvres bougent avec mon Nom (Mon invocation) » : Rapporté par Al-Bukhârî et Muslim.

[12] Sourate 20, verset : 124.

[13] Sourate 4 versets : 142 et 143.

[14] Coran : Sourate 18, verset : 28.

[15] Rapporté par Muslim dans le chapitre de l’invocation et de la prière : le mérite de la réunion pour lire le Coran et pour invoquer Dieu : hadîth numéro : 2700. Le prophète paix et salut sur lui compare aussi les assemblées de Dhikr, dans un autre Hadîth, aux jardins du Paradis.

[16] Tradition rapportée par Al-Bukhârî, Hadîth 60 (p 37) : le livre de la science (3) dans « le sommaire du sahih al-bukhârî » par L’Imam Zein Ed-Dine Ahmed ibn Abdul-Latif A-Zoubaidi (Tome I), rapporté aussi par Muslim.

[17]Rapporté par Al-Bukhârî dans le chapitre des mérites du Dhikr : 11/177,179, rapporté aussi dans « Sommaire du Sahîh Al-Bukhârî (At-Tajrîd As-Sarîh) » : auteur : Imam Zein Ed-dine Ahmad Ibn Abdul- Latif Az-zoubaidi : traduction Fawzi Chaaban : (Tome II , p : 434, Hadîth 2090) et Muslim dans le chapitre du mérite des assemblées de Dhikr : Hadîth numéro 2689 : il est même rapporté que chaque réunion entre musulmans qui ne comporte pas une invocation ou une prière sur le prophète (paix et salut sur lui) sera un regret (shirratun) au jour du jugement (pour les gens réunis).

[18] En effet, les explications que ce compagnon donne des versets du Coran font référence chez tous les savants musulmans. Ainsi, selon l’explication d’Ibn ‘Abbâs, « adorer Dieu » c’est connaître Dieu et on ne peut adorer ce que l’on ignore : la porte de la connaissance c’est donc l’invocation ‘Dhikr’. Certains savants musulmans ont précisé que cette connaissance de Dieu dont il est question dans le verset suivant : « Je n’ai créé les djinn et les êtres humains que pour qu’ils M’adorent », n’est pas la connaissance que l’on acquière à travers les livres et qui est généralement désignée par « sciences exotérique » (‘ilm al-zâhir), science intellectuelle, accessible par la raison. Au contraire, cette connaissance (ma’rifa), dit aussi « science ésotérique » (‘ilm al-bâtin), ou encore « science venant de Dieu » (‘ilm ladouni), est une science du cœur : donc accessible par l’invocation de Dieu et la compagnie des gens de l’invocation.

[19] "Ceux qui invoquent Dieu, debout, assis, couchés et méditent sur la création des cieux et de la terre…" Sourate 3, versets: 190-191

[20] Nombreux sont ceux qui aujourd'hui discourent sur la licéité de l'usage du chapelet (subha).
Certaines personnes, qui se considèrent doctes, ont émis un avis défavorable à son utilisation, la qualifiant d'innovation blâmable (bid'a) en argumentant de la faiblesse deshadîths utilisés.
En premier lieu, il est bon de rappeler que, par consensus des savants, une tradition, même faible, permet de classer une pratique dans la catégorie des pratiques recommandées (mustahabb).
L'imâm Jalâl-al-ddîn al-Suyûtî dans son livre "al-Minha fî as-subha" ("Les bienfaits du chapelet") a réuni beaucoup d'informations et de réflexions sur ce sujet. Il cite notamment un hadîthmarfû' rapporté par 'Alî: « Quel excellent moyen de se souvenir de Dieu que le chapelet! »
'Abd-Allah, le fils de Ibn Hanbal, rapporte dans les "Zawâyid az-zuhd" que Abû Hurayra « avait un fil qui contenait mille nœuds; il ne dormait pas avant de glorifier Dieu autant de fois qu'il y avait de nœuds ». Selon d'autres sources, Abû l-Dardâ' faisait de même.
On rapporte que Jâbir a dit qu’une femme a vu Fâtima, fille d’al-Husayn, petit fils du Prophète –que la paix et la grâce de Dieu soit sur lui -, en train d’invoquer en utilisant un fil composé de plusieurs nœuds.
Abû Dawûd, At-tirmidhî, Nasaî et al-Hâkim dans leur compilation de ahadîth ("Sunan") rapportent d’après une chaîne de garants authentiques que Sa‘d Ibn Abî Waqqâs et l’Envoyé de Dieu - que la paix et la grâce de Dieu soit sur lui- s’étaient rendu chez une femme qui utilisait des noyaux de dattes ou des petits cailloux qui lui servaient de chapelet. Le Prophète lui a dit : « Je vais t ‘apprendre quelque chose de meilleur pour toi. Dis : "Gloire à Dieu autant de fois que le nombre de Ses créatures. Gloire à Dieu autant de fois qu’Il est satisfait de Lui-même. Gloire à Dieu autant de fois nécessaire pour transcrire Ses paroles. " »
Ibn ‘Âbidîn, le savant hanafite, considère que ce hadîth légitime l’usage du chapelet, puisque le Prophète (paix et salut sur lui) ne l’a pas interdit, mais il lui a juste conseillé d’effectuer des pratiques qui seraient pour elle plus facile à exécuter. Si le chapelet était illicite, il le lui aurait interdit.
On rapporte que le Prophète a dit : « Quiconque dit 70000 fois : "Pas de divinité si ce n’est Allah", Dieu interdit qu’il aille en Enfer. » Or, comment compter 70000 fois une invocation sur ses doigts, sans utiliser un instrument qui permet de ne pas se tromper.
Une règle juridique bien connue considère que les moyens utilisés pour effectuer une pratique recommandée sont aussi conseillés. En conséquence, le dhikr (invocations) est légitimé par un très grand nombre de hadîths, donc les méthodes qui facilitent cette pratique (le chapelet par exemple) sont recommandées également.
Les savants de la communauté sont unanimes à préconiser l’utilisation de la subha.
Ibn Al-jawzî, le célèbre théologien, a dit: « Le chapelet est recommandé (mustahabb) en se
référant au hadîth de Sâfiyya qui "glorifiait Dieu" en utilisant des noyaux de dattes ou de petits cailloux. Le Prophète a approuvé son procédé. Encore faut-il que son but ne contredise pas son objet. »
Shaykh Muhammad Ibn 'Allân, dans "Al-Futuhât ar-rabbâniya 'alâ al-adhkar an-nawâwiyya" écrit: « L'emploi du chapelet se justifie davantage quand il s'agit de compter de nombreuses invocations. En comptant avec les doigts ou avec autre chose, l'esprit, absorbé par cette comptabilité, peut être distrait du contenu du dhikr. »
Le sheykh Abdel-Kader Aïsa, dans son livre "Les Vertus du Dhikr", observe que « le serviteur invoque Son Maître (…) [en] utilisant un chapelet qui lui permet de compter ce qu'il veut atteindre comme nombre désiré sans se fatiguer par un comptage mental.» voir : Shaykh Abdel-Kader Aïsa, Les Vertus du Dhikr, éd. : Iqra, 1996.

[21] Le hadîth montre que l’ostentation est une chose difficilement détectable par l’individu lui même et qu’il faut une éducation spirituelle en bonne et due forme pour percevoir ces vices cachés et s’en débarrasser.

[22] Sidi Hamza -maître vivant de la Tariqa Qâdiriyya Boutshîhiyya- dit : « L’âme charnelle aime faire le chef, le dernier vice qui est extrait du cœur du Faqîr (disciple) est l’amour du pouvoir (Hubbu arriyâsati) »

Le Compagnonnage et l'importance du maître éducateur vivant

Le modèle vivant[1]

Dieu dit dans le Coran: « Ô vous qui croyez ! Craignez Allah et soyez avec les véridiques »[2]. Et Il dit : « Le Miséricordieux, interroge donc quelqu'un de bien informé sur Lui (expert) »[3]. Et dans un autre verset, Dieu (exalté soit-Il) dit: « Les amis les plus intimes sont ce jour-là ennemis les uns des autres sauf les gens pieux »[4].

Abû Hurayra, qu'Allah l'agrée, rapporte: le prophète que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui a dit: « l'homme suit la religion de son compagnon intime, que chacun de vous fasse attention à celui qu'il prend pour ami »[5].

Abû Mûsâ (que Dieu l’agrée) a rapporté que le Prophète (paix et salut sur lui) a dit : « Le compagnon vertueux et le compagnon malfaisant sont respectivement comparables au vendeur du musc et au forgeron. Le vendeur du musc t’en donne ou t’en vend ou encore il émane de sa personne une odeur agréable, tandis que le forgeron risque de brûler tes habits ou il répand une odeur nauséabonde »[6].

Ibn ‘Abbâs, que Dieu les agrée tous les deux (Ibn ‘Abbâs et son père), rapporte : « Quelqu’un demanda : « Ô Prophète, quelle est la meilleure personne auprès de laquelle on s’assoit ? » Il dit : « Celui dont la vue vous rappelle Dieu, dont les paroles ajoutent à votre science et dont les actes vous rappellent l’au-delà. » »

Abû Sa‘îd rapporte que le prophète (paix et salut sur lui) dit : « Il y a parmi ma communauté ceux qui intercèdent en faveur de troupes de gens (Al-fiâm), ceux qui intercèdent en faveur d’une tribu, ceux qui intercèdent en faveur d’un groupe et ceux qui intercèdent en faveur d’une personne, jusqu’à ce qu’ils rentrent au Paradis »[7]

La relation entre le maître et le disciple et entre les disciples, est une relation de respect et d’amour en Dieu.
Abû Hurayra rapporte que le prophète (paix et salut sur lui) dit : « Dieu dit au jour de la résurrection : Où sont ceux qui s’aiment en Moi (en Ma majesté), Je les mets sous Mon ombre, ce jour où il n’y a pas d’ombre si ce n’est Mon ombre »[8].

Le compagnonnage est un pilier important pour tous les musulmans qui cherchent à améliorer leur religion, leur caractère et leur comportement. Car, le compagnonnage apporte d’innombrables bienfaits et c’est pour cela que de tous temps, le compagnonnage a été et est resté le pilier principal pour toute personne sincère qui cherche à cheminer sur la voie de Dieu.

Ibn ‘Atâ Allah Al-Iskandarî (d’Alexandrie) a dit dans ses sagesses (Hikam): « Gloire à Celui qui ne guide certains aspirants vers Ses amis (c’est-à-dire les Saints de Dieu), que parce que ceux-ci sont les guides vers Lui, et qui ne fait parvenir jusqu’à eux que ceux qu’Il veut faire arriver jusqu’à Lui. »
Il a dit aussi : « Ne prends pas pour compagnon celui dont l ‘état ne te stimule pas et dont les paroles ne te montrent pas la voie de Dieu. »
La stimulation de l’état se produit quand le disciple se rattache à Dieu en se détachant des créatures et de toutes les envies passionnelles. Grâce au compagnonnage, l’état du disciple est encouragé à s’orienter vers Dieu.
Peu à peu, il devient conscient de la puissance de Son Seigneur, il ne compte que sur Lui dans ses demandes, il se rende compte de l’incapacité des créatures à l’atteindre. Ainsi, le disciple se met à agir conformément à la Loi divine d’une manière complète et équilibrée. C’est là la caractéristique des Gens de l’Unité (muwahidîn) et des Connaissants (‘ârifîn).

Le disciple sincère ne cherche pas à percer les mystères qui lui sont voilés mais il cherche la compagnie du maître qui lui indique les défauts qui lui sont cachés. Ainsi, il s’occupe de ses défauts et non pas des défauts des autres et des jugements inutiles.

La nature de l’âme humaine est de s ‘imprégner de celui qu’elle prend pour modèle. Si le modèle est bon, l’âme tend à être bonne. Tout le secret du compagnonnage est là. Le disciple, grâce à la présence d’un Maître Spirituel véridique, se pare des qualités de son Maître, comme la sincérité de l’orientation vers Dieu, le bon caractère envers Dieu et Ses créatures, l’amour de Dieu et de son Prophète -sur lui la paix et le salut- et la miséricorde envers toutes les créatures.
A l’inverse, la fréquentation de ceux qui ne possèdent pas une sincérité du cœur exemplaire, qui sont encore marqués par des vices apparents et/ou cachés, ne peut apporter à celui qui les accompagne que l’acquisition et la persistance des mêmes souillures.

Certains soufis ont écrit : « Ne prends pour compagnon que celui chez qui l’estime qu’il a pour toi n’augmente pas en fonction des biens que tu possèdes, et chez qui l’estime qu’il a pour toi ne baisse pas à cause du mal que tu fais. Tout cela est pour toi ou contre toi, et tu es pour lui toujours le même. »
D’autres ont dit : « Soit avec les gens de ce monde avec le respect, soit avec les savants de l’au-delà avec la science, et soit avec les Connaissants de Dieu comme bon il te semble. »
C’est-à-dire, en usant de tout ce qui te semble bon à leur égard, en leur témoignant tout le bien et tout le respect qu’il t’est possible de leur donner.

‘Ali -que Dieu l’agrée- a dit aussi : « Le pire des compagnons est celui qui te fatigue à la besogne. »
Pour les gens de Dieu, le meilleur compagnon est celui qui t’indique l’œuvre qui va te purifier des vices de ton âme et te rappeler Dieu, et non le moyen de te fatiguer inutilement.
Tel est le rôle du Maître spirituel qui conseille des pratiques qui sont d’un bénéfice immense. Car de part le secret de l’autorisation (Idhn[9]) (sa pédagogie spirituelle) qu’il possède de Dieu, il indique les raccourcis vers la présence divine et vers l’anéantissement de l’âme charnelle au profit de l’âme apaisée et pacifiée.

Les Soufis sont les dépositaires des vérités divines et des connaissances que nuls autres n’ont égalés. Grâce à leur compagnie, se réalise le profit de celui qui se joint à eux.
Une analogie peut être faite avec le marchand de parfum. Lorsque le passant s’arrête à son magasin, il est forcément touché par les bonnes odeurs et il garde cette senteur sur lui, même après son départ. La compagnie des gens de Dieu parfume le disciple et le pare de toute la noblesse, la beauté d’un cœur qui rayonne, ainsi il se débarrasse -petit à petit et au fur et à mesure de cette compagnie- des vices et des passions. Cette compagnie et cette proximité transforment le cœur et le comportement plus profondément encore que la prière ou le jeûne surérogatoires.
Sidi Abû Al ‘Abbâs Al Mursî – que Dieu l’agrée – s’est exclamé : « Que faire de l’alchimie ! Par Dieu, j’ai été en présence d’hommes qui, quand ils passent devant un arbre asséché et qu’ils le désignent du doigt, l’arbre reprend vie et a tôt fait de donner des fruits. »
Il affirma aussi : « Par Dieu ! Il suffit qu’il n’y ait entre moi et un homme qu’un regard pour que je l’enrichisse. »
Son Maître, Sidi Abû Al Hassan Ash-Shâdhilî – que Dieu l’agrée – a dit : « Abû Al ‘Abbâs, c’est l’homme parfait. Par Dieu, il lui vient un bédouin qui urine encore sur ses jambes et, quand le soir arrive, il l’a déjà fait parvenir jusqu’à Dieu. »

Autres paroles des Saints sur la compagnie du Maître spirituel :

Sidi Ibn ‘Abbâd de Ronda a écrit dans ses explications des Sagesses de Ibn ‘Ata Allah Al-Iskandari –que Dieu les agrée tous deux - : « Il est indispensable pour le disciple, dans cette voie, d’accompagner un Maître spirituel accompli qui le guide, qui a achevé l’éducation de sa propre âme et qui s’est débarrassé de ses passions. Qu’il abandonne son âme à lui et qu’il s’astreigne à accomplir ce qu’il demande et qu’il se dirige vers lui sans doute, ni interprétation, ni hésitation. Les soufis ont dit : "Celui qui n’a pas de Maître, Satan est son Maître." »

Abû ‘Ali Al-thaqafî – que Dieu l’agrée – a dit : « Même si un homme se met à rassembler toutes les sciences et à côtoyer toutes les catégories de gens, il n’atteindra ce qu’ont atteint les Hommes de Dieu que par l’exercice spirituel en compagnie d’un Maître spirituel et Imâm ou d’un éducateur qui peut le conseiller. Et celui qui ne prend pas son éducation de celui qui ordonne le bien et interdit le mal, qui corrige les défauts de ses actions, les vices de son âme et qui sera son miroir fidèle, celui-là ne peut être pris comme exemple pour la purification des états. »

Sidi Abû Madyan – que Dieu l’agrée – a dit : « Celui qui ne prend pas la bonne éducation chez les éducateurs, celui qui le suit s’éteint. »

L’auteur des Latâif al Minan a dit : « L’exemple doit être pris chez le Saint dont Dieu t’a montré l’existence et dont il t’a fait part des secrets de son cœur et de la place qu’il a auprès de Lui. Par cela, Dieu a placé ton regard au-delà de son enveloppe humaine, en présence du secret de son élection. Ainsi, tu as pu t’abandonner à lui, il t’a fait parcourir les chemins de la sagesse et de la maturité spirituelle. Il te connaît avec tous les traits, les caractéristiques de ton âme, ce qu’elle contient.

Il t’enseigne l’union avec Dieu et l’éloignement de tout ce qui est autre que Dieu. Il t’accompagne sur le chemin jusqu’à ce que tu arrives à te prémunir de tous les choix répréhensibles que ton âme serait tentée de faire. Par la connaissance de ton âme, tu pourras t’en éloigner et ne pas la suivre dans ses égarements ; par la connaissance du don de Dieu, tu auras la volonté de retourner à lui et d’être reconnaissant envers Lui et d’accepter de rester de longues heures en Sa Présence. »

Le même auteur a écrit aussi : « Ton Maître n’est pas celui de qui tu as entendu des paroles, ton Maître est celui de qui tu as pris. Il n’est pas celui qui te parle, il est celui dont l’indication coule en toi. Il n’est pas celui qui t’a fait parvenir à la porte, il est celui qui a levé le voile entre toi et lui. Le Maître n’est pas celui dont les paroles t’atteignent, ton Maître est celui dont l’état te stimule. C’est lui qui t’a fait sortir de la prison de tes passions et t’a fait entrer dans la Présence du Seigneur. Il est celui qui, en permanence, poli le miroir de ton cœur jusqu’à ce que les Lumières Seigneuriales s’y reflètent. Il t’a emmené vers Dieu et tu es allé vers lui, il t’a emmené jusqu’à te faire parvenir jusqu’à lui. Il reste en permanence à tes côtés, jusqu’à ce qu’il te remette en Ses Mains. Il t’a alors plongé dans les Lumières de la Présence Divine et dit "Te voici et Ton Seigneur". »

[1] On l’appelle aussi le « Mujaddid » : (celui qui assure le renouveau) : en faisant allusion au hadîth bien connu : « Dieu envoie à cette communauté à la tête de chaque siècle quelqu’un qui revivifie pour elle sa religion » Hadîth sahîh: rapporté par Abû Dâwud dans ses Sunan (n° 4291), Al-hâkim dans son Mustadrak 4/522, Al-bayhaqî dans ma'rifat as-sunan wa al-âthâr 1/28/422 et par d'autres.

Cela concerne aussi bien les savants exotériques qui répondent aux questions d’actualité de la communauté en ce qui concerne la jurisprudence ou autre, que les savants ésotériques (les connaisseurs de Dieu qui aident les disciples à purifier et réformer leurs cœurs dans l’environnement et le contexte de chaque époque).

[2] Sourate Tawbah, verset : 119

[3] Sourate 26, verset 59 : les walis ou les élus ou encore « les experts en Dieu: khabîr, pluriel : khubarâ » existent et existeront tant que le soleil brillera sur cette terre : Abû Hurayra rapporte que l'Envoyé d'Allah (bénédiction et paix sur lui) a dit: « Allah a dit: Celui qui fait montre d'hostilité envers un de mes walis (amis, saints, élus) Je lui déclare la guerre. Mon serviteur ne se rapproche pas de moi par quelque chose de plus agréable à Mes yeux que l'accomplissement de ce que Je lui ai prescrit et , Mon serviteur ne cesse de se rapprocher de Moi par des oeuvres surérogatoires au point que Je l'aime. Et lorsque Je l'aime, Je suis son ouie par laquelle il entend, son regard par lequel il voit, sa main par laquelle il saisit, et son pied avec lequel il marche; s'il Me demande, assurément Je l'exaucerai; s'il cherche prés de Moi asile, assurément; Je le lui donnerai." Rapporté par Al-Bukhârî.

[4] Sourate 43, verset 67.

[5] Rapporté par At-tirmithî dans ses Sunans (Kitâb Az-zuhd) et Abû Dâwûd dans ses Sunans (kitâb al-adab).

[6] Rapporté dans le Sahîh al-Bukhârî : Hadîth 1926 (p 823) le livre des bêtes à égorger et du gibier : dans « le sommaire du sahih al-bukhârî » Tome II, par L’Imam Zein Ed-Dine Ahmed ibn Abdul-Latif A-Zoubaidi.

[7] Rapporté par At-tirmithî dans ses sunans(Kitâb sifat Al-qiyâma wa ar-raqâiq wa al-wara‘).

[8] Rapporté par Muslim (Kitâb Al-birr wa As-silla wa al-âdâb).

[9] Le Idhn est une notion subtile qui implique une compétence prodigieuse du maître vivant et une lumière venant de Dieu pour mener à bien sa mission noble de l’enseignement et de l’éducation spirituelle. Plusieurs faits de la sîra (biographie du Prophète et des compagnons) témoignent de l’existence et de l’authenticité du Idhn.

Les fruits de l'éducation spirituelle

Ibn ‘âshir insiste sur l’examen de conscience (muhâsaba) et la nécessité de se remettre en question chaque fois pour profiter de l’éducation spirituelle et avancer dans le droit chemin vers la Proximité divine en toute humilité.

Ibn ‘âshir aborde enfin les neuf stations du soufisme (appelées : les stations de la certitude) comme fruit de l’éducation spirituelle : le repentir (tawba)[1], la patience (sabr)[2], la gratitude (shukr)[3], le renoncement (ou le détachement par le cœur des biens de ce bas monde) (az-zuhd)[4], la crainte (al-khishya)[5], l’espérance (ar-rajâ)[6] , le contentement (ridâ)[7], la remise confiante à Dieu (at-tawakkul)[8] et l’Amour[9].

Il dit pour conclure que l’ultime fruit de cette éducation fondée sur le Coran et la Sunna est le fait de se libérer (libérer le cœur) de tout ce qui n’est pas Dieu, et des idoles qui peuvent habiter le cœur, le souiller et le voiler (comme l’amour de ce bas monde ou l’amour du pouvoir…). Le disciple parvient par conséquent à être en conformité avec la loi divine et avoir un bon comportement envers toutes les créatures. Ainsi, il atteint la station de proximité (qurb) et de connaissance de Dieu (Ma‘rifa).

L’âme est vaincue et est transformée d’une âme charnelle, instigatrice du mal à une âme apaisée qui reçoit de l’esprit les lumières de l’inspiration divine (et non pas les insufflations venant de Satan).

L’être humain est élevé de sa nature argileuse à son origine lumineuse qu’il retrouve (car l’esprit de l’être humain n’est en vérité que le souffle de Dieu[10]). Il renoue par conséquent avec le pacte d’allégeance (initiatique) conclut avec Dieu avant notre création : « Et lorsque ton Seigneur prit des fils d’Adam de leurs dos leur progéniture et les fit témoigner contre eux même : « Ne suis-je pas votre Seigneur et Maître ? » Ils dirent : « Que si, nous en témoignons ». »[11] Il méritera ainsi l’Amour de Dieu cité dans le verset coranique: « des gens qu’Il aime et qui L’aiment »[12].

[1] « C’est en effet sur le repentir (at-tawba), le mouvement de retour vers Dieu, qu’est bâtie la Voie, et ses bénédictions rejaillissent même sur le vécu antérieur de l’homme. Il n’y a pas de station initiatique (maqâm) qui n’ait besoin du repentir ; sans lui nul état spirituel (hâl) n’est suffisamment pur, nulle œuvre agrée et nulle demeure spirituelle stable. Sa nécessité s’impose aux hommes en général et aussi à chacun en particulier. « O vous les croyants, revenez tous à Dieu ! Peut être serez vous heureux » Coran : sourate 24, verset 31: Dieu s’adresse dans ce verset à l’ensemble des croyants, ce qui montre combien le repentir a d’importance. L’homme parvient à se repentir par la méditation ; il parvient à celle-ci par la pratique de retraite solitaire (ponctuelle et de courte durèe car on ne peut se permettre de fuire nos responsabilités mondaines), et il arrive à celle-ci après avoir goûté le fléau que constitue la fréquentation des humains. Le signe que tu es parvenu au but, c’est que ta démarche a été validé dés le début » : référence : Ibn ‘Atâ Allah, « La sagesse des maître soufis », par Eric Geoffroy p : 271, édition Grasset.

[2] La patience dans les épreuves et dans la privation, la patience pour ne pas désobéir à Dieu et pour accomplir les actes d’obéissances : c’est le premier degré de la patience. La patience des connaisseurs de Dieu passe par le fait de supporter le mal et l’ignorance des autres et surtout supporter de garder secret leur vision de la « vérité » divine et du Prophète (paix et salut sur lui) en chaque instant : pour ne pas perturber les non initiés à cette science subtile qu’est le soufisme…

[3] « Parmi les devoirs qui incombent à l’homme envers Dieu, le premier est l’action de grâce. Celle ci peut être d’ordre exotérique- elle consiste à agréer ce qu’on a reçu- ou ésotérique ; cela équivaut dans ce cas à contempler les bienfaits divins. Or celui qui n’observe pas les commandements divins ne pratique nullement l’action de grâce ; de même, celui qui ne respecte pas ses engagements avec Dieu ne peut prétendre garder un lien avec Lui. Soyez donc reconnaissants envers Lui pour les bienfaits qu’il a déposés en vous !
Les hommes aveugles et plongés dans l’inadvertance demandent à Dieu qu’Il renouvelle sans cesse Ses faveurs, alors qu’ils ne L’ont jamais remercié lorsqu’Il leur a donné… ». : Al-Ghazâli : « l’apaisement du cœur » : traduit par Hédi Djebnoun p : 270 : Revivification des sciences de la religion : Editions Al-Bouraq.

Un soufi a dit : « les soufis sont reconnaissants (et remercient Dieu) dans les épreuves (car cela veut dire : que Dieu pense à eux) et lorsque Dieu leur donne un bien, il le donne tout de suite à ceux qui ont le plus besoin de ce bien : Ils sont plongés dans la contemplation du Bienfaiteur et ne voit que Lui : dans l’épreuve comme dans les situations aisées… Alors que ceux qui n’ont pas goûté encore aux délices de Sa connaissance, sont dans la patience lors des épreuves et ne sont dans la gratitude que lorsque Dieu leur octroie un bien »

[4] « Le premier signe de l’ascète : il ne doit pas se réjouir de ce qui existe, ni s’attrister pour ce qui est perdu…Bien plus, il faut que ce soit le contraire, il faut s’attrister sur l’existence des biens et se réjouir de leur perte.
Le deuxième : celui qui le loue et celui qui l’offense doivent être égaux à ses yeux.
Le troisième : il ne doit se rassurer que dans l’intimité de Dieu et la douceur de l’obéissance doit primer en son cœur ; le cœur n’est jamais vide d’amour et il n’ y a d’amour que celui du monde ou celui de Dieu. Ces deux amours sont dans le cœur comme l’eau et l’air dans la coupe. Lorsque l’eau y entre, l’air en sort : ils ne peuvent s’associer. Quiconque est dans l’intimité de Dieu, ne se préoccupe que de Lui, et de nul autre que de Lui ». : Al-Ghazâli : l’apaisement du cœur : traduit par Hédi Djebnoun p : 247.

[5] « Sache que la crainte est l’expression de la douleur du cœur lorsqu’il s’attend à l’avènement de quelque chose de détestable à l’avenir. Mais celui qui fréquente habituellement le Seigneur, dont le cœur est entre Ses mains et qui contemple continuellement la beauté de la vérité ne s’occupe plus de ce qui va se produire à l’avenir. »
Al-Wâsiti dit : « La crainte est un voile entre Dieu et l’homme et «lorsque la vérité apparaît dans l’âme, il n’y a plus de place pour l’espérance ou la crainte » « la crainte est le fouet avec lequel Dieu conduit Ses serviteurs vers l’assiduité au savoir et à l’œuvre par lesquelles ils obtiennent un degré proche de Dieu ».

[6] « Les hommes de Dieu ne sauraient désespérer de Sa miséricorde et de Sa grâce. Ils cherchent donc à s’attirer les grâces de Dieu par Ses attributs de générosité. Lorsque chez les croyants ordinaires Dieu suscite la crainte, ceux-ci l’éprouvent ; de même, lorsqu’Il fait naître l’espérance en eux, ils espèrent. Inversement, s’Il suscite la crainte chez les élus, ils espèrent, et s’Il fait naître l’espérance en eux, ils ressentent de la crainte. »
Yahya Ibn Mu‘âdh disait : « Quiconque adore Dieu simplement par crainte se noie dans l’océan des pensées. Quiconque L’adore simplement par espérance se perd dans les illusions. Mais celui qui L’adore par crainte et par espérance est dans la justesse ».

[7] « Elle a deux aspects : la satisfaction d’une douleur en raison de ce qu’on peut en attendre comme rétribution. Ainsi est la satisfaction pour la saignée, la tonsure ou le remède qui doivent guérir.
La satisfaction sans l’attente d’un bénéfice quelconque mais simplement parce que c’est le désir de l’être aimé. L’amour est tel que le désir de l’amoureux et celui de l’être aimé sont confondus. La chose la plus délicieuse est alors pour l’amoureux : la joie dans le cœur de l’être aimé et la satisfaction de ses désirs, soit-il au prix de sa propre mort ». : Al-Ghazâli : l’apaisement du cœur p 362.

[8] C’est être avec Dieu et compter sur lui en toute situation : sans négliger les causes : c'est-à-dire déployer les efforts de notre côté pour arriver au but.

En parlant de l’Imâm Shâdhilî, Al-ghazâlî rapporte : « L’homme spirituel véritable « Ar-rajul » n’est pas celui qui est assisté par ses amis mais par ses ennemis. Au cours d’une pérégrination, je passais la nuit sur une petite colline. Les lions s’approchèrent alors, et tournèrent autour de moi jusqu’au matin. Je dois dire, que je n’ai jamais autant senti l’intimité (uns) avec Dieu que cette nuit là, le lendemain matin que pensait que j’avais atteint la station de l’intimité. Puis je descendis au bord d’une rivière ; là se trouvait des perdrix qui tout d’abord ne m’avait pas vu. Lorsqu’ils sentirent ma présence, elles s’envolèrent d’un seul trait, et je sursautais de frayeur. Une voix me dit alors : « O toi qui, la nuit dernière, a apprivoisé les lions, tu es effrayé maintenant par les battement d’ailes des perdrix ? C’est que, cette nuit, tu étais avec Nous, tandis qu’aujourd’hui tu n’es qu’avec ton ego ! » ». : Al-Ghazâli : l’apaisement du cœur p 101.

[9] "L'amour le plus indispensable, le plus élevé et le plus sublime est l'amour de Celui pour qui les cœurs s'inclinent naturellement d'amour, que les créatures aspirent spontanément à adorer. Allah est adoré pour Lui même sous tous les rapports tandis qu'autrui n'est aimé qu'accessoirement par rapport à Son amour. En effet, Son amour est attesté par tous Ses livres révélés, par l'appel de tous Ses envoyés, par la disposition originelle et l'intelligence qu'Il a placé en Ses créatures, et par Ses Bienfaits en leur faveur. En fait, si les cœurs s'inclinent en général à aimer leur bienfaiteur, qu'en est-il de Celui qui est le Dispensateur suprême de toute faveur ? Si les cœurs s'inclinent vers l'amour de toute chose belle qu'en est-il de Celui qui a créé la " beauté " ? ": Al Ghazâli. Pour aimer Dieu, il faut aimer Son Prophète Muhammad (paix et salut sur lui) et l’obéir et pour aimer le Prophète il faudra aimer sa noble famille : Le Prophète - que la Bénédiction et la Paix soient sur lui – a dit: "Aimez Dieu pour Ses bienfaits sans fin, aimez moi pour l’Amour de Dieu, et aimez les gens de ma maison par Amour pour moi".
(Tradition, authentique selon les critères de Al-Bukhârî et Muslim, rapportée par At-tirmidhî, At-tabarâni, Al-Hâkim d’après Ibn ‘Abbâs).
L’amour comporte quatre degrés : l’amour pour Dieu, qui est commencement, l’amour venant de Dieu, qui est parachèvement ; quant à l’amour en Dieu et l’amour par Dieu, ils occupent des positions intermédiaires. L’amour pour Dieu consiste en ce que tu Le préfères à tout ; l’amour en Dieu à ce que tu aimes celui qui Lui est proche ; l’amour par Dieu à ce que tu aimes qui Il aime et ce qu’Il aime, sans accorder d’importance à tes propos penchants ; l’amour venant de Dieu, quant à lui, est qu’Il t’arrache à toute chose pour que tu n’aimes que Lui. L’amour pour Dieu a pour indice l’invocation perpétuelle que tu fais de Lui, et celui de l’amour en Dieu est que tu aimes les hommes de bien qui ne t’apportent aucun profit matériel. L’amour par Dieu se traduit par l’extinction de tes appétits personnels sous l’action de la lumière divine, et l’amour venant de Dieu par le fait qu’Il t’attire à Lui et voile à tes yeux tout autre que Lui.

[10] Dieu dit dans le Coran : « Il lui donna sa forme parfaite et lui insuffla de Son esprit » (Sourate 32 (As-sajda), verset 9).

[11] Coran : Sourate 7, verset 172.

[12] Coran : Sourate 5, verset 54.

Le soufisme entre les quatre doctrines, Al-ghazâlî et Ibn-taymiyya

On cite ici quelques témoignages des fondateurs des quatre doctrines sunnites, ainsi que les témoignages de l’Imâm Al-ghazâlî et de l’Imâm Ibn Taymiyya, à propos du soufisme.

L’Imâm Abû Hanîfa (85-150 H.) a dit : "Si il n’y a avait pas eu ces deux ans, j’aurais péri. (…) Pendant deux ans, j’ai été le compagnon de Sayyidina Ja‘far as-Sâdiq et j’ai acquis la science spirituelle qui a fait de moi un Connaissant (’ârif) de la Voie." [1]

L’Imâm Mâlik Ibn Anas (95-179 H.) a dit : "Celui qui étudie la jurisprudence (tafaqaha) et n'étudie pas le soufisme (tasawwuf) est un pervers (fâsiq); et celui qui étudie le soufisme et n'étudie pas la jurisprudence est un hérétique (zindîq); celui qui allie les deux, atteint la vérité ou est le parfait réalisé (tahaqqaqa)." [2]

L’Imâm Shâfi‘î (150-205 H.) a dit : « J’ai fréquenté des soufis et j’ai tiré profit de ce (compagnonnage) à travers trois de leurs paroles :
Le temps est comme une épée, si tu ne le coupe pas, il te coupe.
Si tu n’occupes pas ton âme avec la vérité, elle t’occupe avec l’erreur (ce qui est vain).
Le manque de protection (une totale indigence ou pauvreté). »
Il a dit aussi :
« j’ai aimé trois choses de votre religion : le fait de ne pas imposer ce qui est (trop) difficile, que les gens se réunissent dans la douceur, (l’amabilité), la suivance (l’imitation) de la voie des gens de “ tassawwuf ”»[3].

L’Imâm Ahmad Ibn Hanbal (164-241 H.), avant la compagnie des soufis a dit à son fils : “ Oh! Mon fils, sois avec ceux qui étudient le Hadîth, et loin des assemblées de ceux qui se nomment soufis. Car parmi eux, certains ignorent les principes de la religion. Alors, il fut le compagnon de Hamza Al-Baghdâdî, le soufi; et il connut les états spirituels des initiés et il dit à son fils : “ Sois dans les assemblées de ceux qui sont soufis, (al qawm), car par leur fréquentation la science, la vigilance intérieure (al-murâqabah), l’humilité (al-khashiyah), le renoncement (az- zuhd), et l’aspiration spirituelle augmentent.
On a rapporté que l’Imâm Ahmad Ibn Hanbal a dit des soufis : “ Ne sais-tu pas que parmi les groupes, le meilleur est le-leur ?
On a dit : mais, ils font le samâ‘ (chants spirituels) et connaissent l’extase (al-wajd, al-jadhb), il a dit : “ Ils appellent à se réjouir en Allah... ” [4]

L’Imâm Al-Ghazâlî (450-505 H.) a dit : "J'ai su avec certitude que les Soufis sont ceux qui cheminent sur la Voie d'Allah, que leur conduite est la plus parfaite, que leur voie est la plus sûre et la plus droite, et que leur caractère est le plus pur. Je dirais plus, même si l'on additionne l'intelligence des hommes, la sagesse de sages et la science des savants avertis des secrets de la loi religieuse pour pouvoir réformer la conduite des Soufis, ou même l'améliorer, on n'y arriverait pas. Car tout dans leur mouvement ou leur immobilité, extérieurement et intérieurement, est puisé dans la lumière de la Niche (Mishkât) de la Prophétie" [5]

L’Imâm Ibn-Taymiyya (661-728 H.) a dit :

"…certains ont critiqué les Soufis et le Soufisme en disant qu'ils étaient des innovateurs, en dehors de la Sunna, mais la vérité est qu'ils s'efforcent d’obéir à Allah (…) Parmi eux on trouve les personnes les plus proches [d'Allah] grâce à leurs efforts (actes) "[6]
"les prodiges des saints sont absolument vrais et corrects et reconnus par tous les savants musulmans. Le Coran l'a indiqué en différentes places et les Hadîth du Prophète (paix et salut sur lui) l'ont mentionné et celui qui nie les prodiges des saints, est innovateur ou disciple d'innovateurs." [7]
"Allah Tout-puissant dévoilera à Ses saints des états qui n'ont jamais été dévoilé auparavant et Il leur donnera l'appui sans mesure. Si ce saint commence à parler des choses de l'invisible, passées ou présentes ou futures, cela est considéré comme Bâb Al-‘Ilm Al-khâriq, la connaissance extraordinaire. Tout ce qu'un saint fait qui est de l’extraordinaire, pour les gens ou pour des auditeurs, de guérison ou de connaissance d'enseignement, est accepté et nous devons remercier Allah pour cela."[8]
"Les grands sheikhs Soufis sont bien connus et acceptés, tels que : Bayazîd Al-Bistâmi, sheikh Abdul Qâdir Jilâni, Junayd ibn Muhammad, Hasan Fudayl Al-Basrî, Ibn Al-Ayyâd, Ibrahim Ibn Al-Adham, Abî Suleymân ad-Dâranî, Ma‘rûf Al-Karkhî, Siri as-Saqtî, sheikh Hammâd, sheikh Abul Bayân. (…) Ces grands Soufis étaient les leaders de l'humanité et ils appelaient à ce qui était juste et interdisaient ce que Dieu avait interdit de mauvais."[9]
"J'ai porté le manteau soufi (khirqa) d'un certain nombre de sheikhs soufis, appartenant à des Turuq (voies, confréries) diverses, parmi eux Abdel Qâdir Al-Jîlâni, dont la Tariqa est la plus grande de celles bien connues, que la miséricorde d'Allah soit sur lui."[10]
"Il est dit qu'après le Sceau des Prophètes (paix et salut sur lui), la révélation ne descend pas sur un autre. Pourquoi pas ? En fait elle descend, mais alors ce n'est pas appelé 'la révélation' (mais une inspiration : Ilhâm). C'est ce que le Prophète (paix et salut sur lui) a mentionné quand il a dit, ' le croyant voit avec la Lumière de Dieu. ' Quand le croyant regarde avec la Lumière de Dieu, il voit toutes les choses : le premier et le dernier, le présent et l'absent. Comment une chose peut-être cachée de la Lumière de Dieu ?... Donc la signification de la révélation existe, même si elle n’est pas appelée révélation. (…) ce qui est considéré comme un prodige pour un saint est que parfois le saint pourrait entendre quelque chose que les autres n'entendent pas ou voir quelque chose que les autres ne voient pas, pas lorsqu'il est endormi, mais dans un état réveillé de vision (mushâhada). Il peut connaître des choses que d'autres ne peuvent pas connaître, par le biais de l'inspiration."[11]

[1] Phrase tirée de Durr al-Mukhtâr.

[2] Phrase rapportée par le spécialiste du hadîth Ahmad Zarrûq, par le spécialiste du hadîth 'Ali ibn Ahmad al-'Adawî dans le tome 2 de ses œuvres, par al-Hâfiz `Ali al-Qari al-Harawi et d'autres.

[3] Phrase citée par 'Ijluni dans son Kashf al-Khafâ, vol. 1, p. 341.

[4] Phrase citée dans le Tanwir al-Qulûb.

[5] Passage tiré de Al-Munqid min Azalâl, traduit en français sous le titre Erreur et Délivrance.

[6] Passage extrait de Majmu'a Fatawa Ibn Taymiyya al-Kubra, volume 11.

[7] Passage extrait de Mukhtasar al-Fatawa al-Masriyya.

[8] Passage extrait de Majmu'a Fatawa Ibn Taymiyya al-Kubra, volume 11.

[9] Passage extrait de Majmu'a Fatawa Ibn Taymiyya al-Kubra, volume 10.

[10] Passage cité à partir de al-Mas'ala at-Tabraziyya, transmise par Jamal ad-Din al-Talyani dans son Targhib al-Mutahâbbin fi labs Khirqat al-Mutammayyizîn.

[11] .Passages cités dans Majmu'a Fatawa Ibn Taymiyya al-Kubra.



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