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Cheikh Ben Ridouane - Le soufisme (Fenn at-Tasaswwouf) - Les cinq présences de la divinité
Explications
Écrit par Cheikh Abdel-Hadî Ben-Ridouane   
Lundi, 22 Septembre 2014 01:30
Index de l'article
Cheikh Ben Ridouane - Le soufisme (Fenn at-Tasaswwouf)
Le Soufisme : définition et origine
La Loi (charî’a), la voie (tarîqa) et la réalité (haqîqa)
Le Soufisme selon Ibn Khaldoun
Position d’impéritie face aux Soufis modernes
Le Soufi n’est pas infaillible
La discipline Soufie selon ses adeptes
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L’aspirant [sincère] & la reconnaissance des bienfaits de Dieu
Les cinq présences de la divinité
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Les cinq présences de la divinité

Les individualités de l’existence divine sont représentées par cinq présences : présence des pensées, présence des esprits, présence des paradigmes absolus, présence des paradigmes relatifs, présence de la perception et de la vision.

Lorsque les substances accidentelles à l’être, dit El-Moulajâmi dans le Naqch El-Fossous, se trouvent d’une nature inutile à toute relation avec l’être, c’est-à-dire qu’elles ne sont d’aucun intérêt pour l’harmonie perceptible aux sens, et n’ont d’utilité que pour l’idéal, leur disposition naturelle et nécessaire prend le nom de propriété de la fixité. Cette catégorie de substances forme la présence des pensées, des noms et des réalités. C’est le monde qu’El-Ghazâlî appelle monde des qualités divines.

Si les substances accidentelles peuvent servir à l’harmonie corrélative et perceptible, leur catégorie porte le nom de propriété de l’être.

Quand les substances n’arrivent pas à la limite où leur impression est reçue par l’imagination et la sensation dépendant de la puissance corporelle, mais s’arrêtent seulement au point où elles ont contact avec l’intelligence, par l’intermédiaire des manifestations extérieures de la puissance corporelle, telles que les sept facultés (digestive, coercitive, nutritive, extensive, etc.), leur catégorie est appelée présence des esprits lumineux et angéliques, comprenant les intelligences et les âmes. C’est le degré qui forme la présence du monde caché, supérieur et inférieur. 

Si elles sont arrivées à la limite où l’imagination absolue en prend connaissance, elles forment la présence du paradigme absolu, c’est-à-dire du Barzakh (purgatoire), station intermédiaire entre les deux extrémités, entre le monde sensible et le monde intelligible.

Si elles sont parvenues au point d’où leur impression est retenue par l’imagination relative de l’être animé, c’est la présence du paradigme relatif.

Si elles sont à la limite où les sens en parvenues conçoivent l’idée, c’est la présence de la sensation, de la vision et de la perception.

Ces degrés, par rapport aux cinq universaux, sont nommés les cinq présences ; et, comme ils constituent la série des substances universelles, au-dessus desquelles il n’y a plus de substance, ils sont appelés les noms essentiels.

Les hypostases de l’existence divine sont au nombre de cinq, selon le cheikh Ibn El-Arabi ; savoir : 1° La présence de l’impénétrable ou du mystère ; 2° la présence de l’unité simple ou monade parfaite ; 3° la présence de l’unicité ; 4° la présence de la divinité ; 5" la présence de la miséricorde.

La présence de l’impénétrable est l’essence divine appelée secret absolu. Cette dénomination vient de ce que l’essence sainte est à l’écart de tout rapport avec la créature, de tout rayonnement en dehors d’elle-même. On lui donne le nom de substance divine simple, parce qu’il n’est aucun moyen de l’analyser. Aussi, lorsque le Prophète fut interrogé pour savoir où se trouvait notre Dieu avant qu’il créât la nature, répondit : Dans l’impénétrabilité. Il n’y avait pas d’air au-dessus de lui ; Il n’y en avait pas au-dessous. L’auteur d’El-Insâne El-Kâmil (l’homme parfait) explique ainsi les paroles du Prophète : Il n’y avait au-dessus de Lui ni qualité, ni rapport ; Il n’y avait au-dessous ni rapport, ni qualité.

Ibn El-‘Arabi rapporte cette tradition (Hadith) dans El-Foutouhât : « J’étais un trésor caché ; j’étais impénétrable. Il m’a plu d’être connu, et j’ai formé la création. Je me suis enseigné aux hommes, et Ils me connurent. » Peut-être a-t-il été donné à Ibn El-‘Arabi de constater, à la faveur d’un dégagement de voile, l’authenticité de cette tradition. Quoi qu’il en soit, les traditionalistes puristes sont d’accord pour rejeter du texte la doctrine consistant à dire que Dieu s’est placé comme un trésor. En effet, le trésor ne peut être que caché dans un objet. La vérité, c’est que Dieu ne s’est caché que dans la figure de l’homme parfait, soit dans son principe et sa fixité. C’est là que la Vérité était cachée. Lorsque la Vérité eut couvert l’homme du manteau de l’entité, le trésor fit en même temps que lui son apparition, et l’homme parfait le connut par cela même qu’il eut l’existence ; il sut que la Vérité avait été cachée en lui, à son insu, dans la propriété de sa fixité.

La présence de l’unité universelle est la première dégradation essentielle du principe suprême : on lui donne le nom de première manifestation. Cette manifestation est la réalité pure de l’essence ; mais elle est inférieure à la première catégorie, car on y trouve la trace de l’existence applicable à l’essence. La première manifestation de l’impénétrable est au-dessus de l’hypostase qui présente une relation avec l’existence. Cette manifestation est le trait d’union entre les intérieurs et les extérieurs. L’auteur d’El-Insâne El-Kâmil (l’homme parfait) la compare à la ligne imaginaire séparant l’ombre des rayons du soleil. Cette définition, ajoute-t-il, équivaut à celle de l’unité d’union, élimination faite de tout rapport, de toute relation et annexion, des intérieurs de tous les noms, des qualités.

La présence de l’unité synthétique est la deuxième dégradation, qui est le principe et la fin de la pluralité ou diversité, car elle est l’essence qui reçoit les intérieurs et les extérieurs ; lesquels, par rapport à elle, composent deux relations dont chacune est admise comme notion évidente. En cette présence, se manifestent les noms, les qualités, tous les phénomènes divins.

Par la présence de la divinité, on entend les extérieurs purs, c’est-à-dire l’attribution aux réalités de l’existence qui leur est assignée. De cette présence, on distingue la pluralité. Dans chaque phénomène, on ne trouve pas la substance du suivant, comme cela a lieu pour l’Un. Au contraire, chaque chose est distincte de l’autre d’une façon absolue. C’est à cause de cela qu’on l’appelle la présence des déterminations divines, pour les caractères prototypiques des choses.

La présence de l’Union et du siège des manifestations des noms et des qualités, donne à chaque nom, à chaque qualité, chose, dépendance, rapport et corrélation, ce qui s’y applique d’une façon pleine et finie.

La présence de la miséricorde, qu’on appelle aussi l’existence communicante, à laquelle fait allusion le Prophète quand il parle du souffle du Miséricordieux. C’est dans cette présence que se complète la constitution de la pluralité naturelle. Dieu a dit : « Ma tendresse [Miséricordieuse] couvre tout. » (Coran, al-A’râf – 156). Elle est le fond même de la pluralité divine, formée des noms et des qualités ; elle en rend apparents les effets ; elle embrasse la pluralité naturelle qui engendre les composés, par suite de l’excès du principe de l’être vital sur le néant : de là leur existence. Tout est plein de la providence de Dieu. On trouvera là-dessus des détails dans El-Insâne El-Kamel (L’Homme parfait).






 

 

 

ÉTUDE SUR LE SOUFISME
PAR LE CHEIKH ABD-EL-HADI BEN RIDOUANE
(Traduction de M. ARNAUD) REVUE AFRICAINE N° 187 de l'année 1888

[Apporté quelques précisions par Derwîsh al-Alawî.
Les explications apportées sont mises entre ces parenthèses […]]



 
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