Accueil Soufisme/Tasawwuf Explications L'Encyclopédie du Soufisme (tassawwuf) - Ibn Taymiyya (d.728) 60
L'Encyclopédie du Soufisme (tassawwuf) - Ibn Taymiyya (d.728) 60
Soufisme/Tasawwuf - Explications
Écrit par Derwish al-Alawi   
Index de l'article
L'Encyclopédie du Soufisme (tassawwuf)
I Introduction
DEFINITION, TERMINILOGIE ET ASPECTS HISTORIQUES.
Le Tassawwouf Parmi Les Salaf.
TARIQA
La Mauvaise Compréhension Des Temps Modernes
La Nécessité Du Développement Des Sciences Islamiques Après Le Temps Du Prophète (saw)
Les Racines Linguistiques Du Mot Tassawwouf 11
Le Prophète (saw) Mentionne La Condition Du Cœur: La Suprématie Du Cœur Sur Tous Les Autres Organes 12
II - «Y-A-T’Il DES PREUVES ET DES EVIDENCES DANS LE CORAN AU SUJET DU TASSAWWOUF? CITEZ-LES DE MANIERES EXPLICITES.». 14
Allah Décrit Tazkiyat Al-Nafs Comme Un Devoir Du Prophète. 14
D’autres Versets Et Commentaires Sur Tazkiyat Al-Nafs. 14
Allah Ordonne Aux Croyants De Chercher Un Moyen De S’approcher DE Lui Et D’Accompagner Les Sadiqin. 15
Allah Décrit Quelqu’un Qui a Directement Appris De Lui: Al-Khidr 16
La Supériorité De L’Amour Dans L’Adoration. 17
Des Versets Au Sujet Du Caractère Parfait, Ihsan. 19
III - QUELLES SONT LES PREUVES SUR LE TASSAWWOUF A PARTIR DES HADITHS? 21
Oumm al-Ahadith, Le Hadith De Jibril 21
La Troisième Composante De La Religion De L’Islam: 22
LE COMMENTAIRE DE L’IMAM NAWAWI SUR LE HADITH DE JIBRIL. 23
L’école D’Ihsan Et De Tazkiya. 26
La Relation Entre Chari`a Et Haqiqa. 26
Le Grand Jihad: Le Jihad Contre L’Ego. 28
Hadiths Sur Le Jihad Contre L’Ego. 28
Jihad et Soufis Moujahiddin. 29
IV - DIRES ET ECRITS DES IMAMS ET SAVANTS AU SUJET DU TASSAWOUF 31
Al-Hassan al-Basri (d. 110) 31
Imam Abou Hanifa (d.150) 32
Soufyan al-Thawri (d.161) 32
Imam Malik (94-179 H/ 716-795) 32
Imam Chafi`i (d.204) 33
Imam Ahmad bin Hanbal (d.241) 33
L’Imam al-Harith al-Mouhassibi (d.243) 33
La Piété De L’Imam Ahmad Devant Al-Mouhassibi 36
Les Maîtres Soufis De Hadiths De Dhahabi 38
Al-Qassim ibn `Outhman al-Joui`i (d.248) 42
L’Imam al-Jounayd al-Baghdadi (d.297) 42
Al-Hakim al-Tirmidhi (d.320) 43
L’Imam Abou Mansour `Abd al-Qahir al-Baghdadi (d.429) 45
L’Imam Abou al-Qasim al-Qouchayri (d.465) 46
Cheikh Abou Ismai`il `Abd Allah al-Harawi al-Ansari (d.481) 48
Imam Ghazali (d.505) 48
Ceux Qui Attaquent L’Imam Ghazali 50
La Validité de Hadiths Faibles. 51
Abou al-Wafa' Ibn `Aqil al-Hanbali (d.513) 53
Cheikh `Abd al-Qadir al-Gilani (d.561) 53
Ibn al-Jawzi (d.597) 55
Imam Fakr al-Din Razi (d.606) 57
Abou al-Hassan al-Chadhili (d.656) 57
Soultan al-`Oulama' al-`Izz ibn `Abd al-Salam al-Soulami (d.660) 57
Al-`Izz sur la Supériorité du Rang des awliya' Sur Celui des `oulama. 58
Imam Nawawi (d.676) 59
Al-`Izz b. `Abd al-Salam b. Ahmad b. `Anim al-Maqdissi (d.678) 60
Ibn Taymiyya (d.728) 60
Ibn Taymiyya au sujet de fana' et chatahat 64
Le Débat Entre Ibn Ata Allah al-Iskandari et Ibn Taymiyya. 66
Ibn `Arabi et Ibn `Abd al-Salam.. 67
Taj al-Din al-Soubki (d.771) 70
Imam Abou Ishaq al-Chatibi al-Maliki (d.790) 70
Ibn Khaldoun (d.808) 70
Imam al-Sakhawi (d.902) 71
Jalalal-Din al-Souyouti (d.911) 72
Zakariyya ibn Mouhammad Ansari (d.926) 72
Ibn hajar al-Haytami (d.974) 72
Abd al-Wahhab al-Cha`rani al-Hanafi (d.973) 75
Moulla `Ali al-Qari (d.1014) 76
Ibn `Abidin al-Hanafi (d.1252) 77
Abou al-`Ala' al-Mawdoudi (d.1399) 77
V Conclusion.. 78
GLOSSAIRE
NOTE :
Toutes les pages

 

Ibn Taymiyya (d.728)

Ses admirateurs citent ce juriste et maître de hadiths de l’école Hanbalite comme un ennemi des Soufis, et il est la principale autorité dans la campagne des «Salafis», responsables du climat actuel de fanatisme injustifié et l’encouragement à l’ignorance au sujet du tassawwouf. Pourtant, Ibn Taymiyya était lui-même un Soufi. Cependant, les «Salafis» sont très minutieux à ne jamais présenter le Soufi Ibn Taymiyya, ce qui gênerait sévèrement leur scénario il le présente comme purement un anti-Soufi.

Les discours d’Ibn Taymiyya sur le tassawwouf sont criblés de contradictions et d’ambiguités. On peut dire que quoiqu’il nivella toutes sortes de jugements sur les Soufis, il fut incapable de nier la grandeur du tassawwouf au sujet duquel la Communauté fut longtemps unanime bien avant que lui-même n’apparaisse. En conséquence, il affronta le tassawwouf, questionnant ces Soufis contemporains, et réduisant la primauté des élites des Musulmans à de la banalité, et au même moment il se vante d’être un Soufi Qadiri dans une chaîne directe de succession à Cheick `Abd al-Qadir al-Gilani, comme nous le montrerons dans les lignes qui suivent.

Il doit être clair dans l’esprit des lecteurs que la raison pour laquelle nous citons ces évidences n’est pas que nous considérons Ibn Taymiyya comme une figure représentative du tassawwouf. A notre point de vue, il ne représente ni le tassawwouf ni l’aqida de Ahl al-Sunna. Cependant, nous citons ces points de vues seulement pour démontrer que sa présentation erronée par les Orientalistes et les «Salafis» comme un ennemi du tassawwouf ne relève pas d’un examen minutieux. Sans tenir compte des opinions d’un groupe ou de l’autre, les faits montrent des évidences claires que Ibn Taymiyya n’avait pas d’autre choix que d’accepter le tassawwouf et ses principes, et que lui-même se réclama être un Soufi, et se para également du manteau (khirqa) de cheick dans l’ordre Soufi Qadiri.

Nous avons déjà cité l’admiration d’Ibn Taymiyya pour `Abd al-Qadir Gilani auquel il attribut le titre de mon «Cheick» (cheickhouna) et de mon «maître» (sayyidi) dans son entière Fatawa. Les inclinations d’Ibn Taymiyya pour les Soufis et sa révérence pour `Abd al-Qadir al-Gilani sont aussi témoignées à travers son commentaire de cent pages sur Foutouh al-ghayb, couvrant seulement cinq des soixante-dix-huit sermons du livre, mais montrant qu’il considéra le tassawwouf essentiel dans la vie de la Communauté Islamique.[191]

Dans son commentaire Ibn Taymiyya met l’accent sur le fait que la primauté de la Chari`a est la tradition de base dans le tassawwouf, et pour supporter ce point il donne une liste de plus d’une douzaine des premiers maîtres, aussi bien que des cheicks contemporains de son temps dont ceux de son école Hanbali, al-Ansari al-Harawi et `Abd al-Qadir al-Gilani, et le cheick de ce dernier, Hammad al-Dabbas:

Les élites parmi les pratiquants de cette Voie -- comme la majorité des premiers cheicks (chouyoukh al-salaf) dont Foudayl ibn `Iyad, Ibrahim ibn Adham, Ma`rouf al-Karkhi, al-Sari al-Saqati, al-Jounayd ibn Mouhammad, et autres de la première génération des maîtres, aussi bien que Cheick `Abd al-Qadir, Cheick Hammad, Cheick Abou al-Bayan et autres maîtres qui sont apparus plus tard – n’ont pas permis aux pratiquants de la voie Soufie de se démarquer des interdits et ordres de la législation divine, même si cette personne a volé dans les airs ou a marché sur l’eau.[192]

Quelque part encore, dans son al-rissala al-safadiyya, Ibn Taymiyya défend les Soufis comme ceux qui appartiennent à la voie de la Sunna et la représentent dans leurs enseignements et écrits:

Les grands cheicks mentionnés par Abou `Abd al-Rahman al-Soulami dans Tabaqat al-soufiyya, et Abou al-Qassim al-Qouchayri dans al-Rissala, étaient adhérants de l’école d’Ahl al-Sunna wa al-Jama`a et de l’école d’Ahl al-hadith, comme al-Foudayl ibn `Iyad, al-Jounayd ibn Mouhammad, Sahl ibn `Abd Allah al-Toustari, `Amr ibn`Outhman al-Makki, Abou `Abd Allah Mouhammad ibn Khafi al-Chirazi, et autres; et leurs discours étaient fondés sur la Sunna , et ils rédigèrent des livres au sujet de la Sunna.[193]

Dans son traité sur la différence entre les formes permises de la prière et celles innovées, intitulé Rissala al-ibadat al-chariyya wal-farq baynaha wa bayn al-bidiyya, Ibn Taymiyya déclare sans erreur que la voie licite est la voie de «ceux qui suivent la voie Soufie» ou «la voie de l’auto-négation» (zouhd) et ceux qui suivent «ce qui est appelé pauvreté et tassawwouf», c’est-à-dire les fouqara et les Soufis:

Le licite c’est ce par quoi on se rapproche d’Allah. C’est la voie d’Allah. C’est la vertuosité, l’obéissance, les bonnes actions, la charité et la justice. C’est le chemin de ceux qui sont sur la voie Soufie (al-salikin), et la méthode de ceux qui ont l’intention d’atteindre Allah et de L’adorer; c’est celle qu’entreprend quiconque désire Allah et suit la voie de l’auto-négation (zouhd) et les pratiques religieuses, et ce qui est appelé pauvreté, tassawwouf etc…[194]

En ce qui concerne l’enseignement d’`Abd al-Qadir sur le fait que le salik ou l’aspirant Soufi doit s’abstenir des désirs permis, Ibn Taymiyya commence par déterminer que l’intention d’`Abd al-Qadir est que ce dernier renonce à ces choses permises qui ne lui sont pas imposées par la loi parce qu’il peut y avoir un danger pour lui. Mais jusqu’à quel point? Si l’Islam est essentiellement apprendre et appliquer les commendements Divins, il doit y avoir un moyen pour celui qui s’efforce sur la voie de déterminer la volonté d’Allah dans chaque situation particulère. Ibn Taymiyya reconnaît que le Coran et la Sunna ne peuvent pas couvrir explicitement tout événement spécifique dans la vie de tout croyant. Encore, si le but de la soumission à la volonté et au désir d’Allah doit être accompli par ceux qui veulent L’atteindre, il doit y avoir une voie pour celui qui y lutte de s’assurer du commendement Divin dans toute sa particularité.

La réponse d’Ibn Taymiyya est d’appliquer le concept légal d’ijtihad à la voie spirituelle, spécifiquement à la notion d’ilham ou inspiration. Dans ses efforts d’unir sa volonté avec celle d’Allah, le vrai Soufi atteind un état où il ne désire rien d’autre que de découvrir la plus belle œuvre, l’action la plus plaisante et la plus aimée d’Allah. Lorsque les données légales extérieures ne peuvent plus le diriger dans ces matières, il peut compter sur les notions d’inspiration (ilham) et de perception intuitive (dhawq) du Soufi:

Si le disciple a créativement employé ses efforts aux indications externes de la Char`ia et n’a pas vu la meilleure probabilité concernant une action, il peut être alors inspiré à cause de sa bonne intention combinée à sa peur d’Allah, il peut choisir parmi deux actions laquelle est supérieure à l’autre. Ce genre d’inspiration (ilham) est une indication concernant la vérité. Elle peut même être une forte indication par rapport à une faible analogie, des hadiths faibles, des arguments littéraires faibles (zawahir), et une faible présomption de continuité (istichab) qui sont employées par plusieurs qui fouillent dans les principes, les différences et du fiqh systématisé.[195]

Ibn Taymiyya repose son point de vue sur le principe qu’Allah a mis une disposition naturelle à la vérité au genre humain et lorsque cette disposition est enracinée dans la réalité de la foi et éclairée par l’enseignement Coranique, et que celui qui lutte sur le voie est incapable de déterminer la volonté précise d’Allah dans des cas spécifiques, alors son cœur lui montrera l’action préférée. Une telle inspiration est l’une des preuves importantes qu’il détient dans cette situation. Certainement, il se trompera quelque fois, faussement guidé par son inspiration ou sa perception intuitive de la situation, juste comme le moujtahid quelque fois se trompe. Mais il dit, même quand le moujtahid ou le disciple inspiré lutte dans l’erreur, il est obéissant.

Faire appel à ilham et dhawq n’est pas synonyme de suivre ses propres caprices ou ses préférences personnelles.[196] Dans sa lettre à Nasr al-Manbiji, il qualifie cette intuition de «foi-informée» (al-dhawq alimani). Son point est que, comme dans le commentaire du Foutouh, l’inspiration par expérience est ambigue et a besoin d’être qualifiée et par le critère du Coran et la Sunna. Elle ne peut conduire, selon lui, à la certitude de la vérité, mais ce qu’elle peut c’est de donner au croyant une assise ferme pour choisir la meilleure action dans une situation donnée et l’aider à confirmer sa volonté en des détails spécifiques de sa vie par rapport à celui de son Créateur et de son Commandant.[197]

D’autres travaux qui nous viennent de lui abondent d’ éloges pour les enseignements Soufis. Par exemple, dans son livre al-ihtijaj bi al-qadar, il défend l’accent mis sur l’amour d’Allah par les Soufis et leur volontarisme plutôt que l’approche intellectuelle de la religion comme étant en accord avec les enseignements du Coran, le hadith solide et l’ijma`al-salaf:

En ce qui concerne les Soufis, ils affirment l’amour (d’Allah), et ceci est plus évident chez eux que parmi les autres. La base de leur voie est simplement la volonté et l’amour. L’affirmation de l’amour d’Allah est bien connue dans le language de leurs premiers et de leurs maîtres récents, comme cela est affirmé dans le Livre et la Sunna et dans le concensus des Salaf.[198]

Ibn Taymiyya est aussi connu pour ses condamnations d’Ibn `Arabi. Cependant, ce qu’il condamna n’était pas Ibn `Arabi mais un petit livre qu’il écrivit et intitula Fousous al-hikam, qui forme un mince volume. Quant à l’œuvre maîtresse d’Ibn `Arabi, al-Foutouhat al-makkiya (Les révélations divines de Makka), Ibn Taymiyya n’était pas moins un admirateur de ce chef-d’œuvre que toute autre personne en Islam qui l’ai vu, comme il le déclare dans sa lettre à Abou al-Fath Nasr al-Mounayji (d.709) publiée dans le volume intitulé tawhid al-rouboubiyya de son Fatawa:

J’étais l’un de ceux, qui auparavant avaient une bonne opinion d’`Ibn Arabi et faisaient ses éloges à cause des bénéfices que j’ai vus dans ses livres, dont: al-Foutouhat, al-Kanh, al-Mouhkam al-marbout, al-Dourra al-fakhira, Matali' al-noujoum, et d’autres travaux de ce genre.[199]

Ibn Taymiyya continue jusqu’à dire qu’il changea ses opinions, non à cause du contenu de ces livres, mais seulement après qu’il eut lu le Foussous.

Nous arrivons maintenant à l’évidence de l’affiliation d’Ibn Taymiyya à la Voie Soufie Qadiri et à sa propre affirmation, comme cela fut rapporté par son disciple Ibn `Abd al-hadi (d.909), qu’il reçu le khirqa Qadiri ou manteau d’autorité d’`Abd al-Qadir al-Gilani à travers une chaîne de trois cheicks. Il n’y personne d’autre que les trois Ibn Qoudamas qui sont parmi les autorités établies dans le fiqh de l’école Hanbali. Cette information fut publiée par George Makdisi dans une série d’articles dans les années 1970.[200]

Dans un manuscrit de Youssouf ibn `Abd al-Hadi al-Hanbali intitulé Bad' al-`ilqa bi labs al-khirqa (Le début de la protection dans le port du manteau Soufi), Ibn Taymiyya est cité dans une généalogie spirituelle Soufie avec d’autres savants Hanbali bien connus. Les liens dans cette généalogie sont les suivantes par ordre descendant:

1. `Abd al-Qadir al-Gilani (d.561)

2.a-Abou `Oumar ibn Qoudama (d.607) 2.b-Mouwaffaq al-Din ibn Qoudama (d.620)

3. Ibn Abi `Oumar ibn Qoudama (d.682)

4. Ibn Taymiyya (d.728)

5. Ibn Qayyim al-Jawziyya (d.751)

6. Ibn Rajab (d.795)

(Abou `Oumar ibn Qoudama et son frère Mouwaffaq al-Din reçurent directement le khirqa d’`Abd al-Qadir lui-même.)

Ibn Taymiyya est ensuite cité pr Ibn Abd al-Hadi comme affirmant son affiliation Soufie à la fois à l’ordre Qadiri et à d’autres ordres:

J’ai porté le manteau Soufi d’un certains nombres de cheicks appartenant à divers tariqas (labistou khirqata at-taqqawwouf min tourouqi jamatin min al-chouyoukhi), parmi lesquels le Cheick Abd al-Qadir al-Gilani, dont la tariqa est la plus grande des tariqa bien connues.

Plus loin il dit:

La plus grande Voie Soufie (ajallou al-tourouq) est celle de mon maître (sayyidi) `Abd al-Qadir al-Gilani, qu’Allah répande Sa miséricorde sur lui.[201]

D’autres confirmations viennent d’Ibn Taymiyya lui-même dans l’une de ses œuvres al-Masala at-briziyya:

labistou al-khirqa al-moubarakata li al-cheick `Abd al-Qadir wa bayni wa baynahou ithan. Je portai le manteau Soufi béni d’`Abd al-Qadir il y a entre lui et moi deux cheicks.[202]

Ibn Taymiyya affirme ainsi qu’il était un lecteur assidu d’al-Foutouhat al-makkiyya d’Ibn `Arabi; qu’il considère `Abd al-Qadir al-Gilani son cheick – il écrivit même un commentaire sur le Foutouh al-ghayb de ce dernier; et qu’il est de l’ordre Qadiriyya et d’autres ordres Soufis. Que dit-il au sujet du tassawwouf et des Soufis en général?

Dans son essai intitulé al-soufiyya wa al-fouqara' et publié dans le onzième volume (al-tassawwouf) de son majmou`a fatawa Ibn Taymiyya al-Koubra, il déclare:

Le mot soufi n’était pas bien connu au cours des premiers trois siècles, mais son usage devint populaire après cette période. Un nombre important de cheicks en parlèrent dont Ahmad ibn Hanbal, Abou Soulayman al-Darani et autres. Il a été rapporté que Soufyan al-Thawri l’utilisa. Certains aussi mentionèrent que Hassan al-Basri en fit usage.[203]

Ibn Taymiyya continue jusqu’à déduire que le tassawwouf origina à Basra parmi les générations qui suivirent les tabi`in, parce qu’il trouva que plusieurs des premiers Soufis originèrent de cette ville tandis qu’il ne trouva aucune de ces évidences ailleurs. Dans ce cas, il commet une erreur en confinant le tassawwouf à une place spécifique, le coupant de ses liens avec le temps du Prophète et ses illustres Compagnons. Ceci est l’une des aberrantes conclusions qui soulève, parmi les «salafis» d’aujourd’hui des questions telles que: «Où dans le Coran et la Sunna le tassawwouf est-il mentionné?» Comme Ibn `Ajiba répondit à ce genre de questions:

Le fondateur de la science de tassawwouf est le Prophète lui-même a qui Allah l’enseigna aux moyens de la révélation et l’inspiration.[204]

Nous avons par la grâce d’Allah fini avec ce sujet dans notre long exposé sur les preuves du tassawwouf dans les pages précédentes.

Ibn Taymiyya continue:

Le tassawwouf a des réalités (haqa`iq) et des états d’expériences (ahwal) que les Soufis mentionnent dans leur science… Certains disent que le Soufi est celui qui se purifie de tout ce qui le distrait du souvenir d’Allah et qui devient plein de l’image de l’au-delà à tel point que la valeur de l’or et des pierres sera la même pour lui. D’autres disent que le tassawwouf c’est de sauvegarder les sens précieux et de renoncer à la prétention à la célébrité et à la vanité etc… Ainsi, le sens de soufi fait allusion au sens de siddiq ou celui qui a atteind le niveau complet de véridique, car les meilleurs des êtres humains après les Prophètes sont les siddiqin, comme Allah le mentionna dans le verset suivant:

Quiconque obéit à Allah et au Messager, ceux-là seront avec ceux qu’Allah a comblés de Ses bienfaits: les prophètes, les saints véridiques, les martyrs, et les vertueux; ah, quel bons compagnons que ceux-là! (4:69).

Ils considèrent cependant qu’après les prophètes il n’y a pas plus vertueux que le Soufi, et le Soufi est en réalité, parmi d’autres genres de saints véridiques, seulement un genre de siddiq spécialisé dans l’ascétisme et l’adoration (al-soufi houwa fi al-haqiqa naw`oun min al-siddiqin fahouwa al-siddiq allahi ikhtassa bi al-zouhdi wa al-`ibada). Le Soufi est l’homme vertueux de la voie; juste comme les autres sont appelés les vertueux des oulama et les vertueux des émirs…

[Ici Ibn Taymiyya nie la déclaration des Soufis qui représentent les Véridiques après les Prophètes, et il rabaisse leur statut à celui du large groupe des honnêtes serviteurs. Ceci découle de sa première prémisse que le tassawwouf apparu plus tard et que son origine est autre que la Sunna du Prophète. Nous avons déjà mentionné que cette prémisse était fausse. Tous les Soufis considèrent que les transmetteurs de leur connaisance et discipline ne sont nul autre que les Compagnons et leurs Successeurs, qui prirent cette connaissance du Prophète lui- même. Dans ce respect, les Soufis et les illustres Compagnons de même que les Successeurs ne sont pas différents en essence, quoiqu’ils soient différents en noms, la préseance est donnée aux Compagnons et aux Successeurs selon le hadith du Prophète.

Ensuite Ibn Taymiyya sépare arbitrairement les Soufis et les savants en deux groupes discrets apparents, nous avons vu que les Soufis étaient de grands savants, et plusieurs grands savants étaient des Soufis. Al-Jounayd anticipa cette injuste distinction dans sa fameuse déclaration: «Cette connaissance qui est la nôtre est basée sur le Coran et la Sunna.» Ensuite, faisant allusion à cette erreur dans son Tabaqat al-Koubra, Cha`rani cite al-Jounayd et pousuit:

¨Chaque vrai Soufi est un savant de la Loi Sacrée, quoique l’inverse n’est pas nécessairement vrai.[205]¨

Certains critiquèrent les Soufis et le tassawwouf en les taxant d’innovateurs et d’être en dehors de la Sunna… mais la vérité est qu’ils exercent l’ijtihad dans l’obéissance d’Allah comme ont fait d’autres gens qui sont obéissants à Allah. Ainsi, parmi eux vous trouverez le Plus En Vue dans la Proximité (al-sabiq al-mouqarrab) par vertu de son effort, pendant que certains d’entre eux sont des Gens de la Droite… et parmi ceux se réclamant d’être affiliés à eux, sont ceux qui sont injustes envers eux-mêmes, se rebellant contre leur Seigneur. Ceux- là sont les sectes des innovateurs et des libres penseurs (zindiq) qui prétendent être affiliés aux Soufis mais dans l’opinion des véritable Soufis, ils n’y appartiennent pas, par exemple al-Hallaj.

[Ici la citation innappropriée d’al-Hallaj par Ibn Taymiyya est plus figurative de sa propre mauvaise compréhension du tassawwouf qui illustre ce à quoi il veut aboutir. En réalité, comme `Abd al-Qahir al-Baghdadi dit au sujet d’al-Hallaj, «son cas parmi les Soufis n’est pas clair quoique Ibn `Ata' Allah, Ibn Khafif, et Abou al-Qassim al-Nassir Abadi l’approuvent.»[206] Encore, nous avons déjà dit que plusieus grands savants de l’école d’Ibn Taymiyya lui-même ont rejeté les charges établies contre al-Hallaj, et le considèrent comme un saint, dont Ibn `Aqil et Ibn Qoudama. Ibn Taymiyya peut-il ne pas être conscient de toutes ces positions qui invalident son point de vue, ou cela est-il purement signe d’ignorance?]

Le tassawwouf a ses branches et diversités; et les Soufis sont connus sous trois groupes:

1- Soufiyyat al-haqaiq: Les Soufis des Réalités; ce sont les vrais Soufis que nous avons mentionnés dans les paragraphes précédents;

2- Soufiyyat al-arzaq: Les Soufis professionnels qui vivent des dons religieux ,des auberges et des écoles Soufis; et il n’est pas nécessaire pour eux d’être parmi les gens des vraies réalités dans la mesure où cela est une chose très rare…

3- Soufiyyat al-rasm: les Soufis par apparence seulement, qui sont préoccupés à endosser le nom et la tenue vestimentaire etc[207]

 

 

 




 
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