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Tariqa Madaniyya - Lorsqu’on ne sait pas saisir la grâce divine
Origines/Ramifications - Ramifications
Écrit par Derwish al-Alawi   

Le texte qui va suivre est un extrait du livre controversé du nommé Mohamed Tijani Smaoui (tunisien de Gafsa) intitulé : « Comment j'ai été guidé », retraçant son parcours religieux ; de l’enfant bercé dans le culte des saints, Tijani en particulier, puis adoptant plus tard la néfaste pensée wahhabite comme doctrine et finit dans la communauté minoritaire des chiites qui reste cloitrée dans les scissions du passé. Mohamed Tijani Smaoui croise sur son chemin, en Tunisie, le sage maître éducateur, Cheikh Ismail al-Hadifi ®, ce dernier en effet, le choisit pour faire partie de ses proches disciples, mais le malheureux ne sut saisir cette grâce divine alors que des moins que lui au niveau intelectuel n’aspirent qu’à un regard du maitre qui fait élever les esprits afin de les faire connaitre la divinité par l’ouverture de l’œil intérieure et ainsi la lumière divine diffuse son flux dans les cœurs assoiffés. Mais Allah choisit parmi Ses serviteurs Ses propres élus.

 

Extrait...


Ma réputation se répandit de ma ville natale aux autres villes environnantes, car quelques visiteurs qui assistaient aux prières du vendredi, en entendant mes leçons ils firent ma réputation, qui atteignit "Ismaîl El-Hadifi", Leader de l'ordre Soufi très connu à Tozeur, capitale du Djerid et lieu de naissance du fameux poète Tunisien "Aboul Kacem-Chabbi".


Le Cheikh Ismaîl influençait de nombreux disciples en Tunisie et à l'étranger particulièrement parmi les émigrés Tunisiens de France et d'Allemagne.


J'ai reçu une invitation de sa part par l'intermédiaire de ses agents à Gafsa, qui m'avaient écrit une longue lettre, me remerciant pour les services que je rendais à l'Islam et aux musulmans.


Dans cette lettre, ils ont prétendu que les services que je rendais ne me rapprochaient pas d'Allah, car je n'avais pas de "Cheikh" (un maître qui me guide) et ils disaient: "celui qui n'a pas de "Cheikh" a le diable pour maître. Tu dois avoir un Cheikh pour qu'il te montre la voie, autrement la moitié de ta connaissance est vaine".
Ils m'ont informé que Cheikh Ismaîl lui-même, m'avait choisi parmi tous les autres affiliés pour être l'un de ses adeptes les plus proches. Je fus absolument enchanté en apprenant ces nouvelles.


Je pleurais pour cette grâce Divine qui m'a élevé jusqu'aux cimes et aux meilleurs lieux, tout simplement parce que j'étais sur la voie de "Sidi Hadi Al-Hafine" qui était aussi un Cheikh Soufi connu pour ses miracles. Et je devins l'un de ses partisans les plus proches, et comme j'étais l'ami de "Sidi Salah Essayaah" et "Sidi Jilani" et d'autres Leaders soufis, ainsi j'ai attendu impatiemment cette rencontre.

Lorsque j'entrais dans la maison de "Cheikh Ismaîl" je regardais curieusement les visages, le lieu était envahi de ses adeptes et fidèles disciples, parmi lesquels se trouvaient les vieillards portant des habits blancs immaculés. Après la cérémonie de salutation, le Cheikh Ismaîl apparut et chacun se leva et lui embrassa les mains avec grand respect, son député me fit signe : "c'est lui le Cheikh !". Mais je ne montrais pas mon enthousiasme, car je m'attendais à quelque chose de totalement différent de ce que je voyais. En face de moi avançait un homme sans prestance ni charisme particulier et l'obséquiosité qui l'entourait me semblait sans commune mesure avec l'allure de sa personne. Cependant, il m'accueillit à son tour chaleureusement et me fit asseoir à sa droite, et m'offrit de la nourriture.

Après le dîner de la cérémonie rituelle, commença le colloque, son délégué à Gafsa m'a présenté à lui de nouveau. Il m'a demandé de faire acte d'allégeance au Cheikh et chacun des présents se réjouissait d'avance de cet honneur qui m'était attribué.

Plus tard j'ai réalisé ce poids qui me donnait ma relative célébrité, ce qui m'encouragea à questionner librement le Cheikh; je ne ressentais aucune gêne à intervenir et parfois à m'opposer aux réponses que je trouvais peu convaincantes. Certains n'appréciaient pas mon comportement révérencieux à l'égard du Cheikh.

Le Cheikh a senti l'atmosphère tendue, il a essayé de calmer la situation en utilisant son esprit, il dit : "celui qui commence par une rencontre brûlante, finira par une vie brillante". Le public considéra comme une grâce de la part du Cheikh.

Le Cheikh était intelligent et très expérimenté, il ne m'a pas laissé continuer mon intervention souvent provocatrice, il a raconté le conte suivant :

"Un jour, un homme Savant assiste à une conférence donné par le sage pieux, l'homme pieux demanda au Savant d'aller se laver; le Savant est allé se laver, après quoi il revint à la classe, l'homme pieux répéta sa demande "Va et lave-toi", le Savant partit se laver pour la deuxième fois, pensant qu'il ne s'était pas lavé correctement, quand il revint en classe, l'homme pieux lui demanda de se laver de nouveau, l'homme Savant se mit à pleurer, et dit: "Maître, je me suis lavé de tout mon savoir et de tous mes actes, et il ne me reste que ce qu'Allah va m'octroyer par tes mains". A ce moment- là, l'homme pieux dit : "Maintenant tu peux t'asseoir"."

Je me rendais compte alors que j'étais visé par le Cheikh et chacun des présents le comprenait également. Ils m'ont demandés de garder le silence, et de montrer plus de respect en présence du Cheikh, afin de ne pas échouer dans ma vie. Ils basaient leurs arguments sur le verset coranique suivant :

"O vous qui avez cru ! N'élevez pas la voix au-dessus de celle du Prophète, et ne lui parlez pas sur le ton que vous employez entre vous-même de peur de voir vos œuvres annihilées sans que vous sous en rendiez compte." Al-Houjourat, Verset 2.

Alors j'ai reconnu mes limites, j'ai obéi à leur ordre et le Cheikh m'a gardé auprès de lui, durant trois jours, pendant lesquels je lui posais beaucoup de questions, dont quelques unes pour tester ses connaissances.

Le Cheikh savait cela, et il me répondait qu'il y avait deux interprétations, et deux significations du Coran. L'une révélée apparente, et l'autre caché à un septième degré. Il a ouvert son coffre personnel, qui contenait la chaîne traditionnelle des pieux et des Savants sages qui le reliait avec l'Imam Ali Ibn Abi-Taleb, et à travers beaucoup de Saints tel que "Abdoulhassen-Chadhili".

Il faut remarquer ici que ces réunions faites par le Cheikh étaient des réunions spirituelles, et elles commençaient par quelques poèmes suivis par des chants et des récitations sur l'ascétisme, la piété et le renoncement à la vie d'ici-bas et l'avidité de chercher l'au-delà.

Tous les disciples contribuaient, chacun à leur tour en commençant par la droite du Cheikh, en récitant tout au moins un verset coranique. Peu à peu la confrérie se penchait à droite et à gauche, effectuant un balancement sur le rythme des chants. Le Cheikh se leva, et les disciples se levèrent à leur tour pour former un grand cercle autour de lui et ils commencèrent à dire : "Ahh-Ahh-Ahh-Ahh !", ce qu'ils appellent l'invocation de la poitrine. Le Cheikh se tournait à chaque fois vers un disciple, l'atmosphère se modifiait, les danseurs commençaient à sursauter en criant dans un rythme organisé mais irritant.

Après cette activité éprouvante, le calme revint peu à peu. Le Cheikh récite son dernier poème, alors que les disciples lui embrassent la tête et les épaules avant de s'asseoir.

J'ai participé à leur rituel mais sans conviction, car cela contredisait mes croyances qui m'interdisent d'attribuer des associés à Allah et tout intermédiaire entre l'homme et son Créateur.

Je m'effondrais en pleurant, mon cœur et mon esprit étaient déchirés entre deux tendances contradictoires.

La première était l'idéologie soufie d'après laquelle l'homme traverse une expérience spirituelle, basée sur le sentiment de la crainte, sur l'ascétisme et sur l'effort pour se rapprocher de Dieu par l'intermédiaire de Ses Saints Serviteurs, Ses Savants et Sages.

La deuxième était l'idéologie des Wahabites qui m'ont enseignés que tout cela n'était que polythéisme qui ne sera jamais pardonné par Dieu.

Si le Messager d'Allah, Mohammed Lui-même, ne peut pas aider ou intercéder en faveur des gens, alors comment pourraient-ils le faire eux les Saints et les Pieux qui sont venus après Lui ?

Malgré la position qui me fût conféré par le Cheikh, car il me désigna comme son délégué à Gafsa. Je n'étais pas convaincu. Bien que je sympathisais parfois avec l'ordre soufi que je respectais pour l'amour d'Allah et de Ses Saints. J'avais en mémoire le verset :

"N'invoques avec Dieu aucun autre dieu. Il n'y a de dieu que Lui." Al Kassas, Verset 88.

Parallèlement au verset :

"O croyants ! Craignez Dieu et cherchez un moyen intermédiaire." Al Maaida, Verset 35.

Les Oulémas Saoudiens m'ont enseignés : "le moyen et l'intermédiaire n'est que la bonne action."

Mon esprit était troublé, mais les disciples du Cheikh venaient chez moi de temps à autre pour célébrer les rituelles nocturnes et "l'invocation de la poitrine" telles que je les ai décrite.

Mes voisins étaient gênés par les brouhahas de nos voix : "Ahh-Ahh-Ahh !" Ils se plaignaient auprès de ma femme par l'intermédiaire de leurs épouses, quand je l'ai su, je demandais aux disciples de célébrer leur récital ailleurs, et je me suis excusé auprès d'eux en les informant que je partais en voyage pour une durée de trois mois, ainsi j'ai dit adieu à ma famille, à mes amis, et j'ai imploré la protection d'Allah.



Mohamed Tijani Smaoui "Comment j’ai été guidé"

 
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