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Cheikh Ahmed al-Alawî et les missionnaires (partie 1)
Œuvres écrites du Maître - Articles du Cheikh al-Alawi dans les journaux
Écrit par Hassan ben Mahmoud   
Lundi, 26 Octobre 2015 07:23

Voici un article publié en Avril/Mai 1929 dans le journal « al-Balâgh al-Jazâïrî », dans lequel un tunisien converti au christianisme (protestantisme) raconte ses expériences avec les missionnaires qui pullulaient en Afrique du Nord et sa rencontre avec le Cheikh al-Alawî. L'article est particulièrement intéressant car il reflète les conversations qu'eut le missionnaire avec le Cheikh al-Alawî, et les détails de son repentir, suivi par plusieurs séances de questions-réponses où le Cheikh al-Alawî répond avec des preuves irréfutables. Cet article (qui sera suivi par un autre), nous dévoile un homme de débat, qui apporte des réponses simples, et nous dévoile sa connaissance des Livres Saints.

Respectable directeur du journal « Al-Balâgh al-Jazâïrî », que le bonheur vous soit éternel.

Sidi, je souhaite que vous publiez soigneusement ces textes, destinés à mes frères et coreligionnaires musulmans que Satan avait réussi m’éloigner d’eux. Mais aujourd’hui, louange à Dieu que sa grâce m’ait touché et pu désormais unir mon cœur à leur cœurs purs, fidèles à l’unicité de Dieu, ne doutant nullement de leur sentiment affectif et l’émergence de leur éminentes lumières.

Je vous ai donné ma promesse de vous décrire mon parcours et ses différentes étapes, donc voici ce dont je me suis engagé pour rendre grâce à Dieu et faire profiter les musulmans.

Mon nom est Hassan ben Mahmoud surnommé « le kabyle » (al-Qabâïlî), je suis d’origine tunisienne. En effet, je suis né en Tunisie où j'ai fait mes études primaires et appris une partie du Coran. Je vivais paisiblement et n’avais pas de soucis particulier jusqu’au jour où je fus exilé de mon pays vers l’Algérie pour raisons politiques, j'étais encore adolescent, j’avais dis sept ans. En Algérie, j'ai contacté l'association américaine protestante connue par l’Église méthodiste de l'Afrique du Nord.

Mon manque de maturité et l’éloignement de mon pays ont fait de moi une proie facile. Ils m'ont bien traité et avec bienveillance. Avec leur affection ils ont réussi à gagner ma confiance et fait de moi un être profondément chrétien, et me considéraient le plus sérieux de leurs élèves. Ils m’ont envoyé en Angleterre pour compléter ma formation chrétienne où j’étais accueilli chaleureusement par la filiale anglaise. J’étais sujet de toutes les attentions pendant les cours qu’on nous donnait sur la Trinité, la divinité de Jésus, etc.… jusqu’à ce que je suis devenu expert dans le dogme chrétien. Plus j’avançais dans le christianisme, plus je méprisais l’Islam et les musulmans.

Lorsqu’ils se sont assurés de ma loyauté, ils m’ont proposé d’aller en Amérique pour approfondir mes études. Que sont donc ces études ? Afin de faire de moi un missionnaire, ils m’ont appris toutes les ficelles pour détourner les musulmans de leur religion et les convertir si cela était possible. Je me suis tellement éloigné de l’Islam que la mécréance m’a couverte de ses voiles les plus obscures, je détestais le simple mot « Islam » ou le nom de « Mohammed »(§), qu’Allah puisse me pardonner. Ma méprise atteignit un tel seuil que je pensais que j’avais surpassé Satan en personne.

Lorsqu’ils se sont rendu compte du fruit de leur travail, et quel misérable fruit, ils ont décidé de me donner pour mission la prédication en Algérie. Avant cela, ils m’ont appris les différentes méthodes à mettre le doute dans la croyance des musulmans, mais j’étais plus malin qu’eux, j’excellais dans la matière de tromper et je rajoutais ma propre empreinte.

J'étais donc nommé missionnaire en Algérie le 16 Avril 1927 et je professais dans les environs de Blida. J'avais un énorme enthousiasme à prêcher l’Évangile, je parlais à la plupart des musulmans et particulièrement aux ruraux dans les villages isolés. J’assistais à leurs fêtes et parcourais leurs marchés et leur professais la bonne parole, qui n’était autre que dénigrer odieusement l'Islam et son Prophète (§). Je leur disais que j’étais musulman et suis devenu chrétien car l’Islam n’est pas une authentique religion, et vantais le christianisme et que tout le monde devrait suivre. Je disais aussi que plein d’autres, comme moi, ont suivi le même chemin et leur montrais les preuves de ce que j’avançais. Je leur distribuais l’Évangile contre une certaine somme ou dès fois sans rien du tout. Je me rappelle que je disais à mes frères missionnaires qu’à ce stade c’était suffisant d’instaurer le doute parmi les musulmans, qu’importe qu’ils se convertissent ou pas. Justement, parmi mes frères missionnaires, il y avait des ex-musulmans qui s'étaient convertis, mais manquaient de zèle et n’avaient d’intérêt qu’à obtenir de l’aide, matériellement parlant, contrairement à moi qui étais sérieux dans ma démarche d’apostat.

Après tout ce temps, pas un seul musulman n’osa me demander au moins la raison de mon apostasie, jusqu’au jour où j'ai rencontré le Cheikh Ahmed al-Alawî, qu’Allah lui accorde longue vie pour servir la nation de l’Islam. Ma rencontre bénie avec lui eut lieu le 28 Octobre 1928, qui fut le premier jour de ma vraie vie musulmane. J'étais à Alger. Un jour, alors que j’étais dans un restaurant, j'ai entendu un groupe parler du Cheikh al-Alawî et la discussion s’échangeait entre ses admirateurs et certains adversaires. Je me suis renseigné auprès du propriétaire du restaurant qui m’a dit que le Cheikh était considéré comme un grand maître, un guide spirituel en mesure de rassembler un grand nombre de personnes. Une réunion spirituelle était prévue en ce moment même dans la mosquée « Hanafiyya », et le soir une autre réunion dans la mosquée de « sidi Ramadan ». Malheureusement, j’étais arrivé trop tard pour la réunion du jour, les fidèles sortaient et le nom du Cheikh était sur toutes les lèvres. Mais je ne voulais pas rater celle du soir. Je suis entré dans la mosquée après m’être présenté à ses disciples. La plupart des fidèles psalmodiaient le Coran ou pratiquaient la séance du Dhikr. Je me suis assis à coté du Maître qui a remarqué mes habits sombres et ma tête nu. Lorsqu’on l’a informé de mon identité et de mon rôle de missionnaire, il a demandé qu’on m'apporte une robe blanche et m’a fait participer à la séance de Dhikr (Hadra, Imâra). L'atmosphère était d'une profonde spiritualité, et tout le monde, grands et petits, étaient debout, collés les uns aux autres, leur seule vue suffisait à s’élever spirituellement. J’ai ressenti une grande résignation et une énorme révérence. Avant de prendre congé, le Maître échangea quelques mots avec moi et me donna rendez-vous pour le lendemain.

Je me suis rendu le lendemain à sa zaouïa à saint-Eugène ; j'ai trouvé beaucoup de monde. Encore une fois, je me suis assis à côté du Maître qui était en compagnie de quelques privilégiés, il était très ravi de me revoir. Il a commencé à parler de Jésus et du christianisme en les comparait à l’Islam sans qu’il dévalue le christianisme avec un style qui interpelle les auditeurs, en apportant des preuves qui laissent un impact dans les cœurs magnifiant la religion islamique. Je voulais lui poser quelques questions, mais il anticipait à me répondre sans que je dis mot, dire que la télépathie lui servait de support et ses réponses me satisfaisaient.

Bref, les quelques heures que j’ai passées en sa compagnie ont chassé la moitié des ténèbres qui sombraient dans mon cœur. Le Cheikh voulut savoir mes états d’âme, je lui ai répondu tout simplement que j’avais une sensation d’euphorie et mon vœux est que cette séance perdure, car en vérité, je suis atteint d’un mal qui me tourmente et je n’ai trouvé aucun musulman qui puisse m’orienter vers la vérité et me détourner de ma déviation. Je voulais lui parler de ce qui me pose problème, il me répondit qu’il était au courant d’une partie de mes interrogations et m’autorisa de partir en paix en me donnant rendez vous pour le lendemain. Je le quittais en ayant des doutes et incertitudes sur ma croyance chrétienne car je me sentais faible devant ses preuves irréfutables et les lumières qui en émanaient, que ce soit de lui ou de ses disciples.

Au rendez-vous du soir, dans la mosquée de « sidi Ramadan », je ressentais en moi une approche vers la vérité grâce à l’écoute du Coran et aux sermons du Maitre dont la plupart des sujets m’étaient inconnus. Je sus que la grâce divine m’était enfin accordée, ce qui m’amena au bout du troisième jour de sa compagnie de prendre involontairement sa main et professer l’attestation de foi : « je témoigne qu’il n’y a nulle divinité hormis Allah et Mohammed est son messager ». L’assistance remercia Dieu et me félicita. Le Maitre me fit savoir que désormais je suis devenu un unitaire (muwahid) et que je dois le rester. Puis ils ont levé leurs mains et prié pour moi. Il me dit aussitôt : « je sais que tu as encore quelques interrogations et il est souhaitable qu’on se voit demain pour en découdre pour que tu puisses retrouver la sérénité et reconnaître la vérité en toi-même afin de ne plus être trompé dans l’avenir ». J’ai pris en compte ses conseils et nous nous sommes séparés en paix dans l’intention de nous revoir tous les un ou deux  jours pendant qu’il s’y trouvait encore à Alger.

J’étais embarrassé par quelques questions qui étaient privilégiées chez les missionnaires, même si je savais qu’elles trouveraient des réponses appuyées par des preuves irréfutables auprès du Maitre, je voulais absolument les entendre pour m’en servir à mon tour. Le Cheikh m’avait demandé lors de notre dernière rencontre de lui apporter quelques livres qui serviraient aux missionnaires et les diverses brochures qu’ils distribuent, il l’a exprimé par un passage du Coran, Tâhâ, 66 : apporte moi « leurs cordes et leurs bâtons ».

Le lendemain, je suis allé le voir en emportant un tas de livrets destinés aux missionnaires qui pourraient l’intéresser. Une fois installé, il m’a demandé le nombre des organisations de missionnaires en Algérie, j’ai répondu qu’en Afrique du Nord seulement il y a soixante douze organisations entre européennes et américaines, elles ont pour seule mission de convertir les musulmans ou, au moins, les mettre dans le doute par rapport à leur religion… Il y a parmi eux qui pensent que la meilleure méthode est d’être charitable envers les déshérités en gagnant ainsi leur sympathie par les divers moyens de charité comme la médecine gratuite et les différentes aides. D’autres pensent que la méthode la plus profitable est de mettre les enfants des familles déshéritées dans leurs pensionnats et leur donner une éducation différente de leur culture, et c’est ce qu’ils ont fait. D’autres pensent qu’instaurer le doute suffirait, ils emploient à cette fin quelques versets coraniques pour justifier la véracité de l’Évangile. Enfin la dernière catégorie pense que dénigrer l’Islam et dévaluer son Messager (§) est la méthode la plus radicale pour arriver à leur fin, et chacun est libre de choisir la méthode qui lui convient.

Le Cheikh ne manquait pas d’être stupéfait de ce qu’il venait d’entendre, principalement en ce qui concerne le nombre des organisations. Il m’a dit que : «  l’Islam a ses propres gardiens, qu’Allah puisse nous compter, y compris toi, parmi eux, Amen ».

A ce stade, ma reconversion à l’Islam est chose résolument définitive, je prends à témoins les lecteurs, les deux mondes [hommes et djinns], et Allah est le meilleur des témoins, que je dis et crois : « qu’il n’y a nulle divinité hormis Allah et Mohammed est son messager ».

Quant à la discussion qui eut entre nous et les précieuses réponses du Professeur à mes questions, je le publierai plus tard, s’il plait à Dieu, et chaque chose à venir est plus proche que nous le pensons.

De toute façon, je remercie Dieu, car le gouvernement français veille toujours à respecter notre religion, considérant ainsi ses fondements, et ceci est une des grâces de Dieu envers nous et les humains en général.

Quant à ces organisations, la majorité si ce n’est la totalité, sont étrangères, appartiennent principalement aux anglais et aux américains qui œuvrent, peut être, pour l’intérêt de leurs propres nations plus que pour l’intérêt de la mission d’évangélisation.

suite...

 

Voici donc un semblant de débat entre moi et le Professeur et les réponses estimables qu’il a données :

Je lui ai dis : « Maitre, j’ai quelques questions à vous poser dans l’espoir d’entendre les réponses satisfaisantes, vous m’avez autorisé à cela hier ».

 

Il me dit : « pose les plus importantes ».

J’ai dis : « les missionnaires affirment que la nature humaine a été blessée, ou corrompue par la faute originelle d’Adam lorsqu’il a mangé le fruit défendu de l'arbre de la connaissance du bien et du mal et que tout être humain se trouve en état de péché du seul fait qu'il relève de la postérité d'Adam et le Coran en est témoin, et ils affirment que nous avons besoin d’un Sauveur et le seul Sauveur est Jésus. Celui qui croit qu’il est l’unique fils de Dieu et égal dans son essence à son Père, qu’il est aussi un Dieu et ainsi de suite selon leurs dogmes, est sauvé, et celui qui n’y croit pas n’est pas sauvé. Ceci est la question principale que les missionnaires s’appuient dessus et veillent à ce que le monde entier devient chrétien car Jésus est l’unique Sauveur que Dieu a envoyé. Quant aux autres Messagers, ils ont aussi besoin d’un Sauveur qui ne peut être que Jésus, l’Esprit de Dieu ».

Il me demanda : « dans quel verset du Coran que Dieu parle de ceci ? ».

J’ai dis dans Sourate Baqara, verset 36 : « Et Nous dîmes: « descendez (du Paradis); ennemis les uns des autres. », Aussi le verset 38 dans la même Sourate : « - Nous dîmes: « Descendez d'ici, vous tous ! ». Donc lorsqu’il dit « les uns des autres » et « vous tous » Il désigne Adam et tous ses descendants. Quant à l’expulsion d’Ibliss (Satan) et du serpent, cela est inexacte selon les exégètes, car le serpent comme les autres animaux ne sont pas imputés de leur actes ».

Il me dit : « très bien ! Si ces versets nous font supposer, selon ce qu’on a cru comprendre, qu’elles font allusions à Adam et ses descendants qui étaient dans ses lombes, et on conclue qu’ils sont toujours corrompus par la faute originelle d’Adam alors qu’ils n’ont pas commis ce péché, mais tout fils d’Adam se trouve en état de péché comme ils affirment, et ils s’appuient sur ces versets comme vous l’avez précisez. Supposons que ses descendants ont été atteints par ce pêché originel sans en être conscients, alors la repentance d’Adam les aurait logiquement aussi atteints suivant le verset suivant dans Sourate Baqara, verset 37 : « Puis Adam reçut de son Seigneur des paroles, et Allah agréa son repentir car c'est Lui certes, le Repentant, le Miséricordieux ». Il est impossible qu’ils restent tachés du péché sans en être conscients alors que lui, jouit seul de son repentir ».

Je fus amplement satisfait de sa réponse que je comptais désormais parmi mes arguments.

Il me dit aussitôt : « vous avez cité Jésus étant l’unique Sauveur, que signifie cela ? »

J’ai dis : « cela signifie, selon ce qu’ils croient, que tous les humains, depuis qu’Adam a mangé le fruit défendu, sont sous l’emprise de Satan qui les influence selon sa volonté et ses désirs. Nul ne sera sauvé que celui qui a cru au Messie en tant que Dieu et fils de Dieu, selon leurs dogmes, et sera ainsi sauvé du châtiment divin ».

Il me dit : « qu’il les sauve du châtiment divin, cela rentre dans le seul savoir de Dieu, et son savoir est inaccessible. Qu’il les sauve des tentations de Satan dans ce bas-monde, l’état actuel des choses nous démontre le contraire, or nous voyons l’Europe qui est considérée le bastion de la chrétienté, ensuite vient derrière elle l’Amérique, et malgré cela s’y déploient des actes maléfiques recommandés par Satan. Si on comptabilise seulement ces actes d’une seule journée de ces deux continents, cela dépasserait les atrocités commises dans le monde musulman sur quatorze siècles. Alors, comment ont-ils été sauvés de Satan pour qu’on espère l’être à notre tour ? Sauf s’ils affirment que l’adultère et la fornication, ôter une âme innocente que Dieu a prohibé, ne sont pas des actes maléfiques, et je ne crois pas qu’ils l’affirmeront. Je crois, mon frère, que seuls ceux qui craignent Dieu, les pieux enclins à la dévotion peuvent être sauvés du châtiment divin, et seul Dieu sait ».

Puis nous nous sommes quittés ce jour là dans la paix.

Je l’ai revu un autre jour, il était en compagnie de visiteurs importants et bien d’autres. Il avait l’habitude, lorsqu’il parlait à quelqu’un, de s’incliner vers moi ou diriger son regard de mon coté lorsqu’un point du sujet pouvait me concerner.

Lorsqu’il finit avec ses visiteurs, il entama la discussion sur notre sujet principale.

Il m’a demandé : « qu’elles sont les preuves que les chrétiens détiennent pour considérer Jésus (paix à lui) Dieu d’un coté et fils de Dieu d’un autre coté, car je présume qu’ils doivent avoir des preuves sur lesquelles ils s’appuient même si elles sont douteuses ».

J'ai dis : « oui bien sur. Quant à sa divinité, il y a plusieurs raisons ; 1) : il est venu au monde différemment des autres humains. 2) : il a fait des miracles que les humains ne peuvent accomplir. 3) : de nombreux passages dans l’Évangile disent clairement qu'il est Dieu et le fils de Dieu ».

Il m’a demandé : « quelles sont les passages dans la Bible que vous pensez qu’ils sont très clairs sur sa divinité ou qu’il est le fils de Dieu ? »".

J’ai dit : « il est mentionné dans l’Évangile de Jean, chapitre 10, verset 30 : « Le Père et moi, nous sommes UN ». Il est dit aussi dans le chapitre 14, verset 9 : « Celui qui m’a vu a vu le Père », dans le même chapitre (14), verset 10 : « je suis dans le Père et que le Père est en moi ! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même », etc.…, et les versets qu’il est fils de Dieu sont nombreuses ».

Il m’a demandé : « est ce que les chrétiens croient tout ce qui a été révélé dans l’ancien testament, je veux dire la Thora, le livre des Psaumes et bien d’autres ? »

J’ai dit: « bien sur ! Surtout chez les protestants ».

Il me dit aussitôt : « alors ils devraient diviniser beaucoup de prophètes et un grand nombres d’humains, quels qu’ils soient. Ils devraient prendre en considération tout ce qui, en apparence, fait référence à la divinité des humains, car j’en ai constaté un bon nombre qui prouve ceci.

J’ai lu dans le chapitre 4, verset 16 dans le livre de l'Exode : « Il parlera pour toi au peuple, ainsi il sera comme ta bouche et tu seras pour lui comme son dieu ».

Dans le même livre, chapitre 7, verset 1 : « regarde ! Je fais de toi un dieu à l'égard de Pharaon et Aaron ton frère sera ton prophète ».

Et ce qui est plus énorme, ce qui est écrit dans les Psaumes, chapitre 82, verset 6 : « J'avais dit : Vous êtes des dieux, Vous êtes tous des fils du Très-Haut ».

Que peuvent dire les chrétiens sur ces versets très clairs ? S’ils les prennent à la lettre, Jésus n’aura plus l’exclusivité de divinité. S’ils disent que ces versets sont sujets à interprétation, alors ce qui est écrit dans l’Évangile est prioritairement sujet à interprétation, car la Thora a été approuvée par Jésus en personne et était présente à son époque, alors que l’Évangile a été écrit après son ascension bien des siècles après.

Donc, l’expression « fils de Dieu » n’est pas exclusive dans l’Évangile. Jésus (paix à lui), l’exprimait quelques fois au sens figuré et quelques fois il disait clairement qu’il est le « fils de Dieu », mais cette expression n'était pas prise au pied de la lettre chez les israélites, autrement Dieu aurait une multitude de fils et de petits fils et une descendance comme celle d’Adam. Finalement, cette expression était donnée par les israélites aux prophètes ou aux saints, et je vais vous donner quelques preuves.

Dans le chapitre 6, livre de Genèse, verset 4 : « après que les fils de Dieu furent venus vers les filles des hommes, et qu'elles leur eurent donné des enfants : ce sont ces héros qui furent fameux dans l'antiquité ».

Dans le chapitre 64, livre d'Isaïe, verset 8 : « Cependant, ô Éternel, tu es notre père; Nous sommes l'argile, et c'est toi qui nous as formés, Nous sommes tous l'ouvrage de tes mains ».

Dans le chapitre 14, livre de Deutéronome, verset 1 : « Vous êtes les enfants de l’Éternel, votre Dieu. Vous ne vous ferez point d'incisions … ».

Dans le livre des Psaumes, chapitre 2, verset 7, 8 : « Je publierai le décret; L'Éternel m'a dit: Tu es mon fils! Je t'ai engendré aujourd'hui. Demande-moi et je te donnerai… ».

Il est dit aussi sur « Abraham » qu’il est le fils premier-né de Dieu, (le Cheikh voulait surement dire Israël), chapitre 4, verset 22 dans le livre de l'Exode : « Tu diras à Pharaon: Ainsi parle l'Éternel: Israël est mon fils, mon premier-né ».

Dans l’Evangile (le Nouveau Testament), la formule « fils de Dieu », n’a été attribuée qu’à Jésus. Pourquoi caractériser Jésus par cette attribution et faire abstraction des versets cités, or il est n’est pas judicieux d’interpréter certains versets et écarter les autres. Donc, le devoir est d’interpréter la formule « fils de Dieu » par « prophète de Dieu » ou se qui se rapproche du sens comme « saint- homme de Dieu», et l’ambiguïté cessera une fois pour toute.

Ce qui pourrait justifier mes propos se sont les paroles de Jésus lorsqu’il a dit à plusieurs reprises : « mon père qui est dans les cieux ». Il a dit aussi sur lui-même qu’il est : « le fils de l'homme ». Or il ne peut pas être fils de l’homme d’un coté et fils de Dieu d’un autre coté, et les deux formules restent sincères. Donc, le devoir est de lire textuellement la formule « fils de l'homme » qui n’a pas besoin d’être interprétée, et d’interpréter « fils de Dieu » dans le sens allégorique, ainsi l’unicité de Dieu reste intacte et les livres sacrés retrouveront leurs concordances, et c’est ce qui me semble être juste, et Dieu Seul sait.

J’ai dit: « les versets que vous venez de citer devraient embarrasser les chrétiens, car c’est dans leur propre Livre, car on s’aperçoit que « les fils de Dieu » sont multiples. Mais il reste encore un point à éclaircir, c’est la naissance miraculeuse de Jésus.

Il me dit : « au sujet de sa naissance, il est vrai que c’est une naissance miraculeuse, mais elle reste exempte de tout caractère divin, sinon Adam serait privilégié pour lui attribuer ce caractère divin, car il est venu au monde sans père ni mère. Allah dit qu’Il l’a crée à son image comme en témoigne la Thora. Alors n’est-t-il pas qualifié d’être un dieu plus que Jésus ? Ou au moins lui laisser le droit de s’y associer s’il n’est pas qualifié pleinement.

J’ai dit: « vous avez répondu à ma question et votre argument est pleinement recevable. Mais, reste les miracles qu’aucun humain n’est capable de réaliser, comme ressusciter les morts, guérir les aveugles-nés, les lépreux, etc.… »

Il me dit : « ces miracles, qui sont des prodiges surnaturels, ne font que renforcer la preuve de sa mission, de Messager de Dieu. En revanche, les qualifier d’actes faits par un Dieu ce serait absurde, sinon Moïse aurait, à son tour, le privilège de lui attribuer cet attribut divin. Jésus ressuscitait les morts, et on sait que le mort était vivant bien avant, alors que Moïse donnait vie à la matière inanimée, « il jeta son bâton et le voici un serpent qui rampait », Tâha, 20, et la différence entre une matière inanimée solide et un mort c’est la vie qui se trouvait déjà chez le mort. Si Jésus avait le bâton de Moïse et le jeta et le voici un être humain vivant, il aurait ressentit quelque peur et s’écarterait (comme Moïse qui ressentit une peur lorsque son bâton s’est transformé simplement en serpent par l’ordre de Dieu). Donc, tous ceux-ci ne peuvent être les faits venant de la part de simples humains ».

Quant à ses guérisons prodigieuses, on n’a qu’à les comparer à la mer qui s’ouvre miraculeusement à Moïse, et qui est sans nul doute un phénomène extraordinaire qui devance tous les autres miracles. Or si ces faits prouvent un quelconque attribut divin, Moïse emporterait le mérite, ou en moins lui laisser le droit de s’y associer avec Jésus. Et la question se pose ; pourquoi seul Jésus se voit attribué cet attribut divin ? ».

Lorsque le Maitre avait finit sur ce point, j’étais extrêmement surpris et émerveillé par ses réponses.

Je lui ai dis : « Sidi, un homme comme vous a le droit et le mérite de parler, et il est regrettable qu’il n’y est pas assez d’hommes de votre qualité, car vos propos vont droit au cœur et s’en emparent, car la vérité sort de votre bouche, même si cela ne plait guère à certains. Les arguments que vous avez avancés sont irréfutables. Mais il reste encore une question que les antagonistes avancent et donnent l’impression qu’ils sont en position de force chez le simple d’esprit ».

Il me dit : « retarde-là pour demain, par espoir que Dieu nous aide à trouver une réponse ».

Puis nous nous sommes quittés en paix.

Lorsque nous nous sommes revus, il me dit : « quelle est la question dont vous vouliez m’en parler ? »

J’ai dis : « Sidi, les chrétiens disent et principalement les missionnaires, que les miracles du prophète Mohammed (§), bien que ces miracles ont été observés et approuvés, ils ne les reconnaissent pas et malgré cela ils disent qu’ils n’ont pas atteint le niveau phénoménal tel que la mer qui s’est ouverte à Moïse. Quelle est votre réponse ? »

Il a dit : « la réponse est simple ! Mais cela ne concerne que nous (musulmans). Crois tu mon frère, que si le prophète Mohammed (§) n’était pas sans inquiétude de la part de ses compagnons, qui étaient témoins de ses miracles et initiés aux savoir divin, est ce qu’il aurait parlé des miracles de Moïse et Jésus (paix à eux) avec les détails qu’on sait et les approuve ? Il est très improbable qu’un être, que tout le monde atteste sa sagesse même ceux qui n’ont pas reconnu sa prophétie, se hasarde à parler de miracles de ceux qui l’ont précédé sans qu’il n’en fasse lui-même. Donc, ses récits des miracles des prophètes qui l’ont précédés, il les a narrés sans se tourmenter, ce qui indique clairement que ces miracles cités n’étaient que des éléments semblables aux miracles qui se produisaient entre ses mains et en présence de ses compagnons. S’il n’avait aucun miracle, et tel qu’on connait l’homme, il n’aurait pas prit le risque de narrer de ceux qui le précédent.

Autrement dit ; nous pouvons affirmer que le miracle de Mohammed (§) est plus que manifeste, car il est une preuve éclatante qu’aucun autre miracle ne peut s’en mesurer. L’on a-t-il pas dit à propos des miracles de Moïse et Jésus : « Vraiment nos yeux sont voilés. Mais plutôt, nous sommes des gens ensorcelés » ? Hajar, 15, car leurs miracles étaient limités dans le temps. Donc, que disent les missionnaires à propos du Coran ? Et comment cachent-ils leur impuissance à apporter un seule chapitre comme ceux du Coran ? N’ont-ils pas ici l’occasion d’étouffer la seule preuve de la prophétie de Mohammed (§) malgré toutes leurs puissances, leurs richesses et leurs ruses que même les démons sont incapables d’accomplir ? L’Amérique et l’Angleterre font partie de leur clan et l’Europe les soutient. Ils ont assez d’hommes de lettres arabisants ou arabisés, experts en langue arabe et ceux qui baignent dans son berceau comme les maronites libanais.

Quelle disgrâce ! Toute cette puissance et cette richesse et cette influence et sont impuissants à écrire un livre qui  égale un livre apporté par un humain illettré qui ne sait pas écrire ni savoir composer un seul poème. Et ils savent très bien que s’ils apportent un livre qui égale le Coran ou au moins un chapitre, ils auraient emporté le défit que le Coran leur a lancé, et n’auraient plus besoin de tous ces livres qu’ils impriment et inondent le monde entier et augmentent ainsi le prix du papier que les faibles en ressources ont du mal à se le procurer. Sans parler de leur dédain des Livres saints qu’ils mettent sur le marché et les vendent à des prix dérisoires encore moins cher que les feuilles qui chutent en automne. Ils auraient mieux fait de réfléchir à cette question, car elle est une affaire importante, s’ils arrivent, ils l’auraient facilement remporté face au monde musulman, et je ne sais toujours pas pourquoi ils se sont détourné de ce défit avec toutes les possibilités qu’ils ont. Ils n’ont aucune excuse s’ils prétendent ne pas savoir la langue arabe, nous en avons déjà parlé des chrétiens arabes qui maitrisent la langue et qui écrivent en dénigrant l’Islam.

N’ont-ils pas assez de forces pour réunir un livre ou faire sortir de la Thora ou l’Évangile un semblant de Coran au monde musulman, et s’enorgueillissent ainsi et mériteraient de l’être ? Qu’ils font paraitre alors qu’un seul chapitre analogue au Coran, et comment le pourront-ils alors qu’Allah dit : « Même si les hommes et les djinns s'unissaient pour produire quelque chose de semblable à ce Coran, ils ne sauraient produire rien de semblable, même s'ils se soutenaient les uns les autres », Isrâa, 28. Gloire à Dieu, nulle parole n’est aussi véridique que la sienne, et quel échec pour les missionnaires dans leurs projets ».

C’est ici que le maitre s’arrêta de parler.

Je lui ai dis : « Sidi, un homme comme vous a le droit et le mérite de parler. »

Puis je lui ai suggéré de répondre aux missionnaires qui répandent les doutes auprès des musulmans avec les mêmes arguments et des méthodes analogues à ceux-ci, qui bénéficieront positivement aux musulmans, surtout qu’on vit dans une époque corrompue où tout est remis en question. Il m’a promis de le faire. Qu’Allah prolonge le souffle de notre Cheikh pour que la Nation en profite davantage, et qu’Il préserve notre foi et celle de tous les croyants et que notre fin soit scellée par l’attestation « qu’il n’y a nulle divinité hormis Allah et Mohammed est son messager et que Jésus est "Sa parole qu'Il envoya à Marie, et un souffle (de vie) venant de Lui", il n’est ni Dieu ni fils de Dieu ! ».



Hassan ben Mahmoud « dit le kabyle » (al-Qabâïlî), le tunisien. Alger.

Traduit de l'Arabe par Derwish al-Alawi
Les Amis du Cheikh Ahmed al-Alawi

 

Source : Al-Balâgh al-Jazâïrî, n° 116, 25/04/1929, n° 117, 03/05/1929, n° 118, 10/05/1929.

Pour lire la version en arabe (fichier PDF).

 
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