Aux Maitres de Soufisme et Cheikhs de zaouïas
Œuvres écrites du Maître - Articles du Cheikh al-Alawi dans les journaux
Écrit par Ahmad al-Alawî   
Samedi, 06 Août 1927 17:47

Dans un appel pressant, encore d’actualité, que nous publions ci-dessous et qui a paru dans son journal «El-Balagh El-Djazairi», dans les années 20, cheikh al-Alawî demande aux cheikhs de zaouïas de sortir de leur léthargie.

« Messieurs, il ne me convient pas de me dresser devant vous pour vous rappeler vos devoirs, ni de vous faire des avertissements, cependant que votre rôle consiste à exhorter le monde et à le diriger dans la voie droite, si je n’avais pas constaté de la défaillance dans l’exercice de votre autorité et des symptômes de désagrément dans votre communauté.

Certains, parmi vous, se livrent à une besogne qui n’est compatible ni avec votre rôle de prédicateurs, ni avec votre mission de semer la bonne parole. Votre position aux yeux des gens est très élevée et votre dignité la plus haute. Dieu vous a vêtu d’un aspect qui inspire au public une vénération mêlée de crainte. Il vous a coiffé de l’auréole de la puissance et de l’honneur et vous a mis à même d’exercer, un prestige très étendu, vos signes sont des ordres, vos avis sont des sentences, votre parole est écoutée, votre volonté exécutée.

Quelle en est la raison ? Est-ce une force en soi qui s’exercerait sur le public et l’attirerait naturellement ? Ou bien réside-t-elle dans une vertu d’ensemble qui ferait que votre communauté lui doit d’être vénérée. Non certes. La seule raison réside dans vos rapports avec Dieu et dans le fait que vous appartenez à son entourage : seule cette attitude vous procurera une gloire et une aura que ne purent atteindre les plus conquérants.

Comment pouvez-vous donc, messieurs, renoncer délibérément à ce prestige venu de Dieu. Ce que nous espérons de vous, c’est de réunir vos efforts pour renforcer la croyance chez les musulmans, et surtout là où s’exerce votre ascendant, vous fortifierez leur âme et ils vous donneront la foi de répondre à toutes les exigences de leur religion, ils pratiqueront ce qu’elle juge licite et s’écarteront de ce qu’elle interdit. Vous agirez ainsi dans le but de faire recouvrir au peuple sa gloire, et celle-ci réside dans la religion de sorte qu’en insufflant une vie nouvelle aux personnes et aux collectivités, et si grands et petits s’imprègnent des préceptes de l’Islam, nous aurons tout obtenu.

C’est le moindre que nous puissions attendre de vous Messieurs. Et, je ne crois pas que vous soyez incapables de l’accomplir. Quant à celui qui refusera d’exercer son prestige pour l’accomplissement de cette mission, Dieu la lui retirera. Il serait indigne de vous voir agir contrairement aux exigences de votre condition qui vous a valu cette autorité connue de vous-même et du public : je ne peux excuser votre communauté, ni l’accuser en cas de défaillance. Je dis seulement que parmi vous il y a des despotes et d’autres qui le sont moins, en général, vous êtes faibles par rapport à la puissance de vos ancêtres qui dormaient très peu la nuit. Comme le dit le Coran, je vous rappelle ce hadith : « cette religion est née dans l’indifférence, et elle y retournera ». Actuellement le monde semble retourner aux périodes de la préhistoire, vous n’ignorez rien des événements qui se sont déroulés au cours des siècles qui ont suivi l’hégire.

Que va être votre attitude devant les dangers qui vous menacent dans ce que vous avez de plus cher, c’est-à dire votre religion. Êtes- vous prêts à les conjurer ou bien à vous résigner. Si pour vous l’alternative se ramène à la résignation, vous avez failli à vos devoirs envers la chariâ (Loi religieuse). La mission que vous remplissiez, hier, n’est pas celle qui vous incombe aujourd’hui. Hier, la religion était dans l’épanouissement de sa gloire, elle vous couvrait de son prestige, aujourd’hui, elle est menacée et vous appelle à son secours. Pouvez- vous l’aider et l’assister ? Si oui, dépêchez-vous et faites vite et rappeler ces paroles de Dieu : « Si vous aidez Allah, il vous aidera et raffermira vos pas ». Il m’appartient, messieurs de vous dire encore une fois, que vous avez failli à vos devoirs d’aujourd’hui, vous ne serez pas du tout lésés, si, au contraire, vous agissez individuellement et collectivement à la victoire de votre religion : « Dieu a acheté des croyants leurs âmes et leurs biens, et leur a réservé le paradis ».

Le cheikh al-Alawî termine son appel pressant qui, faut-il le rappeler, reste de nos jours d’actualité, en disant que les missionnaires tendent à christianiser vos enfants….

 

Charef.N . Ouest-tribune, Samedi 08/08/2009.

 
Copyright © 2017 A.C.A.A - Les Amis du Cheikh Ahmed al-Alawî. Tous droits réservés.
Joomla! est un logiciel libre sous licence GNU/GPL.