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Cheikh al-Alawî - Les dons sanctifiés
Œuvres écrites du Maître - Livres du Cheikh Ahmed al-Alawî
Écrit par Ahmad al-Alawî   
Mardi, 05 Septembre 1911 12:17
Index de l'article
Cheikh al-Alawî - Les dons sanctifiés
Préambule
Première introduction
Deuxième introduction
A propos de la (salât) de proximité au Prophète (§)
La bonne croyance en la discipline soufie
L’intellect des soufis
Les trois catégories de l’intellect soufi
La connaissance et les pièges à éviter
La dépendance à Dieu
L’Existence de Dieu
Les Attributs de Dieu
Le statut sacré des Prophètes et Messagers
CHAPITRE DE L’ATTESTATION DE FOI (Shahâda)
La Purification (tahâra)
CHAPITRE DE LA PRIÈRE (Salât)
Les seize obligations de a prière
Les quatre conditions de la prière
Les deux aspects négatifs qui évincent le disciple
La formule de sacralisation (takbîr)
La prière de l’aurore (fajr)
La prière de l’après-midi (dhohr)
Le reste des prières prescrites
Ce qui est détestable ou inconvenable d’accomplir pendant la prière
La mort au vu du langage soufi
Les prières surérogatoires (sunan salât)
La négligence au niveau de la prière par inadvertance (sahw)
Les actes altérants qui annulent la validité de la prière (manhiyat)
Toutes les pages

Les très saintes faveurs dans l’interprétation du Guide-Assistant selon la méthode soufie ou "Les Dons Sanctifiés" . C’est l’un des meilleurs ouvrages qui aient été écrits sur la religion musulmane d’un point de vue soufi. En effet, il ne s’agit rien de moins que du commentaire ésotérique du dogme et du rituel de la religion musulmane.Partant de l’exposé versifié de la religion islamique dans ce qu’elle a d’extérieur et de formel fait par Ibn ‘Achir et intitulé « Al Murshid al Mu’in » (Guide-Assistant), le Cheikh al-Alawî fait ressortir avec une évidente clarté les implications subtiles et les significations cachées de ce dogme et de ce rituel.Ce livre constitue un monument de la Bibliographie Soufie à l’époque moderne ; et en tout cas, c’est l’une des meilleures productions de la pensée en Algérie durant la période dite de la « Renaissance culturelle » (nahda). (Vu l’immensité de l'ouvrage, un aperçu vous est offert).


Résumé du livre...

 

Préambule

Louange à Celui qui se manifeste dans Son mystère et demeure caché dans Sa manifestation au point de rester invisible par Son immense manifestation à la perception (vision) de ses créatures en raison de sa trop vive lumière. Tout s’anéantit à Sa vue quand Il apparaît sur le Mont " Tûr ". Par cette Manifestation, Il Se fait connaître à Ses élus qui, alors Le connaissent : Il s’approchent d’eux et alors ils le voient et Le qualifient. Il Se cache au reste selon Son évidente sagesse et alors, ils Le nient. Quoique plus proche d’eux qu’eux-mêmes, ils ne Le trouvent pourtant point.

 

Il se métamorphose en diverses formes afin qu’apparaisse Sa Magnificence. Par bienveillance et pour répandre Sa Miséricorde. Il Se manifeste en toute époque selon ce que peut supporter l’intelligence humaine. Malgré cela, le monde entier ne peut apprécier Dieu à sa juste valeur, " Alors que la terre entière est sous sa domination " V 39, S 67.

 

Nous Le louons pour la connaissance de Ses secrets dont Il nous a comblés et Le glorifions, Lui le Très-Haut, pour les subtiles inspirations qu’Il nous a octroyées. Il nous plaça dans la contemplation de la lumière de Son Unité, nous dévoilant ainsi, ce qui auparavant était caché. Il nous éleva par une grande faveur au rang d’éducateur.

 

Nous attestons qu’il n’y a de dieu que Dieu, l’Unique et sans associé ; attestation émanant d’un serviteur sincère, guidé par son Maître vers la voie de la perfection, soumis à lui dans toute les circonstances. Lui reconnaissant la Seigneurie et l’unicité absolue dans l’Être (Essence), les Attributs et les Actes. J’affirme Sa transcendance sur tout adversaire, ressemblant, égal ou pareil. Nous attestons que notre seigneur Muhammad (§) est l’âme du monde. Il est le lien épiphanique de l’Être, le point de l’existence et le secret de la création.

 

Que la prière et la paix soient sur lui, sa famille et ses compagnons les célèbres et guides. Que cette prière et cette paix nous soient, contre les épreuves et afflictions, une préservation et une forteresse inexpugnable se répétant et se renouvelant chaque jour et chaque instant.

 

Le serviteur anéanti et passionné, Ahmad Ibn Mustapha Ibn ‘Aliwa déclare :

" Après que Dieu, par Ses bienfaits m’eût permis de boire à Sa Source, Il me dirigea vers Son généreux guide. Il me sauva de l’emprise de (Satan) le renvoyé, le rebelle et le maudit. Il me permit de dénouer les secrets de ce précieux ouvrage qui comprend dans sa partie exotérique, les prescriptions de la religions et dans sa partie ésotérique l’un des moyens pour parvenir à la réalisation. J’ai constaté qu’un grand nombre de théologiens se sont penchés sur l’étude de sa partie extérieure. Quant aux ésotéristes, ils se sont abstenus d’approfondir son coté intérieur de crainte de divulguer les secrets qu’il enferme. Certains parmi ces derniers, manifestaient le désir de découvrir les allusions spirituelles et de pénétrer les sens qui s’en dégageraient.

 

Poussé par l’amour que je porte à cette science, je répondis à ce vif désir malgré mes faiblesses et les difficultés énormes à surmonter. Tout en faisant preuve d’importunité, mon intention est de suivre les vertueux car les suivre est une vertu, j’endurai jusqu’à ce que je fus guidé par l’amour vers lui, soutenu dans toute étape par son invocation.

 

Toutefois, malgré mon incapacité et mon impuissance dans ce domaine, je me trouve encouragé par un vers de l’auteur (que Dieu répande sur lui sa miséricorde), qui dit : " Dans la composition des vers qui, à l’illettré profitent. "

 

Il est donc du devoir de quelqu’un qui a tiré profit, de faire profiter autrui car il ne nous est pas permis de garder en secret ce que Dieu a révélé comme enseignement à Ses êtres. Même si cette science est subtile et que l’embrasser en totalité me paraît impossible, la sagesse consiste à la réaliser en partie.

 

Avant de rentrer dans le vif du sujet, j’ai consacré deux introductions importantes et utiles. La première relative à la primauté de la science des Gens de Dieu sur toute autre, et la seconde pour montrer qu’à partir d’un mot, ces gens arrivent à saisir plusieurs sens.

 

J’espère jouir de l’agrément du lecteur et implore Dieu de me faciliter ce qui a été difficile pour d’autres, si toutefois vous arrivez à constater, ô frères, mon insuffisance dans l’expression et ma faiblesse en ce domaine, j’approuverai votre constatation compte tenu de la difficulté de la tâche ; l’expression en cette matière étant fonction du degré de la réalisation.

 

Après avoir rédigé le titre qui m’a semblé le mieux convenir est : " Les très saintes faveurs dans l’interprétation du Guide selon la voie des soufis. "

 

Que Dieu, le Libéral, nous guide dans Sa voie droite, nous prête assistance, nous préserve de l’erreur et fasse qu’on s’occupe de nos défauts en tout instants. Il est le Dispensateur de tous les bienfaits.

 

(traducteur inconnu)


 

Première introduction (Suprématie de la science divine)

Cette science est la meilleure et la plus noble sur toute autre et ceci ne peut être nié que par celui qui en est privé. En effet, il arrive qu’à un certain moment on puisse se passer de toute science à la différence de la science divine qui nous est indispensable à tout instant. Ne peut prétendre s’en passer que l’ignare qui n’a pu goûter à l’Approche. Qui méconnaît la valeur d’une chose, la prends en aversion.

 

Que Dieu bénisse Izzou-Dine Al-Irbili qui dit à ce propos :

" Parfait ta réalité restée imparfaite
Et le corps, laisse-le dans son bas-fond !
Te soucies-tu du périssable en négligeant le durable
Sachant que tu ne peux être entièrement satisfait ?
Le corps est pour la précieuse âme, un instrument
Ce que tu ne peux obtenir avec, tu ne l’auras jamais.
Il périra ; et tu demeureras après lui
Dans un bonheur durable, ou dans une souffrance sans fin.
Tu as fait régner l’esclave en diminuant ta dignité
Sied-il que l’inférieur prenne le supérieur pour esclave ? "


Bien des moments Al-Ghazali récitait les deux vers d’Abil Fath Al-Bisti (que Dieu leur accorde Sa miséricorde) :

" O serviteur de ton corps, toi qui déploies tant d’efforts pour le servir
Et cherche profit là où il y a perte ;
Occupe-toi plutôt de l’âme et parfait son bonheur
Car c’est par l’esprit que tu es homme et point par le corps. "


Ibn Bint Al-Milaq (que Dieu agrée son âme) a dit :

" Qui a goûté à la boisson des élus, l’apprécie
Et qui l’apprécie donne sa vie en échange ".


Nous pouvons donc déduire que celui qui l’a réalisée, la place au-dessus de toute autre. Elle est la meilleure en ce sens qu’elle provient de Dieu et Le concerne directement alors que les autres ne traitent que de Ses lois et de Ses créatures. Par Dieu, cette science est la plus noble et toutes les autres lui sont subordonnées et à Son service.

" O toi, qui déploies tant d’efforts en quête d’une science
Toute science est subordonnée à celle de la théologie (ou la scolastique).
Tu veux l’acquérir afin de vérifier un principe


Tout cela grâce à la science de l’interprétation dont il a été investi et aux subtilités d’expression dont il jouissait dans le domaine de la connaissance ; et il pouvait écrire d’avantage car le microcosme renferme le macrocosme, conformément à la Tradition qui stipule que :

"Tout ce que renferment les Paroles divines révélées est contenu dans les quatre livres". Tout ce qui est dans les quatre livres se trouve dans le Qoran. Tout ce qui est dans le Qoran se trouve dans la Fatiha. Tout ce qui est dans la Fatiha se trouve dans la Bismala. Ce qui est dans la Bismala se trouve dans la lettre (ba) " B en arabe " ; et ce qui est dans la lettre ba elle-même, se trouve dans le point qui est au-dessous d’elle". Il s’ensuit que tous les livres révélés à Ses prophètes, depuis notre père Adam jusqu’à notre seigneur Muhammad (que la prière et la paix soient sur eux), avec leurs termes, leurs sens et leurs prescriptions, se trouvent condensés dans le point de la lettre (ba) malgré sa petitesse.

 

Qui donc peut arriver à dégager ces sens infinis et ces réalités sublimes à partir du point si ce n’est les gnostiques dont la vision interne a été développée et qui ont réalisé le sens de la parole prophétique précitée, par voie de vision et de contemplation. Ils ont reconnu sa véracité sans pour cela se contenter d’y croire seulement.

 

Si tu admets, ô lecteur, que le point de la lettre (ba) englobe toutes les prescriptions et toutes les connaissances, tu l’admets encore plus pour le mot. Reconnais donc aux élus, cette faculté de perception et ne sois nullement étonné de voir, qu’à partir d’une idée, ils comprennent plusieurs sens et d’un mot, de multiples interprétations. Ils ont pouvoir sur toutes choses et par Dieu, si l’un d’eux le voulait, il pourrait à partir du vinaigre, faire du miel : " Du mort, Dieu fait sortir le vivant. Et du vivant, Il fait sortir le mort. " (S 30, V 19). Ceci est la preuve évidente des bienfaits de Dieu à leur égard, en leur dévoilant les secrets et en les comblant de connaissances et de lumières.

 

Ne te laisse pas tromper, mon frère, par les paroles des égarés qui veulent diminuer de la qualité des Saints de Dieu, s’attaquer à leur honneur, prétendant avoir main forte sur eux. Ils sont par rapport aux élus, pareils à des enfants car ils ignorent en réalité à quel océan ils ont puisé et vers quelle direction ils se sont dirigés. Le Cheikh Mohiédine Ibn Arabi  disait :

" Derrière nous, nous avons laissé les immenses océans
Comment les gens sauront-ils où nous nous sommes orientés ?
Et négligent le sens profond de ces principes eux-mêmes. "


La science louable dont il est fait allusion dans ces vers, est sans équivoque subordonnée à celle des élus qui fait l’objet de cet ouvrage. Car cette science divine est le fruit de la vision et de la certitude alors que les autres sont le résultat d’un travail intellectuel basé sur des données et des raisonnements abstraits. Certes, voir n’est pas l’égal de l’ouï-dire.

 

Le sage soufi dit bien :

" Que de malentendus entre les gens de la critique
Alors qu’il n’en est point parmi les esprits de l’Aimé. "


La raison chez ces derniers, est due à l’absence de spéculation intellectuelle puisque leur science découle de l’état de vision et de certitude, contrairement aux sciences discursives qui nécessitent pour leur étude, raisonnement, preuve, et que l’on peut apprendre.

 

De plus, la science divine constitue le secret du Qoran dont la lettre demeure éternellement immuable, et la partie ésotérique encore plus, Dieu a dit : " Nous avons fait descendre le dhikr (Qoran) et Nous avons en sommes les Gardiens. " S 15, V 9. Le secret du Qoran a été confié par le Très-Haut aux gens de la vision tout comme il a été chargé de la loi de le commenter dans sa partie extérieure. De ce fait, les élus de Dieu ont l’avantage d’accéder à l’extérieur et à l’intérieur du Livre et de goûter à divers de ses sens, comme dans un verger où il y a toutes sortes de fruits.

 

L’Envoyé de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui), dit à ce sujet : " Le Qoran est le jardin des connaissants. ". Ibn Arabi Al-Hatimi (que son esprit soit sanctifié) avait dit : " Il m’a été fait don des clés du Qoran sublime. ". Il n’est ni le premier, ni le dernier a qui ces clés sont données ; car quiconque reçoit une part de cette connaissance des élus, obtient une part de la compréhension du Qoran, à l’inverse des autres qui ne s’arrêtent qu’à la lettre.

 

On rapporte que l’imam Ali Ibn Abi Talib (que Dieu honore sa face) avait dit une fois : " Si je voulais, je commenterai la Fatiha, de quoi constituer quarante charges. " De part cela, ils sont devenus l’élite de la création entière et sans ambiguïté, leur science demeure, de loin, la plus noble. Redouble d’effort pour la réaliser. Crois en ceux qui la détiennent et d’eux, tu obtiendras la réussite ou tout au moins, la paix. L'Imam Al Ghazali rapporte dans son ouvrage " Al-Ihyaa " (revivification des sciences de la religion) qu’un gnostique avait dit : " Je crains pour celui qui ne possède pas une part de cette connaissance, c’est-à-dire la science de l’intérieur, une fin malheureuse. " Et le peu de cette part, consiste en la croyance en elle et en la soumission à ceux qui en sont doués. Abul Hassan ash-Shadhili a dit : " Celui qui ne s’affermit pas par notre science, mourra persistant dans les grands pêchés sans qu’il s’en doute. Et parmi les grands pêchés chez les élus, le fait de voir en toute chose un autre que Lui. N’échappera à ce sort que celui qui se tient humblement à leur porte, fût-il un pieux étourdit ou un dévot ascète. Comportes-toi humblement avec eux, tu jouiras de leurs affection ou au moins reconnais-leur la science qu’ils détiennent. " Al-Junaïyd (que Dieu l’agrée) dit à ce sujet : " Croire en cette science qu’est la nôtre, est une sainteté. ".

 

Si tu n’as pu jouir de ce don en toi, ne laisse pas échapper la faveur de croire en ceux qui l’ont eue. Le Cheikh Abû Yazid Al-Bistâmi disait : " Si tu rencontres quelqu’un qui a la foi en cette voie, demande-lui de prier Dieu pour toi, car sa prière est toujours exaucée. " As-Saqli, dans son livre (Nûr Al-Qulûb fil‘ilmil mawhûb) " La lumière des cœurs ou science infuse ", écrit : " Celui qui croit en cette science, appartient à l’élite, celui qui est initié à l’élite de l’élite et celui qui la réalise et la professe est comparable à l’astre qu’on ne peut atteindre et l’océan dont on ne peut se passer. "

 

At-Tabib dans son commentaire sur (Al-Kashâf) " celui qui dévoile ", disait : " Il n’est pas digne de tout savant de se contenter de ses connaissances, même s’il devient un éminent érudit de sa génération car son devoir l’appelle à rencontrer les gens de la voie pour le guider sur le chemin droit. Il parviendra à être ainsi parmi ceux à qui, grâce à la pureté de leur for intérieur, Dieu parle dans l’intimité de leur cœur, jusqu’à acquérir les lumières prophétiques. "

 

En effet, comment un savant peut-il être satisfait de sa science alors qu’il est limité dans sa compréhension. On rapporte que l’Imam Al Ghazali après s’être occupé de purifier son intérieur, suivant les enseignements des saints de dieu, déclara : " Nous avons perdu notre vie entière dans les illusions. Quel échec et quelle déception a été mon passé ! " Pourtant, c’est bien grâce à cela que vous êtes parvenu à être " la preuve éminente de l’islam " lui fit-on remarquer. Assez d’impertinence ! répondit-il. Ne vous est-il pas parvenu la parole du prophète (sur lui la prière et la paix), précisant que : " dieu propage Sa religion par le libertin " ?

 

Médite, mon frère, la modestie de ce célèbre savant avouant sa grande erreur avant d’avoir adhéré à la voie des élus. Il ne faut surtout pas croire qu’il fit une telle déclaration par manque de considération pour les enseignements du dogme. Loin de là ! En reconnaissant son erreur, il glorifie cette science dont il ignorait auparavant le sens profond alors qu’il était un éminent érudit. L’essentiel de son savoir se limitait à la connaissance littéraire de textes dans l’ignorance de la véritable science et de son contenu. Mais lorsque Dieu le dirigea dans Sa voie par la rencontre des soufis, sa science se confirmait en lui alors qu’antérieurement, il s’arrêtait aux prescriptions et au sens physique des lois. Azzeddine Ibn Abdassalam (que Dieu lui accorde sa miséricorde), disait : " Les élus, c'est-à-dire les soufis, se sont basés sur les fondements essentiels de la loi divine qui est immuable ici-bas et dans l’au-delà, alors que les autres se sont arrêtés à la lettre. "

 

Ce qui constitue la preuve de leur valeur ce sont les charismes qui se manifestent à travers eux, la guidance qu’ils prodiguent pour les créatures, les sagesses et les conseils qu’ils professent. Celui que le destin met en leur présence, tire de leur compagnie un profit qu’il ne peut trouver ailleurs. An-Nawawi rapporte dans son commentaire sur le livre (Al-Muhaddab) " L’éduqué " que l’imam Ash-Shafi’î (que Dieu les agrée) disait toujours : " J’ai appris lors de mes réunions avec les soufis, deux sentences : la première, - le temps est une épée tranchante, tranche-le avant qu’il ne te tranche - ; la seconde, - occupe ton ego (nafs) à accomplir le bien, sinon il t’occupera à faire l’inverse."

 

Admire, mon frère, la sincérité de cet imminent érudit qui reconnaît aux soufis leur persévérance dans le bien et la continuité de leurs efforts dans la voie de la vertu. Le cheikh Ash-Sha’rânî (que Dieu l’agrée) dit : "Remarque comment l’imam Ash-Shafi’î a retenu l’enseignement des soufis. Ce qui prouve leur suprématie sur les autres maîtres qui lui dispensaient l’enseignement exotérique et dont il ne cite aucune sentence."

 

Enfin l’accord est unanime chez les élus, que cette science est celle des véridiques. Celui qui réalise une part est parmi les rapprochés dont l’état est supérieur à celui des compagnons de la droite (Ashab Al-yamin). Heureux est celui qui en a sa part et malheur à leur adversaire ignorant et fanatique qui les éprouve en ce qu’il sait et les importune en ce qu’il méconnait. Il ne fait preuve d’aucun bon sens en voulant combattre l’invincible. Un sage disait :

"Quiconque essaie de combattre Celui qu’on ne peut vaincre
Ne fait que s’attirer des malheurs."


Pense, mon frère, du bien de Dieu et de Ses saints, en particulier des Maîtres de cette voie, car calomnier leur dignité est un poison mortel, que Dieu nous en préserve ainsi que les musulmans.

 

(du même traducteur inconnu)


 

Deuxième introduction (Par rapport à l'élite qui en soustrait plusieurs sens et d’un mot de multiples interprétations)

Saches que l'élite soustrait le sens des paroles qui sont prononcées par le genre humain, car (pour elle), Dieu s'adresse à ses Saint-Amis dans le langage des allusions, et cela par rapport à leurs stations requises qui ne les utilisent guère en soi. Alors ne sois pas étonné mon frère de leur compréhension d'un mot par une autre interprétation, car ceci est pour eux une des plus honorables stations et un très haut niveau de posséder la compréhension des paroles qui leurs sont adressées par Dieu à travers le langage des humains.

 

Les gens de Dieu se sont unanimement mis d'accord que les degrés de cette compréhension diffèrent et dépendent de la place qu'occupe l'un d'eux auprès de Dieu, et n'ont pas d'avis divergent que d'un seul mot, qui a une apparence et une signification spécifique, on peut en tirer de multiples et incalculables interprétations.

 

Il se peut qu'un mot signifie une vilaine expression. Le gnostique en tire un bien utile, que ce soit d'une façon claire ou par allusion. Car si les gens de la communauté soufie sont d'accord avec les communs des croyants sur leurs compréhensions de l'apparence d'un mot, ils se distinguent par leur compréhension du sens. comme ils sont d'accord avec eux dans le Contemplé et divergent sur la façon de contempler, aussi sont-ils d'accord sur ce qui est écouté et divergent sur la façon de l'écouter, Dieu dit: " Et sur la terre il y a des parcelles voisines les unes des autres, des jardins [plantés] de vignes, et des céréales et des palmiers, en touffes ou espacés, arrosés de la même eau, cependant Nous rendons supérieurs les uns aux autres quant au goût. Voilà bien là des preuves pour des gens qui raisonnent " (Ayah [04] de la Sourate (Al-Ra'd).

 

Gloire et pureté à Celui qui les a guidé et rapproché a Lui et les a choisi parmi les humains jusqu’à ce qu’ils sont arrivés à prendre leurs sagesses et leurs actions directement de leur Seigneur, ils ont alors entendu ce que n'ont pu entendre les autres, et ont vu ce que les autres n’ont pu voir, leurs corps sont présents parmi nous et leurs esprits entre les mains du Véritable Roi, et comme dit l’un d’eux :

Mon cœur se trouve chez mon Bien-Aimé qui l’implore
Quand à vous, vous avez droit à ma langue


L’imam Al-Gilli a dit dans sa célèbre "Ayniyah" :

Si une feuille d'une branche se berça par mélodie
Et la tourterelle par son instinct lui répondit
Mes oreilles n'auraient seulement entendu
Que la tonalité de la passion qui grandi
Venant de Vous, non pas des oiseaux.


Si ces gens font extraire le sérieux de la plaisanterie, ne sont-ils pas alors capables d’extraire le sérieux de lui-même ? Ils ont cette aptitude, car ils ne s’arrêtent pas devant l’apparence des prononciations, mais voient plutôt les significations qui orientent vers l’objectif, et ne se subjuguent pas pour la mélodie du mot ni à sa grammaire, mais en captent les allusions pendant leurs survols, se détournant de ce que peut prononcer la langue. Tu les verras alors dans un permanent état inchangeable, en présence avec Dieu, alors que : "chaque jour, Il accomplit une œuvre nouvelle" (Ayah [29] de la Sourate (Al-Rahmân). S’Il prend un Saint-Ami ignorant, il lui enseigne, et l’enseignement commence par Lui "la Connaissance de Dieu" suivie de Ses sagesses. Quant aux restes des sciences, elles ne sont pas une condition pour l’authenticité de la sainteté, mais une condition pour la perfection, comme la grammaire l'est pour une langue, et celui qui, la Connaissance du Très Haut ne lui est pas suffisante, il est vraiment le malheureux.

 

Sidi Ahmed Ibn 'Ajiba disait : "réformer son langage sans réformer son cœur est perversité et égarement, et réformer son cœur sans réformer son langage est une perfection incomplète et réformer son cœur et son langage est l'aboutissement de la perfection."

 

Le jurisconsulte "Faqih" Maymun (que Dieu ait pitié de son âme) disait que : " parmi toutes les mauvaises choses ; est que l'homme apprends les sciences par le langage et les enseigne et n'entreprends pas d'apprendre et d'enseigner les sciences du cœur qui, ce dernier, est sujet d'attention et de considération de la part de Dieu. Si en revanche les sciences du langage et du cœur sont communes, leur préposé est en sûreté et ne craint ni perte ni abandon le jour ou il doit se tenir entre les mains du Miséricordieux, car Dieu Tout Puissant ne prime pas les personnes pour leurs paroles mais les prime pour leurs cœurs."

 

Les créatures sont interpellés par l'apparence de la loi divine (Shari'a) alors que les Soufis sont interpellés par l'apparence de la loi divine ainsi que par son sens caché. Le Maître de nos maîtres Moulay al-'Arbi ad-Daqawi disait : "nous n'avons retenu de la conjugaison (i'râb) que la parole de Dieu tout-puissant : "S'ils sont besogneux, Allah les rendra riches par Sa grâce" (Ayah [64] de la Sourate (Al-Nûr). Si, est une condition, les rendra riches est la réponse à la condition, signifiant par là, la grande richesse, ainsi Son discours est dirigé aux personnes qui s'orientent vers le langage des allusions. "

 

Un parmi eux a vu le Prophète (§) dans le rêve et lui dit : "O Messager d'Allah, je suis curieux de cette science, il lui répondit : lis la Parole de sa communauté (les soufis), car le curieux de cette science est un Saint-Ami de Dieu, par ailleurs, celui qui met cette science en pratique, il équivaut à l'étoile inaccessible."

 

En raison de leurs stations élevées et leurs hauts niveaux, et leur compréhension des choses qui n'est pas chose connue au commun, que seulement lorsqu'il se joint à leur assemblée et se pare d'humilité en suivant leurs traces. Je tenais à souligner certaines choses qui les soustraites de la jurisprudence (Sharî'a) et d'autres... par référence aux allusions qui jaillissent à leur convenance en prenant bien évidement le sens apparent et le mettent en pratique et accomplissent la religion avec ses lois. Nous ne devons pas comprendre que leur option pour le sens caché des paroles prend le dessus sur l'apparent, loin de cela, mais ils prennent ce que ne peuvent prendre les autres de ce qui est très difficile à mettre en pratique, et cela est très connu dans leurs célèbres récits, ceci dit, cela ne contredit pas les déclarations de certaines personnes illuminés, les ravis, caractérisés par des états de transes extatiques en raisons de leurs degrés de perfection insuffisants.

 

Quant aux parfaits, ils sont célèbres par leurs affirmations de la non-désintégration de la vérité (Haqîqa) de la Loi divine (Shari'a), ou vice versa. Citons entre autre ce qu'ils ont affirmé :

  1. La Haqîqa est la source, et la Shari'a est son ordre
  2. Celui qui s'est réalisé dans la Haqîqa et n'a pas appliqué la Shari'a est un hérétique, et celui qui a appliqué la Shari'a et ne s'est pas réalisé dans la Haqîqa est un pervers, et celui qui les a rassemblés est le véritable réalisé.
  3. La Haqîqa est contenue dans la Sharî'a, comme le beurre est contenue dans le lait, ainsi en secouant le lait, on obtient du beurre.
  4. La Haqîqa est un arbre et la Sharî'a ses branches.

 

Arrêtons nous devant la parole du prophète, que la prière et la paix lui soient adressées :

  • "La Sharî'a (la loi) est ma parole, la Tarîqa (Voie) mes actions et la Haqîqa (la vérité) est mon état (spirituel)".

 

Si cela est la description du prophète comment pourraient donc s'attarder à rejoindre cette station les personnes de sa communauté (soufie) ? Ils ont combiné en tapissant leur apparence par la Loi (divine) et en ornant leur for-intérieur par la jonction (avec le divin). Ils ont prélevé de la Sharî'a ce qui n'est habituellement pas accessible et jamais entendu parler de lui. Il est ainsi que tout ce qu'ils ont tiré de compréhension de la part de Dieu, dans tous leurs états, est repris dans la Coran et la Sunna.

 

On trouve rarement un mot de leur témoignage sur la Sharî'a ne contenant pas toutes les classes (de la Sharî'a) telles que l'islam, l'Imân (la foi) et l'Ihsân (la perfection), ou si on veut la Sharî'a (la loi), la Tarîqa (la voie) et la Haqîqa (la vérité). Contrairement à leurs adversaires qui toutefois ne pointent leur attention que sur l'apparence de la parole, sans se soucier du sens caché qui contient le caractère sacré des secrets et des significations métaphasiques, et de ce fait, ils devinrent voilés de ce qui était manifeste aux compagnons du Messager d'Allah ,que la prière et la paix lui soient adressées, qui voyaient l'intérieur des choses alors que les autres personnes s'arrêtaient à la forme. Le Messager d'Allah les a salué en disant : "avancez, ceci est Jamadân, les solitaires ont devancé le pas, ils dirent : O messager d'Allah, c'est qui les solitaires ? Il dit : ceux et celles qui mentionnent beaucoup Dieu." Rapporté par l'imam Ahmad dans son Musnad

 

Lorsque le disciple réalise l'anéantissement et la méditation (versée) dans le Nom Singulier "Allah", il sortira par son biais de lui-même, et du circulaire de ses sentiments, et il ne lui reste que le Nom qui se mélange à son sang et à sa chair, ainsi lorsqu'il se lève c'est par le Nom et lorsqu'il parle c'est par le Nom également.

 

Al-Schibli qu'Allah soit satisfait de lui, a dit : "j'étais en promenade dans le pays et j'ai croisé une esclave, son visage avait le teint jaunâtre et ses vêtements étaient poussiéreux, elle s'est levée et a marché en célérité, je lui ai dit : doucement créature de Dieu, aie de la délicatesse envers toi même. Elle m'a répondu : Lui, Lui. Je lui ai demandé : d’où est ce que tu viens ? Elle m'a répondu : de Lui ! Je lui ai demandé : quel est ton nom ? Elle a dit : Lui. J'ai dis : que veux tu dire par Lui, est-ce Allah ? Lorsqu'elle a entendu le Nom de Dieu, elle poussa un cri et quitta la vie, que la miséricorde de Dieu l'englobe ainsi que celles qui sont de son exemple."

 

Je prie Dieu de nous ranger dans la catégorie de ceux qui mentionnent Son Nom par sa faveur et Sa générosité, Amin.


 

A propos de la (salât) de proximité au Prophète (§)

La (salât) de proximité [la « Prière » serait une interprétation inexacte] signifie pour les soufis « la manifestation divine », et cette manifestation n’est possible que pour les prophètes et quelques êtres distinctifs parmi l’élite [de Dieu] seulement, mais elle est aussi possible dans le cadre d’un lien [spirituel ou/et physique] direct, car sa prestigieuse station nécessite qu’elle ne soit accordée qu’à quelques individus particuliers parmi les gnostiques. Le sens de la (salât) de proximité est la manifestation divine si elle émane directement de Dieu, sinon elle ne sort pas du sens de l’invocation (dou’â). Si tu dis : « O Allah, Allouez votre proximité à Muhammad ainsi qu’à sa famille », c’est comme si tu disais : « O Allah, manifestez-Vous à Muhammad et sa famille ». Certains vertueux disent [la même chose que le Prophète] : « je dispose d’un temps que Seul mon Seigneur peut contenir ». La (salât) de proximité de Dieu envers ses créatures est sa compassion absolue pour eux, qui à leur tour, l’aperçoivent en une proximité absolue. Si elle arrive à l'un d'eux, il aurait obtenu la totalité du TOUT. C’est par cette (salât) de proximité que Dieu libère ses créatures de l’entrave qui les lie à eux-mêmes à la contemplation de la divinité, en preuve ce verset : « C'est lui - ainsi que Ses Anges - qui vous alloue sa proximité, afin qu'Il vous fasse sortir des ténèbres à la lumière », (al-Ahzâb, verset 43), c’est-à-dire qu’Il vous fait sortir de l'obscurité de l'univers à la lumière du Créateur, ou de l’entrave de l’altérité à l'espace des secrets. C’est pour cela qu’il a été dit que le Prophète (§) bénéficie pleinement de la (salât) de proximité, et il qu’il ne saurait savourer le paradis sans elle ; « Ce jour-là, il y aura des visages resplendissants qui contempleront leur Seigneur », (al-Qiyâma, 22-23). Ceci est le sens de la (salât) de proximité et Dieu sait mieux.

 

Quant au sens de la paix de Dieu (salâm) envers ses serviteurs, c’est l’assurance et la stabilité. Lorsque Dieu voudrait préserver ceux qui bénéficient de sa proximité et préserver les personnes qui sont sous leurs grâces, Il couplerait la (salât) de proximité par la paix sur eux, et c’est à ce moment là que s’apaise leur inquiétude, ainsi leur conduite reste intègre. Leur apparence face à la création et leur secret avec le Vrai, unissant entre les contraires, connaissant les dispositions des deux stations. Ceux-là sont les héritiers des prophètes, et c’est par cette prestigieuse station qu’ils s’expriment par l’ivresse et l’éveil, l’anéantissement et la perpétuité, et bien d'autres métaphores. Le sens de l’ivresse est la (salât) de proximité de Dieu envers eux, et le sens de la paix est l'éveil après leurs temps de vision à contempler le Divin.

 

Le sens de la (salât) de proximité de Dieu pour ses amis est l'aboutissement, comme la malédiction sur ses ennemis est l’éloignement et la rupture.


 

La bonne croyance en la discipline soufie

La communauté des soufis exige la sincérité et la bonne croyance, et c’est dans ce sens que certains d'entre eux ont dit : « Notre voie est basée sur la bonne intention et la bonne croyance, non pas sur la recherche et la vérification ».


 

L’intellect des soufis

Il conviendrait donc au sensé de se considérer négligeant, car la faculté de compréhension des soufis n’est pas comparable au raisonnement des communs, comment est-il possible de mesurer leur pensée avec ce que détiennent d’autres de sciences ? Leur connaissance ne s’arrête pas sur des usages ni sur des représentations, mais leur esprit collecte l’ensemble des sciences ! La manifestation du Vrai à ses amis, est pour eux un fait qui n’accepte aucune réfutation. L'Imam Shâfi'î a dit : « pendant un certain temps, la contemplation du Divin m’avait dominé et je ne pus le dissimuler aux yeux des gens, j’ai alors demandé à Dieu de voiler cela à leurs yeux, c’est alors que j’entendis une voix me dire : si tu Lui demandais ce qu’ont demandé ses prophètes et ses amis et son bien-aimé Mohammed, Il ne t’entendrait pas, mais demande Lui qu’Il te donne la force de la maitriser. C’est ce que je fis et ce fut ainsi grâce à Dieu ».


 

Les trois catégories de l’intellect soufi

Ibn ‘Ata Allah a dit dans ses aphorismes : « les univers sont évidents par sa propre évidence (Dieu), sont effacés par l’Unité de son Essence », et ceci est le sens de l’admissible pour eux et Dieu sait mieux.

 

Ensuite il (Ibn ‘Âchir) a réparti l’admissible, l’obligatoire et l’impossible en nécessaire et en théorique. Le nécessaire est perçu par le gnostique sans méditation, le théorique est perçu après la méditation en raison de sa subtilité.

 

L’exemple de l’obligatoire-nécessaire est l’évidence de l'Unité de Dieu, le gnostique la perçoit sans méditation ni imagination.

 

L’exemple de l’obligatoire-théorique est l’évidence de la Toute Puissance de Dieu avec son Existence, et ceci n’est guère évident pour le gnostique lors de la contemplation de la grandeur de Dieu que lorsqu’il médite par la suite, car la manifestation divine nécessite l’éclipse des Noms et des Attributs. Celui qui a réalisé la grandeur de Dieu ne peut pas mettre en évidence autre chose avec l’Essence divine, en raison de son illimitation et la gravité de son apparence.

 

L’exemple de l’impossible-théorique c’est l’impossibilité de voir le Vrai hors de cette apparence, de sorte que si le gnostique veut le voir à l’extérieur de ce monde, ce serait impossible mais en théorie. C’est pour cela que lorsque Moïse a demandé la vision de Dieu hors de cette apparence, Il lui a répondu : « tu ne Me verras pas », (al-A’râf, 3) « parce que Je ne suis pas hors du monde, Je ne suis pas à l'intérieur et Je ne suis pas séparé de lui ni relié à lui, Je suis tout de toi ».


 

La connaissance et les pièges à éviter

De ce fait, il convient au gnostique, lorsqu’il réalise la connaissance du Divin dans son Essence et ses Attributs, et soit absorbé par la vision contemplative, de ne pas sortir par ses connaissances des limites, il doit être bien ferme, son état extérieur doit être conforme aux lois prescrites et son intérieur absorbé par la vision contemplative. Sa proximité [de Dieu] ne doit pas le voiler de la masse, aussi cette masse ne doit pas non plus le voiler de sa séparation. Ainsi la vérité en son secret devrait être  contemplée, et la loi sur son apparence soutenue. Ceci est une prestigieuse station dont la maitrise des gnostiques reste variable, elle est plus précieuse que le soufre rouge, et ne combine ces deux cas que celui qui a atteint le haut degré [de la gnose], ayant un esprit cohésif.


 

La dépendance à Dieu

Chacun, individuellement, est sous la dépendance de Dieu, car la propre existence de chacun n’est possible que par l’existence de Celui qui l’a fait exister. Donc il est nécessaire à l’homme de connaître ses propres qualités afin d’apercevoir les qualités du Divin. Il est dit : « réalise tes propres qualités et Dieu t’accordera des siennes, jusqu’à ce que s’ouvre ton œil intérieure, et tu saura ce qui devrait être rendu à Dieu et ce qui devrait être rendu à ton âme, et tu découvriras que tu es purement néant, comme si tu n’étais rien qui mérite d’être mentionné. Purifie ton intérieur et réalise tes propres qualités ».


 

L’Existence de Dieu

Il faut admettre que l’existence de Dieu est chose évidente, et l’existence est l’Essence de l’Existant. Le sens de l’existence est l’infini illimité, innombrable et sans aucune distinction possible. L’Existence ne peut être exclue aux yeux des gnostiques, comme les perceptions ne peuvent être exclues aux yeux des voilés, et c’est dans cette visée qu’émerge l’existence absolue chez le soufi où il se voit noyé dans cette immensité sans fin, puis il se livre à elle et réalise qu’elle ne contient ni existence ni néant. L’existence n’est autre que l’Essence divine, et l’éternité est un attribut qui élimine tout commencement, comme la pérennité qui élimine toute fin. L’Essence divine est libre de toutes vraisemblances, je dirai libre aussi de ses Attributs, car elle est entièrement autonome.

 

Il faut également admettre l’évidence que l’Unité de Dieu unit à la fois son Essence, ses Attributs et ses Actes. Son Unité est indivisible. Ici, l’auteur (Ibn ‘Âchir) a volontairement mentionné « l’Unité de l’Essence divine et les Attributs » craignant pour le lecteur de l'entendre autrement en imaginant que les Attributs forment une multiplicité, Exalté Dieu Tout-Puissant.

 

Quant à l’Unité des Actes, c’est l’ensemble de l’Action de Dieu Tout-Puissant qui est la Matrice.

 

Les soufis sont catégorisés en trois sections :
La première section, ses adeptes voient que seul Dieu agit, Il Est l’Auteur, et c’est ainsi qu’ils réalisent le sens de l'Unité dans les Actes par la vision clairvoyante (Kachf), non par croyance, et ils constatent que l’Acteur Est Unique.

 

La deuxième section, ont réalisé le sens de l'Unité dans les Attributs. Lorsqu’ils arrivent à cette accomplissement, ils voient que Dieu Seul Est détenteur des [sept] Attributs : la Capacité (Qudra), la Volonté (Irâda), le Savoir ('Ilm), la Vision (Basar), la Parole (Kalâm), l’Ouïe (Sam’), la Vie (Hayât), ils prennent en compte cela dans leur perception de la création par la voie de la vision directe (Ayân), non par des preuves démonstratifs.

 

La troisième section, ont réalisé le sens des réalités de l'Unité dans l'Essence divine. Toute la création s'éclipse à leurs yeux par l’incommensurabilité de l’Essence divine et ils ne trouvent aucun espace dans lequel les substances (créées) puissent apparaitre. Ils affirment alors : « il n’existe dans la réalité que Dieu ! », ils ont perdu de vue tout autres conceptions ! Ceux-là, sont les vrais unitaires, les gnostiques connaisseurs de l’Essence divine, à part eux le reste est sous le voile de l’inattention, ne connaissant guère le goût de l’Unité ni le parfum du Singularisme, ils ont en juste entendu parler, et là où ils étalent leurs ouïes ils pensent qu’ils ont réalisé l’Unité, non ! Ils sont éloignés et dissociés du Vrai.


 

Les Attributs de Dieu

La Capacité est le voile du capable, la Volonté est le voile du disciple-aspirant, le Savoir est le voile du savant (détenteur de sciences), la Vie est le voile du vivant, l’Ouïe est le voile de l’auditeur, la Vision est le voile du voyant, la Parole est le voile de l’orateur. Les Attributs des significations sont le voile de leurs propres sources. Celui qui s’arrête devant les Actes, les Attributs lui seront voilés. Celui qui s’arrête devant les Attributs, l’Essence divine lui sera voilée. Celui qui s’arrête devant l’Essence divine, ne verra qu’Elle dans chaque entité, et dira : « l’Essence divine ne s’Est voilée que par Elle-même ». La Capacité s’est voilée par les apparences, la Volonté s’est voilée par les idées, la Parole s’est voilée en raison de ses multiples significations par les lettres et les sons, la Vie s’est voilée par son attachement à l’Essence divine, elle ne l’a jamais quittée, la Vision et l’Ouïe se sont voilées en raison de leur intenses apparences dans les créations, le Savoir s’est voilé en raison de sa répertorisation de toutes les sciences et mémorisation de toutes les informations.

 

Ces Attributs sont divisés en trois sections, chaque section a son propre monde : la Vision, l’Ouïe et la parole, leur monde est celui de l'humanité, la Capacité, la Volonté et le Savoir, leur monde est celui des anges, quant à la Vie, son monde est celui de l’Omnipotence, et tous ces mondes ne sont pas séparés de l'Essence divine puisqu’Elle Est le TOUT.


 

Le statut sacré des Prophètes et Messagers

Il convient au [soufi] responsable, conscient de ses actes, de savoir [le statut spirituel] des Messagers de Dieu, et maintenir une courtoisie inhérente avec eux, même s’il est baigné dans la vision contemplative et versé dans la gnose. Il ne doit pas dépasser ses limites ou prétend ce qui n’est pas envisageable pour lui, comme par exemple affirmer qu’il a obtenu ce qui est octroyé aux Prophètes, etc., bien que la Présence divine reste sa fin et la manifestation divine son désir. La manifestation divine n’est pas identique pour tous, car elle n’est soumise à aucune règle décidée ni à aucune façon régulière, c’est plutôt les visions des hommes qui se surpassent en degrés, et leur secret diverge du plus proche au plus éloigné. Dieu se manifeste à chaque individu selon l'énergie de celui-ci, et selon sa capacité de réception à la manifestation de la Sainte Beauté qui est une fin absolue et sans aucune autre rivalité.

 

Si tu as reconnu cela, saches que le statut du Prophète portant sur les manifestations des Attributs et des Réalités, ne peut être rattrapé par les grands Prophètes déterminés, et celui qui aborde le rang des Prophètes déterminés ne peut être rattrapé par les véridiques. Si tel est le cas, et que tu as encore reconnu ces préférences, saches alors que les propos « inappropriés » dites par les grands gnostiques, qui reflètent une quelconque primauté par rapport au rang des Prophètes et Messagers, comme disait Abû Yazîd al-Bustâmî : « nous nous sommes engagés dans un océan duquel les Prophètes se sont arrêtés à son bord », et comme disait aussi dans ce sens le Cheikh Abdul-Qâdir al-Jilânî : « ô Prophètes, vous avez obtenu le titre (de Prophètes) quant à nous, nous avons obtenus ce que vous n’avez pas eu », et selon cette parole de certain des gnostiques : « A la fin des traces des Prophètes, c’est là que commencent les traces des saints ». La réponse à ces propos « inappropriés », est que le connaissant dispose d’un temps, comme a disait le Prophète (§) : « je dispose d’un temps que Seul mon Seigneur peut contenir ».

 

Ainsi l’état de l’anéantissement conditionne le gnostique, autant que l’immersion et l’amortissement de soi, jusqu'à ce qu'il se libère de ses sens et de son propre être, de telle manière qu’il se dégage de toutes ses perceptions et son existence, jusqu’à ce qu’il soit, parfois englouti par l’Essence divine qui se manifeste en lui par une sainte effusion qui exige de lui, de Lui porter témoignage tout en étant dans la source même de Son Essence Tout-Puissant Soit-Il, car il est effacé et absorbé par Elle et il en sort de ses paroles : « Gloire à Moi, il n'y a de divinité que moi seul », ou : « Majestueuse qu'est Mon Incommensurabilité et sanctifiée qu'est ma Fierté », et il est forcément excusé parce que son intellect qui distingue la contemplation du Divin et les éléments décernés (de l’existence), et qui lui permet de faire la différence des dispositions en donnant à chaque élément ce que lui revient de droit des Attributs, lui fait défaut, car il est effacé, volatilisé et dissipé. Comme l’intellect étant absent et le flux Divin étant omniprésent, il a par ce flux prononcé ces paroles, car Dieu a parlé en son nom, par conséquent il a parlé par la voix de Dieu non par sa propre voix, et exprimait l’Essence divine non son propre être, et c’est dans ce sens qu’Abû Yazîd al-Bustâmî avait prononcé ces mots : « Gloire à Moi, Ma Grandeur est incommensurable ! », aussi la parole d'al-Halâj qui va dans ce sens : « Je suis le Vrai, lequel Son Entité ne peut Être affecté par le temps, et il n'y a dans cette soutane que la divinité ! », ainsi que ce propos dit par certain d'entre eux : « la terre est ma terre et le ciel est mon ciel », enfin ce vers d'al-Shushturî :

Je suis une chose merveilleuse pour ceux qui me m’apercevront
Je suis l'Aimé comme je suis l'amoureux, il n'y a pas de second


Omar ibn al-Fârîdh, avait également des propos de ce genre, et cela est conforme à leur anéantissement et immersion dans l’Essence divine, et ne pensons pas qu’ils ont un rang plus élevé que les Prophètes et les Messagers. Les paroles prononcées par les Maitres sont le fruit de leur anéantissement et immersion dans l’Essence divine. Ne soyez pas abusés par leurs propos puisque vous êtes sous l’influence de la raison, et même si vous avez obtenu l’ensemble du savoir gnostique vous ne devriez pas vous comparez à un Prophète parmi d’autres, car vous êtes sensé et conscient de cela.

 

La « raison » est une condition parmi d’autres pour déterminer le responsable, le conscient de ses actes. Le responsable, (on parle ici du soufi) est puni en cas où il manque de politesse, sauf s’il était dans un état d’inconscience et proférait des propos comme ceux cités ci-dessus. Dans cette condition, il ne lui sera fait aucun reproche. En revanche, s’il était conscient, il ne saurait en aucun cas prononcer de tels propos, parce que tout gnostique sait en lui-même qu’il est très loin du rang de la prophétie, il se voit défaillant dans tous les domaines, contrairement aux Prophètes en qui l’obéissance est chose naturelle chez eux, et l'infaillibilité [que Dieu leur a octroyée] les renforce davantage. Les (Saints) Amis de Dieu sont préservés, et la préservation peut s’attarder et peut arriver en même temps que l’état de sainteté, non pas avant elle, contrairement à l'infaillibilité [des Prophètes] qui est présente avant la prophétie et pendant, et c’est la raison pour laquelle que les Prophètes sont, par rapport aux autres, caractérisés par ces qualités qui vont suivre...

 

La première qualité est l’honnêteté, la deuxième garder soigneusement le dépôt que Dieu leur a soumit, c’est un devoir pour tous les Prophètes et l’élite parmi les Saints de préserver ce [précieux] dépôt, bien que rares sont ceux qui supportent son poids et préservent ses secrets à l'exception de ces hommes mentionnés, Dieu dit : « Nous avons proposé aux cieux, à la terre et aux montagnes la responsabilité (de porter le dépôt). Ils ont refusé de la porter et en ont eu peur, alors que l'homme s'en est chargé; car il est très injuste [envers lui-même] et très ignorant. », (al-Ahzâb, 72). Le sens du dépôt est les secrets de la divinité. La troisième qualité est de prêcher la parole de Dieu et transmettre son message sans dissimuler quoi que ce soit. Le Prophète ou Messager ne doit pas craindre les répréhensions qu’on pourrait lui faire, il doit être ferme même s’il se voit menacé et son message rejeté, il ne doit guère se soucier et persévère à transmettre le message de son Seigneur. C’est tout le contraire du Saint, il peut arriver que celui-ci ne réagisse pas face à un fait répréhensible par la Loi (divine), en considération de la destinée, ou par manque de détermination, car il est négligeant par rapport aux Prophètes, paix soit sur eux.

 

Le miracle atteste de la sincérité des Prophètes dans leurs paroles, leurs actes et leurs conduites, il est une preuve imposante de la véracité des prophètes. Le miracle est une condition pour la prophétie, contrairement au prodige (ou grâce miraculeuse) pour la sainteté, il n’est donc pas indispensable pour prouver la véracité de la sainteté. Les gnostiques, sont ancrés dans la vision contemplative de la divinité, ils n'ont pas besoin de prodiges, sachant leurs propres conditions spirituelles et leur absence méditative à contempler la divinité, et c’est dans cette visée qu’Ibn ‘Ata Allah a dit dans ses aphorismes : « peut-être qu’il (le prodige) fut présent au début (de la sainteté), et absent à la fin (de la sainteté) ».

 

Les Prophètes sont des humains, ils subissent les mêmes besoins que le reste de l’humanité, et cela est apparent aux yeux des hommes de leur temps, comme manger, boire, supporter la faim, subir la brutalité des hommes et goûter à la mort, mais tout cela est seulement dans l’apparence, et la sagesse de cela est que leur statut d’élite doit être dissimulé. Un sage soufi a dit : « Éloge à Celui qui a dissimulé le secret de l’élite par les caractères humains ».


 

CHAPITRE DE L’ATTESTATION DE FOI (Shahâda)

L’enseignement de « nulle divinité si ce n'est Dieu et Mohammed est le Messager de Dieu », rassemble toutes sortes d’allusions, et le sens de ces allusions est toute chose apparente et cachée, tout absent et présent, toute tangibilité et illusion, tout inconnu et connu, ou encore tout inexistant et existant. Finalement, « nulle divinité si ce n'est Dieu » a contenu toute chose et « Dieu embrasse toute chose (de Sa science et de Sa puissance) », (al-Nisâe, 126), infiniment. « Dis : Si la mer était une encre [pour écrire] les paroles de mon Seigneur, certes la mer s'épuiserait avant que ne soient épuisées les paroles de mon Seigneur, quand même Nous lui apporterions son équivalent comme renfort. », (al-Kahf, 109).


Si tu as réalisé que « nulle divinité si ce n'est Dieu » a contenu toutes sortes d‘allusions et que toute chose est renfermée et inclue dans sa quintessence, alors il ne te conviendra que de dire : certes, la réalité de toute chose est « nulle divinité si ce n'est Dieu ». le gnostique ne l’est vraiment que s’il est éclairé au sujet de la divinité dans tous ses aspects « Où que vous vous tourniez, la Face de Dieu est donc là », (al-Baqarah, 115).


L’existence toute entière et l’existence partielle, ou dis-je la présence du Créateur et de la création sont inclus dans la prononciation « nulle divinité si ce n'est Dieu ». Ainsi « nulle divinité » indique l'existence de la création, ce qui signifie que tout ce qui en dehors de Dieu est faux, c’est-à-dire néant sans preuve de véritable existence. L’existence de Dieu est affirmée par notre prononciation « si ce n'est Dieu ». Toutes les anomalies sont concernées par le premier volet comme toutes les perfections (louables) sont concernées par le deuxième volet, « C’est Lui le Premier et le Dernier », (al-Hadîd, 3).


Si tu as saisi, tu comprendras le sens de « la Beauté (Jamâl) et la Majesté (Jalâl) » qui sont assemblées par « la Perfection (Kamâl) » qui n’est autre que l’Essence divine. Ceci est le sens du renfermement de toute l’existence dans la formule de l’Unicité qui inclue à son tour la désignation du plus honorable des créatures lorsque nous disons « Mohammed est le Messager de Dieu ». Trois mots sont réunis dans cette honorable prononciation : l’aspect Mohammedien, le Message et la divinité. Nous réalisons alors que la formule « Mohammed est le Messager de Dieu » comporte trois mondes : le monde physique (Mulk), le monde des anges et des esprits (Malakût) et la monde de l’Omnipotence (Jabarût). Le mot « Mohammed » est la métaphore du monde physique. Le mot « Messager » est la métaphore du monde du mystère qui est l’intermédiaire entre l’avant et l’après création et désigné par l'Esprit Saint (Rûh al-Amîn). Le mot « Dieu » est la métaphore du monde de l’Omnipotence et de Majesté, c’est une mer qui en découlent les perceptions et les allusions, et tout ce qui fait partie des sensations et des allusions est « une chose », et Dieu, rien ne Lui ressemble, aucune chose, Il Est Présent en toute chose.


Nous avons dit que le mot « Messager » est l’intermédiaire entre l’avant et l’après création, car sans sa présence, l’existence n’aurait pas de raison d’être. Lorsque le naissant croise l’éternité (l’ancien), le naissant disparait et l’éternité continue d’exister. Étant donné que le « Messager » soit bien adapté aux deux parties que le monde fut bien ordonné. Le Prophète Mohammed (§), du point de vue physique, est le point d'argile, et du point de vue mystique est le lieutenant du Seigneur des Mondes.


Saches alors que le « Messager » exprimé ici, est « l’Isthme » (Barzakh) mentionné dans le verset suivant : « Il a donné libre cours aux deux mers pour se rencontrer ; il y a entre elles une barrière (Isthme) qu’elles ne dépassent pas », (al-Rahmân, 19,20). Sans « l’Isthme » qui est l’intermédiaire qui représente le message, l’existence aurait observé un désordre et la créature se mêlerait au Créateur, parce que si on ôte le mot « Messager » de la formule « Muhammad est le Messager de Dieu », le sens ne sera plus le même, il aurait cette figure : « Mohammed Dieu » ce qui n’est point raisonnable. Ôter « l'Isthme » est aussi un déséquilibre, et la raison de la perdition des chrétiens est d‘avoir ôté l’intermédiaire qui est « l'Esprit » lorsque nous disons que « Jésus (‘Issa) est l’Esprit de Dieu » alors qu’ils prononcent « Jésus est Dieu » et la divinité leur a répondu : « Ont blasphémé ceux qui disent Dieu est le Messie, le fils de Marie », (al-Mâïda, 17).


Finalement le sens n’est valable et l’utilité n’est propice que par la l’assiduité de l’Essence divine, de ses Attributs et de ses Actes, qui sont symbolisés dans la formule « Mohammed est le Messager de Dieu », et ceci est un aperçu des significations de l’Attestation de foi.


Quant au rapport de la formule de l’unification (tawhîd) avec la grammaire (arabe) lorsque nous disons « nulle divinité » ; « nulle » est négatrice de toutes espèces, elle élève (tansab) le pronom sur l’exigence de l’assujettissement ('ouboudiyya) appropriée à Dieu et édifie son prédicat dans le monde de la liberté. Le sens est : « Absolument nulle existence, si ce n’est Dieu ». Lorsque nous disons que « nulle » soit négatrice de toutes espèces, nous voulons dire : tout autre que Lui ou l’altérité en général, parce que les gnostiques lorsqu’ils disent « nulle divinité si ce n’est Dieu » ils ne trouvent cependant que Dieu, réellement pas allégoriquement.

 

Les soufis (réalisés) ont exclu l'existence de l’altérité et sont soulagés, ils sont rentrés dans le Fort de Dieu sans jamais en ressortir. Quant à toi, tu continue à nier (nulle divinité) et cela dure depuis ta naissance et ça continuera jusqu’à ta mort. Certes, l’individu meurt dans l’état de ce qu'il a vécu. Si ta réfutation était valide, tu aurais validé l’affirmation ! Celui qui a rayonné à ses débuts, sa fin sera rayonnante. Ne devrais-tu pas accompagner un Maitre (éducateur) qui t’apprendra comment effacer définitivement tout autre que Dieu ? Puis il t’assistera jusqu’à ton Éveil, et là tu ne trouveras que Dieu ! Ainsi tu vivras en Dieu et tu mourras en Dieu et tu seras réuni avec les bien-aimés de Dieu, ensuite tu occuperas le siège de la sincérité auprès du Roi Tout Puissant, et tout cela grâce à ta prononciation et à ta connaissance du vrai sens de « nulle divinité si ce n'est Dieu ». Si seulement tu avais la connaissance de l’élite avant ta situation actuelle. Pourquoi ne pas effacer le tout par l’assistance d’un Maitre versé dans la connaissance, jusqu’à ce qu’il ne reste à tes yeux rien d’autre que Dieu par le biais de la vision contemplative et directe [via ton œil intérieur], non à travers les outils de la foi et la certitude ? Rien n’est plus certain que ce que tes propres yeux ont vu.  Les gnostique ont pris connaissance du sens de « nulle divinité si ce n'est Dieu », ainsi ils ont validé leur relation avec Dieu et qui est confirmée extérieurement et intérieurement. Leurs occupations étaient concentrées sur deux axes : évoquer Dieu (Dhikr) et la pensée méditative (fikr), et ont trouvé que « nulle divinité si ce n'est Dieu » contenait chaque mystère et rassemblait toute chose positive.


Il est parmi les évocations (Dhikr) ce qui est inconnu et ce qui est connu. Le (Dhikr) inconnu est produit par des groupes égarés, et le connu est produit par les unitaires (muwahidûn), bien que les deux groupes prononcent la même formule de l’unicité, mais la différence est que le premier groupe prônait la réfutation sans valider l’affirmation, et cela ne peut être considéré comme (Dhikr) s’il n’a pas été associé pas le deuxième volet qui est l’affirmation. Nous pouvons en tirer ici une leçon qui porte en elle des allusions si subtiles que les créatures ne peuvent capter selon ce verset : « Mais vous ne comprenez pas leur façon de Le glorifier », (al-Isrâe, 44).


Ici l’auteur (Ibn ‘Âchir) nous informe que nul (soufi) n’atteindra le summum de cette connaissance sans qu’il ne s’appuie sur cinq piliers que je vais mentionner dont l’attestation de foi en fait partie. En revanche, s’il néglige un seul pilier, son système sera déséquilibré et approchera de la désintégration et de l’évanouissement. L’attestation de foi est au premier plan puisqu’elle est une condition (sine qua non). Le sens caché de l’attestation de foi est la vision contemplative de la divinité par le biais de la vision clairvoyante [ouverture de l'œil intérieur], puis arrive après elle une deuxième vision de la présence Mohammedienne jusqu’à ce que maitrise s’en suit. À ce moment-là, le contemplateur sera disposé à s’imprégner des vertus Mohammediennes en apparence et en sens caché. En apparence est de préserver les intérêts de l'humanité « Et Nous ne t'avons envoyé qu'en miséricorde pour les Mondes », (al-Anbiyâ, 107), et en sens caché contempler la divinité. Celui qui s’est immergé dans ces deux stations a mérité le degré le plus illustre, parce qu'il est fort et ferme des deux côtés. Ainsi il en sort que ces deux stations sont les conditions pour le reste des piliers. Si le gnostique n’est pas encore arrivé à ouvrir son œil intérieur et se voit privé de la vision contemplative, il ne peut aller au-delà.


 

La Purification (tahâra)

Après avoir expliqué [ésotériquement] les six bases de la Foi (al-Imân) : (la foi en Dieu, en ses anges, ses livres, ses Messagers, le jour du jugement et la destinée tant en bien qu’en mal), et les sens cachés de l’Excellence (al-Ihsân) « Adore Dieu comme si tu le voyais » (Hadîth), que l’auteur a exposé les règles de purification (tahâra) qui sont au nombre de sept correspondant aux sept Attributs de Dieu, en puisant de « l’eau absolue » qui n’est autre que la Vérité. Le gnostique doit accomplir [spirituellement] ces règles de purification afin de purifier chacune de ses propriétés humaines pour s’imprégner des Attributs divins, ce qui explique cette maxime : « réalise tes propres qualités et Dieu t’accordera des siennes ». L’auteur étale les différentes souillures sans manquer de faire rappeler que la plus grande parmi elles, c’est de voir autre que Dieu (l’altérité). La racine du mot (hadath) qui veut dire en arabe « souillure » est la même que (hâdith) qui veut dire « naissant », le rapprochement est tellement logique ce qui nous donne ceci : « tout naissant est souillure » (du point de vue de la Vérité), en conséquence : tout naissant qui soit évident à nos yeux, reste une souillure qui tache notre âme et empêche toute réunion avec le Divin.


 

CHAPITRE DE LA PRIÈRE (Salât)

La prière est le deuxième pilier, elle vient juste après l’ouverture de « l’œil intérieur » exprimée par la vision contemplative. Elle ne concerne que l’esprit (l’âme) seulement. Le gnostique n’a pas la possibilité pratiquer cette prière et de se prosterner qu’après avoir contemplé l’Adoré. Le sens de la prière (Salât) est la liaison (sillat) qu’entretient l’adorateur avec l’Adoré, elle est le plus honorable acte de rapprochement auprès de Dieu, et du point de vue de l’échelon spirituel son paroxysme. Le sens du mot « liaison » est le lien qui unit une chose à une autre, et il ne fait aucun doute que la prière est la liaison entre le serviteur et Dieu, elle est exprimée [littéralement] par les soufis par « l’Arrivée » ou « l'aboutissement » (wossûl), qui est le fait d’arriver à un but bien fixé. Ainsi le serviteur n’arrive à son Seigneur qu’après avoir maitrisé l’usage de (la prière) qui écarte toute dissociation par la suite, comme en témoignent ces vers :
Depuis leur arrivée, ils ne sont point revenus
Depuis qu’ils se sont prosternés, ne se sont point relevés


Cette prière est celle que le Prophète (§) a cité dans un Hadith : « J'ai aimé de votre monde ici-bas le parfum et les femmes, mais le comble de ma consolation réside dans la prière (Salât) ». Ainsi cette prière est le bonheur des prophètes et le désir le plus dominant des gnostiques.  Celui qui a accompli cette prière, même si ce n’est qu'en partie, aura obtenu le TOUT. Elle reste le vœu des gnostiques et l’expression des unitaires (muwahidîn), et le désir des aspirants ne cesse jamais de grandir pour ce rang jusqu’à ce que la destinée s’accomplisse. Cette prière n’est admise que pour les gnostiques, quant aux autres, ils ignorent sa pratique, ou dis-je elle n’effleure même pas leurs esprits, car ils n’ont aucune notion à son sujet : « chose ignorée, chose bravée ! ». Une anecdote qui s’est déroulée en Égypte, et qui démontre la méconnaissance de cette prière chez une grande partie des savants exotériques : un groupe de savants en théologie se sont rendus chez un gnostique dans l'intention de s'opposer (à son soufisme). Il leur dit : « y a-t-il parmi vous celui qui a accomplit la prière ? », ce qui a provoqué leur étonnement et lui dirent : « et qui de nous aurait délaissé la prière ? », il leur dit : « alors vous faites partie de ceux que le Tout-Puissant a exclu lorsqu’Il dit : « Oui, l'homme a été créé instable [très inquiet] ; quand le malheur le touche, il est angoissé ; et quand le bonheur le touche, il le conteste ; sauf ceux qui pratiquent la prière », (al-Mi’râj, 19 à 22). Les savants se sont tus en raison de leur manque de connaissance de cette prière, parce qu’elle est un mystère de Dieu parmi d’autres, Il la réserve à qui Il veut et guide par son entremise celui qu’Il délègue.

 

Cette prière a ses propres obligations et conditions que Dieu a imposés pour que le négligeant s’applique scrupuleusement, et celui qui ignore les prescriptions divines est très loin de la divinité. Il a été dit : « il n’est nullement permis de pratiquer une affaire sans connaitre les ordonnances divines à son sujet ». L’affaire est encore plus grave concernant cette importante prière que beaucoup méconnaissent, « sauf ceux qui pratiquent la prière », (al-Ma’ârij, 22), « et qui sont réguliers dans leur prière », (al-Ma’ârij, 34), « et qui se détournent des futilités », (al-Mûminûn, 3), et tout ce qui est autre que Dieu est futilité aux yeux des gnostiques, et ces derniers connaissent bien cette prière et obéissent à ses obligations et ses conditions.


 

Les seize obligations de a prière


La première obligation est la formule de sacralisation (Takbîr-ette al-Ihrâm) en disant : « Dieu Est infiniment Grand (Allah-ou Akbar) ». La signification est que l’adorateur doit évoquer la « Grandeur (‘Adhama) et la Fierté (Kibriyâ) de Dieu », il doit se contenter de ces deux Attributs, car tout autre Attribut nécessitera probablement autre « présence ». Notons que si le pratiquant aperçoit d’autre présence, il n’aura pas encore validé la sacralisation de la prière. C’est pour cela qu’il ne doit pas se contenter seulement de magnifier Dieu sans représenter à son esprit Sa Gloire et Sa Toute-Puissance ou tout autre Attribut [de cette nature]. Il lui est aussi indispensable de les formuler pour qu’elles soient une force unificatrice entre le cœur et la langue. Si en revanche, il est satisfait de les prononcer qu’à l’entremise de son cœur sans l’usage de la langue, cela lui suffit, puisqu’il est employé à contempler la miséricorde divine, car c’est l’un des cas où la poitrine prononce sans l’aide de la langue. Le Prophète (§) a dit : « celui qui a connu Dieu, sa langue se tut ». Finalement, la prière des soufis reste incompréhensible des communs.


La deuxième obligation est de se redresser lors de la formule de sacralisation (qiyâm). La signification est par considération à la Grande Fierté de Dieu.


La troisième obligation est l’intention (niyya), elle est l’esprit de toute action. La signification est que le mystique aspire à arriver à Dieu et seulement Lui, car au fond de lui tout autre chose est vaine.


La quatrième obligation est la récitation de la préface [du Qorân] (Fâtiha). La signification est le dialogue intime qu’il doit avoir avec Dieu (munajât) et qui se déroule lors de la prière pendant que le flux des mystères de la divinité se manifeste à lui. Ce dialogue est exprimé chez les gnostiques par l’interlocution et la conversation (mukâlama wa muhâdatha).


La cinquième obligation est d’accomplir intimement cette préface (qiyâm-ou lahâ). La signification est que le dialogue intime avec Dieu doit être fidèle, c’est-à-dire personnel non pas emprunté à d’autres, et ceci ne risque pas arriver puisqu’il n’ya pas d’autre en présence de Dieu. En tout cas, si la parole est divine, il l’adresserait à lui-même, puisque le serviteur après s’être introduit dans la Sainte-Présence, est fondu dans la divinité, effacé et volatilisé une fois pour toute, comme en témoigne ces vers :
Je suis sorti un temps après l’anéantissement et de là…
Je suis resté sans moi, qui suis-je ô moi ? Sinon moi !


La sixième obligation est la génuflexion (rukû’). La signification est l’effacement, exprimé par l’anéantissement chez les soufis (fanâ). Il implique l’effacement des actions et des caractères humains, écarter tout désirs d’ici-bas que ceux de l’au-delà, s’interdire toute aspiration à un rang spirituel et jusqu’à ce que le serviteur soit dénué de toute demeure (mâqam) comme le stipule le verset suivant : « Gens de Yathrib ! Ne demeurez pas ici. Retournez ! », (al-Ahzâb, 13).


La septième obligation est le redressement après la génuflexion. La signification du mot « Retournez ! » est redressez-vous après la génuflexion, non pas le retour à eux même (comme pourrait l’entendre certains). Comment pourraient-ils retourner à eux même alors qu’aucune autre existence n’est admise dans cette station ? Le retour (au redressement) sera par Dieu seulement ! Ainsi, toutes les actions et prononciations seront proprement dites divines. Mon avis est que cette station est très délicate d’accès, elle est très risquée pour le débutant, et n’ose parler de ses secrets que les experts, et n’en sort indemne que celui que la divinité a prit par la main.


La huitième obligation est la prosternation (sujûd), elle est l’ultime but de l’adorateur. La signification est qu’il se voit effacé des échelles de l’existence et aspiré par la profondeur du néant, ce qui est exprimé chez les soufis par l’effacement de soi dans l’Essence divine. Ici le Tout-Puissant s’adresse à lui et lui dit : « prosterne-toi et rapproche-toi. », (al-‘Alaq, 19), et comme il est mentionné dans un Hadith : « l’adorateur n’est jamais plus proche du Seigneur qu’en état de prostration. Accroissez donc vos implorations », c’est-à dire lors de la prosternation. Lorsque l’adorateur aura satisfait l’exigence de la prosternation et s’anéantit de l’existence, il se prosternera une deuxième fois afin d’anéantir son précédant anéantissement. Cette deuxième prosternation s’entend à se déposséder d’elle même pour laisser place au redressement immédiat afin que l’adorateur puisse demeurer dans l’état de perpétuelle prosternation exprimée chez les soufis par la perpétuité (baqâ). L’adorateur s’anéantit tout d’abord de lui-même et de toute l’altérité, puis il réduit à néant son propre néant pour que sa perpétuité soit par Dieu. Lorsqu’il aura réalisé l’anéantissement et la dissipation dans l’incommensurabilité du Tout-Puissant, il sera définitivement anéanti, cependant il restera lui-même sans vraiment l’être, c’est-à-dire qu’il sera en état de prosternation au vu de la divinité et debout au vue de la création, ou anéanti au niveau de l’Unité (Ahadiyya) et perpétuel au niveau de L’Unicité (Wâhidiya). La prosternation des gnostiques est ininterrompue et leur union n’est point dissociable. Ceci est la réelle proximité du serviteur avec son Seigneur jusqu'à ce qu'il s’exprime par Son Nom. Dés qu’il entre dans cette Éternelle Présence, il sera témoin de la désintégration et de l'invalidité des substances (crées), autrement, Dieu est Vrai et le serviteur est Vrai, et le Vrai doit Être suivi. Comprends donc !


La neuvième obligation (manquante), elle doit concerner les salutations révérencielles (tahiyyat) ou (tachahûd).


La dixième obligation est la salutation de paix (salâm). La signification est le retour à la création après s’être consumé dans la Sainte-Présence. Il convient à présent au concerné de se diriger vers la création par son apparence humaine non par son secret, comme il doit se servir que de l’usage de la langue non celui du cœur, car ce dernier n’a désormais qu’une seule orientation et n’est possédé que par son Bien-Aimé. Tant qu’il est dans cet état de contemplation de la divinité, le retour vers l’altérité reste chose impossible, mais le retour vers la création se fera par l’extériorité du cœur non par son mystère comme il est dit :
Mon cœur se trouve chez mon Bien-Aimé et l’implore
Quand à vous, vous avez droit à ma langue


Par conséquent, il lui convient de parler avec la création par l’usage de sa langue en disant « paix à vous », car ceci est une obligation pour lui. En tout cas, il lui est requis de revenir vers le monde de la sagesse et satisfaire les exigences des Noms (divins) en disant « paix à vous » comme s’il était en compagnie d’une foule alors qu’il est isolé dans sa prière, en conséquence, il se salut lui-même : « Quiconque fait le bien, le fait pour lui-même ; et quiconque agit en mal, agit contre lui-même », (al-Jâthiya, 15).


L’onzième obligation est de s’assoir pour la salutation de paix. La signification est qu’il doit être au milieu dans cette station, ni debout, ni prosterné, car il est de retour vers les hommes afin que sa conduite soit un exemple. S’il retourne vers eux en état de prosternation, c’est-à-dire anéanti dans la divinité, il ne pourrait les voir, sinon, disons qu’il ne pourrait pas trouver la séparation (fatq) en étant dans la masse compact (ratq). Aussi s’il retourne vers eux en état de redressement (debout), c’est-à-dire distant de la divinité comme c’était son cas auparavant avant son anéantissement, cela ne leur apportera aucun avantage, car c’est un retour d’homme vers l’homme. Il a été dit (Hadith ?) que : « lorsque l'adorateur dit : « paix à vous » pendant qu’il achève sa prière, en étant intimement présent avec le Vrai (Dieu), les anges répliquent en disant : « paix à vous et miséricorde divine », et s’il était avec lui-même, sa prière sera rejetée en disgrâce ». Le mieux est qu’il doit être modéré dans cette station, et le juste milieu est la meilleure des choses.


La douzième obligation est le déroulement de la prière dans l’ordre. La signification est qu’il ne doit pas modifier ou ajouter ce qui n’est pas établi, comme il ne doit pas demander à entrer dans la Sainte Présence divine hors des usages conventionnels chez les soufis. Pourrait-il sortir de la prière avant qu’il l’entame ? Le raisin sec, l’est-il avant qu’il soit frais ? Le quêteur devrait entrer dans la demeure par la porte et demander l’anéantissement avant la perpétuité et l’effacement avant l’éveil. Tel sont les fondements que l’auteur (Ibn ‘Âchir) a mentionnés en disant : « ordonner les exécutions selon les fondements ».


La treizième obligation est la modération (i’tidâl) qui veut dire la probité (istiqâma). La signification est l’équilibre entre la Loi (sharî’a) et la Vérité (haqîqa), comme l’a souligné Ibn ‘Ajîba dans son commentaire du verset : « Guide-nous dans le droit chemin » (al-Fâtiha, 6), en disant que c’est le chemin qui unit la Loi et la Vérité. Puisque l’équilibre est un devoir dans cette station, il doit être aussi observé entre les deux parties : l’apparent et le caché.  Ainsi le gnostique contemplera la Vérité par son cœur et la Loi s’exprimera par sa langue, ou disons que son ésotérique vague dans la Liberté Absolue et son exotérique dans l’assujettissement (‘ouboudiyya).


La quatorzième obligation est la quiétude (itmënân). La signification est le silence du cœur face à la destinée. Ce silence doit être naturel, sans qu’aucun effort employé ne vienne le conforter, comme disait certain répondant à une question : « que choisis-tu ? Je choisi de ne pas choisir ! », Et ceci est un état honorable qui vient sans aucun effort ni aucune application.


La quinzième obligation est de suivre l'Imâm qui est le guide dans la voie de Dieu. La signification est que le quêteur devra suivre son Maître sur le chemin de sacralisation et entrer dans la Sainte Présence s’Il y autorise à entrer. Il devra aussi le suivre dans la salutation de paix, qui fait référence au retour vers la création, et l'attachement à la Loi du Prophète Mohammed. Si en revanche, il ne le suit pas lorsqu’il est sur le point d’être flanqué dans la Sainte Présence, ou ne l’aide pas lorsqu’il veut le faire sortir vers la Présence Mohamedienne, sa prière ne sera pas validée, mais cette invalidation n’est effective que dans la seule condition où il aurait agit consciemment, sinon elle est validée car la prière de l’inconscient est compulsive.


La seizième obligation est l'intention de suivre [l’Imâm]. La signification est que l’aspirant doit avoir l'intention de suivre son Guide, qui est un professeur fin expert au sujet de la divinité, dans toute affaire religieuse et temporelle. Il ne doit pas s’opposer à lui, ni par son cœur ni par sa langue, ne doit pas négliger ses instructions mais doit évoluer avec lui là où il va. Il ne doit pas non plus se dérober à son Maître même si ce n’est qu’un court instant, car il est son intercesseur. Également pour le Guide, il doit avoir l’intention de guider vers le Divin, même s’il ne trouve personne pour guider, il doit conserver cette intention pour qu’il remporte le mérite de faire partie du groupe rassemblée (jamâa), et sera au Jour de la Résurrection avec les Guides qui appellent à Dieu. Mais cela n’est possible que s’il aura obtenu l’autorisation de Dieu et de Son Prophète et qui est exprimé chez les soufis par le Guide attitré (imâm râtib) qui ordonne le convenable et réprouve le blâmable « Vous êtes la meilleure communauté qu'on ait fait surgir pour les hommes. Vous ordonnez le convenable, interdisez le blâmable » (Âl ‘Imrân, 110). L’Imâm ne devrait avoir l’intention de guider que dans quatre éventualités que l’auteur (Ibn ‘Âchir) a soulignés : « l’intention de guider, (la prière) dans l’inquiétude (guerre, invasion, etc.), unir les deux prières (prescrites), (la prière) du vendredi, et le remplaçant (qui vient d’être désigné sur-le-champ) ».


L’intention de guider : on en a déjà donné un aperçu.


L’inquiétude : c’est lors de la manifestation divine par le Nom (Al-Qabidh) qui veut dire Celui qui saisit (les cœurs). Il se manifeste au prêcheur lorsque celui-ci évoque les événements qui troublent les cœurs comme ceux du Jour de la Résurrection.


Unir les deux prières (prescrites) : cela concerne les prières du (maghrib et l’ichâa), et le sens est qu’il ait l’intention d’unir son disciple à la divinité. Comme il unit la prière récente (l’ichâa) avec l’antécédente (maghrib), il unit le naissant à l’Éternel (l’ancien).


La prière du vendredi : elle a été citée contrairement aux autres prières prescrites, nommées prières de groupe, car celles-ci rappellent l’évocation des Noms et Attributs, et cette station donne libre cours à tous les gnostiques d’en parler. Quant à la prière du vendredi, nommée prière du grand rassemblement, elle évoque les mystères de la divinité (houwiyya) rassemblés dans la syntaxe du mot « LUI » (houwwa) métaphore de l’Invisible. Seul l’Imâm a autorité d’en parler car il a l'avantage sur les autres. Parler aux hommes dans cette station est prohibée, seul est autorisé celui qui remplit les conditions de Guide et mériterait de mener la prière du vendredi. Il doit avoir l’intention de guider et doit savoir qu'il est un modèle pour ceux qui le suivent de prés. Il doit être très prudent, car s’il n’a pas prit en considération qu'il soit un modèle pour ses fidèles, et parlerait peut être des sujets de Vérité difficiles d’accès pour la généralité des gnostiques, car ceux-ci ne sont pas au même niveau, comme il est dit dans ce verset : « Parmi ces messagers, Nous avons favorisé certains par rapport à d'autres » (al-Baqara, 253), il pourrait les mettre dans la confusion.


Le remplaçant : il doit être choisi par l’Imâm si celui-ci a une excuse déplaisante qui ne conviendrait pas à sa fonction.  Il doit avoir l’intention de choisir un remplaçant qui soit digne et à son image, très proche de lui (spirituellement parlant), qui ait accomplit son cheminement et maitrise son état spirituel. Le remplaçant doit à son tour renouveler son intention, de suiveur en suivi. Ainsi l’intention change selon la position de chacun.



Les quatre conditions de la prière

 


La première condition est faire face en direction de la Ka’ba (Qibla). La signification est d’orienter son cœur vers la Sainte Présence divine qui Est la Ka’ba métaphorique. Cette condition est perpétuelle pour le débutant comme pour le gnostique.


La deuxième condition, est d’ôter toute souillure de l’endroit, du corps et des habits. Cette condition, comme la précédente, est perpétuelle pour le débutant comme pour le gnostique. La signification est d’écarter toute tendance à désobéir à Dieu. Purifier l’endroit signifie appliquer la Loi divine (Sharî’a), obéir à Dieu et cesser de le désobéir. Purifier ses habits qui est la métaphore de la purification du cœur, signifie utiliser la science de la Vérité (haqîqa) et échapper aux pièges de l’Ego qui ne sont que les maladies du cœur. Purifier son corps est la métaphore de son secret le plus enfoui et qui est la purification de l’altérité.


La troisième condition est de préserver sa pudeur ('awra). La signification est de taire ce qu’il ne faut pas divulguer de la Voie soufie, et l’une des raisons est d'éviter de semer le trouble dans l’esprit des croyants. Il est dit : « si tu veux remercier Dieu pour t’avoir divulgué de Ses secrets, laisse-les dans le secret ! », ainsi celui qui divulgue les secrets de Dieu, vulgarise son impudeur et sera déchu par la divinité. Lorsque la pudeur est vulgarisée inconsciemment c’est que le gnostique est incapable de retenir les secrets car il est dépossédé de son intellect et de sa raison et il est forcément excusé parce que son intellect qui distingue la contemplation du Divin et les éléments décernés (de l’existence), et qui lui permet de faire la différence des dispositions en donnant à chaque élément ce que lui revient de droit, lui fait défaut, car il est effacé, volatilisé et dissipé. Ainsi l’absence de la raison abolie la responsabilité.

 

Enfin, ces trois conditions exigent deux choses : la mémoire et la capacité (de garder le secret) avec la présence de l’incapacité et l’oubli.


La quatrième condition est de se purifier de toute souillure immédiate (hadath) qui est la métaphore du naissant (hâdith). La signification est l’altérité, ainsi il est nécessaire pour le quêteur d’ôter cette grande souillure qui fait voile et empêche tout approche de Dieu, elle la condition la plus pénible à réaliser. Cette condition est constante dés son début, elle exclue (la mémoire et la capacité (de garder le secret)).


Lorsque l’auteur (Ibn ‘Âchir) a souligné que la pudeur est le fait de voiler le secret qui est chose obligatoire, les cœurs des gnostiques ont adopté cette pudeur au point qu’ils (les cœurs) se dérobaient. Tandis qu’il leur fut permis de divulguer qu’une partie du sens de la Liberté Absolue, comme le souligne l'auteur : « la Liberté est contre l'assujettissement, Elle ne devrait en aucun cas s’exposer, sauf le visage et les mains ». Je dis que ceci est seulement en présence d’étrangers qui sont sous le voile, tandis que les gnostiques accomplis, Elle leur révéla ce qui ne doit pas être exposé à d'autres. La signification du visage et les mains c’est certains Attributs divins afin que le témoin soit davantage attiré vers Lui, car l’amoureux à chaque fois qu’il aperçoit de sa bien-aimée une partie, souhaite en voir davantage jusqu’à ce qu’il arrive à son désir.

Étant donné que l’âme (nafs) aspire constamment à la Liberté Absolue et désire l’éminence spirituelle, il lui faut néanmoins satisfaire quelques règles spécifiques que l’auteur (Ibn ‘Âchir) a fait rappelées. Parmi les conditions obligatoires : la pureté du sang, c’est-à-dire que l’âme soit débarrassé du sang impur, d’où l’analogie avec la femme en période de menstruation (règles) durant laquelle l’homme s’abstienne de s’accoupler comme il est prôné dans ce verset : « Éloignez-vous des femmes pendant les menstrues » (al-Baqara, 222). Suivant cette analogie, il est demandé à celui qui détient une âme incitatrice au mal (nafs ammara) de s’isoler d’elle, c’est-à-dire de l’éviter et ne pas l’approcher aussi longtemps qu’elle manifeste un penchant vers les passions, par nature ou par mauvaises habitudes, ou qu’elle ait un vice condamné par la Loi divine et qui soit semblable au sang de la menstruation si ce n’est pas plus malicieux, et ce, jusqu’à ce qu’elle soit purifiée. Il lui est donc nécessaire de ne plus l’approcher car elle est encrassée par la souillure du péché et ne doit ni la suivre ni l’écouter, mais au contraire, il doit l’éviter comme s’il échappe à son propre ennemi [en référence à l’effort pénible (Jihâd akbar)]. Si elle est purifiée, il peut enfin l'accepter sans la repousser suivant ce verset : « elles sont un habit pour vous et vous êtes un habit pour elles » (al-Baqara, 187). Cependant, à chaque fois que le vice affiche son retour, il doit de nouveau lui tourner le dos jusqu'à ce qu'elle devienne pure et cette pureté doit durer. La pureté a ses propres signes, et lorsque ces signes se prolongent dans le temps, l’âme finit par adopter une probité (istiqâma), cependant elle ne doit pas réclamer prématurément la Liberté Absolue, mais elle doit attendre que le Divin l'appelle et lui donne Sa permission d’entrer en Sa Présence : « O toi, âme apaisée, retourne vers ton Seigneur, satisfaite et agréée ; entre donc parmi Mes serviteurs, et entre dans Mon Paradis ». (al-Fajr, 27-30). À ce moment-là, il convient à l’âme de dire : « O mon Seigneur, fais que j'entre par une entrée de sincérité et que je sorte par une sortie de sincérité » (al-Isrâ, 80), c’est-à-dire fais en sorte que je rentre avec sincérité en Ta Présence, et que je sorte avec sincérité vers Ta création. Si son vœu est exaucé, elle peut vivre éternellement en paix.


[Après avoir mentionné les aspects détaillés du déroulement de la prière (sunnan salât) accompagnés de ses commentaires, il a cité les aspects où il est préférable de les pratiquer sans qu’ils ne soient obligatoires (mandûbat salât), toujours avec un commentaire ésotérique.]


Les mystères de la divinité expliquent l’invisibilité de l’Essence divine qui ne peut apparaître dans les substances (corps). Ces mystères de la divinité (houwiyya) est la syntaxe du mot « LUI » (houwwa) métaphore de l’Absent (des regards), et où qu’elle soit cette invisibilité, elle conduit le gnostique contemplateur directement à son centre. Après qu'il soit retourné dans le monde physique, il doit se raffermir dans les trois stations et s’accrocher à ses aspects extérieurs qui sont l'Islam, la Foi (imân) et l’Excellence (ihsân), et à leurs secrets qui sont la soumission (istislâm), la certitude (iqân) et la vision directe (‘ayân). En tout cas, il lui est demandé de revenir à ses débuts en termes de pratiques religieuses. Toutefois, s’il se voit dominé par les secrets de la contemplation et par les Lumières de la Beauté et ne peut combiner les deux antithétiques (naqîdhân) car les opposés ne se mélangent point, il n’a qu’une possibilité de continuer la contemplation et laisser de coté l’opposé. Sa vision contemplative doit être assidue car elle est par rapport aux reste des prières (des esprits) la prière médiane sur laquelle Dieu dit : « Soyez assidus aux prières et surtout la prière médiane » (al-Baqara, 238). Alors saches que cette station est la plus honorable de toutes.


 

Les deux aspects négatifs qui évincent le disciple

 

Il y a des aspects négatifs qui évincent l’aspirant-cheminant de la divinité ; deux aspects majeurs sont notamment citées par l’auteur (Ibn ‘Âchir) bien qu’ils soient innombrables. Cependant il est nécessaire de préciser que l’aspirant désigné ici est celui paré par les nobles caractères des Hommes (de Dieu).

 

Le premier aspect est le plaisir des mets. L’aspirant ne doit pas se consacrer à son intestin, il doit quitter tout désir qui l’incite à cela pour qu’il ne soit pas abject aux yeux du Dieu, et tous les gnostiques savent très bien que l’appétit (excessif) est porteur de malheur.

 

Le deuxième aspect est la fréquentation d’un groupe d’amis. L’aspirant doit rompre avec ses mauvaises fréquentations, et doit les éviter, en particulier lors de son anéantissement dans le Divin, puisqu’il lui est requit pendant ces temps précis l’anéantissement nécessaire de lui-même autant que de ses semblables. Se retirer des humains est une exigence pour être accepté par Dieu : « Puis, lorsqu'il se fut séparé d'eux et de ce qu'ils adoraient en dehors d'Allah, Nous lui fîmes don… », (Mariam, 49). Il est dit : « celui qui ne se lasse jamais des humains, ne connaîtra aucune intimité avec Dieu ». Quitte mon frère tout compagnon sauf le Compagnon Suprême, sois avec Lui et préserve en Sa Bienveillance la bienséance extérieurement qu'intérieurement, car à chaque défaut de politesse avec Lui au niveau intérieur tu seras puni intérieurement et à chaque défaut de politesse avec Lui au niveau extérieur, tu seras puni extérieurement.


 

La formule de sacralisation (takbîr)

 

Il convient à l’aspirant qui désire l'approche de Dieu, et commence à ses débuts la prière, en tout cas dressé devant Dieu, de lever les mains lors de la formule de sacralisation (takbîr). La signification de lever les mains est que l’aspirant ne doit pas cacher son affiliation à la voie soufie, mais au contraire, il devrait manifester son orientation vers le Divin pour que cela soit connu des gens, il ne doit pas avoir honte sinon son lien au Seigneur sera brisé. Comme il est requis à l’aspirant de manifester son appartenance au soufisme à ses débuts, il lui est requis de cacher son secret à la fin de son aboutissement.

 

Le gnostique, avant sa prosternation se voyait exister et se redressait (dans sa prière) devant Dieu, puis il s’anéantit et s’éteignit lors de sa prosternation. Il s’est anéanti de lui-même et est resté par son Seigneur. Ce sont ceux-là les Hommes (de Dieu), quant aux autres, ce ne sont que des enfants qui ont été tout de même sincères dans leur rapport avec Dieu qu’Il les a remercié par le maintient du lien, et c’est grâce à leur conformité (de se redresser dans la prière) qu’ils méritaient le rapprochement. Si l'aspirant manifeste à ses débuts une volonté face à son Maître, il sera écarté sur-le-champ, et s’il manifeste vers la fin de son cheminement une volonté, il aurait désobéi au Seigneur et à son Maître. S’il manifeste une volonté avec le Divin, c’est-à-dire qu'il eut la volonté de vouloir avec l’aspirant réel (physique), il aurait alors renié sa quête mystique, mais la volonté de l’aspirant n’est assidue qu’en cas de défaut de contemplation.


 

La prière de l’aurore (fajr)

La prière de l’aurore (fajr), (on parle ici de) l’aube réelle jusqu'à la dissipation de l’obscurité, porte en elle une signification que seul le gnostique savoure, car c’est le temps où le soleil n’est pas loin de se lever. Ainsi le cœur du gnostique ne connait l’illumination que lorsque l’approche du Bien-Aimé est imminente, et celui qui luit de lumières sait que le Bien-Aimé est sur le point de pénétrer les cœurs, et quel aube est mieux au cœur du gnostique que l’aube du Bien-Aimé qui est si proche. C’est le lever du Soleil de la Vérité qui rayonne par les Lumières divines sur les nuages des créatures. C’est le lever du Soleil du Sacro-Saint (al-Quddûs) sur la terre des âmes, le temps de l’union du rameau à son Origine, le temps pour la séparation de réintégrer sa Matrice car ceci est le temps le plus favorable.


 

La prière de l’après-midi (dhohr)

 

La prière de l’après-midi (dhohr) n’est possible qu’après le zénith (zawâl), et comme la manifestation du Divin n’est possible qu’après la disparition (zawâl) de la création, aussi la réelle prière de l’après-midi pour le gnostique n’est possible qu’au moment de léthargie (khomûd) de l’âme et sa disparition (zawâl) définitive. Puisque l’aspirant fait partie de la création, il lui est inévitable de disparaitre (zawâl) sinon il n’observera pas la manifestation (dhohûr) du Divin, mais il se manifestera lui-même à lui-même, alors qu’en réalité c’est le Divin qui s’abandonne dans ses manifestations par son Essence et ses Attributs uniquement, et c’est pour cette raison que le gnostique ne parle pas de ce sujet que dans le cadre de l’exclusivité de l'Unité à se singulariser dans les manifestations. En fin de compte, le gnostique est l’apparence (madhar) des subtilités (divines), il est entre deux attributs, du point de vue de l’éloignement il est le point d'argile, et du point de vue de la proximité il  est le lieutenant du Seigneur de l'univers. A chaque fois qu’apparait (yadhar) un de ces attributs, son état (spirituel) s’adapte à  lui. Comme la terre observe un changement (climatique) selon son éloignement ou sa proximité du soleil, ainsi le gnostique observe un changement selon son éloignement ou sa proximité du Divin.


[Note : le commentaire du Cheikh al-Alawî dans le paragraphe précédant comporte un jeu de mots qui ne sort pas du sens employé par les gnostiques pour développer leur compréhension du texte. Une petite explication s’impose afin que les non-arabophones puissent comprendre si ce n’est qu’une infime partie de l'exégèse ésotérique du Maître. La prière de l’après-midi appelée (dhohr) est la racine du verbe apparaitre, manifester (dhr), contrairement au mot disparition, déclin (zawâl), racine du verbe (zl), le sens du mot dépend de son contexte dans la phrase. La similitude est très simple, la prière de l’après-midi appelée (dhohr) est l’analogie de la manifestation divine (dhohûr), mais la prière, comme la manifestation divine n’est effective qu’après le déclin [du soleil] (zawâl) pour la prière (le mot déclin (zawâl) à lui tout seul suffit), aussi la manifestation divine (dhohûr) n’est effective qu’après le déclin ou la disparition de la création, c’est-à-dire qu’aucune existence ne doit être considérée en dehors de Dieu, y compris soi-même, et cela n’est possible qu’à travers la vision contemplative (mushâhada) par l’ouverture de l’œil intérieur ou l’œil du cœur seulement, sinon il n’est pas possible de réaliser sa propre disparition (zawâl) appelée aussi l’anéantissement (fanâ). A ce sujet, lire la deuxième introduction.]


 

Le reste des prières prescrites

 

Il est préférable de prolonger la lecture pendant les deux premières Sourates concernant la prière de l’aube (fajr), de l’après-midi (dhohr) et celle du milieu d'après-midi (‘asr), car elles traduisent une situation de proximité du Divin, ainsi le soleil étend sa générosité pendant cette période. Contrairement à la prière du coucher du soleil (maghreb) où il faut raccourcir la lecture pendant les deux premières Sourates, car elle traduit un état d’éloignement (bu’d) [du soleil]. Quant à la prière du soir (‘ishâ), le choix reste libre pour le pratiquant, car cette prière est médiane entre la proximité et l’éloignement, c’est-à-dire entre la prière du coucher du soleil (maghreb) synonyme d’éloignement et la prière de l’aube (fajr) synonyme de proximité, tandis que la prière de l’après-midi (dhohr) est synonyme d’anéantissement, celle du milieu d'après-midi (‘asr) est synonyme d’absence totale [de l’existence].

 

Comme il est aussi préférable de ne pas lever les mains [au niveau des oreilles] lors du redressement après la prosternation, puisque les mains une fois baissées (lors de la prosternation), c’est-à-dire lors de l’anéantissement à l’altérité et l’attachement à l’Essence divine, devraient rester dans cet état [baissées], car les lever, pourrait faire croire au pratiquant qu’il se décharge de ce qu’il avait réalisé dans sa prosternation. La signification ésotérique est qu’il faut garder en soi l’état d’esprit de la prosternation car il est le but recherché.


 

Ce qui est détestable ou inconvenable d’accomplir pendant la prière

 

Après avoir mentionné les obligations de la prière, ses aspects inspirés (sunnan) et ses préférences, l’auteur (Ibn ‘Âchir) ajoute ce qui est détestable ou inconvenable d’accomplir pendant la prière, car cette dernière est un support de dévoilement. Justement les gnostiques prohibent toute attitude qui manque de considération à la Présence divine, et principalement lors de la contemplation de la divinité. En revanche, en dehors de cela, c’est-à-dire là où il n’y a pas lieu de contemplation, l’inconvenable peut être obligatoire, préférable ou permis, et de là on comprendra mieux cette maxime : « les bonnes actions des vertueux sont répréhensibles pour les rapprochés ».

 

La première des choses inconvenables est la (basmallah), c’est-à-dire prononcer le Nom de Dieu avant la lecture des Sourates [seule la Fatiha fait exception], car il est considéré comme (dhikr), est-il convenable de se rappeler du Nom de Dieu alors qu’on est debout en sa Présence ? Le pratiquant prend un risque en se consacrant à la prononciation du Nom avant qu’il n’arrive (à la divinité) et son état d’esprit de mentionnant Dieu (dhâkir) risque de s’éterniser à l’instant où la présence avec Dieu devrait être (hâdhir), car le (dhikr) est recommandé avant de rencontrer le Divin, est-il raisonnable de s’occuper du Nom alors que le Nommé Est Présent ?..., saches que cette station ne convient pas à n’importe qui, car rares sont ceux qui la maitrisent, ils sont nommés les singuliers (afrâd) parmi les unitaires et ils sont peu nombreux.


La deuxième chose détestable dans la prière est de chercher refuge auprès de Dieu contre le mal de Satan (ta’awud), car le dévoilement du Miséricordieux divulgue la Vérité de l’Unicité et ne laisse aucune place à aucun Satan, ni à aucune autre illusion, est-il raisonnable de chercher refuge par crainte d’une illusion absente en présence du Réel Présent ? Mais il aurait convenu de chercher refuge auprès de Dieu par crainte de Dieu comme disait le Prophète (§) : « je cherche refuge auprès de Toi par crainte de Toi » car lui Seul Est L'Utile (Nâfi’) et Lui Seul peut nuire (Dhâr), et ceci, aux yeux du gnostique, est l’apogée de la réalisation (spirituelle), car il voit que le Vrai est la source de la Vérité du TOUT.


Ces choses ne concernent que l’état de la contemplation pendant la prière, mais n’oublions pas ce qui est détestable avant de commencer la prière [c’est-à-dire lors de la sortie de la création] et après l’avoir entamée c’est-à-dire le retour vers la création et c’est ce qui va suivre…

Nous savons désormais que la prosternation est synonyme d’anéantissement de soi-même et de toute substance. L’auteur (Ibn ‘Âchir), aurait craint que l’adorateur se réjouisse de cela et se retrouve malgré lui voilé par cet habit qui le sépare du Divin, car son anéantissement se retrouverait coincé dans cet habit non pas en la divinité, et c’est le sens de ce que voulait dire l’auteur : « il est détestable de se prosterner sur un habit » qui est la première des choses détestables. En conséquence, tout ce qui vient s’ajouter est un habit qui fait fonction de voile entre le serviteur et le Seigneur, et si tout support était retiré ce serait mieux, car la jonction n’est réelle que dans la seule condition qu’il n’y ait point de raison séparatrice. Le pratiquant doit encore aller plus loin, car se satisfaire de l’approche de la divinité est en réalité éloignement, car l’approche se fait entre deux parties, et cela est contraire à l’Unicité, il doit s’en défaire comme il s’en est défait de l’éloignement.


La troisième chose détestable est d’énoncer toute formule propre pendant la génuflexion et la prosternation, car le pratiquant est occupé à s’anéantir de lui-même et n’est pas encore apte à s’exprimer par la divinité, car l’anéantissement est un fait qui concerne les sujets non pas la divinité.


La quatrième chose détestable est de méditer sur la création (fikra) après s’être anéanti d’elle, car cela est contraire à la soumission à Dieu (khushû’), le mieux approprié est d’adopter la perplexité (hayra) comme disait le prophète (§) : « Seigneur, rend-moi encore plus perplexe à Ton sujet ».


La cinquième chose détestable est de se tourner vers les vanités (‘abeth). La signification est qu’il convient au gnostique de ne pas s’occuper d’autre chose après s’être orné par les degrés de la perfection, car si cela est toléré pour les communs, il reste détestable pour les gnostiques.


La sixième chose détestable est le fait de se mouvoir (iltifât). La signification est qu’il n’est pas convenable au gnostique, après qu’il ait réalisé l’Unicité par la vision directe (mukâshafa), de priser autre chose de plus ; tel les grâces miraculeuses et autres prodiges, ou faire périr et secourir les personnes de son choix, et cela n’est ni plus ni moins qu’une tentative de cogérance avec le Divin, et s’il ne se ressaisisse pas et soit rattrapé par la grâce de Dieu, il risque de déchoir. La contemplation du Divin est l’avantage sur tout autre chose, elle est le comble de la réalisation, il n’y a pas de grâce plus miraculeuse qu’elle. Le prophète (§) a dit : « le misérable est celui qui ne se contente pas d’avoir la connaisseur de Dieu et demande mieux ». Je prie mes suzerains accomplis de ne pas se détourner de cette voie droite comme nous le recommande ce verset : « Et voilà Mon chemin dans toute sa rectitude, suivez-le donc ; et ne suivez pas les sentiers qui vous écartent de Sa voie » (al-An’âm, 153).


La septième chose détestable est l’invocation (du’â) pendant le temps de la lecture et pendant la génuflexion, car pendant la première, l’adorateur s’accorde les Attributs de la divinité en proférant Ses paroles et ainsi il parle par Son Verbe, comment pourrait-il l’invoquer dans ce cas ? Ainsi si l’imploration des gnostiques implique qu’ils soient sincères dans leur servitude et de satisfaire les obligeances divines, ils n’osent, cependant, formuler cette requête par pudeur. Ils ne papillonnent pas autour de cela en sachant que le Divin Est plus Affectueux envers eux qu’eux-mêmes. Quant à l’invocation détestable pendant la génuflexion, est que cette dernière est le synonyme du détachement des propriétés humaines lorsque les Attributs divins se manifestent à l’adorateur, ainsi il n’est pas permis de solliciter quoi que ce soit à cet instant puisque les Attributs sont la codification de toute la création, encore moins lorsque l’Essence divine lui soit dévoilée (lors de la prosternation). Ibn Attâ-Allâh a dit dans un de ses aphorismes : « Adresser une demande au Divin, c'est douter de Lui ; si tu Le cherches, c'est qu'Il est absent pour toi ; chercher un autre que Lui, c'est insolence à Son égard, et si tu adresses une demande à autre que Lui, c'est la preuve que tu es éloigné de Lui. A chaque souffle que tu émets, Il réalise en toi un de Ses décrets ».


La huitième chose détestable est de croiser les doigts et de les faire claquer. Cela fait partie des vanités (‘abeth) qui sont à l’intérieur de soi. La signification est l’artifice des choses et la loquacité et tout ce qui est contraire à la perfection (spirituelle). Le gnostique doit se conformer au modèle prophétique ; être naturel dans ses relations avec les gens, manger ce qui est disposé et mettre ce qui préserve sa pudeur, le Prophète (§) dit à ce propos : « Dieu ne considère pas vos apparences ni vos actions, mais Il considère vos cœurs ».


La neuvième chose détestable est de fermer les yeux après le dévoilement. Il l’est permis seulement avant le dévoilement lors des séances de (dhikr). Une maxime résume parfaitement ce sens : « je fermais les yeux ne sachant pas que l’Extrinsèque (Dhâhir) Était la source de l’Intrinsèque (Bâtin), et ne sachant pas que le Premier (Awwal) Était la source du Dernier (Âkhir). Lorsque j’ai perdu de vue cette dualité, j’ai enfin ouvert les yeux ». Il convient donc au disciple de n’ouvrir ses yeux que dans la seule condition que sa vision extérieure se connecte à sa vision intérieure de sorte qu’ils forment un seul œil qui pourrait enfin apercevoir et entendre « Celui dont rien ne Lui ressemble » (al-Shûrâ, 11), avec tous ses sens et tous ses organes.


 

La mort au vu du langage soufi

 

Nous savons désormais que la prière est un moyen de liaison avec le Divin, et par son entremise, la contemplation reste un espoir. Mais la contemplation du Divin nécessite la mort totale, c’est-à-dire la dissipation complète de l’individu et son absolu anéantissement. Ceci est le sens de la mort dans le langage soufi. Celui qui n’aurait pas réussi à se mourir, la vision de la divinité reste chose irréalisable.


La mort admet deux entendements : la mort des communs et la mort de l’élite, dont chacune conçoit une vision de Dieu avec foi. La mort des communs comprend une vision restrictive et spatiotemporelle, car l’effet n’est fixé qu’au paradis. La mort de l’élite est une vision absolue et variante qui n’est soumise à aucune loi spatiotemporelle, et l’effet est immédiat, la vision de la divinité est possible dans le monde avant l’au-delà.


Celui qui désire accéder à cette vision immédiate qu’il se hâte à se mourir avant qu’il ne meurt physiquement comme il a été rapporté dans ce Hadith du Prophète (§) : « mourez avant de mourir ». Celui qui a réalisé en lui-même cette mort, qu’il se rassure d’être parmi les dominants. On a questionné Abû Yazîd al-Bastamî à propos de lui-même, il a répondu : « Abû Yazîd est parti avec les partants, la mort l’a emporté, puisse Dieu qu’il ne revient jamais ! » Ces gens là sont des Rois dissimulés à l’allure de serviteurs.


Alors saches que si la mort sensoriel ne survienne que par le Souverain de la mort, aussi la mort métaphorique ne survienne que par un Maître gnostique qui saisit les esprits des disciples. Aussi si toutes les races de tout l’univers, des cieux et des terres se joignent à lui et lui a demandent la connaissance de Dieu, il saisisse leurs esprits et les unit à la divinité pendant ce temps là seulement. Mais la mort métaphorique, contrairement à la mort physique, nécessite aussi le consentement du disciple, c’est-à-dire qu’il doit approuver l'anéantissement et la disparition, s’il ne l’approuve pas, la tâche serait impossible pour le Maître, car le disciple n’est pas disposé pour l’union à la divinité. Comment l’homme accepterait-il de mourir alors que la mort est le plus grand des malheurs ? Le Prophète (§) a dit : « celui qui désire la rencontre de Dieu, Dieu désire sa rencontre », ainsi n’est volontaire que celui qui est convaincu du résultat et rien de mauvais ne saurait arriver depuis, comme cité dans un Hadîth du Prophète (§) : « aucun malheur ne saurait arriver après la mort ». La référence à cette mort est du point de vue métaphorique, et la vie est synonyme de malheur, et après la mort s’ensuit la contemplation. Cette mort est une miséricorde divine, quant à la mort physique, c’est une souffrance.

 

Une fois que l’aspirant ait prit la décision de soumettre son âme à son Maître dans le but de l’unir au Divin, alors le Maître doit se limiter à quatre obligations par lesquelles la mort de l'aspirant devient possible et son univers se blottit.


La première obligation est d’émettre quatre fois la formule de sacralisation (takbîr). La signification est que le Maître doit lui démontrer en une seule fois les quartes figures de l’existence qui sont : la primarité (awaliyya), l’ultimité (âkhiriyya), l’extrinsèquité (dhohûr) [ou l’apparence discernée] et l’intrinsèquité (bothûn) [ou le sens caché des secrets], et clôt devant lui tout exutoire qui débouche vers les argumentations, ainsi il concevra le sens de ce verset : « C'est Lui le Premier et le Dernier, l'Apparent et le Caché » (al-Hadîd, 3). Une fois ces quartes figures apposées, l’aspirant ne trouvera aucun espace devant lui en termes de non-vacuité, à ce moment-là, son esprit s’évanouisse et son corps se désintègre, car la dominance des quartes figures ne lui permet guère de trouver une issue, infime soit-elle, nulle part où il se tourne, même s’il pivote vers lui-même il trouvera un de ces cas de figures comme démontré dans ce verset : « Où que vous vous tourniez, la Face de Dieu est donc là », (al-Baqarah, 115).


Il convient également au Maître de faire aimer son disciple au Tout-Puissant, de prier pour lui car l’invocation rentre dans les décrets divins, qu'il insiste dans ses invocations avec une docilité totale à Dieu en disant : « Seigneur, s’il est vertueux, accroisses lui ses vertus, et s’il est corrompu, pardonne-lui ses péchés ». En tout cas, il doit le faire aimer par n’importe quelle modalité jusqu'à ce que le Tout-Puissant l’accepte et l’introduit dans Son agrément.


Le Tout-Puissant n’accepte le disciple que seulement si l'intention du Maître était affirmée, puisque elle fait partie des obligations de son statut, c’est-à-dire qu’il doit par son cœur être résolument certain et pense fortement que Dieu l’acceptera suivant un Hadîth du Prophète (§) par la voix de son Seigneur : « Je Suis tel et selon l’opinion qu’a Mon serviteur sur Moi », mais s’il a le moindre doute, le disciple ne sera point accepté. Lorsqu’il s’assure que le disciple-mort est uni au Divin et qu’il extirpe son Maître de parler de la grandeur de Dieu, à ce moment-là, il lui demande de sortir de cette station à une autre qui est la combinaison entre les deux stations dénommée « la Paix », c’est-à-dire lui demander de se hâter à prendre en compte l’Extrinsèque (Dhâhir) [ou l’apparence discernée] comme il fut absorbé par l’Intrinsèque (Bâtin) [ou le sens caché des secrets].


 

Les prières surérogatoires (sunan salât)

 

L’auteur (Ibn ‘Âchir), après avoir élucidé les prières obligatoires, entame les prières surérogatoires et commence par la prière du « witr » car elle est le plus honorable des degrés et le plus illustre lien de sa catégorie. Elle est l’achèvement des prières et la rupture des distances « Et que tout aboutit, en vérité, vers ton Seigneur » (al-Najm, 42), en elle, le TOUT s’absente, et le rameau se blottit dans son origine, comme en témoignent ces vers :
Suis à la fois l’Adoré et le passionné
Avide de faveurs toutes miennes
Dés que mon pair se blottit en mon impair
M’est soumis aussitôt tout l’univers


La prière du « witr » est l’ultime acte d’approche, et le désir final pour l'aspirant de parvenir au zénith de la mystériosité de l’Unicité qui est le terme de toute fin. Ceci explique pourquoi la prière du « witr » était la finale des prières et le titre de noblesse. Le Prophète (§) a dit à son sujet : « clôturez vos prières nocturne par celle du (witr) ».


Saches alors que la prière du « witr » est une métaphore de la divinité invisible. Aïcha, qu'Allah Soit satisfait d'elle a dit : « le Messager de Dieu (§) lorsqu’il priait la nuit, il finissait sa prière par une génuflexion impaire appelée le (witr) ». À cet effet, cette Vérité ne peut être atteinte que par une partie d’élite parmi l‘élite [de la communauté soufie], parce que les gnostiques, en général, ne dépassent pas, dans leur connaissance, le domaine de la divinité, c’est-à-dire l’Entité divine méritoire, et ne vont pas au-delà dans la connaissance de Sa réalité abstraite, car cela les mènent à une éradication complète, mais leur but se limite à la contemplation, et cela est leur début dans la réalisation (tahqîq), ainsi, le début du chemin pour les débutants (awalîn) est pour Dieu, et sa fin pour les finals (âkhirîn) est en Dieu, « Nous accordons abondamment à tous, ceux-ci comme ceux-là, des dons de ton Seigneur. Et les dons de ton Seigneur ne sont refusés [à personne]. » (al-Isrâe, 20). Seulement, les finals ont atteint un niveau qui ampute tout entendement et contracte toute spaciosité en raison de sa profondeur et sa démesure dans le domaine de la gnose, au point que l’un deux, lorsqu’il parle (au niveau de la connaissance divine), il pense qu’il n’a toujours pas satisfait son besoin d’en parler, comme l’a insinué le souverain des passionnés (Omar Ibn al-Fâridh) :
Si d’autres, à la vue de son ombre, furent satisfaits
Sa seule compagnie n’assouvit guère mon assoiffé


Ceci est la première des situations où l’ambition du gnostique peut atteindre un degré que la fraction de l’élite réalisée n’a pu obtenir. Ce temps de faveur où toutes les manifestations des Noms et Attributs se blottissent sans parler des différentes substances, afin de réaliser son absence dans le mystère de l’Essence (divine) qui est une Essence Unique ; Abstraite, une Âme Singulière, un Trésor mystérieux, un Océan sans ondulations, indéfini, sans limites, ni droite ni gauche, ne peut être expliquée par aucune manière quelle soit, ni par quelconque démonstration, et quel belle parole qu’est celle-ci :
Les paroles figées, les allusions brisées
Les bâtisses ruinées, mon cœur heurté
Nul œil ne Le remarque, rien ne Le démarque
Nulle description n’est possible !
Qui pourrait converser avec Lui en aparté ?

 

À cet égard, les expressions se figent, et les allusions s’égarent, et les voix se réservent de se prononcer : « Nul ne saura parler, sauf celui à qui le Tout Miséricordieux aura accordé la permission, et qui dira la vérité » (al-Nabaë 38). Comment pourrait-on parler ici si les mots faillissent ? La parole est prohibée dans cette station, car la règle veut que celui qui émerge dans les domaines de L’Unicité et de la Singularité, se soumette à leurs vraies dimensions, de ce fait, il fait jaillir de leur mer qui est en perpétuel mouvement et de leur mystérieux trésor des paroles qui n’impliquent pas l’invalidation des qualificatifs, et c’est la raison pour laquelle que le silence leur reste préférable. Les résidents de cette station sont harassés et dominés par la crainte référentielle de la Majesté (divine), ce qui les a engagés à s’anéantir du Vrai comme Il les a anéantis de toute la création. Ils sont donc établis dans une Présence égale des deux côtés, la réfutation et l’affirmation, la vie et la mort. Divulguer les vérités pour eux est soumis à la législation (divine), et c’est pour cette raison que l'homme parfait (Ibn ‘Arabî) après avoir dévoilé dans son livre ce qui ne devrait pas être divulgué, disait :
Il y ait des choses, où il est impossible de les divulguer
Les Lois solennelles imposent de les garder en secret


On entend par là que les gnostiques détiennent des secrets qui sont hors de portée des imaginations, comme disait le souverain des passionnés (Omar Ibn al-Fâridh) :
Il y a au-delà de la raison, une science tellement subtile
Que les intellects les plus inaltérés ne sauraient saisir
Je l’ai reçue de moi, et de moi je l’ai prise
Et mon moi, était la source de ma concession


La deuxième et troisième des situations sont les éclipses lunaires et solaires qui nécessitent le refuge et l’imploration de Dieu. Le cœur du gnostique dispose d’une matière envers la Présence du Sacro-Saint, et cette matière brille dans le cœur comme le Soleil sous une forme lunaire, mais avec plus d’amplitude et de clarté comme cela a été dit dans ce sens :
Le soleil du jour se dérobe au couchant
Mais le soleil des cœurs est constant


Certes, sauf dans le cas où une obstruction intervient entre le cœur et la Présence du Sacro-Saint, que le Soleil cesse de briller. La raison de cette obstruction vient des transgressions de l’âme qui engendrent une souillure qui vient s’infiltrer dans le nombril de la matière et dissimule la lumière du Soleil. Ainsi le cœur s’obscurcit et observe une rupture des connaissances et du soutien (de la divinité). La densité remplacera la subtilité, la création remplacera la Vérité et la séparation remplacera la masse compacte. Son miroir reflètera l’impact des substances au lieu des secrets et des connaissances. Les soldats de l'obscurité contrôleront (le cœur) et ceux des lumières battront en retraite, et cette situation durera tant que l’âme impose sa présence. Il est requis à l’occupant de cette station de se forcer à guérir son cœur, Dieu dit : « O homme ! Toi qui t'efforces vers ton Seigneur sans relâche, tu Le rencontreras alors » (al-Inshiqâq, 6). S’il s’emploie avec sincérité et fermeté à se débarrasser du nuage de l’âme qui fait obstruction au ciel la Présence du Sacro-Saint, il verra alors le Soleil briller de nouveau, le trouble disparaitra, les perceptions s’embelliront de lumières, le cœur bénéficiera de l’assistance (divine) après un temps de privation, et retrouvera la proximité après l’éloignement et l’imbibition après la soif.


La quatrième situation est l’état de fête (‘Îd). C’est un état de manifestation de la Beauté et l’agrément du Très-Haut. Le piège dans cette situation est que le gnostique risque de se laisser aller et ne se conforme pas à la bienséance.


La cinquième situation est ('istisqâ) qui signifie ici, prier Dieu pour obtenir la pluie en temps de sécheresse, elle est très recommandée pour le disciple pendant son cheminement, principalement lorsque le dévoilement peine à arriver, il doit aussi se réfugier vers son maître qui a un œil sur lui qui célébrera pour son profit cette prière qui pourrait engendrer un prodige ou grâce miraculeuse.


 

La négligence au niveau de la prière par inadvertance (sahw)

 

Les états du cheminant pourraient observer une négligence au niveau de la prière par inadvertance (sahw), l’auteur (Ibn ‘Âchir) a sondé deux cas : le ravi en Dieu (qui ne parcoure pas la voie) et celui qui la parcoure du début jusqu’à la fin et finit par être ravi en Dieu. Le ravi ou l'illuminé (majdûb) est celui que le Très-Haut exerce sur lui une attraction et le ravit complètement à lui-même par amour et estime pour son état et lui raccourci le parcours de la voie, il est aussi appelé le bien-aimé du Vrai et le désiré de la Sainte-Présence.

 

Le ravi, a cause de son état de ravissement, ne peut pas accomplir les obligations de la voie, aussi en raison du chemin raccourci donc par manque de temps nécessaire, jusqu’à ce qu’il arrive à son Saint désir sans qu’il ne se rend compte. Donc, on ne peut pas lui reprocher ce manquement qu’on appelle l’inadvertance (sahw) jusqu’à ce qu’il se voit obligé de se prosterner. La signification de la prosternation dans le cas du ravi est le retour vers les obligations de la voie en passant par toutes ses stations (spirituelles) et satisfaire ses engagements (sunan). Le ravi ne se voit pas, une fois réalisé, négliger ces obligations, car la dote de la Vérité reste obligatoire pour l’aspirant, plus tôt ou plus tard, parce que même s’il a obtenu son désir au niveau de la divinité, il lui est requis d'adhérer à la grâce que Dieu a accordé pour lui, le Prophète (§) a dit : « maintenez les grâces de Dieu en Le remerciant » et comme il a été dit : être reconnaissant des grâces c’est satisfaire pleinement le devoir. Nos suzerains, les gnostiques, savent très bien ce qui est obligatoire pour l'aspirant dans la voie, que ce soit au début ou à la fin. Ceci est le premier cas.

 

Quant au deuxième cas, celui qui parcoure la voie du début jusqu’à la fin et qui finit par être un ravi en Dieu (salik-majdûb). Son état final lors de l’aboutissement est un extase touchant au ravissement semblable à celui du ravi à son début, seulement ceci lui arrive qu’après avoir satisfait le parcours de toutes les stations (spirituelles) et après avoir observé l’évidence des manifestations divines, il a donc dispensé à chaque station son mérite, et ce cas est très louable en raison de la maîtrise de la Loi et de la Voie, et l’intense immersion dans la Vérité, ce qui fait de lui un état honorable.


 

Les actes altérants qui annulent la validité de la prière (manhiyat)

 

L’auteur (Ibn ‘Âchir) entame de suite les actes altérants qui annulent la validité de la prière (manhiyat) qui est un autre sens du cheminement pour les soufis.

 

L’une des choses est le fait de souffler. Le sens est perpétrer volontairement un agissement qui relève de l’âme, ce qui démontre qu’elle est toujours présente au fond du disciple, car elle reste un obstacle à l’accès à la divinité. À chaque fois qu’elle se manifeste au fond du disciple, il doit renouveler son pacte avec le Divin, « Car les pieux, lorsqu'une suggestion du Diable les touche, ils se rappellent et les voilà devenus clairvoyants » (al-A’râf, 201), ce qui implique que le disciple est encore loin du Vrai.


Le fait de parler hasardeusement pendant que le silence –qui est un des piliers de la voie mystique- est recommandé pour le disciple. Le silence est porteur de tout bonheur et son contraire est porteur de tout malheur.
Garde le silence, à moins qu’on t'interroge
Réponds : le savoir je n'ai nullement


Le silence est de deux types : le silence de la langue et le silence du cœur, et tous deux sont essentiels dans la voie. Celui que son cœur ne prononce mot et cause par sa langue ; parle alors avec la sagesse, et celui qui observe le silence de sa langue et de son cœur ; son secret se manifestera à lui, et son Seigneur s'adressera à lui, tout ceci grâce au silence qui engendre la sagesse. Occuper son esprit par autre chose que Dieu est une obstruction au disciple même si cette chose est un acte de bienfaisance. Quant à celui qui est troublé par les richesses de ce bas monde, celui-là, il n’est pas nécessaire d’en parler car il est loin de Dieu et n’est nullement considéré parmi les cheminants. En résumé tout ce qui occupe l’esprit, apporte la négligence du Divin, il faut s’en séparer sans tarder.


La pensée passagère du naissant (création) dans le cœur du disciple tandis qu’il est en Présence du Divin. Nous savons que Dieu repousse tout cœur –qui est le lieu de son séjour- où l’image de l’altérité y est gravée. Ibn ‘Att-Allah a bien dit ceci dans ses aphorismes : « comment est-ce possible qu’un cœur puisse s’illuminer, alors que les images des Univers se reflètent dans son miroir ». Comme toute chose associée à Dieu Lui est détestable, ainsi tout cœur qui partage autre que Lui est aussi détestable.


Le fait de rajouter par inadvertance, qu’on en a déjà parlé de cette dernière et qu’elle implique la prosternation en guise de réparation. L’auteur a craint que cela affecte le disciple et le transporte d’une station à une autre en ajoutant à la voie ce qui n’est pas enjoint au risque de ne trouver aucune fin possible pensant [par erreur] que la voie est un chemin sans fin, ce qui est faux bien sur, la voie à une fin même si elle est allongée dans le temps [pour certains]. Donc le rajout est égarement.


Le rire à vive voix. Le sens est le rire excessif synonyme de manque de politesse vis-à-vis de Dieu et de Son Prophète (§). Le rire excessif s’explique par le manque de soumission à Dieu et l’agitation de l’apparence extérieure. Ces rires scindent la soumission et la quiétude du disciple, il doit s’en défaire.


Boire et manger volontairement. Ces appétits bafouent la quête spirituelle et ce qui est demandé au disciple est d’élever son niveau, de celui des bestiaux à celui des anges, c’est-à-dire prendre leur exemple : ne point manger et louer Dieu en lot. La faim est l’une des souches de la voie -et ses avantages n’ont nullement besoin d’être rappelés- principalement lorsqu’elle est recommandée par le Maître éducateur, le désobéir et tomber dans la tentation de manger abolie la ligne de conduite que le disciple s’était engagé à suivre scrupuleusement son Maître.

 

Ajouter de sa propre volonté à la voie ce qui n’est pas prescrit même si ce n’est qu’une prosternation, bien que celle-ci soit synonyme de soumission et humilité, mais le fait de l’ajouter de sa propre volonté avant l’autorisation du Maitre, ceci annule la prière. Donc, tant que le disciple est sous l’obédience de son Maitre, il doit observer ses commandements et ses proscriptions et ne saisir que ce que le Maitre a permit de prendre.


Régurgiter volontairement. Le sens est faire jaillir ce qui caché en soi des vérités divines sans que nécessité oblige, ce qui prouve le manque de sincérité et une disposition à trahir. Dans ce cas, tout le parcours spirituel est abrogé et le disciple évincé car il n’est plus apte à taire les secrets comme dit un proverbe soufi : « les cœurs des hommes libres sont des tombes qui renferment les secrets ».


Se rappeler soudain d’une obligation de la voie. Par exemple, se rappeler d'un des piliers de l’Islâm comme la prière, le jeûne etc… pendant que le disciple est en quête dans la voie soufie et occupé à évoquer (le Nom Divin) dans sa retraite, cela rompt la prière spirituelle. Il doit dans ce cas accomplir ce qui est obligatoire d’abord, ensuite entamer les engagements de la voie. Précisons que les obligations qu’il a dû manquer ne doivent pas être excessives sinon la repentance est nécessaire car elle efface tout manquement aux ordonnances.


La négligence d’une chose nécessaire à son temps (qablî). C’est-à-dire une des choses nécessaires a dû être oubliée d’être mise en œuvre avant d’arriver au Divin, mais cela ne concerne que les choses qui se composent de trois aspects inspirés (sunnan) chez les soufis, par exemple sortir de sa retraite spirituelle avant d’arriver au but de sa quête. Cette retraite est effectivement composée de trois aspects inspirés : l’isolement (‘uzla), évocation (du Nom Divin) (dhikr) et la pensée méditative (fikr). Donc se séparer de la retraite abroge le parcours d’avant. Si la retraite a occupé beaucoup trop de temps sans aucun résultat, le disciple doit en sortir et se réarmer de sérieux et de bonne volonté, nuits et jours, au début comme à la fin, il ne doit pas gouter au repos tant qu’il n’a pas accès à la divinité et surtout invoquer le Divin de lui porter assistance.


En revanche, si cette chose nécessaire à son temps (qablî) n’est composée que d’un aspect inspiré, pas de très grande importance, le chemin (spirituel) parcouru reste valable, mais cela ne doit pas encourager le disciple à ralentir la cadence dans ses efforts spirituels, la persévérance reste une bonne chose. Il doit observer les aspects inspirés comme les obligations prescrites sans en négliger quoi que ce soit car le dévoilement (fath) peut être associé à n’importe quelle chose et caché sous n’importe quel aspect et la négligence de certaines choses mène à la négligence du tout.

À suivre (inch-Allah)…


Traduit de l'Arabe par Derwish al-Alawî
Les Amis du Cheikh Ahmed al-Alawî
 
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