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« TEMPS » Article d'El Balagh El Djazairi du 30.05.1936
Historique de la confrérie - Articles des journaux et magazines de l'époque
Écrit par La presse algérienne   
Samedi, 30 Mai 1936 00:16

 

El Balagh publie sous le pseudonyme « Un musulman sincère dans ses Conseils », un article où l'auteur anonyme parle de la création des cercles, des journaux et revues et des écoles coraniques appelées pompeusement médersas, dans toute l'étendue du territoire et donne son avis sur le but poursuivi par leurs fondateurs. Généralement, dit-il, toute œuvre sociale destinée à servir les intérêts généraux du public plait au public et trouve du crédit ; cependant, les animateurs de ce mouvement, qu'on peut compter sur les doigts, se fervent dangereusement d'une méditation dont ils ne connaissent ni la composition, ni l'application, ni les effets. Le public qui s'engoue des doctrines professées dans ces institutions, commet une faute grave, car elles tendent à des fins contraires à celles escomptées ; il écoute tous les brailleurs sans savoir s'ils le mènent au salut ou le précipite dans la géhenne. Or, les brailleurs du second cas forment le 99 pour cent ou la majorité de ceux qui se donnent comme chefs.

 

 

Vacillation de la politique intérieure

Le Défaut Des Ulémas, c'est l'amour du panache ; et le défaut des chefs politiciens, c'est de pratiquer une politique faible

 

« Lecteur, ajoute l'auteur, ouvre bien tes yeux, regarde du côté des journaux interdits ou en cours de publication, lis dans leurs colonnes et examine leurs principes et les fins auxquelles ils tendent, tu remarqueras que si ces feuilles s'apparentent à la presse leurs rédacteurs ne possèdent aucun sens journalistique ; ici, la panacée devient le poison foudroyant ou l'ivraie mortelle pour les esprits -et pour les âmes.

 

« A la, mesure de ces journalistes, les présidents ignares qui sont à la tête de toutes les institutions auxquelles il est fait allusion au début de notre article, n'ont ni qualité, ni compétence, ni la moindre connaissance des intérêts du peuple ; ils mènent la barque à la dérive et finiront par la perdre.

 

« Le malheur, c'est de voir entrer un âne parmi des chevaux de course pour leur disputer la coupe de la victoire ; il est honteux de voir ce bourricot abuser les spectateurs et leur laisser espérer qu'il gagnera la courge ; il serait scandaleux de voir que parmi ces spectateurs il se trouve des aveugles qui croiront l'âne et le préféreront aux chevaux.

 

« Ceci exposé, nous pouvons passer à l'étude du sujet de notre article et examiner les origines et les causes du trouble jeté dans les esprits et tirer les conclusions logiques qui doivent en découler. Il nous est pénible de voir que ce pays devienne, plus faible qu'il ne l'est, subisse plus de souffrance et plus de pauvreté. »

 

Le spectacle qui s'offre à la vue de tous, c'est, d'un côté une population émotive, ignorante et à courre vue et, de l'autre, des tètes dures, des âmes malfaisantes, des chefs enivrés par leur succès, des mégalomanes éthylique.

 

Le mouvement politique en Algérie, a pris naissance en 1926 ; il s'étendit ensuite aux villes, aux bourgs et aujourd'hui il englobe les campagnes, le Sud et les confins au territoire. Si, au début, il se manifestait sous les apparences d'un malaise indéfini, il prit forme lors du départ de la délégation Chekiken à Paris, lequel fut suivi des démissions de ses membres de leurs mandats politiques et des démissions d'autres dus en signe de protestation. Il y eut ensuite le retrait de toutes ces démissions ce qui confirmait déjà la défaillance de ces hommes et leur manque de discernement en matière politique : ils échouèrent piteusement. La vérité se fit jour lors des élections de l'an dernier auxquelles participèrent toutes les organisations indigènes et même les sociétés religieuses et d'enseignement, cependant que leurs statuts le leur interdisent formellement.

 

Ces sociétés ont su exploiter les simples et la foule des émotifs. Il y eut collusion entre ces partisans inconscients des Ulémas et les partisans des politiciens confédérés. Ce désordre nécessita l'intervention de la force publique et beaucoup d'extrémistes de part et d'autre ont été incarcérés; le malheur, c'est que ce vent d'agitation souffle jusque dans l'esprit des candidats aux djemaâs qu'on vit envahir les tribunaux destinés à statuer sur la validité du vote et en appeler même aux tribunaux supérieurs de Paris, cependant que ces candidats ne connaissent rien ni de la politique; ni des attributions des djemaâs. Or, ces protestataires qui se sont ruinés en inutiles, n'ont fait qu'obéir au mot d'ordre venu d'en haut soit des chefs politiciens, soit des chefs religieux.

 

A l'analyse de ces élections, il apparaît logiquement que ceux qui y prirent une part directe et active n'ont succombé à aucune tentation personnelle : ils ont tous obéi à autrui. Tel fut le cas des hommes religieux qui exercèrent leur influence religieuse sur le vote ; plusieurs pseudos Ulémas et beaucoup de jeunes talebs qui s'intitulent professeurs, se sont servis de leur titre pour influencer le vote ; il en a été de même de leurs élèves ; ce faisant, ils ne poursuivaient aucune visée personnelle ; ils ont tous obéi à un mot d'ordre.

 

Par leur immixtion, ils ont empoisonné les esprits et égaré l'opinion publique. Cet égarement a été favorisé par les mensonges répandus dans les cercles au cours des conférences faites par les extrémistes et les impulsifs ignorants et aussi dans les journaux et les tracts rédigés par des agités ou des amateurs. Fait aggravant : les gens délaissèrent leurs affaires, abandonnèrent leur travail pour assister aux réunions et écouter les propagandistes et les agitateurs. Les politiciens et les chefs religieux profitèrent de ce relâchement dans le travail et les occupations pour intensifier l'agitation dans les esprits tantôt au nom de l'« Islah, tantôt au nom de la religion et du "Ilm" si ce n'est au nom du droit ; la réaction qui en est résulté, c'est que les ignorants et les émotifs qui sont très nombreux sont arrivés à mésestimer l'autorité et à se mesurer aux fonctionnaires.

 

Les mesures prises par le Gouvernement n'ont pas diminué le trouble et l'agitation dans les esprits ; au contraire, tant que durent les chefs et les leaders, elles ne feront que s'accroître ; ceux-ci continuent à organiser des tournées de propagande et il est à craindre que l'agitation qui souffle dans les esprits ne dégénère en émeutes.

 

Il n'y a qu'un seul remède à cet état de choses poursuit l'auteur, l'instruction appuyée sur l'enseignement professionnel et l'artisanat, relèvement un niveau économique des indigènes, protection de l'agriculture, révision des dettes qui grèvent le domaine foncier, suppression des lois d'exception, protéger le travail et le salaire de l'ouvrier, créer des établissements de crédit pour les indigènes comme on l'a fait pour les colons ; modération des impôts, liberté des réunions, de la presse, de l'enseignement, représentation parlementaire.

 

Quant à la politique algérienne, elle a ses caractéristiques propres qui la différencient des autres méthodes politiciennes. Il est criminel que les pseudos chefs et les prétendus leaders s'inspirent de la politique européenne, égyptienne, syrienne, irakienne ou turque pour y conformer la politique algérienne.

 

« Il est nécessaire que nous élevions une séparation entre celle-ci et celle-là, car nous voulons remédier à notre situation par les moyens normaux que mettent à notre portée les grands hommes de France avec lesquels nous désirons collaborer dans une atmosphère calme et sereine et sur le terrain de l'entente.

 

Vouloir le contraire, c'est-à-dire faire de la revendication comminatoire, c'est précipiter le pays dans les pires calamités et reprendre tout à cent ans en arrière ; c'est retourner aux siècles obscurs où les tyrans sévissaient avec la cravache et la corde à nœuds contre un public réduit à l'esclavage et rangé parmi les bêtes.

 

Que les pseudos chefs religieux et les soi-disant leaders méditent sur les conséquences funestes de leurs folles entreprises ; ils conviendront que leur politique hypocrite et sournoise ne peut procurer aucun bien.

 

Auparavant nous ne disions rien parce que certains journaux français avaient démasqué le jeu de ces politiciens qui se mirent à protester de leur bonne foi, de leur loyalisme et à accuser ces journaux de feuilles mercenaires à la solde de l'Administration et leurs rédacteurs de stipendiés. Le journal Le Temps vint confirmer ces accusations. Ces rumeurs qui défrayent la presse française à quoi peuvent-elles aboutir si ce n'est « à détourner de nous nos plus ardents défenseurs parmi les Français et à décourager le Gouvernement au moment même où il s'occupe d'améliorer notre situation. Loin de les contredire, les chefs religieux et les politiciens ne font que les confirmer.

 

« Nous avons relevé dans le journal « Ach Chihab » de Constantine ; numéro d'avril, un long article sous le titre : « Une déclaration non douteuse » où l'auteur, après avoir pris à partie les marabouts et les confédérés, arrive à dire « Ce pays n'est pas la France ».

 

Nous ne critiquons pas l'auteur de l'article pour s'être moqué de la France ; nous laissons ce soin à des gens plus qualifiés ; nous lui répondons seulement pour ce qui concerne les soufis. Et l'auteur de cet article conclut par une réponse à l'attaque dirigée contre les soufis par « Ach Chihab », réponse contenant uniquement des considérations d'ordre métaphysique et religieux.

 

Article d'El Balagh El Djazairi qui apparut sous le titre « TEMPS ». Traduit en français et publié dans L’Écho de la presse musulmane. Informations des pays d'Orient le 30/05/1936