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41-Muhammad Ben al-Habîb al-Bûzîdî, dit : Sidi Hammou Cheikh
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Écrit par Derwish al-Alawi   
Mercredi, 07 Novembre 2012 03:11

Muhammad Ben Al-Habîb Ben Abdullah Ben Ahmad Ben Zidane Ben as-Saghir Ben Al-Jilâli Ben Abbou Ben Abdullah Ben Ahmad Ben M'Hamad Ben Abdul-Rahman Ben Ali Ben Abdul-Malik Ben Ibrahim Ben Amer Ben Othman Ben Ishaq Ben Ali Ben Bûzîd "al-Ghawth" (enterré à Aflou), Ben Ali Ben Mûssa Ben Ali Ben Mehdi Ben Safwân Ben Yassâr Ben Mûssa Ben 'Îssa Ben Idrîs "al-Azhar" Ben Idrîs "al-Akbar" Ben Abdullah " al-Kamel " Ben Hassan " al-Muthanna " Ben Hassan "al-Sibth" Ben Ali Ben Abî Tâlib et Fatima az-Zahra fille du prophète Muhammad Messager de Dieu "qu'Allah lui alloue d'avantage de Sa proximité et que le salut soit sur lui". (Autre orthographe : El Bouzidi).


Sa naissance et son éducation 1814 / 1229 H (voir lien)

Muhammad Ben al-Habib al-Bûzîdî (al-Bouzidi), qu'Allah soit satisfait de lui, est né dans le sud de la ville de Mostaganem dans la vallée des jardins, connue maintenant sous le nom de "Dabdaba" et plus précisément à "Jenâne Takarli " en 1814 / 1229 H.

Il reçu les principes de l'éducation de son père al-Habib qui était un éminent savant de la région, puis il se déplaça quelques années plus tard, au village "Bouguirat" dans la périphérie de Mostaganem à la zawiya Sanûsiyya et devint l'élève de l'éminent Cheikh Sharef Ben Takkûk où il apprit le Qurân et ses sciences, la jurisprudence (Fiqh) et la grammaire.

L’émigration et sa rencontre avec son maitre 1834 / 1249 H

Lors de cette période de scolarité, Muhammad al-Bûzîdî, qui n'avait pas encore atteint l'âge de vingt ans, retournait de temps à autre à la ville de Mostaganem pour rendre visite à sa famille. Un jour, alors qu'il était chez ses parents, il accompagna son père au marché et fut arrêté par les autorités coloniales françaises l'accusant d'être "un informateur de l'émir Abdul-Qâdir, en venant au marché s'informer et transmettre les nouvelles à la résistance." Le responsable de cette accusation était un agent "musulman" qui collaborait avec l'autorité militaire française. Il resta quelques jours en prison sous la torture, puis relâché sur l'intervention de l'un de ses oncles maternelle "les Khuwâkha" c.-à-d. de la famille Ben Yakhû, qui lui conseilla de quitter la ville sinon il risquait de se faire tuer.

Il quitta sa ville natale et pris la direction de l'ouest algérien jusqu'à ce qu'il atteignit Tlemcen. Comme il ne connaissant personne dans cette ville, il se dirigea tout naturellement vers le tombeau du "Ghawth" (le secours) Abu Madiyan Shu'ayb al-Andalusi, qu'Allah soit satisfait de lui (le saint patron de Tlemcen), qui se trouve sur la colline "d'al-'Ubbâd".

A ce propos, Ahmad al-Alawi, qu'Allah soit satisfait de lui, avait rapporté que son maître al-Bûzîdî avait narré les détails de sa visite au tombeau d'Abu Madiyan Shu'ayb : "je passai une nuit auprès de sa tombe et après avoir récité du Qurân, je m‘endormis. Il vint alors vers moi avec l’un de mes ancêtres (Bûzîd "al-Ghawth"), ils me saluèrent puis il dit : va au Maroc, j’ai aplani la voie pour toi, je répondis : mais le Maroc est plein de serpent venimeux, je ne puis habiter là-bas. Alors il passa sa main bénie sur mon corp et dit : va et ne crains rien, je te protègerai contre tous les malheurs qui pourraient t’arriver ! Je m’éveillai tremblant d’une crainte révérencielle, puis immédiatement quittant sa tombe, je me dirigeai vers l’ouest et ce fut au Maroc, que je rencontrai le Cheikh Muhammad Ben Qaddûr al-Wakîli, qu'Allah soit satisfait de lui !" Sa zawiya se trouvait au Djebel Kerker dans la région du Rif, chez les Béni-Bu-Yahya. C'est alors que sous son obédience que Dieu lui favorisa l'ouverture de son œil intérieur ou le dévoilement (al-Fath) et devint par la suite très proche de son maître où il passa plusieurs années à son service (quarante années selon Abdul-Qâdir Ben Tâha, connu par Dahhâh al-Bûzîdî). C'est pour cette raison qu'al-Bûzîdî ordonnait souvent à ses adeptes de visiter le tombeau d'Abu Madiyan Shu'ayb et mentionnait ses bénédictions et ses faveurs.

Les premières années du nouveau Cheikh Darqâwi 1868 / 1285 H

Lorsque Muhammad Ben Qaddûr al-Wakîli senti l'heure de la mort approcher, à de nombreuses reprises, faisait l'éloge de son élève en disant : "al-Bûzîdî a pris la gourde (d'eau) avec ses liens !" (La gourde est faite avec de la peau de chèvre et on la maintenait fermée par des cordes ou des ficelles). Cette allusion ne peut être plus claire, elle indiquait qu'il était son successeur et l'héritier du dépôt (Amâna). Il autorisa par la suite à plusieurs de ses disciples la transmission des enseignements de la Tarîqa Darqâwiyya, de guider et leur permis de retourner auprès de leurs familles, parmi eux :

Abdul-Qâdir Ben 'Adda al-Bu'abdilli enterre à (Relizane, Algérie)
Muhammad Ben Massûd de (Ghazawât, Algérie)
Muhammad al-Hibrî enterré à (Ahfîr, Maroc)

Ensuite il chargea Muhammad al-Bûzîdî de le succéder, à gérer sa zawiya et veiller à l'éducation de ses enfants encore jeunes, et lui ordonna de ne point quitter cet endroit jusqu'à ce qu'il ait la permission.

Apres le décès de Muhammad Ben Qaddûr al-Wakîli, qu'Allah soit satisfait de lui, Muhammad al-Bûzîdî mena à bien son rôle de maitre éducateur et guide spirituel. Il usait avec sagesse dans la méthode de son éducation. Plus fréquemment, à mesure que le nombre d'adeptes augmentait et ne trouvaient pas d'endroit pour s'asseoir lors des cérémonies spirituelles, par manque de tapis. Il ordonnait qu'on coupe de grandes feuilles épaisses plus ou moins rondes et les étaler sur le sol de sorte qu'elles forment un tapis vert et leur disait : "asseyez-vous ! Ce sont des étoffes de soie fine et de brocart !" Faisant ainsi allusion à un passage du Qurân : " Voilà ceux qui auront les jardins du séjour (éternel), sous lesquels coulent les ruisseaux. Ils y seront parés de bracelets d'or et se vêtiront d'habits verts de soie fine et de brocart, accoudés sur des divans (bien ornés). Quelle bonne récompense et quelle belle demeure ! " (Âyah [31] de la Sourate [18] (Al-Kahf).

Il resta quelques années à remplir sa mission en plus de son rôle de tuteur des enfants de son maitre. Jusqu'au jour ou l’un des enfants manifesta de l'hostilité envers lui, il fut trompé par une personne atteinte de jalousie envers Muhammad al-Bûzîdî l'accusant des plus odieux des actes immorales et les incita à le tuer, car d'après lui, il s'est emparé de la zawiya de leur père et occupait leur place.

Lorsque Muhammad al-Bûzîdî fut alerté de ce qui se passait dans les coulisses par l'un de ses fideles adeptes, il pris tout de suite la décision de partir et dit: "ceci est un signe et la permission de décamper et aller là où Dieu veut, et grâce à Dieu, j'ai mené jusqu'au bout ce que m'a chargé mon maitre dans l'éducation de ses enfants et maintenant, je suis convaincu qu'ils ont atteint l'âge adulte, donc je n'ai plus rien à craindre pour eux."

Son séjour à Wardâna et début de sa célébrité

Ainsi Muhammad al-Bûzîdî quitta le mont Kerker et la zawiya de son maître et alla chez les Béni Sa’ïd. Il fut rejoint peu de temps après par ses disciples de la zawiya de Kerker et pu reprendre son enseignement. Mais la menace grandissante de le tuer devint de plus en plus sérieuse, ce qu'il le poussa à partir de nouveau par une nuit en direction de l’est, en marchant seulement pendant la nuit et évitait de le faire de jour, afin qu'il ne soit repéré par ceux qui demandaient sa mort. Jusqu'à ce qu'il arriva à l'heure de la prière du soir ('Ishâ) à Wardâna, un petit village de la tribu des Béni Oulichek. Il se dirigea vers sa mosquée et demanda l'hospitalité. On lui demanda de se présenter, il leur répondit : "J'enseigne le Qurân et l'éducation religieuse pour les enfants." Ils lui offrirent à manger, puis dirigea la prière du soir ('Ishâ). A la fin de la prière, ils s’excusèrent de ne pouvoir l'héberger dans leurs foyers par crainte "pour lui" des attaques des tribus. Certains lui ont demandé de passer la nuit à la mosquée mais l'ont mis en garde contre un sournois démon (Jinni) qui hante la mosquée et qui aurait causé la mort à une grande partie des enseignants du Qurân puis ont rajouté : "Si vous êtes tel que vous le dites, vous voilà libre dans la mosquée, sinon partez et sauver votre peau." Il leur répondit par ces mots : "Personne ne peut mourir que par la permission d'Allah. (Âyah [145] de la Sourate [3] (Al-Imrân), moi-même, ainsi que cet injuste, n'échapperons pas aux décrets de Dieu".

Après que les personnes se dispersèrent et rejoignirent leurs foyers, Muhammad al-Bûzîdî resta assis en méditant en la compagnie du Très-Haut, jusqu'à ce qu'est lui apparu le démon sous une forme redoutable et une voix horrible, il crachait du feu et la fumée de sa bouche et de son nez. Cheikh al-Bûzîdî récita sourate (al-Ikhlâs). C'est alors que Dieu raffermi son cœur et lui apporta son soutien. Il répéta en boucle la récitation, tout en pointant son index vers le démon qui ne cessait de se déplacer, jusqu'à ce que la lumière de la Sourate le brûla et le transforma en poignée de cendres. Le Cheikh put par la suite se reposer et dormir. Avant l'aube, il se leva pour lire ses litanies (Awrâd) et faire la prière du matin (Fajr) en solitaire.

Quelques moments après, la population du village est venue voir le cheikh "al-F'qîh", on le trouva dans la quiétude et le réconfort psalmodiant ses litanies. Etonnés, ils lui demandent ce qu'est devenu l'injuste (Jinni), il leur répondit : "Dieu a purifié la mosquée de sa présence" et pointa son index vers la poignée de cendres en disant : "enterrez-la !" Leurs pupilles alors grandissaient et devenaient rondes devant ce fabuleux prodige. Ayant manifesté le désir de prendre congé, et devenu désormais digne de considération à leur yeux ébahis, ils l'empêchèrent de partir et fut prié de rester, en évoquant la nécessité d'éduquer leurs enfants, et insistèrent longtemps. Leur intention était de faire en sorte qu’il fût détourné de son voyage, pour parvenir à cette fin, leur illustre notable Mohammed Ben Yahya al-Wardâni lui proposa de le marier à sa fille Fatima al-Wardâniyya, sans condition aucune ; ce qu’il accepta et fini par rester parmi eux.

La nouvelle du prodige s'est répandue dans tout le nord du Maroc et arriva tout naturellement aux oreilles des fuqâras de la zawiya de Kerker, qui ne tardèrent pas à rejoindre leur maître, mais Cheikh al-Bûzîdî leur a ordonné de repartir en disant : "Je ne vais pas rester ici, je suis déterminé à retourner à mon pays".

Le village de Wardâna est devenu des lors, un centre spirituel qui attira des personnes assoiffés de savoir et de vérité. Cheikh Muhammad al-Bûzîdî prodiguait ses enseignements et forma des professeurs ('Ulâma) dans le droit (Sharî'a) et la mystique (Tassawwûf), dont un grand nombre d'entre eux sont devenus des imminents savants et des gnostiques ('Arifina biLlah). C'est ainsi que, dans ce village, Cheikh Muhammad al-Bûzîdî, fut surnommé " Sidi Hammou Cheikh", car dans le nord du Maroc dans la région du Rif, la population rurale prononce le nom de Muhammad par Hammou.

Le retour au bercail et diffusion de la tarîqa Darqâwiyya 1874 / 1291 H

Lorsque Cheikh al-Bûzîdî a vu que l'appel à Dieu était accepté et qu'il touchait à sa fin, que les cœurs des croyants baignaient dans la lumière et que la bénédiction se déploya dans le pays. Il prit conscience que sa mission est terminée dans cette région.

En compagnie de son épouse, il se dirigea en direction de l'Algérie, à sa ville natale Mostaganem. Arrivé à Melilla, il passa deux jours dans la mosquée de Moulay Idris puis prit le bateau pour Mostaganem.

Sa résidence des lors, était une maison qui se trouvait à coté de la mosquée de Sidi Ya'qûb. Au début il n'invita personne à la voie et se contenta seulement d’enseigner le Qurân aux enfants et resta pour un certain temps assez discret. Il fini par appeler les gens à Dieu et acquérir par la suite une zawiya et beaucoup de gens s’attachèrent à lui.

Mais pour l’éprouver, Allah mit sur son chemin un homme qui était cheikh de zawiya ou de bénédiction (tabarruk) pour ainsi dire, qu’il lui fit si grand tort qu’il se trouva en butte à toutes sortes de difficultés. Sur l’injonction du Prophète, "qu'Allah lui adresse ses prières et salutations", (vu en rêve) qu‘il l’ordonna de rester silencieux. Il fut forcé de fermer sa zawiya et n'invita personne d’autre à l'appel à Dieu, mais continua toutefois à enseigner le Qurân aux petits, et rendait visite de temps à autre à ses adeptes dans leurs lieux de travail pour s’informer de leurs états spirituels et leur cheminement. Ce mutisme dura cinq ans. Une autre vision onirique l’encouragea à propager de nouveau les enseignements Darqâwi, il vit une grande assemblée de fuqâras et chacun portait au cou son rosaire.

La rencontre de son vicaire Ahmad Ben Mustafa al-Alawi 1893-94 / 1310-11 H

Cheikh al-Bûzîdî ne tarda pas alors à croiser le chemin de son futur disciple Ahmad Ben Mustafa al-Alawi et son associé (dans le commerce) Ben 'Awda Ben Sulaiman (aux environs de 1893/94), ce dernier, fût le premier à s'attacher au maître al-Bûzîdî deux mois avant son associé lorsqu'il reconnu en lui les signes du guide et de l'orientation vers Dieu. Bien que Cheikh al-Bûzîdi vivait certes effacé, mais sa droiture d’âme, ses vastes connaissances sur le plan soufique, sa douceur malgré les adversités, tout semblait le désigner comme seul guide spirituel valable dans Mostaganem, c’est du moins ce que pensait Ben 'Awda Ben Sulaiman et qui en parlait longuement à Ahmad al-Alawi avec une emphase sincère.

Un jour, Cheikh al-Bûzîdî passait devant la boutique des deux associés, il tenait comme à ses habitudes sa canne dans la main et son chapelet autour de son cou, et voilà que, Ben 'Awda Ben Sulaiman s’avança vers lui, l’invita à entrer dans la boutique et à s’asseoir, le Cheikh ayant accepté l’invitation, ils s’entretinrent un moment, tandis qu’al-Alawi était absorbé par son travail. Cheikh al-Bûzîdî, ayant manifesté le désir de prendre congé, fut prié de retourner auprès des deux amis et de ne plus interrompre ses visites. "Ses propos sont d’une teneur plus élevées que ce qu’on lit dans les livres", fit remarquer Ben 'Awda Ben Sulaiman. Le Cheikh revint voir les deux amis assez fréquemment. Deux mois plus tard, Ahmad al-Alawi fut affilié à la tarîqa Darqâwiyya (1894). De nuit Cheikh al-Bûzîdî prodiguait des enseignements aux disciples qui affluaient de plus en plus nombreux dans la boutique des deux amis, qui revêtait plus le cachet d’une zawiya que celui d’un lieu de commerce. De jour, ils s’y adonnaient au dhikr.

Un jour, un imminent savant de Sfax (Tunisie), fût invité à Mostaganem. A l’époque, la population de cette ville accueillait avec joie les hommes de Dieu, de science et de droiture et se rassemblait autour d'eux au point qu'elle fut surnommée ( la petite Egypte). L'appel fût donc lancé que "le Cheikh Muhammad Zâfer al-Madani al-Sfâxi est l'hôte de la zawiya du Cheikh al-Harrâg Benkritly située à Tijdit près de la tombe de Sidi as-Sanûsi, venez nombreux à la réunion, venez en profiter."

Au cours de la réception dans la zawiya du Cheikh al-Harrâg Benkritly, qui était des lors en vie, connu comme étant un homme saint, charitable ; a dépensé tout son argent dans des projets de charité pour l'amour de Dieu. Toutes les dépenses de ces jours de réunions spirituels avec ses obligations d'hospitalité en raison de la présence de son hôte tunisien et le public, étaient à ses frais. Il a du arriver qu'il s'absente quelques moments aux yeux des invités pour formuler des directives concernant quelques services pour ses hôtes, Cheikh al-Madani l'appela alors à haute voix : "Sidi al-Harrâg", à trois reprises, (al-Harrâg : littéralement brûleur). Cheikh al-Bûzîdî, qui était alors présent, assis au dernier rang, lui dit aussitôt : "al-Harrâg (le brûleur) ne l'est vraiment dans notre voie que, seulement, lorsqu'il brûlera tout l'univers du trône jusqu'à son étendue !" Cheikh al-Madani fut surpris par ces paroles et demanda qui était l’homme qui vient de parler ? Les Ulémas qui étaient à ses cotés lui répondent : " il se nomme al-Bûzîdi, c'est un maitre du Qurân pour les enfants." Cheikh al-Madani répondit : "C'est plutôt un maitre pour les adultes, appelez le !" Cheikh al-Bûzîdî avança et s'assoie près de lui et discutèrent tous les deux des sciences de la communauté des soufis ('Ilm al-Qawm).

Lorsque Cheikh Muhammad al-Madani s'aperçut très clairement du véritable statut du Cheikh Muhammad al-Bûzîdî, il se mit debout et s'adressa au public en exprimant son admiration pour Cheikh al-Bûzîdî et fini son allocution par ceci : "Frères, pour demain, si Dieu le veut, chacun de vous notera sur un feuille tout ce qu'il lui passe par la tète, en mentionnant son nom et me l'apporte." Cheikh al-Bûzîdî chargea son disciple Ahmad al-Alawi de notifier ce qui l'inspire. Le lendemain, beaucoup de personnes apportèrent avec eux des bouts de papiers et les posèrent devant Cheikh al-Madani qui s'est mis à les lire et fut interpellé par une feuille qui comportait ces vers :

Selon ton désir, par un regard,
Tu abreuveras toute l'humanité
Sinon, par un simple coup d'œil,
Tu effaceras le monde entier

Il l'a saisi et dit : "Prenez ces papiers et brûlez-les !" puis demande à son entourage : "qui a écrit ceci ?" Ils lui répondent : "Il est le disciple de l'homme qui a parlé hier." Il s'étonna alors du cas particulier de la population de Mostaganem. Puis prit publiquement la parole. Après avoir loué et glorifié Dieu et adresser ses prières et ses salutations sur le Prophète Muhammad, qu'Allah lui adresse ses prières et salutations. Il déclara ceci : "Ô gens de Mostaganem, comment avez-vous négligé un homme qui est le guide contemporain, et unique en son temps. Je le jure par Dieu l'Unique, si j'avais su qu'un homme tel que lui (en dirigeant avec respect sa main en direction du Cheikh al-Bûzîdî) se trouvait dans cette ville, je ne serai pas venu, et s'il en était indispensable, je ne viendrai pas sans sa permission !" Puis conclu en disant : " Ô gens de Mostaganem, si votre désir est Dieu, votre ville est pleine (de gnostiques), quand à moi, ne m'attendez plus après ce jour ! " Il quitta alors Mostaganem et n'est plus revenu depuis lors, qu'Allah soit satisfait de lui et le comble de sa miséricorde, de ses bienfaits et de ses faveurs.

En cette nuit, et au milieu de cette vaste assemblée, la célébrité du Cheikh Muhammad al-Bûzîdî est réapparue à nouveau, et s'attacha à lui certains individus des plus éminentes et illustres familles de Mostaganem connues pour la pureté de leurs éthiques morales. Au fur et à mesure que le nombre d'adeptes augmentait, le Cheikh al-Bûzîdî vit donc la nécessité et l'obligation d'orienter vers Allah et de ressusciter la tariqa Darqawiyya.

Cheikh al-Bûzîdî pu à nouveau s’acquérir d’une zawiya à Tijdit et on vit venir en particulier les grands maitres tels que Cheikh Muhammad Ben Yallis (Benyelles) de Tlemcen, qui fût un Cheikh Darqâwi et immigra par la suite en Syrie, ainsi que Cheikh ’al-'Arbi as-Shawwâr de Tlemcen également et d'autres de divers endroits de l'ouest du pays et le nord du Maroc et jusqu'au Moyen-Orient. Beaucoup ont obtenu par la grâce de Dieu l'ouverture de l'œil intérieur ou le dévoilement (al-Fath), et grâce à eux, combien de fois ont rejoint la tariqa Darqawiyya les tribus tels que les Béni-Zeroual et les Awlâd Ahmed, les Selâtniyya et les Sedâyriyya et Âl al-'Utbî et beaucoup de gens s'y attachèrent que ce soit individuellement ou en groupes.

Son enseignement

Quant à la manière dont le cheikh guidait ses disciples d'étape en étape, elle était variable. A certain, il aurait parlé de la forme dans laquelle Adam fut crée, a d'autres des Qualités divines ; chaque enseignement étant particulièrement approprié à chacun. Le cheikh veillait sur le disciple, l'interrogeait sur ses états et le fortifiait dans le dhikr de degré en degré, jusqu'à ce que, finalement, il parvint à un terme où il fut conscient de ce qu'il voyait par son propre pouvoir et sans l'aide d'autrui. Le cheikh n'était pas satisfait tant que ce point n'était pas atteint et il avait l'habitude de citer les paroles Dieu qui concernent : " "Celui que son Seigneur a rendu certain et dont Il a fait suivre la certitude d'une évidente directe" (Âyah [17] de la Sourate [11] (Hûd).

Quand le disciple avait atteint ce degré de vision indépendante, qui était puissant ou faible selon sa capacité, le cheikh le ramenait vers le monde des formes extérieures qu'il avait quitté et celui-ci lui apparaissait comme l'inverse de ce qu'il était avant, simplement parce que avait lui la lumière de son œil intérieure. Il le voyait comme "Lumière sur Lumière" et ainsi qu'il était avant, en réalité.

Il disait que le mieux pour le disciple serait qu'il se préoccupe de la purification de son for interne avant la réception de la Lumière divine, jusqu'à ce qu'il soit irradié de la lumière de son seigneur. (Takhliyya qabl Tahliyya). C'est alors seulement qu'il connaîtra le sens de l'unicité.

Le disciple ferais mieux également d'interrompre provisoirement ses cours de théologie (Fiqh), jusqu'à ce qu'il soit irradié de la lumière de son seigneur, car c'est un devoir que de privilégier l'important par rapport aux choses secondaires"

L'infini ou monde de l'Absolu, que nous concevons extérieur à nous, est au contraire universel et existe tel aussi bien en nous-mêmes qu'au dehors. Il n'y a qu'un monde : c'est celui-là.

Ce que nous considérons comme le monde sensible, le monde du fini ou temporel, n'est qu'un ensemble de voiles cachant le monde réel. Ces voiles sont nos propres sens qui ne nous donnent pas la vision exacte des choses, mais qui, au contraire, en empêchent et limitent la pleine perception : nos yeux sont les voiles de la vraie vue ; nos oreilles un voile de l'ouïe véritable, et ainsi des autres sens. Pour se rendre compte de l'existence du monde réel, il faut faire tomber ces voiles que sont les sens ; il faut en supprimer tout fonctionnement, fermer les yeux, se boucher les oreilles, s'abstraire du goût, de l'odorat, du toucher. Que reste-t-il alors à l'homme ? Il reste une légère lueur qui lui apparaît comme la lucidité de sa conscience. Cette lueur est très faible à cause des voiles qui l'entourent ; mais il y a continuité parfaite entre elle et la grande lumière du Monde infini. C'est dans cette lueur que se concentre alors la perception du cœur, de l'âme, de l'esprit, de la pensée.

Le « dhikr » du Nom divin, du Nom de l'Infini « Allah » est comme le va-et-vient qui affirme la communication de plus en plus complète jusqu'à l'identité (entre) les lueurs de la conscience et les éblouissantes fulgurations de l'Infini. Cette continuité étant constatée, notre conscience peut, par le « dhikr », couler en quelque sorte, se répandre dans l'Infini et fusionner avec lui au point que l'Homme arrive à se rendre compte que seul l'infini est, et que lui, l'Homme conscient, n'existe que comme voile.

Une fois cet état réalisé, toutes les lumières de la Vie Infinie peuvent pénétrer l'âme du soufi et le faire participer à la Vie Divine ; il est en droit de s'écrier « Je suis Allah ! ». L'opération qui lui reste à poursuivre est si subtile, tellement délicate, qu'il est nécessaire que l'esprit soit dégagé des préoccupations de tous genres et que le cœur reste vide.

Son comportement et ses éthiques morales

- Cheikh al-Bûzîdî était très connu pour son penchant à l'ascétisme, Un jour, un de ses disciple (Ahmad Ben Ismail ou Bensmaine) lui dit : "le préfet demande à vous voir", Cheikh al-Bûzîdî lui répondit : "qu'avons nous à faire avec le préfet français, que me veut-il ?" Il lui répondit : "une rencontre amicale, il voudrait savoir comment vous allez seulement." Cheikh al-Bûzîdî recueillies ses forces et son souffle et alla non sans difficulté. Une fois devant le bâtiment de l'administration, il trouva un fonctionnaire qui l'attendait et l'invita à entrer dans le bureau du préfet. Après une courte discussion, le préfet lui présenta un cadeau comportant deux Burnûs. Lorsqu'il sorti du bâtiment, il aperçût un homme déshérité, presque nu, il prit l’un des deux Burnûs et le posa sur ses épaules, puis avança quelques pas et vit un autre homme qui était dans le même état que le premier, il prit le deuxième Burnûs et le posa aussi sur ses épaules puis retourna à sa zawiya. Quelques jours plus tard, le fonctionnaire est venu voir ce que le cheikh a fait des Burnûs et s'est aperçu qu'il était habillé comme à ses habitudes. Il demanda des explications aux fuqaras, qui lui racontèrent ce qu'il a fait avec les deux hommes et ce qu'il a dit à ce sujet : "les deux Burnûs nous sont venus de la part de Dieu et Lui sont retournés, et Dieu ne néglige pas de récompenser les bienfaiteurs !"

- Cheikh al-Bûzîdî ne possédait qu'une seule Jubba (robe pour homme). Il est arrivé que quelques uns de ses disciples, se soient rendus chez lui. Il les accueilli habillé d'une robe appartenant à son épouse, surpris et perplexes, ils demandèrent la raison de cet déguisement, il leur répondit : "j'ai lavé ma Jubba et je n'ai rien d'autre à mettre seulement ce que vous voyez." Les disciples se lamentèrent d'avoir négligé leur père spirituel qui ne possède qu’un seul habit, alors qu'eux, possèdent une multitude de vêtements raffinés vu qu'ils font partie de la bourgeoisie de la ville de Mostaganem. Ils se pressèrent tous et retournèrent vers leur maitre avec des habits raffinés et d'une qualité supérieure, Cheikh al-Bûzîdî leur restitua leurs vêtements et n'en garda qu'une seule Jubba et leur ordonna de donner le reste à leurs familles et leurs proches parents défavorisés.

- Une fois, Cheikh al-Bûzîdî fut invité à une cérémonie du mariage, il répondit à l'invitation et assista au banquet. Un cheikh de bénédiction (tabarruk) accompagné de ses élèves, faisait partie des invités, mais juste avant d'entrer, on l'informa que Cheikh al-Bûzîdi était présent. Il jura par Dieu de ne pas entrer que si Cheikh al-Bûzîdî et ses disciples sortent. Le père du jeune marié perplexe, consulta son épouse, qui lui suggère ceci : "je préparerai un repas pour Cheikh al-Bûzîdî et sa famille, comme cela, tu peux le faire partir avec délicatesse." Lorsque le père du jeune marié apporta un plat de couscous au Cheikh al-Bûzîdî, celui-ci l'accepta de bon cœur et pria Dieu pour les jeunes mariés de les lier par l'amour et la bonne cohabitation à jamais, et au père le bien et la bénédiction puis s'en alla. Mais Cheikh al-Bûzîdi ne se dirigea pas à sa maison pour partager le couscous avec sa famille, car Dieu lui a dévoilé un différent qui a engendré de l'hostilité entre le père du jeune marié et une de ses sœurs, qui n'a pas été invitée à assister à la cérémonie de l'heureux mariage de son neveu. Donc, il est allé la voir et ce fut son mari qui lui ouvrit la porte, Cheikh al-Bûzîdi présenta le plat et dit : "Votre beau frère, présente ses excuses pour cet oubli et vous invite immédiatement à la cérémonie de mariage." Lorsque la femme entendit ce qu'a dit Cheikh al-Bûzîdi, elle fut inondée de joie et de plaisir et lança des youyous et s'en pressa à participer à la fête de mariage. Les parents du jeune marié se sont demandé qui les a invités ? Et ils ne le surent que par le plat qu'ils ont donné au Cheikh al-Bûzîdi, revenu plein de gâteaux. Ils reconnurent en lui la cause de cette réunion entre frère et sœur et de leur réconciliation si soudaine.

- Cheikh al-Bûzîdî, marchait une fois dans une rue, où la plupart des magasins appartenaient à des Juifs. Un des leur, assez avancé dans l'âge, tomba par terre, Cheikh al-Bûzîdi couru à lui et l'aida à se relever tout en le débarrassant de la poussière qui s’est posée sur ses vêtements et lui remis son chapeau, en lui disant : "Pas de mal, Pas de mal". Les commerçants Juifs étaient surpris du bon traitement par un porte-étendard de la Sharî'a Muhammadiyya, et depuis ce jour-là, quand Cheikh Al-Bûzîdi passait devant eux, ils le saluèrent avec vénération et grand respect.

- Un jour, un des cheikhs de bénédiction (tabarruk) dit au Cheikh al-Bûzîdi : " J'ai vu en rêve le Messager de Dieu, qu'Allah lui adresse ses prières et salutations, et m'a dit qu’al-Bûzîdi est destiné à l’enfer. " Par un sourire chaleureux qui incarne à la fois jovialité et tolérance, Cheikh al-Bûzîdi répondit par ces mots : "que Dieu vous récompense, je pensais que les gens de mon espèce n’étaient pas mentionnés par le prophète, qu'Allah lui adresse ses prières et salutations, et qu’il ne se souciait pas d’eux. Mais louange à Dieu que je sois mentionné par lui et qu'il s’intéresse à mon cas et s’en rappelle de moi, il est l’intercesseur des pêcheurs comme moi, que Dieu vous récompense par le bien et que la paix soit sur vous. "

- Mustafa Benkritly, un des disciples du Cheikh al-Bûzîdi, qui était membre du Conseil national de l'époque coloniale française, se mit un jour dans son uniforme officiel à l’occasion d’une réception du gouverneur général français en visite à Mostaganem. Cheikh al-Bûzîdi alla le voir et lui dit : "porte pour moi ceci !" il lui donne à porter les intestins et les entrailles de mouton avec du sang qui en coulait, attirant les mouches qui grésillaient autour d'eux. Mustafa Benkritly, avec toute son élégance et son privilège et le confort de son statut social, se laissa faire et suivi son maitre qui le faisait marcher dans les grandes rues de Mostaganem. Lorsqu’ils sont arrivés à "al-Matmar" ou la " porte d’al-Majâhir " qui sépare la zone européenne des quartiers populaires arabes, le Cheikh l’arrêta et lui dit : "cela suffit mon fils, je te remercie et je t’apporte la bonne nouvelle que Dieu t’a guéri de la vanité et de l'égoïsme, de l’arrogance, de toute fierté et de la notoriété. Qu'est-ce qu'un grand serviteur de Dieu es-tu ! Dieu Tout-Puissant, a rassemblé pour certains prophètes la prophétie et le pouvoir et à certains de ses saints-alliés " l'élite " (Awliyâ) le statut de sainteté et le pouvoir et cela les a rendu aussi humbles devant Dieu qu’ils ne l’étaient, par leur dépouillement, demandant ainsi le flux de Sa miséricorde et Sa protection dans le reste de leurs jours, jusqu’à ce qu’ils reviennent à Lui, en étant réellement les plus méritants à la miséricorde et la grâce du Glorieux et Majestueux. Ce grand don donné par Dieu mon fils, est réservé à l’élite de l’Amour Divin qui n’accepte pas l’arrogant et l'égoïste. Tu as satisfais ton Seigneur mon fils, que Sa Majesté soit Glorifié, heureux sois-tu d'avoir obtenu la félicité dans les deux demeures, ce monde ici-bas et celui de l’au-delà, que Dieu te préserve et prend grand soin de toi de ce qui reste de ta vie."

- Un jour, un disciple habitant la compagne vint rendre visite au Cheikh al-Bûzîdi, il était avide pour les délicieux repas qu'il allait prendre chez son maitre. Cheikh al-Bûzîdi procéda à son éducation, en élevant son niveau de conscience inférieur au niveau supérieur. Il lui apporta un plat d'haricots et lui dit : "avance mon fils et mange !" Puis posa sa main sur son estomac et lui dit : "ceci n'est qu'un intestin fétide ; comble-le avec ce qui se présente, et lève-toi à la quête de Dieu, en mentionnant Son Nom jour et nuit, peut être que Sa miséricorde t'englobera, et te ravira de ton inconscience et insouciance, et te transportera à l'éveil de la connaissance, et à la contemplation des lumières de ton Seigneur par ton œil intérieur. Lorsque l'obscurité de ta nuit se dissipera, la lumière de ton jour apparaitra, et rayonnera en toi le soleil de ta propre guidance (hidâya). Ne fléchi pas, et ne fuis pas, et ne t'écroule jamais, jusqu'au jour où tu rencontreras Dieu en le trouvant pleinement satisfait de toi."

- Cheikh al-Bûzîdi parlait à ses disciples au sujet de l’Ego (Nafs) et ses ruses pour parvenir à ses fins et qu’il est surtout conseillé au disciple de ne pas se mettre en confiance s’il voit en lui les signes positifs de la subsistance, et du bénévolat à l'obéissance à Dieu. Car l’Ego est rusé soixante-dix fois plus que le diable, et de ce fait, la ruse du Diable est faible par rapport à l’Ego. Le Diable est pour l'homme, un ennemi déclaré, alors que l’Ego est un ennemi caché. Il leur dit, se donnant lui-même en exemple : " mon Ego continue à m’en parler sur des sujets de jeunesse, alors que j’ai atteint les quatre vingt ans, et je vois bien que Satan use de stratagèmes pour me faire piéger, comme le fait le voleur dans la nuit pour s’introduire dans la maison."

- Un événement très douloureux est arrivé au Cheikh al-Bûzîdi lors de la célébration de la naissance du prophète Mohammad, qu'Allah lui adresse ses prières et salutations. Son fils a été tué par erreur lors des tirs de feu de carabines. Lorsque Cheikh al-Bûzîdi arriva sur les lieux du drame, et vit son fils gisant sur le sol saignant abondamment, un des participants lui dit : "Sidi, venez, je vais vous montrer le meurtrier de votre fils." Le Cheikh lui répond : "va t'en aberrant ! Le meurtrier de mon fils, je le connais, c’est Celui qui a condamné à mort toute âme !" Il emmena le cadavre de son fils et l’enterra et ne déposa pas plainte contre le responsable, se soumettant à la parole de Dieu Tout-Puissant : "Et fais la bonne annonce aux endurants, qui disent, quand un malheur les atteint : Certes nous sommes à Allah, et c'est à Lui que nous retournerons." (Âyah [156, 157] de la Sourate [2] (Al-Baqara).

Ses prodiges

Mustafa Benkritly (cité précédemment), l'un des disciples du Cheikh al-Bûzîdi, était en Voyage en France en compagnie d’un autre faqîr, Ahmad Bensmaine (cité précédemment également). Mustafa Benkritly tomba gravement malade et Ahmad Bensmaine faisait le va et vient à son chevet accompagné à plusieurs reprises de médecins, et à la dernière fois, il entra accompagné d'un médecin pour lui prescrire un traitement qui soulagerait sa douleur et trouvèrent Mustafa Benkritly debout sur ses jambes et en bonne santé. Le médecin lui demanda : "où est ce donc ce malade mourant dont vous m’avez parlé ?" Ahmad Bensmaine lui répondit : "par Dieu je ne sais quoi vous dire, quelques instants avant, il était à l'agonie et sa température était élevée et gémissait, et maintenant, je suis surpris de le voir sain." Mustafa Benkritly intervient et dit à Bensmaine :" Paye le médecin et laisse le s’en aller, et je te dirai ce qui s'est passé." Il lui raconta avec une grande joie et dans un état de paix intérieure ce qui lui est arrivé en faisant des louanges et l’éloge du Cheikh Al-Bûzîdi : "Sais-tu qui est venu me voir peu de temps avant que tu reviennes ? Imagines-tu sur quelle monture a-t-il traversé la distance qui est entre nous et Mostaganem ? C’était mon maitre, mon guide, ma volupté dans l’aisance et les difficultés, c’était cet inerte plein d’humilité, qui a réalisé en lui-même la servitude de Dieu, et que notre lien spirituel avec lui est désormais sûr, c’était Sidi Mohammed Ben al-Habîb al-Bûzîdi, il entra alors que la porte resta fermée, il passa sa main bénie sur ma tête et tout mon corp et me dit : " que Dieu te guérisse, il n'ya pas de mal ! " Puis son image a soudainement disparue lorsqu’il prononça son dernier mot, et je me suis levé comme tu m’as vu en compagnie du médecin. "

Lorsque les deux voyageurs retournèrent à Mostaganem, ils racontèrent à leurs frères dans la voie le prodige et la guérison miraculeuse. Tous furent étonnés et déclarent que le Cheikh n'a pas quitté Mostaganem et qu’il a participé avec eux à toutes les cinq prières quotidiennes pendant leur voyage. A ce moment là, un faqîr du nom de Hammadi Ben Qâra, qui était l'un des plus grands négociants en tissu et de l'habillement, posa à Mustafa Benkritly une question précise : "c’est arrivé quel jour et à quelle heure ?" lorsqu’il lui répondit. Hammadi Ben Qâra dit aussitôt : "En cette heure, mentionnée par Sidi Mustafa, Cheikh al-Bûzîdi est venu nous voir dans le magasin dans un état inhabituel, son visage était ferme et transpirait du front. Il était dans un état d’effervescence et me dit : donnes-moi rapidement un verre d'eau ! Mon fils est malade, mon fils est malade, mon fils est malade. " Lorsqu’il finit de boire l'eau, il dit : Dieu merci, il n’a pas de mal."

- Cheikh al-Bûzîdi avait un disciple du nom de Muwaffaq Ben Omar, qui habitait le village d’al-Mahâfîdh du département de Relizane, il se rendait souvent à Mostaganem afin de rendre visite à son maitre et passait quelques jours dans sa zawiya. Une nuit alors qu’il était en visite dans la zawiya, Cheikh al-Bûzîdi vint le voir et l’ordonne de rentrer immédiatement chez lui. Il retourna dans son village, en se demandant ; " pourquoi le Cheikh lui a ordonné de repartir ? Alors qu’il passait auparavant des nuits et des jours sans que le Cheikh ne soit dérangé par sa présence. Peut être qu’il n'est plus chanceux d’être en compagnie des gnostiques ? Ou peut être que le Cheikh est informé de sa misère dans l'avenir. " Et ainsi de suite de ce genre de conjectures qui hantaient son âme. Lorsqu’il arriva à son domicile le matin, sa femme s’est mise à lui parler à haute voix, en disant : "Comment te permets-tu de me laisser seule. Des voleurs sont venus la veille au soir et ont ouvert la porte et ont fait sortir certains de nos moutons. J’ai alors crié en demandant du secours, un des voleurs a pris une pierre pour me frapper, et là, un homme âgé est apparu et lui a ôté la pierre de sa main et a remis les moutons à l'emplacement du bétail et m'a dit : "n'aie pas peur, je suis avec toi !" Puis a fermé la porte et a emmené les trois bandits." Les voleurs étaient du même village et la femme les a reconnus. Muwaffaq Ben Omar, a remercié Dieu et compris la raison qui a poussé le Cheikh de lui ordonner de revenir.

Lorsque Cheikh al-Bûzîdi sorti en tournée spirituelle au printemps et arriva au village d’al-Mahâfîdh, et fut entouré par les habitants du village, Muwaffaq Ben Omar se plaignit à lui des trois bandits, qui faisaient partie de l’assistance. Cheikh al-Bûzîdi demanda aux trois personnes s’ils approuvaient l'accusation ou la contestaient-ils ? Ils ont répondu que l'accusation ne se reposait sur aucun fondement et qu’il n’y avait aucune preuve. Le Cheikh a répondu : " C'est vrai, juridiquement, l'accusateur doit faire valoir ses arguments, mais celui qui nie doit jurer solennellement. Jurez-vous par Dieu que vous êtes innocents de ces accusations ? " Ils ont répondu tous les trois par : " oui Sidi ! " A ce moment là, le Cheikh les démasqua et leur dit : "repentez-vous à Dieu !" Puis pointa son doigt à l’un d’eux et lui dit : "toi, je t’ai retiré la pierre que tu tenais dans ta main et par laquelle tu voulais frapper l'épouse de Sidi Muwaffaq, et je vous ai emmené aveuglés jusqu’au lever du matin ... Parjurer ; c’est mentir délibérément en prêtant serment par Dieu, il est pour Dieu chose grave que le délit lui-même, car il pourrait conduire à l'apostasie et le blasphème, et Dieu annulera toutes les bonnes actions. Laquelle des violations est moins dangereuse ? Désobéir à Dieu ou blasphémer ? Blasphèmes-tu si tu commets le péché ? Et le péché s’efface par la repentance devant Dieu Tout-Puissant. Demandez pardon à votre frère Sidi Muwaffaq, (Et demandez pardon à Allah. Car Allah est Pardonneur et Miséricordieux.)" (Âyah [199] de la Sourate [2] (Al-Baqara).

Tous les trois reconnurent leur culpabilité et tous se repentissent à Dieu et demandèrent pardon à Sidi Muwaffaq, puis ont pris la tariqa Darqâwiyya de la main du Cheikh al-Bûzîdi. Ils vécurent le reste de leur vie en mentionnant le Nom de Dieu par Sa grâce le Tout-Puissant.

- Cheikh al-Bûzîdi sorti un jour (de printemps ou d'automne) en tournée spirituelle, accompagné de Bûzîd Ben Moulay, son représentant (mûqaddam) au village de 'Utba. Ils entrèrent dans un village et furent accueillis par des jets de pierres, puis des chiens ont été lâchés sur eux pour les empêcher d'entrer dans le village. Cheikh al-Bûzîdi et son compagnon s'éloignèrent d'une petite distance du village et se reposèrent sous un arbre. Lorsque le soleil se coucha, Bûzîd Ben Moulay retourna au village portant avec lui une grande boîte en fer comme moyen dérisoire à utiliser en percussion.

Lorsqu'il arriva, il éleva haut la voix en chantant. Les villageois rassemblés en masse autour de lui, ne se doutaient de rien, ils pensaient qu'ils avaient affaire à l'un de ces cheikhs qui chantent des poèmes de romance qu'ils aiment tant. Bûzîd Ben Moulay imposa une mise en scène et investit le lieu de sa prestation avec un talon qui en vaut la chandelle. Il posa la boîte à côté de son oreille droite et leva ses yeux vers le ciel en traversant le cercle de son auditoire de long en large, et chantait avec une voix large en utilisant des airs mélodiques qui leur sont favorites. Une fois séduits, leur grand dignitaire pris la parole et dit :"je vous prie de nous pardonner du mauvais accueil, nous pensions que vous étiez de ceux qui arnaquent les gens et prennent leur argent injustement au nom de la religion. Nous ignorions que vous étiez des maîtres du chant. Je vous prie de passer quelques jours parmi nous, nous avons plusieurs cérémonies à célébrer, mariage et circoncision." Puis ils lui offrirent un repas copieux. A la fin du repas, il leur demande la permission de prendre de la nourriture à son compagnon. Lorsque Cheikh al-Bûzîdi fini de manger, Bûzîd Ben Moulay lui raconta ce qui s'est passé, puis demanda la permission d'y retourner, Cheikh al-Bûzîdi lui dit :" retourne, parce qu'ils t'ont bien accepté", Bûzîd Ben Moulay lui dit :"que Dieu m'en garde maitre, ils ont accepté une boite en fer vide."

Bûzîd Ben Moulay retourna au village et se mit à chanter en suscitant les émotions de son auditoire par des chants de romance bédouins. Lorsqu'il se rendit compte qu'il s'est emparé de leurs cœurs, il cessa de chanter et leur dit: "n'est-il pas malheureux et insolite pour vous d'avoir expulsé un Cheikh gnostique, parmi les grands réalisés (en Dieu), porte étendard de la loi (Sharî'a) et la Vérité (Haqîqa), et tout celui qui s'attache à lui, lui sera susceptible de rendre ses invocations plus recevables auprès de Dieu Tout-Puissant, et sera enveloppé par le bonheur dans les deux demeures ? Alors que vous avez accepté une boite vide avec un chanteur qui est aussi vide qu'elle. Préfériez-Vous le vide qu'au comblé, le mal qu'au bien, l'obscurité qu'à la lumière, le malheur qu'au bonheur et l'illusion qu'à la vérité ?" Les villageois avaient le sentiment d'avoir commis un si grand péché qu'il ne serait possible de l'effacer que par la repentance à Dieu Glorifié Soit-Il. Ils ont demandé au mûqaddam d'aller chercher le Cheikh, il leur a répondu : "par Dieu je ne le ferai pas ! Mais vous, allez le voir et présentez lui vos excuses." Apres avoir présenté leurs excuses, ils retournèrent au village, à leur tête Cheikh al-Bûzîdi, qui devint désormais leur guide vers Dieu et ont pu rejoindre la communauté que Dieu a si bien bénit.

- Lors d'une discussion dans la ville de Tlemcen entre al-Hajj Ahmad Bensmaine de Mostaganem (cité précédemment) et son beau-fils, al-Hajj Muhammad al-'Ash'ashi de Tlemcen, un des disciples du Cheikh Muhammad al-Hibrî d'Ahfîr au Maroc, qu'Allah soit satisfait de lui. Chacun faisait l'éloge de son maître, Ahmad Bensmaine, absorbé par l'amour pour son maitre, en l'occurrence Cheikh Muhammad al-Bûzîdi, qu'Allah soit satisfait de lui, introduisit dans le cœur de son beau-fils le désir de voir le Cheikh afin de vérifier par lui même.

En effet, Muhammad al-'Ash'ashi se déplaça à Mostaganem en compagnie de deux grands représentants (Mûqaddam) du Cheikh Muhammad al-Hibrî. Au cours de la route et avant d'arriver à Mostaganem, l'un d'eux dit : "notre visite à ce Cheikh est juste à titre amicale, cela nous permettra de vérifier la véracité du statut de sa sainteté. S'il fait partie des gens agrées par Dieu, Glorifié Soit-Il, et soutenus par son assistance, il apportera à chacun d'entre nous, lors du repas, un plat selon le désir de chacun. " et tous les trois formulèrent le désir de ce qu'ils souhaiteraient manger.

A l'arrivée; ils furent accueillis par Ahmad Bensmaine qui les amena chez Cheikh al-Bûzîdi, que ce dernier les accueillis à son tour et se pressa vers son épouse en lui disant: "Sidi Muhammad al-'Ash'ashi de Tlemcen et ses deux compagnons sont ici, as-tu quelque chose à offrir pour nos invités? " elle lui a répondu à haute voix, de sorte que les hôtes l'ont entendu, en disant:" Comment invites-tu les gens de Tlemcen alors qu'il n'y a pas un seul oignon dans ta maison?"

Pendant qu'ils étaient assis en compagnie du Cheikh al-Bûzîdi, qui leur parlait des merveilles de la Capacité (Qùdra) de Dieu ; et que rien sur terre ou dans les cieux ne peut les empêcher de se manifester, comme s'il leur reflétait ce qu'ils cachaient dans leurs intimes secrets, quelqu'un frappa à la porte. Le Cheikh alla ouvrir. En revenant il porta un plat contenant le souhait de l'un des trois invités. Le Cheikh le posa entre ses mains et lui dit : "Ceci est pour vous, Sidi, comme vous l'avez demandé." Puis pour la deuxième fois on frappa à la porte, et le Cheikh apporta un plat contenant également le souhait de l'un d'eux, il le posa entre ses mains et lui dit : "Ceci est pour vous, comme vous l'avez stipulez." Puis pour la troisième et la dernière fois, on frappa à la porte et le Cheikh apporta un plat contenant également le souhait du troisième hôte, il le posa entre ses mains et lui dit : "Ceci est pour vous, selon votre souhait". Tous avaient requis le plat souhaité par leurs désirs, et fussent convaincus que le cheikh Muhammad Ben Habib al-Bûzîdi faisait partie des maitres accomplis, solidement implantés (Râsikhîn) dans le Savoir ('Ilm), soutenus par les soins Divine, et lui ont demandé de prier pour eux, puis la permission de repartir.

- Cheikh Muhammad al-Bûzîdi, avait un jeune disciple de sa famille qui se nommait Taîyeb Ben Tâha, et était encore débutant dans l'apprentissage du Qurân. Une nuit, lors d'une célébration d'une grande cérémonie spirituelle, les étudiants et les professeurs du Qurân se sont rassemblés pour le réciter en groupe. Taîyeb Ben Tâha, qui n'avait pas des lors appris par cœur l'ensemble du Qurân, sorti du cercle formé par les membres de la chorale Qûranique et s'assis avec le reste des croyants qui ne récitaient pas. C'est alors qu'ils se sont mis à le blâmer et à le réprimander : "toi un " Sharif " (noble, descendant du prophète), petit fils de Sidi Bûzîd, tu ne t'efforce pas à apprendre le Qurân comme tel et untel ? (en indiquant ceux de son âge) Tu es vil et paresseux, tu déteste apprendre et on ne peut espérer rien de toi ! " Etc ... il fut affligé, chagriné et triste. Lorsqu'il retourna au domicile de ses parents, il dit à sa mère le lendemain matin : "Je vais rendre visite à ma sœur (qui habitait dans un village loin de Mostaganem), as-tu un cadeau ou quelque chose qui lui fera plaisir ?" Sa mère lui remis des produits alimentaires. Au lieu de prendre le chemin du village où habitait sa sœur, il prit un chemin opposé, se dirigeant au Maroc, et atterrit à Tanger où il passa plusieurs années et coupa tout contact avec sa famille au point qu'elle renonça à le retrouver.

Huit ans après, Taîyeb Ben Tâha envoya une lettre à son frère Mohammed, qui était le représentant (mûqaddam) du Cheikh al-Bûzîdi dans le village de Sidi al-Khattâb, l'informant que: "Dieu lui avait permis l'apprentissage du Qurân avec les sept lectures rapportées (Riwâyat) et la jurisprudence (Fiqh) et qu'il ne lui reste plus qu'à rentrer au pays, donc il est tenu de lui envoyer les frais du retour." Muhammad Ben Tâha pris la lettre et la présenta au Cheikh al-Bûzîdi en lui disant : "je mettrai en vente mon cheval et je lui envoie l'argent pour qu'il revienne à nous." Mais Cheikh al-Bûzîdi lui répondit : "ne le fais pas ! Sidi Taîyeb sera pris en charge par Dieu, et il reviendra sain et sauf !"

Taîyeb Ben Tâha raconta plus tard ce qui lui est arrivé à Tanger : " j'étais dans la mosquée dans laquelle j'ai fais mes études, soudain j'eus une forte volonté, comme si j'étais attiré par une force, à visiter le port de Tanger. Alors que je me promenais dans le port, j'entendis une voix m'appeler par mon nom. Lorsque je me suis retourné, j'ai vu un homme assis sur une grande chaise, habillé d'une longue robe à la Turque. Il me demanda "le nom de mon ancêtre", j'ai répondu : "Sidi Bûzîd", puis m'a demandé de nouveau : "veux-tu aller à Oran ?" J'ai répondu par "oui", en ayant du mal à croire si j'étais dans le monde réel ou dans un rêve. Il m'a alors dit : "Le bateau s'est rendu à Oran, et sera de retour le mercredi. Tu le prendras ! Ainsi tu rentreras dans ton pays, par la Volonté de Dieu." Je suis retourné à la mosquée plein de joie, rendant plus d'une louange à Dieu, Glorifié Soit-Il, le remerciant pour m'avoir donné la chance de rencontrer cet homme.

Je suis retourné au port mardi soir, j'ai trouvé le même homme tel qu'il était et me dit : "Taîyeb, je t'ai promis pour le mercredi, que fais-tu ici ?" Je lui ai répondu : "j'ai eu peur de venir en retard et rater le bateau." Il prit ma main et m'emmena chez le boulanger, et m'acheta deux grands pains, puis m'emmena chez un autre commerçant et m'acheta du miel et du beurre, puis m'emmena chez le vendeur de thé et lui demanda de me servir en le payant à l'avance. J'ai bu et mangé, jusqu'à ce que j'aie satisfait ma faim, puis me prépara un endroit où je puisse dormir.

Le mercredi, lors de la matinée, j'ai vu le même homme occupé à négocier avec le commandant du bateau. Apres l'avoir payé, il lui dit : "Prenez le à Oran !" J'ai pris mes affaires et je suis monté sur le bateau, inondé de joie au point d'avoir oublié de me retourner vers le généreux bienfaiteur pour le remercier, que lorsqu'il m'appela et me dit : "Taîyeb, tes ancêtres et les miens, sont de la même lignée !" Lorsque le bateau accosta au port de Ghazawât, croyant que c'était Oran, je suis descendu rapidement par joie d'être arrivé."

Lorsqu'il arriva à destination et raconta à son frère Muhammad l'histoire de celui qui prit en charge les frais de son voyage et les dépenses qu'il effectua, son frère lui dit : "Cet homme généreux n'est autre que Sidi Cheikh Muhammad Ben Al-Habib al-Bûzîdi, que Dieu le récompense pour ce qu'il a fait. J'ai voulu vendre le cheval et t'envoyer l'argent, mais m'a ordonné de ne pas le faire en disant : " Taîyeb sera pris en charge par Dieu, et il reviendra sain et sauf !"

- Un représentant (mûqaddam) d'un des cheikhs de bénédictions (tabarruk) hostiles au Cheikh al-Bûzîdi, s'est mit devant lui dans le marché et lui parla avec obscénité puis cracha sur son noble visage. Cheikh al-Bûzîdi essuya son visage et parti. Seulement une nuit après, Dieu frappa l'injuste d'un cancer au visage au même endroit que le crachat. Il ne trouva aucun traitement adéquat jusqu'à sa mort en ayant le visage déformé.

- Lorsque Cheikh al-Bûzîdi se trouvait dans l'un des quartiers de Tijdit "'as-Suwîqa" connu pour ses multiples magasins, et passait devant l'un des commerçants qui, à chaque fois, lui jetait des pétards et que, suite à l'explosion, Cheikh al-Bûzîdi mentionnait le Nom de Majesté "Allah", ce qui faisait amuser le commerçant et le distrayait et éclatait de rire se moquant du Cheikh, qui ne lui disait jamais rien. La dernière fois qu'eut ce genre de plaisanterie pendant la journée, son magasin brûla la nuit même, transformant en fumée tout ce qu'il y avait dedans. Que Dieu nous préserve et tous les musulmans de porter atteinte, directement ou indirectement, à Ses serviteurs les plus dévoués, Amîn.

Quand aux prodiges qui eurent lieu après sa transition vers l'au-delà, elles sont innombrables. Ce qui suit en est un parmi d'autres.

- Ahmad Bensmaine (cité précédemment), un des grands commerçants de Mostaganem, possédait des magasins et des entrepôts de marchandises. Lors d'une nuit, une bande de voleurs tenta de pénétrer dans l'un des entrepôts qui se trouvait à "al-Matmar". Ils essayèrent de forcer la porte lorsque soudain elle s'est grande ouverte d'elle-même et l'image du Cheikh al-Bûzîdi est apparue aux voleurs telle qu'il fut connu de son vivant, en leur disant : "ne craigniez-vous pas Dieu en trahissant votre frère ?" En la répétant à trois reprises. Les bandits embarrassés, fermèrent la porte et s'en vont. Le lendemain matin, leur chef vint voir Ahmad Bensmaine. Après l'avoir salué, et au cours de la discussion, lui dit : "je voudrai t'annoncer une bonne nouvelle à condition que tu me rassure qu'il ne m'arrivera rien". Ahmad Bensmaine lui réponds : "tu as ma parole !" Alors il lui dit :" ton maitre est veillant sur tes biens dans la mort comme c'était dans la vie." Et lui raconta l'histoire. Ahmad Bensmaine lui dit alors :" Louange à Allah qui nous a guidés à ceci. Nous n'aurions pas été guidés, si Allah ne nous avait pas guidés." (Âyah [43] de la Sourate [7] (al-A'râf), puis jura par Dieu :" je n'ai jamais douté au sujet de mon maître qu'il était à l'exemple même de Muhammad, "qu'Allah lui adresse ses prières et salutations" (Muhammadi) et un Homme du Divin (Rabbâni)."

Sa mort en 1909 / 1327 H


Peu de temps avant sa mort, Cheikh al-Bûzîdi tomba malade, et la maladie s'intensifia annonçant la disparition et l'inévitable fin, et laissait apparaître les signes du voyage vers l'au-delà. Il était, qu'Allah soit satisfait de lui, incapable de parler sans que cela touche à ses facultés de compréhension, et fut paralysée de la moitié de son corps. Quelques jours seulement après, Cheikh al-Bûzîdi fut emporté par la miséricorde de Dieu ne laissant qu'un seul fils ; Sidi Mustafa, plus ou moins proche du ravissement (Jadhb). Le Cheikh l'aimait intensément, avant sa mort, il ne cessait de le regarder craignant qu'il ne soit négligé. Cheikh al-Alawi, qu'Allah soit satisfait de lui, lui dit : " chargez vous Sidi de ce qui nous préoccupe envers Dieu Tout-Puissant, et nous nous chargeons de ce qui vous préoccupe envers Sidi Mustafa !" Cheikh al-Bûzîdi ému, son visage rayonna de joie. Il rejoignit le "voisinage du Compagnon Suprême" le lundi 25 Octobre 1909 / 10 Shawwâl 1327 H. Disciples, Cheikhs et Uléma ont afflué de tout parts pour présenter leurs condoléances et assister aux funérailles. Cheikh Ahmad Ben Mustafa al-Alawi dirigea la prière en commun, le corps a été transporté dans la Zawiya du Cheikh, où il reposera pour l'éternité. Que Dieu puisse faire déborder sur sa tombe Sa miséricorde et Sa bénédiction.

Un hommage au Cheikh al-Bûzîdi par Cheikh Ahmad al-Alawi :

À Dieu se plaint ma tristesse
De la mort du Roi,
Une vraie perte
Pour ces temps et toute l'humanité

***

Un disparu qui fut proche
Englouti sous terre,
Alors qu'il englobait le tout,
Et le tout était lui

***

Un disparu qui fut
Au dessus de Tout,
Est ce possible
Qu'il soit entouré d'une tombe ?

***

Non !
Le tombeau ne l'a pas entouré,
Mais reçu par faveur
L'honneur en le humant

***

Que les yeux coulent de sang
Regrettant sa perte,
Sans qu'on dise
Qu'ils ont commis de pêché

***

Car le pêché serait
Que l'œil soit asséché
Des larmes qui sont
Si généreusement rétribuées

***

Et qu'il le pleure
Le trône de Dieu et le ciel,
Et que la terre, devenu son atout,
Puisse-elle survivre

***

Oh Ciel quel regret !
Ton altitude ne t'a nullement profité,
La fierté t'aurais sied
Si terre tu étais

***

Il n'est point surprenant
Qu'il n'y ait de semblables,
Nul ne peut supporter
Ses éthiques illustres

***

Tolérant, généreux,
Indulgent, ascète, souriant,
La jovialité sur son visage
Est un aspect permanent

***

Pardonneur aux détracteurs,
Même après sa mort
Nul ne le diffama
Ou l'accusa d'arrogance

***

Veillait sur l'humanité,
Son don abondait en secrets,
Ne demandait pas de gloire
Ne demandait point de rétribution

***

Jamais en colère,
Le mécontentement ne connaissait pas,
Avait toujours d'excuses
Pour ses intimes amis

***

Nul ne peut prétendre vu
Ou aperçu de semblable,
Par Dieu,
Il est l'unique réceptacle du Secret

***

Il est mon désir, mon souhait,
Mon soutien puis mon but,
Sa protection me suffit
Dans les difficultés

***

Muhammad al-Bûzîdi
Reçu de Muhammad,
Ce que le fils hérite du père,
Et nous eûmes une part d'héritage

***

Que la miséricorde de Dieu
Soit sur vous
La douloureuse séparation règne
Après notre heureuse réunion

***

Une paix exhalée de parfum,
D'aromate et d'ambres,
Vous est adressée
De tous mes viscères,

***

Je vous ai appelé car,
Mon cœur est éprouvé par l'éloignement,
Et mes larmes sont ;
L'encre de ces lignes

***

J'ai écris avec mes larmes
Mélangés de tristesse,
Je manque de patience
Je n'ai pu ressaisir mon courage

***

Je ne pleure pas
En raison de la séparation,
Mais votre image
À mon œil, a de l'estime

***

Que Dieu du trône vous récompense
Par la proximité et l'agrément,
Et que la vénération vous entoure,
La bénédiction et la félicité

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Pour préserver la Voie,
Vous avez laissez des hommes tels des fleurs
Alors que vous,
Étiez la pleine lune

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Mon ami,
Ne pense pas que la mort a emporté son secret,
Mais elle lui a préparé
Le terrain du déploiement

***

Nous a fait hériter des sciences
Car nous en sommes dignes de les préserver,
Et lorsque le temps nous affectionnera,
Il nous est tenu de les manifester

***

O vous, Ses biens aimés,
Vous avez gagné Sa proximité,
Vous êtes les rois
Des blancs et des rouges sur terre

***

O Seigneur, Dieu de toute l'humanité,
Toi, en qui j'ai confiance,
Couvre sa tombe
Par des voiles de Ton pardon

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Et adresse Tes prières
Sur la principale source, notre refuge,
Mon soutien et protecteur
Au jour du jugement.

***



Bibliographie :

Al-Anwâr al-Qudsiyya as-Sâti'a 'ala al-Hadhra al-Bûzîdiyya d'Abdul-Qâdir Ben Tâha, connu par Dahhâh al-Bûzîdi.
Cheikh Ahmed al-Alawi par lui-même. Martin Lings
Le sentier d'Allah d'AbdulKarîm Jossot.
Diwan du Cheikh Ahmed al-Alawi.
Alawisme et Madanisme, des origines immédiates aux années 50 de Salah Khelifa.

Note importante :

- Cheikh Ahmed al-Alawi a laissé un manuscrit (écrit de sa main ?) sur la vie du Cheikh Muhammad al-Bûzîdî sous le nom "Burhân al-Khussussiyya fi al-Tarîq al-Buzîdiyya", écrit après le décès du Cheikh al-Bûzîdî 1909 suite à la demande des ses condisciples et disciples. Malheureusement, à ce jour, n'a pu être édité, il se trouve dans les archives de la bibliothèque de la zawiya de Mostaganem sous le n° 0056 A, dont voici un appercu des deux premiere pages.

 

 

 

 

 

 

 

Traduit de l'Arabe par Derwish al-Alawi
Les Amis du Cheikh Ahmed al-Alawi
Mise à jour le Mardi, 15 Septembre 2015 00:53
 
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