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Tahar Ben Muhammad ben Tayeb al-Karkarî
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Écrit par Derwish al-Alawi   

Il est le ‘ârif bi-Llâh al-kâmil (le connaissant en Allâh accompli), la source de la gnose et des secrets de la divinité, le maître et le modèle des sâlikiyn, l’union des deux mers (Charî’a et Haqîqa : barzakh ul-bahrayn), sayidî at-Tâhir al-Karkariy ibn sayidî Muhammad al-Fardiy al-Karkariy, ibn sayidî at-Tayib al-Karkariy, ibn al-Imâm, aboû l-Mawâhib (le doté de grands prodiges), sayidî Muhammad ibn Qaddoûr al-Wakîliy, dont la lignée remonte jusqu’à sayidinâ rassoûluLlâhi (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam). Il naquit (radiAllâhu ‘anhu) sur la montagne Karkar, c'est-à-dire non loin de la zawiya et du tombeau de son grand père, le grand Sheykh sîdî Muhammad ben Qaddoûr al-Karkariy (radiAllâhu ‘anhu). C’est également en ce lieu béni qu’il se maria et que naquirent ses premiers enfants.

Il grandit (radiAllâhu ‘anhu) dans une pieuse famille et reçut une éducation religieuse complète, du fait que son père sîdî Muhammad al-Fardiy (radiAllâhu ‘anhu) était un homme connu pour sa piété et sa sincérité, dans les paroles tout comme dans les faits.  A ce propos il est rapporté que Mawlay at-Tayib (rahimahuLlâh) insistait beaucoup, dans l’éducation de son fils sîdî Muhammad al-Fardiy, sur la sincérité et l’honnêteté. Un jour, il décida d’envoyer son fils à la ville de Fès, à l’époque de la colonisation… et il se trouva que le groupe de voyageur arriva à un barrage que les forces d’occupation avaient établi et à partir duquel ils arrêtaient tous les passants pour les fouiller. Or ils n’arrêtaient personne sur qui ils trouvaient de l’argent ou quelques biens que ce soit, sans que ces derniers ne le leur soient confisqués… Ils questionnèrent alors tous les occupants du bus l’un après l’autre, et tous affirmèrent bien sûr n’avoir pas d’argent sur eux. On commença donc à les fouiller et à les dépouiller tous l’un après l’autre, jusqu’à ce qu’ils arrivent face à sîdî Muhammad al-Fardiy, et ils demandèrent...
-As-tu de l’argent sur toi ?
-oui
-Combien as-tu ?
-J’ai ceci et ceci…
Et tous se mirent à rigoler et se moquer de lui :
-Toi, tu as avec toi autant d’argent !?
..et ils le laissèrent finalement passer, et c’est ainsi que son honnêteté lui permit ce jour là de leur échapper, et c’est la raison pour laquelle Allâh (subhânahu wa ta’âla) lui accorda de nombreuses et étonnantes karamât…

Ceci est donc le comportement de celui qui éduqua le Sheykh de nos Shouyoûkh sîdî at-Tâhir (rahimahumâ Allâh), et c’est ainsi que ce dernier grandit entouré de l’Amour d’Allâh et de Son Prophète (sallAllâhu 'alayhi wa sallam), étudiant les sciences religieuses auprès des fouqaha’ de sa région et devenant ainsi lui-même un faqîh reconnu pour sa piété et sa sincérité… Cependant il ne se satisfaisait pas de l’acquisition de ces sciences et se mit à rechercher ardemment la personne qui l’emmènerait à Allâh, animé d’une soif insoutenable de Le connaître, jusqu’à ce qu’Il lui permette de rencontrer enfin celui qui allait devenir son Sheykh, le Sheykh al-Kâmil sîdî Ahmad al-‘Alawiy (qaddassa Allâhu sirrahu).

Il est rapporté dans le livre intitulé «ar-rawdatu s-saniyah», dont l’auteur est le Sheykh ‘Adda Bentounes, que sîdî at-Tahir al-Karkariy vint à la rencontre de sîdî Ahmad al-‘Alawiy en compagnie de son oncle sîdî Muhammad as-Saghîr ainsi que de sîdî Muhammad ibn al-Hâjj as-Sâlih (qu’Allâh leur accorde à tous Miséricorde). [voir : ar-Rawdatu s-saniyah, page 118/119]

Et il fut rapporté que lorsqu’ils arrivèrent à la station des voyageurs, sîdî Ahmad al-‘Alawiy (radiAllâhu ‘anhu) se trouvait dans la zawiya en compagnie de ses mourid, et qu’il leur dit alors : «Levez-vous et allons à la rencontre des petits-enfants de notre Sheykh !», et ceci fait partie de ses karamât (radiAllâhu ‘anhu). Ils furent donc tous les trois accueillis et pris en charge pour une durée de trois jours, ils prirent le wird et devinrent ainsi de véritables mourid, aussi bien dans le comportement que dans la compréhension et la Connaissance.

Il est dit dans le livre du Sheykh ‘Adda Bentounes «ar-rawdatu s-saniyah» : "Et parmi ces zawiya se trouve la zawiya du Sheykh de noble lignée, sîdî Mawlay at-Tâhir ibn Muhammad ibn al-Sheykh al-Kabîr sîdî Muhammad ibn Qaddoûr al-Karkariy, qui se situe dans la ville de Tamsamân.

Quant à sa venue à Moustaghânam, nous l’avons déjà abordé en évoquant sîdî Muhammad as-Saghîr ibn sîdî Mawlay at-Tayib, donc comme nous avons dit à propos de eux deux : ils ont l’autorisation de la part de al-‘Ustâdh (sîdî Ahmad al-‘Alawiy) dans le fait de donner le wird de la tarîqa, et le Sheykh sîdî Mawlay at-Tâhir a reçu en plus l’autorisation de prendre en charge la tarbiya des fouqarâ’ ainsi que de leur transmettre, au travers du dhikr (tadhkîr), les sciences spirituelles de la tarîqa. Et de fait, Allâh lui a certainement permis d’influer grâce à cela de la meilleure des manières, en formant des gens qu’Allâh avait prédestiné pour être les secoureurs de cette noble voie ainsi que pour être du nombre de ses enfants bien-guidés. " [ar-rawdatu s-saniyah, page 123]

Dans cette citation se trouve donc un indice clair de l’autorisation (idhn) reçue par sîdî at-Tâhir (rahimahuLlâh) relative à la tarbiya des fouqarâ’ et au fait de guider au travers du dhikr (tadhkîr) les mourid demandant la proximité (qurb) divine. Ajoutons à cela le fait que sîdî Mawlay at-Tâhir avait pris en charge la tarbiya des mourid du vivant même de son Sheykh, et en ce sens sîdî ‘Adda Bentounes (rahimahuLlâh) a dit dans le livre précité, parlant de la zawiya du Sheykh sîdî Muhammad Aghrabiy située à baniy Mazdouiy : "Et même lorsqu’il était en présence de Mawlânâ al-‘Ustâdh (sîdî Ahmad al-‘Alawiy), quand on venait prendre la tarîqa et l’idhn de celle-ci, cela se faisait par la main du Sheykh sîdî Mawlay at-Tâhir ibn Muhammad al-Karkariy. " [ar-rawdatu s-saniyah, page 125]

Ceci confirme donc pour nous ce qui a été précédemment dit concernant son accès au degré permettant la guidée des mourid (martabat ul-‘irchâd) du vivant même de son Sheykh. Et nous pouvons encore ajouter à cela le fait qu’en plus de détenir le idhn de la tarîqa, il détenait également celui de le transmettre, de par la réalité de son enracinement et de sa connaissance de la science du tassawwuf.

Durant les dernières années de la vie de son Sheykh, sîdî Ahmad al-‘Alawiy (rahimahuLlâh) était affecté par la maladie et n’avait plus la force de prendre en charge, il les rassemblait donc dans la zawiya à l’approche du mawssim (rassemblement annuel), époque à laquelle sîdî Mawlay at-Tâhir se rendait à la zawiya pour visiter son Sheykh. Celui-ci réunissait alors les fouqarâ’ prêts à réaliser la khalwa (retirement spirituel) et chargeait alors sîdî Mawlay at-Tâhir de leur faire faire la khalwa et ainsi de les amener à Allâh.

Un jour, un groupe de gens de sa ville ont entrepris d’aller visiter sîdî Ahmad al-‘Alawiy pour puiser à sa source. Sîdî at-Tâhir leur dit alors qu’il ne leur était pas nécessaire de se fatiguer dans un voyage aussi long et pénible, car ce qu’ils recherchaient là bas se trouvait devant eux. Ils refusèrent et s’entêtèrent à aller coûte que coûte visiter sîdî Ahmad al-‘Alawiy. Arrivés à Moustaghânam, ils demeurèrent dans la zawiya et patientèrent jusqu’à l’arrivée de la fête du rassemblement annuel, et la venue de sîdî Mawlay at-Tâhir de Tamsamân, car c’était en effet lui qui s’occupait de leur transmettre le dhikr et les enseignements de la tariqa. Si donc ils avaient écouté son conseil dés le début, cela leur aurait épargné les inconvénients et la difficulté d’un tel voyage.

Après le décès du Sheykh sîdî Ahmad al-‘Alawiy (radiAllâhu ‘anhu), sîdî Mawlay at-Tâhir devint la source de la Lumière de laquelle profitèrent un grand nombre de personnes, au point que à l’occasion des rassemblements, le blanc recouvrait la montagne sur laquelle se trouvait sa zawiya, dû à la quantité de mourid venus visiter leur Sheykh.

Et c’est en ce sens que sîdî Ahmad al-‘Alawiy disait à sîdî at-Tâhir (radiAllâhu ‘anhumâ) :«bidâ3atukum ruddat ilaykum = votre bien vous a été rendu (en rapport avec un verset de la sourate Yoûssouf)», voulant dire par là que la Wilâya était sortie de chez son grand père sîdî ben Qaddoûr, puis était revenue à Mawlay at-Tâhir (qaddassAllâhu asrârahum jamî3an).

Il était (radiAllâhu ‘anhu) une copie Muhammadienne complète, on ne retrouvait en lui que les nobles caractéristiques prophétiques, et il était de fait généreux, clément, ferme et plein d’assurance, recourant à la douceur lorsqu’elle convient, et la dureté lorsqu’elle est nécessaire.Il était brave et vaillant, ne craignant rien ni personne en dehors d’Allâh ; on n’entendait dans ses assises que de belles paroles et des rappels bénéfiques, et les témoignages de sa science, de sa piété et de sa sainteté le manquent pas, de la part de toutes les personnes l’ayant fréquenté et accompagné dans ses activités, et en ce sens il avait une personnalité avenante et affable : il plaisantait avec ses compagnons et les faisait rire, et sa tarbiya était la tarbiya des Shouyoûkh accomplis (ahl ul-Kamâl). Sîdî at-Tâhir (rahimahuLlâh) était jalâliy par excellence, tandis que sîdî al-Hassan (rahimahuLlâh) était jamâliy par excellence».

Nombreux sont ceux qui auront eu la chance de bénéficier de ses enseignements, et les connaissant par Allâh (‘ârifin bi-Llâh) qu’il a laissé se comptent par centaines. Parmi les plus connus d’entre eux:

-Son propre père, le ‘ârif bi-Llâh Sheykh sîdî Muhammad al-Fardiy ibn Mawlay at-Tayib ibn sîdî Muhammad ben Qaddoûr al-Wakîliy, celui qui, par la profondeur et la sincérité de son intention, ne s’en est pas tenu aux nombreux prodiges qu’on lui connait, et ainsi ne s’est pas laissé voiler de le véritable prodige, celle qui fit de lui un ‘ârif bi-Llâh – un connaisseur d’Allâh, et l’un des témoins par la vision de l’esprit Muhammadien (sallAllâhu ‘alayhi wa sallam).

-Le Sheykh sîdî Muhammad Aghrabiy (rahimahuLlâh), et sîdî at-Tâhir lui avait accordé l’autorisation d’ouvrir une zâwiya dans sa ville natale afin que les gens profitent à leur tour de lui et de ses enseignements.

-Le Sheykh al-Muhaqqiq, sîdî as-Sayid (rahimahuLlâh) qui, avant de devenir un mouride de la tariqa Karkariya, faisait partie de la tariqa Darqâwiya. Ne parvenant pas à accéder à ce qu’il désirait au sein de cette dernière, et malgré qu’il pratiquait abondamment le dhikr de l’Ism al-Moufrad, au point qu’Allâh lui avait accordé qu’à chaque fois qu’il faisait du dhikr, les pierres se trouvant devant lui s’enflammaient. Il délaissa donc cette tariqa et se dirigea vers la tombe de sîdî Muhammad ben Qaddoûr (radiAllâhu ‘anhu), où il passa une nuit espérant qu’Allâh lui montrerait qui le mènerait à lui. Il vit cette nuit là en rêve sîdî at-Tâhir (rahimahuLlâh) venir à lui monté sur un cheval. Et à ce même moment, sîdî at-Tâhir en personne ouvrit la porte du mausolée, monté sur son cheval… sîdî as-Sayid se leva alors et, exultant de joie, il refusa de le laisser jusqu’à ce qu’il lui donne le wird. Sîdî at-Tâhir lui dit alors de le devancer et qu’il le rejoindrait à la zâwiya de Tamsamân après avoir visité sa famille et ses amis vivants aux alentours du mausolée.

Lorsque sîdî at-Tâhir revint à la zâwiya de Tamsamân, il lui fit accomplir la khalwa, et Allâh lui accorda une grande ouverture spirituelle (fath moubîn), et il devint ainsi un ‘ârif bi-Llâh accompli.
-L’héritier de son sirr, son fils naturel et spirituel, le Sheykh al-Kâmil sîdî al-Hassan al-Karkariy ibn Mawlay at-Tâhir, qu’Allâh leur fasse miséricorde et sanctifie leur secret.

Il décéda (radiAllâhu ‘anhu) un dimanche de l’année 1976 alors qu’il lisait sourate al-Moulk, et c’est ainsi que la dernière parole qu’il prononça dans la vie d’ici bas fut la parole d’Allâh. Son disciple sîdî as-Sayid (rahimahuLlâh) le lava et dirigea la prière sur lui. Il fut inhumé dans sa zâwiya, et on construisit au dessus de sa tombe un mausolée que l’on peut aujourd’hui visiter. Qu’Allâh lui fasse bénéficier de Sa grande miséricorde, et qu’Il nous fasse profiter des bénédictions et des sciences de ce grand waliy, notre maître sîdî Mawlay at-Tâhir.



Source: at-Tuhfat ul-Karkariya fi Tarâjim l-Shâdhiliya

 
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