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35-Ahmad Ben Muhammad al-Fâsî
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Écrit par Derwish al-Alawi   

 

Abûl 'Abbas Ahmad Ben Muhammad Ben Abdullah Ma'an al-Andalusi al-Fâsî est né en 1632 / 1042 H, dans le quartier dal-Makhfiyya de Fès al-Andalus. Il prit la tariqa Shadhûliyya de son père Abû Abdullah Muhammad Ben Abdullah al-Fâsî, puis après sa mort, il s'attacha au compagnon et successeur de son père le Cheikh Qâssim al-Khassâsi qui lui ôta sa propre volonté et eut par la grâce divine le dévoilement et l'ouverture de l'œil intérieure.

 

Il le fréquenta de 1654 / 1064 H jusqu'en 1672 / 1083 H, l'année du décès du Cheikh Qâssim al-Khassâsi. Il était à son service avec un acharnement qu'on n'avait jamais entendu parler avant. Cheikh Qâssim al-Khassâsi était sa principale source et appui dans l'ordre soufi de la Shadhûliyya, dont il hérita la réalisation spirituelle. Son maître lui témoignait la particularité de son statut et faisait souvent allusion à son héritier en référence au Cheikh Abûl 'Abbas Ahmad. Un jour il lui dit : « Je suis ton serviteur ». Un autre jour, alors qu'il était absent de lui même, absorbé par un fort état spirituel lui dit : «approche et prends ton dépôt !» faisant référence à l'héritage de son Etat (spirituel), et que c'était lui qui prendrait ce que détenait son maître. Un autre jour, il dit à ses disciples en présence du Cheikh Abûl 'Abbas Ahmad : «celui là, qui se trouve dans cette zawiya, n'a pas d'égal dans le pays.» en parlant du Cheikh Abûl 'Abbas Ahmad, et a souligné qu'il était la personne dont il faisait allusion, puis une autre fois il dit : «sans sidi Ahmad, personne n'aurait trouvé le moyen d'arriver jusqu'à moi».


Après la mort du Cheikh Qâssim al-Khassâsi, il fréquenta le connaissant Cheikh Abul Abbas Ahmad Ben Muhammad al-Yamânî (maître de la Qâdiriyya et compagnon de son père Muhammad Ben Abdullah al-Fâsî), il y avait entre eux une proximité dans leur amitié inébranlable et un fort contact très puissant, Cheikh Abûl 'Abbas Ahmad al-Fâsî maintenait ses relations avec lui avec différents types de moyens et lui témoignait la plus grande sympathie. Il le traita de la meilleure façon qu'elle soit et lui réserva une place d'honneur dans sa zawiya, et lui offrit une maison dans le quartier de Ras al-Zawiya ou il séjourna avec sa famille et elle resta à ses fils et à sa descendance après lui. La présence et l'émergence du Cheikh Abul Abbas Ahmad al-Yamânî (maître de la Qâdiriyya) au sein de la zawiya Shadhûliyya causa l'affluence des disciples de la Qâdiriyya vers la zawiya du Cheikh Abûl 'Abbas Ahmad al-Fâsî qui avait l'autorisation du Cheikh al-Yamânî de diffuser la Qâdiriyya. La zawiya connu une grande célébrité à son époque et fut un pole incontournable pour les étudiants de toutes les régions et à partir de laquelle bien des savants furent licenciés pour enseigner à leur tour. (Note : remarquons que les deux personnages portent le même nom "Abul Abbas Ahmad Ben Muhammad", ne pas les confondre; l'un est al-Yamâni de la Qâdiriyya et l'autre al-Fâsî de la Shadhûliyya.)

Lorsque le Cheikh Abûl 'Abbas Ahmad succéda au Cheikh Qâssim al-Khassâsi et hérita son secret, et par ce fait récupéra le statut de la sainteté au sein de la famille Fâsî « les Abdal-Lawi », il entama la restauration de la zawiya de son père, et entrepris l'enseignement et l'orientation vers Dieu, bien des personnes ont été guidés par ses directives. D'autres part il forma des érudits dans la science religieuse, parmi eux les disciples de la Qâdiriyya comme Taîyeb Ben Abdul-Salam et son frère Muhammad al-Arabî, ainsi que Ahmad et son frère Abdul-Wahâb, les fils du Vizir al-Ghassâni al-Andalusi, également les Fâsîs de la Famille des Fahris, citons l'un d'eux Mohammad al-Mahdi

Au cours de la période du Cheikh Abûl 'Abbas Ahmad, la zawiya vit arriver des étudiants de Tadla, de Sousse, du Riff et d'ailleurs, tous y résidaient dans la zawiya, et se nourrissaient de ce qu'on donnait aux étudiants. Une partie même d'entre eux étaient accompagnés de leurs familles comme le Cheikh al-Ma'adani. Il est arrivé à quelques uns d'entre eux d'obtenir d'importants postes dans l'Etat des sultans Alaouites à l'époque du Sultan Moulay Ismail ainsi que son petit fils Muhammad ben Abdullah.

Cheikh Abûl 'Abbas Ahmad put recueillir un grand nombre d'adeptes et l'écho de sa célébrité arriva jusqu'au Sultan, ce qui en faisait le centre de l'attention de la classe gouvernante. Il acquierat la reconnaissance des gens de son époque qui lui devaient beaucoup de respect, ils avaient connaissance de son statut et personne n'osait le défier comme c'était le cas du commandant al-Rûsî connu sous le nom de « tueur des savants » a cause de la tuerie qu'il a commise à l'égard du savant Abdul-Salam Jasûs dans l'affaire des Haratine. Donc al-Rûsî évitait une collision avec le Cheikh Abûl 'Abbas Ahmad et le craignait, toujours il le laissait et ne l'entravait jamais.

Cheikh Abûl 'Abbas Ahmad entretenait une relation très amicale avec le Sultan Moulay Ismail al-Alawi al-Hassani. Cette relation a commencé depuis que le Sultan a adressé une lettre au Cheikh Abûl 'Abbas Ahmad apportée par son ministre Abû al-Rabî' Suleyman al-Zarhûnî lui demandant des conseils et des orientations et d'invoquer Dieu pour lui, mais elle fut ignorée par le Cheikh Abûl 'Abbas Ahmad. Le Sultan reformula sa demande plusieurs fois, mais sans réponse du Cheikh. Avec désespoir, la patience du Sultan ne manqua pas de s'épuiser, il lui adressa une deuxième lettre qui contenait ces mots "Ya Subhâna Allah" qui veut dire "Exalté Soit Dieu", écrits plusieurs fois, mais il ne reçu toujours pas de réponse. Le Sultan s'en pris à son ministre et le menaça de le torturer et le tuer s'il n'était pas en mesure de convaincre le Cheikh Abûl 'Abbas Ahmad de répondre en se pliant à sa volonté, car il ne se laissait pas dépasser par ses adversaires et ne leur laissait pas l'occasion de marquer l'impact de leurs traces comme c'est arrivé avec beaucoup de savants.

Après que la décision du Sultan fut prise de s'en prendre à son ministre en cas d'absence de réponse, ce dernier demanda au Cheikh Abûl 'Abbas Ahmad de répondre à la lettre afin de préserver sa vie. Le Cheikh pris la décision de répondre dans une lettre qui commence par ces mots : «ce qui m'a poussé à vous répondre c'est la crainte de la sédition, celui qui est sujet d'intérêt pour les Sultans, le sera ainsi pour les gens de tout part. S'il est quêteur des richesses de ce bas-monde, les gens le détourneront de ce bas-monde, et s'il est quêteur de l'au-delà, ils le détourneront de l'au-delà…"

Après une telle réponse, le Sultan fut rassuré de la part du Cheikh Abûl 'Abbas Ahmad qui atteignit l'estime du Sultan qui depuis eut la confirmation de la spécificité du Cheikh et la sincérité de son intention et son appel à Dieu, loin de l'avidité des opportunismes à atteindre les positions importantes dans les reines du pouvoir, ou chercher à atteindre des avantages pour le grand intérêt personnel. Ceci était donc loin d'être le cas pour le Cheikh Abûl 'Abbas Ahmad et toute la famille Fâsî «les Abdal-Lawi» après lui, qui sont restés loin de tout ce qui affligerait la pureté de leur enseignement, et qui risquerait de les éloigner de ce qu'ils avaient acquis de leurs ancêtres, a savoir la religion et tout le bien qui va avec. Par ce biais le Cheikh Abûl 'Abbas Ahmad eut un grande place dans le cœur du Sultan et bénéficia d'un grand estime de la part des gens de son époque.

Cheikh Abûl 'Abbas Ahmad avait refusé l'invitation du Sultan Ismail pour la seule et unique raison est qu'il ne voulait pas voir les richesses de ce bas-monde ainsi que le pouvoir l'éloigner de l'orientation vers Dieu, non pas comme pensent certains qu'il était opposé à son régime.

Nous constatons d'ailleurs qu'il reconnaissait la noblesse des seigneurs Alaouites comme c'est indiqué dans le livre «al-Istiqsâ» d'al-Nâsirî: «le Cheikh Abûl 'Abbas Ahmad Ben Abdullah Ben Ma'an al-Andalusî, disait que : ceux qui se sont succédés dans le pouvoir au Maroc, nul n'est authentique dans la noblesse de sa lignée après les Idrissides comme le sont les nobles de Tafilalet. En résumé l'honneur de ces seigneurs Sijilmasis est loin des controverses sur son authenticité pour l'ensemble de la population du Maroc, dans la mesure où il a dépassé les limites de la connaissance et reconnaissance orales, que Dieu soit satisfait d'eux et qu'Il nous permet de bénéficier d'eux et de leurs aïeuls, Amin !»

Les savants de son époque lui rendaient visite et le saluaient dans l'apparence et dans le sens caché et se mettaient entre ses mains comme des débutants. Un jour Cheikh Abûl 'Abbas Ahmad était assis, un homme s'approcha de lui et lui parla en langue berbère, il disait : "ne reste-il pas dans ce monde des lampes qu'on pourrait l'utiliser pour s'éclairer ?" Certains de ceux qui étaient présents traduisirent au Cheikh Abûl 'Abbas Ahmad qui ce dernier lui répondit aussitôt : «il en reste ! Mais celui qui est venu s'éclairer, est venu avec une mèche trempée. » L'homme lui demanda : «quel est le sens de mèche trempée ?» Cheikh Abûl 'Abbas Ahmad lui dit : «pas moins qu'on demande ou on espère le statut de sainteté.» L'homme Soussi mis sa main sur son front un bon moment, puis s'en alla.

La vie du Cheikh Abûl 'Abbas Ahmad, était pleine de sérieux et d'exercices (spirituels) et un travail acharné à diffuser la science qu'il excellait parfaitement.

Il était, que la miséricorde de Dieu l'englobe, stricte dans la vérité, bon conseilleur aux serviteurs de Dieu, n'hésitant pas à être franc envers les Sultans, sans cela, le proche et le lointain pour lui serait la même chose. Il eut de la présence auprès de l'Etat, et ses paroles écoutées que jamais personne d'autre (de ses semblables) n'eut cet honneur. Il fut l'un des pôles de la voie (Tariqa) et l'un des grands maîtres de la vérité (Haqîqa) suivant les traces des pieux prédécesseurs et la voie juste et claire, un prodige dans la générosité et la magnanimité et la grandeur d'âme.

Cheikh Abûl 'Abbas Ahmad décéda le lundi 19 Aout 1708 / 3 de Jumâda II 1120 H. Sa mort secoua sa ville et fut enterré dans le dôme de son père Muhammad Ben Abdullah al-Fâsî, sa tête à coté de ses pieds à l'extérieur de "Bâb al-Futûh". Il laissa une descendance vertueuse qui suivit son chemin et s'empreignit de ses éthiques morales.

Traduit de l'Arabe par Derwish al-Alawi
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