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A propos du Cheikh al-Alawî et les missionnaires
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Écrit par Derwish al-Alawi   
Dimanche, 08 Novembre 2015 20:01

Hormis l’aspect Christique (maqâm ‘Îssa) d'après les visions de ses condisciples et l’impression qu’eurent certains occidentaux en le voyant pour la première fois, selon l’image qu’ils se font de Jésus, il est nécessaire de souligner qu’en aucun cas le Cheikh al-Alawî n’avait adhéré au mystère chrétien de la Trinité comme le prétendent certains justifiant leur allégation par la rencontre qu’eut entre le Cheikh al-Alawî et le père Giacobetti qui était aussi virulent contre l’islam qu’intellectuellement malhonnête. Cette rencontre n’eut qu’une seule fois et ne produisit aucun effet, c’était au mois de juillet 1926 sur le bateau qui les transportait d’Alger à Marseille.


Berque généralisa cette idée avec ambigüité dans son article (Cheikh Ben Alioua – Un mystique moderniste) bien qu’en l’écartant au début, il dit : « Ben Alîwa, loin d'adhérer à la Trinité, en demandait au contraire l'abandon au Christianisme. La vérité est que le Cheikh al-Alawî nourrissait, à l'égard de toutes les religions, une avide curiosité. Il semblait avoir, des données scripturaires, voire de la tradition patristique, des notions assez étendues. Il goûtait particulièrement l'évangile de Jean et les épitres pauliniennes. Son sens métaphysique, fort délié, lui permettait de concilier le concept de pluralité avec celui de l'unité des trois "personnes" dans une identité consubstantielle. Il admettait la possibilité conceptuelle d'un Dieu. Il la rejetait toutefois. Mais sa compréhension fit croire à son adhésion. Il n'en reste pas moins qu'il fut toute sa vie, comme beaucoup de mystiques musulmans, profondément troublé par la hantise de Jésus. Les Évangiles lui étaient familiers. Il s'était, au cours de patientes méditations, nourri de leur enseignement. Un jour qu'on analysait devant lui les conjectures de l'exégèse moderne, de Strauss à M. Guignebert, il révéla son dédain du criticisme religieux. Qu'importe, dit-il en substance, que l'évangile de Jean soit ou non apocryphe et qu'on ne s'accorde pas sur les synoptiques ! Dieu n'a que faire de nos amusettes philologiques. La révélation est bien obligée, pour se manifester, d'emprunter les mœurs et le vocabulaire d'une époque. Elle a procédé d'abord par miracles pour frapper les sens grossiers d'une humanité primitive ».


En tenant compte de la vision non dualiste de l’univers on comprendrait mieux les propos spéculateurs que Berque rendait au Cheikh en usant d’un vocable bien habile qui suborna la généralité de son texte à ce sujet. Ceux qui lisent Ibn ‘Arabi trouveront dans ces propos beaucoup de similarité.


Ce serait vraiment abusé de là à dire que le Cheikh avait un interlocuteur privilégié en la personne de Giacobetti. Il l’avait sollicité qu’à cette seule occasion à collaborer à un projet de traduction qu’il préparait sur l'entente entre Français catholiques et musulmans. Ce projet devait avoir beaucoup d’importance pour le Cheikh (probablement qu’il s’agissait des « dix réponses à l’occident » qui ne fut jamais achevé ni vit le jour sauf l’introduction publiée dans la « Rawda »). Cheikh al-Alawî tenta de séduire Giacobetti par ce projet et lui demanda si les chrétiens ne pourraient pas s'entendre avec les musulmans pour ne former qu'une seule religion en renonçant à la Trinité. Giacobetti déclina sa proposition prétextant le suicide du christianisme dans le cas ou il l’accepterait. De toute façon Giacobetti n’avait aucune volonté de collaborer avec le Cheikh comme en témoigne sa lettre qu’il envoya à Berque, il donna son accord de principe, mais il resta fidèle à son animosité à l’égard de l’Islam qu’il définit en « si pauvre en preuves » malgré sa grande connaissance de l’Islam et orientaliste arabisant. Bien d’autres affirmations de ce père blanc sont tout autant hostiles à l’Islam qu’au Prophète de l’Islam (§).


Cheikh al-Alawî est le plus haut exemple de la tolérance comme en témoigne Probst-Biraben, mais cette tolérance n’était qu’une position désespérée pour attirer à la Religion authentique les chrétiens avec l’espoir de les guider vers l’unicité transcendante et c’est ici qu’intervient son aspect Christique (maqâm ‘Îssa) qui a tant fasciné ceux qui l’ont approchés de prés ou de loin parmi les occidentaux. Il était aussi question de transcender l’unicité divine de toute vision dualiste, car tout unitaire aimerait par empathie prendre partie de l’unicité divine.


Probst-Biraben dit à propos du Cheikh : « Il est d’ailleurs connu pour son admiration de Jésus et de l’Évangile, ce que lui reprochent les vieux turbans fanatiques. », Berque le désigne « comme un évangéliste moderne ». Certes, les livres révélés lui étaient familiers, et on a vu au cours de l'article intitulé (Cheikh al-Alawî et les missionnaires 1 et 2) qu’il s’en servait aisément pour apporter des preuves à ses réponses aux missionnaires qui seront séduis par son éloquence comme le décrit Berque très justement « un personnage d'une rare éloquence, ayant acquis de vastes connaissances, doté d'une nature infatigable, maitrisant la plume et le verbe, enfin un orateur des plus efficaces ».


Notons enfin que Cheikh al-Alawî rejette catégoriquement la divinité de Jésus (§) qui est considéré un serviteur de Dieu et son Messager, et ses miracles éclatants ne peuvent être des preuves de divinité, car d’autres miracles plus éclatants sont l’œuvre d’autres prophètes. On constate dans les deux articles sa ferme position face à la Trinité qui n’a aucune trace dans les saintes écritures, et face à la filiation divine de Jésus ou à sa divinité que l’une fut, à tord, mal interprétée et l’autre utilisée pour justifier l’étrange doctrine d’un Dieu multiple.


« Allah dira: O Jésus, fils de Marie, est-ce toi qui as dit aux gens : Prenez-moi, ainsi que ma mère, pour deux divinités en dehors d'Allah ? Il dira : Gloire et pureté à Toi, Tu es le Transcendant ! Il ne m'appartient pas de déclarer ce que je n'ai pas le droit de dire ! Si je l'avais dit, Tu l'aurais su, certes. Tu sais ce qu'il y a en moi, et je ne sais pas ce qu'il y a en Toi. Tu es, en vérité, le grand connaisseur de tout ce qui est inconnu », Mâïda, 116.