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A propos de Cheikh Mohamed El Bouzidi
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Écrit par Derwish al-Alawi   
Lundi, 07 Septembre 2015 00:52

Le plus répondu dans l’année de naissance du Cheikh Mohamed El Bouzidi ® est qu’il est né en 1824 selon Abdel-Qâder Ben Tâha, plus connu par Dahah El Bouzidi (ref : الأنوار القدسية الساطعة على الحضرة البوزيدية ce qui se traduit par « Les Lumières sanctifiées éblouissant la présence Bouzidite », (Dahah El Bouzidi. op. cit., p.16).

 

Mais une autre année a été avancée par Nekrouf Charef, 1814, dans son dernier article daté du 30 août 2015 « Mostaganem : Colloque national de la Zaouïa El Bouzidia : «Le Soufisme: voie de l’amour et école de la fraternité ». Cette année 1814 est très probable car cela écarterait les incohérences temporelles que j’ai pu constater dans la biographie du saint homme Cheikh Mohamed El Bouzidi.

 

L’arrestation en 1844 du Cheikh El Bouzidi alors qu’il n’avait pas encore vingt ans (toujours d’après Dahah El Bouzidi), il fut arrêté par les autorités coloniales françaises l'accusant d'être un informateur de l'émir Abdel-Qâder, chef de guerre de 1832 à 1847. L’émir dominait en 1834 la vaste province d'Oran depuis le Chleff jusqu'au royaume du Maroc, donc Mostaganem avec sa voisine Oran étaient des plaques tournantes du renseignement. En revanche, en 1844, année présumée de l’arrestation du Cheikh El Bouzidi, l’émir était hors des frontières algériennes et fut défait à la bataille de l'Isly, près d'Oujda, le 14 août 1844. Donc l'année la plus probable est 1834.

 

Nekrouf Charef toujours dans son article estime que Cheikh El Bouzidi est resté six années en tant que chef spirituel au Maroc, personnellement je ne sais pas comment est-il arrivé à cette conclusion car le peu d'éléments que nous disposons ne nous laissent guère le choix d'opter pour une durée plus ou moins étendue, mais les quarante années où il s'est mis au service de son maître Mohammed Ibn Qaddour al-Wakili al-Karkari ® me semblent un peu exagérées (Dahah El Bouzidi. op. cit., p. 20), ceci est ma conviction personnelle, j'opte pour une durée d'exil de quarante ans dont trente quatre tout au plus consacrées au service du Cheikh al-Karkari, six ans en tant que chef spirituel au Maroc et trente cinq ans en Algérie dont vingt avant sa rencontre avec Cheikh al-Alawi.

 

Enfin, Cheikh Ahmed al-Alawî ®, né en 1874 (d’après son acte de naissance et son visa de sortie établi en 1909), disait dans la première partie de sa vie : « lorsque j'étais enfant on m'avait apporté une amulette qui venait de Sidi Hammou Cheikh (Cheikh Mohamed Ibn El Bouzidi) et m'avait guéri ». A partir de 1889, l'année supposé du retour de Cheikh El Bouzidi en Algérie, cette année est erronée car Ahmed Benalioua avait 15 ans et n'est plus un enfant. On ne peut que supposer qu’il avait à peu près six années tout au plus lors de cette guérison prodigieuse du Cheikh El Bouzidi, ce qui nous donne 1880, or il fallait un certain temps et une certaine confiance qui devaient s'installer auprès de la population pour que la notoriété du Cheikh El Bouzidi soit évidente de par l’excellente réputation et l’efficacité de ses interventions guérissantes. On constate alors que Cheikh Mohamed El Bouzidi vécut à peu près six ans à Mostaganem après son retour du Maroc et devrait attendre quatorze années avant sa rencontre avec son vicaire Cheikh al-Alawî.

 

Il est à noter que les vingt ans que Cheikh El Bouzidi a passées à Mostaganem (1874/1894) est une période considérable, la voie mystique Darqawiya du Cheikh El Bouzidi n'avait aucun écho dans la presse de l'époque. Le seul élément qu'on dispose est que Cheikh El Bouzidi s'est vu s'interdire de diffuser la tariqa pendant cinq années juste avant sa rencontre du Cheikh al-Alawi (1889/1894) car c'est sur l’injonction du Prophète (§) qu‘il l’ordonna de rester silencieux, une autre vision onirique l’encouragea à propager de nouveau les enseignements Darqâwi, il vit une grande assemblée de fuqâras et chacun portait au cou son rosaire et Allah sait mieux.

 

Benaouda ben Slimane parlait ainsi du Cheikh El Bouzidi vers 1893 : « Je connais un cheikh nommé Sidi Hamou, de la famille du Prophète. Il a quitté son foyer et vécu au Maroc plusieurs années ; lorsqu’il est revenu, beaucoup de gens se sont rattachés à lui. Il parlait de la voie des hommes de Dieu, mais, pour l’éprouver, Dieu a envoyé contre lui un homme qui lui a fait si grand tort qu’il se trouva en butte à toutes sortes de difficultés ; et maintenant, il est aussi effacé qu’un simple lettré, sans aucune trace de son activité spirituelle passée. Pourtant, je pense que c’est quelqu’un à qui l’on pourrait s’en remettre comme guide dans la voie. Aucun vrai guide spirituel n’est jamais apparu sans que Dieu l’ait éprouvé par quelqu’un qui lui faisait du tort, soit ouvertement, soit à son insu. »


Le texte suivant est tiré de : Les contours de la sainteté dans la figure de l’algérien Ahmad al-Alawî (1874-1934), fondateur de la confrérie Alawiyya. Mémoire présenté en vue du diplôme de l’EHESS. Spécialité : Anthropologie historique. Septembre 2012.


« C'est seulement, selon des données de source administrative, vers fin 1895/début 1896, que Cheikh El Bouzidi est connu de la sous-préfecture de Mostaganem comme « moqaddem » mais ne fédère qu’une vingtaine d’adeptes présentés comme de jeunes mostaganémois pour l’essentiel. »


« Si, comme toute branche des Darqâwâ, le groupe des disciples du Cheikh El Bouzidi présente une base populaire, les marchands et négociants, parfois anciens artisans comme Cheikh al-Alawî lui-même ou le moqaddem en titre de la zaouïa, Benaouda ben Slimane, sont très présents et constituent manifestement le premier cercle de la confrérie, celui des plus proches disciples du Cheikh El Bouzidi. En plus de deux représentants les plus connus du Cheikh El Bouzidi, on peut donner les noms de Hammâdî Ben Qarâ Mustafâ, l’un des plus importants négociants en tissu et habits de Mostaganem, que Cheikh al-Alawî appelle le « connaissant par Dieu » et dont il épousera une parente, ou Salah Bendimerad. Viennent ensuite les fonctionnaires et notables politiques, qui appartiennent plutôt au deuxième cercle. Plusieurs d’entre eux jouent un rôle social important à Mostaganem : c’est notamment le cas de deux des trois principaux notables musulmans de Mostaganem qui se rattachent au Cheikh El Bouzidi vers 1896 : El Harrag Ben Kritly, fils de caïd et homme politique, et Ahmed Bensmaïn, un riche négociant. Ces deux personnages feront une belle carrière dans l’Algérie française de l’époque. Plusieurs conseillers municipaux sont liés à la confrérie, quand ils n’en font pas nettement partie : certains portent le nom Benalioua ou sont des cousins du Cheikh al-Alawî, comme ‘Abd al-Qâdir Ben Saftâ, qui déclarera pour l’état civil le décès du Cheikh en 1934. Des parents de Bensmaïn et Ben Kritly sont également conseillers municipaux. C’est aussi le cas de Ba‘alî ben Qarâ Mustafâ, qui est le propre frère d’un condisciple et parent par alliance du Cheikh al-Alawî, Hammâdî Ben Qarâ Mustafâ. On trouve d’ailleurs dès cette époque des preuves évidentes que des membres du cercle en quelque sorte officiel de la confrérie sont à l’origine de multiples interventions dans le domaine social. De nombreuses anecdotes mettant en évidence à la fois leur statut de personnages liés à l’administration française et leur rattachement à la voie expriment l’idée que cette « voie » du Cheikh El Bouzidi est pleinement compatible avec une insertion dans l’organisation politico-sociale coloniale française. Un jour par exemple, le Cheikh El Bouzidi teste la sincérité de Ben Kritly qui s’est revêtu de ses plus beaux habits pour recevoir le gouverneur général, en lui faisant porter dans tout le quartier arabe des abats de mouton dont le sang vient maculer sa tenue de cérémonie : Ben Kritly se soumet à l’épreuve sans broncher et Cheikh  El Bouzidi atteste alors de l’authenticité de son engagement.

 

C’est donc à l’époque même du Cheikh El Bouzidi que se met en place ce soufisme pacifique, intégré et compatible avec le monde des colons, orientation qui perdurera et sera même renforcée par les deux successeurs du Cheikh El Bouzidi. Les rapports de la sous-préfecture sur les Darqâwas de Mostaganem signalent systématiquement que « l’attitude des cheikhs et des moqaddems est des plus correcte. » Et quand l’ensemble des démarches indigénophiles en faveur de réformes visant à une plus grande attention aux intérêts des indigènes conduisent à la création en 1913 d’une alliance franco-indigène qui essaime dans toute l’Algérie, où l’on voit se constituer des associations locales qui semblent se faire l’écho des idées des Jeunes-Algériens, ce sont manifestement des proches de la confrérie qui fondent avec quelques notables français ce Cercle franco-arabe de Mostaganem qui mérite bien d’être considéré comme une sorte d’ancêtre « laïque » de l’Association des amis de l’islam de Bentounès. L’Indépendant de Mostaganem du 2 février 1913 dit de ce cercle que son « nom est un symbole d’union et d’espoir ». Quasiment tous les noms des responsables musulmans sont liés au Cheikh El Bouzidi ou Cheikh al-Alawî : le vice-président est Mustapha Ben Kritly (le président étant le Docteur Queyrat) ; l’un des trois administrateurs est Ba‘alî ben Qarâ Mustafâ ; l’un des deux secrétaires est un Alioua Mustafâ ; ‘Abd al-Qâdir Ben Safta, cousin du Cheikh al-Alawî et conseiller municipal en est membre ; l’un des deux trésoriers est un Mohammed Benyekhou (nom de l’oncle maternel du Cheikh El Bouzidi), et l’archiviste est un Habib Benguettat, nom d’une famille très présente dans la confrérie.



J’ai parlé de la catégorie des artisans et commerçants, de celle des politiques et fonctionnaires travaillant pour l’État français, mais qui de la classe des « savants » ? Il semble bien que le Cheikh El Bouzidi n’ait parmi ses disciples aucun savant connu. Le mufti de Mostaganem, par exemple, est manifestement plutôt lié à l’autre groupe darqâwî, celui de Qaddûr ben Slîmân. On pourrait faire valoir qu’il y en a au moins un, Cheikh Ibn Yallas, mais ce dernier n’intègre la confrérie, vers 1902/1903, que quelques années avant le décès du Cheikh El Bouzidi et justement à l’initiative du Cheikh al-Alawî, qui rend seul visite aux disciples Habriyya de Tlemcen et en attire immédiatement quelques-uns, parmi ceux qui lui seront le plus fidèles, ce qui montre que l’extension de la confrérie dans le milieu des savants est bien son œuvre. Quand au Cheikh El Bouzidi, il reste parfaitement dans la lignée du Cheikh al-Darqâwî, auquel il ressemble à bien des égards, étant assez critique à l’égard des oulémas. C’est un homme simple qui a gardé de son séjour au Maroc des habitudes par trop libérales pour le milieu algérien, et tout en étant bien sûr foncièrement orthodoxe, il n’a rien du scrupule formaliste qu’on trouve d’ordinaire dans les milieux religieux.



Le groupe qui ne comptait qu’une vingtaine d’adeptes en 1896 voit croître ses effectifs. En 1906, l’ensemble des Darqâwâ est évalué par l’administration à 200, inclus les Slîmânîs, qui constituent une branche distincte. On peut donc en déduire que l’ordre de grandeur pour l’effectif des disciples mostaganémois du Cheikh El Bouzidi est la centaine. » (fin de citation).

 

Récapitulatif :


1814 : naissance de Cheikh Mohamed Ibn El Habib El Bouzidi
1834 : (20 ans) départ pour le Maroc
1868 : (54 ans) maitre éducateur
1874 : (60 ans) retour en Algérie (année de naissance de Cheikh Ahmed al-Alawî)
1893/94 : (79/80 ans) rencontre Alawî/Bouzidi
1909 : (95 ans) décès de Mohamed Ibn El Habib El Bouzidi


Remarque : ces années sont approximatives, seul l’année de décès est certaine. Les quinze ans que Cheikh al-Alawî a passés au service de son maitre El Bouzidi nous amènent approximativement à l’année de sa rencontre avec son maitre 1893/94.

 

wallahou a'lem

Derwish al-Alawî

 
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