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A propos de Derwish al-Alawi
A propos - Commentaires
Écrit par Derwish al-Alawi   
Samedi, 01 Mai 2004 18:18

Durant mon adolescence, je ne savais pas ce que voulait dire le soufisme ni même en avoir entendu parler, mais j'avais au plus profond de moi-même le sentiment qu'il existait sans même connaître son nom. Jusqu'au jour où Dieu m'ouvrit sa grande porte, par laquelle on fait la connaissance avec ses Awliyas, j’eus très vite un désir ardent et un émerveillement, une grande joie et une certaine crainte.  La première fois qu'on me parla de "Ahl Allah", fut par un frère faqir Alawi, c'était en 1984, en l'écoutant mon désir d'en savoir plus augmentait d'avantage, je sentais enfin en moi la quiétude tant désirée.

Qu'est ce qui m'a poussé à accueillir avec tant de facilité et si rapidement cet appel ? Je me suis posé plusieurs fois cette question, j'ai pu en sortir avec une conclusion, est que je savais qu'il existait dans l'islam quelque chose de plus fort, qui devait nourrir ma soif du spirituel, je sentais la main de Dieu me pousser vers son parti vainqueur, j'avais un sentiment certain qu'il y avait quelque chose qui me manquait et que ma foi s'accomplirait en elle.

Quand l'instant tant désiré arriva, ce faqir Alawi me parla soudain d'un pacte entre le croyant et Dieu, par contre, il ne parla pas du chemin qu'il faut entreprendre pour y arriver à la connaissance du Divin, cela me poussa naturellement à en savoir d'avantage, et la chose la plus incroyable est qu'il me prit pour un faqir Alawi en me disant "je te croyais un des nôtres".

Après avoir entendu l'essentiel, ma patience s'épuisa, je me suis dis qu'un pacte doit être respecté, si l'on veut s'attacher à cette voie, on ne doit pas la quitter, il faut être comme un poisson, car celui-ci ne peut vivre en dehors de l'eau, une seule chose peut le retirer de son environnement, c'est bel et bien le filet du pêcheur.

J'insistais auprès du frère Alawi Moussa (il se nommait ainsi) de prendre ma main et de m'emmener à la zawiya, il ne put soutenir mon insistance et il s'y résigna, il m'emmena donc devant la zawiya et on l'a trouva fermée, la tristesse m'envahit, mais je su ou elle se trouvait.

Le frère Moussa me conseilla de venir un jour à la zawiya et de demander à être affilier à la Tarîqa, c'est ce que je fis, la porte était toujours fermée, mais une personne arriva et frappa à la porte et quelqu'un lui ouvrit la porte, elle se referma aussitôt, je fis de même, je frappais à la porte et cette même personne m'ouvrit, elle m'observa avec étonnement, je lui dis alors : cette demeure n'est-elle pas un lieu de prière ? il me céda donc le passage, je fis la prière du salut et lorsque je l'accomplissais, j'avais remarqué auparavant qu'il y avait quelques personnes qui se tenaient dans un coin de la zawiya, je me dirigeais vers eux, après les avoir salué, je leur avouais la vraie raison de ma présence, mais l'un d'eux me répondit par cette réponse : "mais la zawiya n'est pas encore achevée", que Dieu lui pardonne, il ne savait pas que cette réponse allait me perturber durant des jours, je trouvais que cette réponse était intentionné, car la zawiya était bel et bien achevée et ouverte depuis des années. Je racontais au frère Moussa ce qui arriva lors de ma première visite, il me répondit : "ne t'en fais pas, peut-être qu'ils craignaient un vol ou autre chose de ressemblant."

Je ne perdais pas espoir grâce à la volonté et la motivation que j'avais pour connaître ce qu'est cette voie si mystérieuse pour moi, Allah arrangea ma première rencontre avec les fûqaras Alawis la nuit de "Mawlid" naissance du prophète Mohammed "prière et salutation sur lui", je les ai accompagné du Maghreb jusqu'au Fajr, ce fut une nuit unique dans son genre, bénite, j'étais séduit par leur compagnie, par leur chants et odes, par les louanges à Dieu et les prières sur le prophète, et ce fut l'occasion ou je découvris les poèmes du Cheikh al-Alawi et fis sa connaissance, je découvris également la 'imara et son extase magique, et le sama' qui l'accompagnait, je n'osais pas participer à la 'imara au début mais lorsque l'extase du dhikr fit son effet, je fus comme attiré et participais avec eux dans ce rituel sans ma propre volonté, mes membres vibraient d'extase et pour la première fois je sentais que mon cœur vivait, cela ne dura pas longtemps pour moi, car n'ayant pas l'habitude, je sentais la fatigue m'envahir, revenant ainsi à ma conscience, je me retirais dans un coin pour me reposer ne croyant pas ce qui m'arriva.

Les fûqaras, quant à eux, ils continuèrent la 'imara en la répétant trois fois jusqu'à ce que le mûqaddam, vers minuit, signala la fin, nous louâmes Allah et priâmes sur son prophète, le Coran fut récité, ensuite ils chantèrent la Qasida du Cheikh al-Alawi "Aya Rabi bilûtfika ya Mûrtaja", et la soirée du Mawlid continua ainsi jusqu'au Fajr.

Suite à cette nuit bénite, je commençais ma quête de la vérité, la vérité de ces gens et leur maître, je devenais soudain très prudent, le doute et la certitude se mêlèrent en moi, et cela me poussa à satisfaire la nécessité de connaître le soufisme à travers les livres, mais rares sont ces derniers dans les librairies spécialisées, je mis la main sur un livre qui relate la vies des Awliyas dans une librairie d'une mosquée wahhabite, je ne sais pas s'ils étaient aveugles et ne voyaient pas que ce livre était contraire à leur pensée, cela m'a fait sourire, le livre donc s'intitulait "at-Tasawuf al-islami", traçait la vie des Awliyas et leurs prodiges, et leurs catégories. Ceci ne suffisait pas à satisfaire ma soif de curiosité et de savoir, je continuais à chercher l'origine du tassawwuf dans tous les livres du Hadith et dans divers livres parlant du soufisme que je commençais à reconnaître le style. Néanmoins, ce doute et cette certitude durèrent un an et m'empêchèrent de fréquenter la zawiya, car le doute était plus fort.

Un jour, un cousin à mon père, qui était faqir Alawi, me croisa dans la rue et me demanda la raison de mon absence de la zawiya, je lui répondais ce que je pensais du soufisme et qu'il pourrait être une innovation et.....il ne me laissa pas finir mes mots, il me parla longuement de la tarîqa et de son Cheikh Ahmed al-Alawi, et que mon grand-père l'avait rencontré et assisté avec lui à l'inauguration de la Mosquée de Paris et que le Tariq est porteur de bonheur et de quiétude et qu'il est un fort contre tout mal extérieur. Après avoir su que mon grand-père était un ami des Awliyas et que son père était 'issawi, je me demandais si ce n'était pas une destinée pour ma famille de nous rattacher perpétuellement à une des voies mystiques ?

Les nuits et les jours passèrent, je n'ai cessé de penser à la Tarîqa Alawiya et à son fondateur sidi Ahmed al-Alawi, que je commençais à regretter de ne pas avoir été né à son époque pour s'y être attaché (à l'époque je n'avais pas encore entendu parler de sidi Khaled Bentounes), je su l'origine du tariq, la certitude prenait la grande place dans mon cœur, je pris donc la décision de me rallier à cette tarîqa, qui était de toute façon la seule que je connaissais. Je me dirigeais un jour vers l'imam de la zawiya que je croyais le maître, je lui dévoilais le désir de m'affilier à la tarîqa, mais grande fut ma surprise lorsque sa réaction se manifesta par un rire et me répondit que ce n'était pas de son ressort. Je me sentis triste de nouveau et me croyant indésirable, je fis la prière du Maghreb dans la zawiya dans une tristesse immense.

Je me confiais au frère Moussa (qui habitait à 10Km d'Oran, ma ville natale) ce qui m'arriva avec l'imam et me réconforta une fois de plus en me conseillant de ne pas prendre sa parole au sérieux, j'ai su par la suite que l'imam était un employé de la zawiya, il dirigeait les prières et assurait la khutbah du vendredi et n'avait pas de lien avec la tarîqa. Cela ne m'empêcha pas de sombrer dans la tristesse et ce fut ainsi que j'exprimais mon état par la poésie, pour la première fois je composais un poème exprimant mon désir de rejoindre le clan des fûqaras, les remémorant du Nom de Dieu, contempler leurs visages resplendissants de lumière, comment leur vue inspirait de la crainte et du respect, j'étais profondément séduit.

Je fréquentais la zawiya tous les vendredis à partir de 10 heures du matin... jusqu'au jour ou je m'entretins avec sidi al-Haj Habib Ben Mabrouk (rahimahoullah), le mûqaddam de la zawiya et lui avoir dévoilé mon désir ardent de m'affilier à la tarîqa, il me reçut avec bon accueil. Un jour, lors d'un Jemaa, il me prit par la main et me fit asseoir devant un faqir qui devait avoir la soixantaine, celui-ci me prit la main et chuchota pendant quelques minutes des mots que je n'ai pu entendre, ensuite il me félicita et me donna comme un ordre habillé en conseil : Ne sors jamais de cette voie!

Ce qui m'arriva après ce pacte, restera dans ma mémoire comme les plus beaux souvenirs, des rêves ou visions commencèrent à être très significatifs, je lisais beaucoup le Diwan de sidi al-Alawi, sa lecture renforçait mon désir et mon amour d'Allah. Un jour je vis un rêve et sidi al Haj Habib était concerné dans ce rêve, quand je le lui racontais, il m'annonça que c'est une bonne nouvelle, je su par la suite, quelques années plus tard, que ce rêve signifiait que je n'irai pas loin avec les Alawis (même pas au seuil du premier ciel) et je ne ferai pas long chemin avec eux.

Un jour, un jeune faqir, après lui avoir dit que je venais de prendre le pacte avec le Cheikh, il me demanda quel Cheikh ? Je lui donnais un descriptif de la personne qui me donna le pacte et que je ne savais pas comment se nommait-il, il ne tarda pas à m'interrompre pour me dire qu'il n'y a aucun Cheikh dans la zawiya et que le seul Cheikh était Khaled Bentounès qui se trouve à Mostaganem et que sidi al Haj Habib ne le reconnaissait pas comme tel. J'ai demandé par la suite à sidi al Haj Habib quel était le problème entre lui et sidi Khaled, il me répondit en gros, que Khaled Bentounès a dévié du chemin tracé par le Cheikh al-Alawi et qu'il a instauré des innovations qui, pour lui, ne pouvait les accepter. Ces affirmations chassèrent tout romantisme de mon âme et je me résignais à accepter ce qui m'arriva. J'ai pu vérifier quelques années plus tard, la véracité de ces affirmations sur une cassette vidéo ou un liqa Alawi se tenait en France et cela suite à une discussion chaude entre moi et un frère, qui était anti-soufi, il m'invita à voir cette cassette, la mixité des deux sexes me choqua et me laissa perplexe, je ne reconnaissais plus à travers cette cassette la cérémonie spirituelle que j'assistais dans la zawiya d'Oran.

Après l'entretiens que j'eus avec sidi al Haj Habib, je pris la direction de Mostaganem, quelques temps après, pour y rencontrer le maître légitime de la Tarîqa, j'ignorais qu'il vivait en France et qu'il venait occasionnellement en Algérie lors des fêtes religieuses, mais le jour ou je me suis déplacé à Mostaganem sans avertir qui que ce soit, ce fut un jour comme les autres, et le maître (par hasard) était là, on m'a fait patienter dans un patio, je vis sidi Khaled occupé avec des visiteurs Belges, j'étais frappé par sa ressemblance avec sidi Adda Bentounes que je connaissais son visage à travers la photo qui s'y trouvait dans le Diwan de Sidi al-Alawi.

Lorsque le Cheikh finissait avec ses visiteurs Belges, il me reçut dans une petite pièce, la chose qui attira mon attention, était le grand format du portrait du Cheikh al-Alawi qui était accroché au mur, l'ambiance était néanmoins Alawie, j'exprimais au Cheikh mon désir de rattachement à sa tarîqa, il me signifia qu'il ne pouvait me donner le pacte froidement et que si j'étais venu du Brésil ou d'Argentine ce ne serait pas un problème, mais il me donna un rendez-vous à l'inauguration de la nouvelle zawiya de Relizane ou un grand ihtifal aurait lieu et le pacte serait, à ses yeux, plus solide. Je n'ai pas pu me rendre à Relizane mais je continuais à fréquenter la zawiya d'Oran jusqu'au jour ou je la quittais pour d'autres horizons.

Le Cheikh Ahmed al-Alawi, quant à lui, ne m'a pas oublié, j'avais visité son tombeau pour la deuxième fois en 1988 avec un frère sympathisant du soufisme, une fois devant le tombeau, nous ne sûmes quoi demander dans nos invocations et Dou'a, un vieux faqir, qui nous a fait entrer dans le sanctuaire, prit l'initiative de faire le Dou'a à notre place, une fois sortis, j'exprimais au frère que j'avais l'impression que la voie sortait du tombeau et que j'avais la certitude que c'était sidi al-Alawi qui faisait le Dou'a pour nous, il me répondit qu'il avait eut le même sentiment.

Après une longue traversée du désert, je fis la rencontre de Sidi Ahmed al-Alawi dans le monde des esprits et j'eus ainsi la connaissance de la continuité de sa lignée spirituelle.

Derwish al-Alawi.

2004